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La nuit l'ombre est reine

Par Thomas Nouhaud

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 27 décembre 2017 à 16h03

Dernière modification : 3 janvier 2018 à 16h00

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Chapitre 9

Les autopsies se déroulent au sous-sol de l’hôpital Pellegrin, proche du centre de Bordeaux. Le laboratoire de médecine légale n’est pas l’endroit préféré du lieutenant Roussel. Ce n’est pas la présence des corps qui le gêne mais cet air filtré si particulier. Dans ce monde sans fenêtre il est capital de bien purifier l’air sinon ce serait invivable pour les individus qui peuvent encore respirer.

Les seules raisons qui obligent quelqu’un à mettre les pieds à la morgue sont le travail ou venir reconnaître un corps.

Roussel avait rendez-vous avec le docteur Charlotte Blanchard, la plus jeune directrice du laboratoire à seulement trente-trois ans. Un véritable exploit dans la profession.

Roussel se présenta à la secrétaire qui lui indiqua dans quelle salle allait se dérouler l’autopsie. Il se dirigea vers celle-ci en espérant que le spectacle à venir ne soit pas trop dégoûtant.

Il poussa la porte et vit le docteur Blanchard déjà aux côtés du corps.

— Bonjour lieutenant, vous êtes pile à l’heure pour l’ouverture, fit-elle sans jeter un œil dans la direction de Roussel. J’ai déjà réalisé les premières constatations avant que vous n’arriviez.

— Bonjour à vous aussi docteur, répondit le lieutenant, avec une voix différente, inhabituelle qui le surprit.

Le docteur Blanchard n’eut pas l’air de remarquer ce changement inattendu dans la voix du policier.

— Enfilez une paire de gant et un masque avant de tout contaminer, ordonna-t-elle, n’oubliez pas le Vicks à mettre sous le nez pour les odeurs.

— Ne vous inquiétez pas je suis plus un petit nouveau, lui fit remarquer le lieutenant, avec un sourire aux lèvres.

— Dans ce cas je vais commencer, par l’incision en Y et après j’ouvrirai le crâne pour voir ce qui reste là-dedans.

— Allez-y, faites-vous plaisir.

— Ce n’est pas un plaisir, c’est mon travail. Si c’était un plaisir vous seriez en train de me rechercher à l’heure qu’il est. Je ne serais pas de ce côté de la justice.

Roussel avait bien compris qu’il aurait mieux fait de se taire ici. Il s’excusa comme un enfant qui a commis une bêtise.

Derrière son masque le docteur Blanchard esquissa un sourire, ce lieutenant était particulier.

— Je commence par une incision en Y en partant de l’articulation de chaque épaule, puis je descends jusqu’au pubis.

Le scalpel ne fait qu’effleurer la peau de la victime, mais son corps commence à s’ouvrir en deux.

— Je vais devoir couper les os de la cage thoracique à la scie pour accéder aux organes en dessous.

Le docteur Blanchard se saisit d’une scie et la mit en route. Cet outil ressemblait à une scie circulaire. Le bruit au contact de l’os fit parcourir un frisson dans le dos du lieutenant Roussel.

— Maintenant que c’est découpé je vais pouvoir sortir la cage thoracique et atteindre les organes en dessous.

Le docteur examina les organes et rien ne lui parut bizarre

— Je fais tous les prélèvements nécessaires à la recherche de drogue ou autres substances.

Elle sortit une multitude de seringues et autres bistouris pour réaliser ces différents prélèvements. Elle remplit plusieurs pots et éprouvettes pour les envoyer au labo qui se chargerait de les analyser.

— On va passer au crâne maintenant. Je vais faire une incision pour enlever la peau et après je découperais la boîte crânienne pour accéder au cerveau.

Un peu en retrait, Roussel observait la scène sans dire un mot. Il essayait de ne pas penser que c’était un homme qu’il avait sous les yeux. De ne pas penser que cet homme avait vécu, qu’il avait aimé, qu’il avait ressenti des émotions, bref que c’était un être humain. Le lieutenant s’efforçait de penser que ce n’était qu’une affaire, une énigme à résoudre.

Le docteur utilisa à nouveau sa scie pour ouvrir le crâne. Le même son donna encore des frissons au lieutenant. Il avait l’impression que cela prenait des heures alors que le docteur avait réalisé l’opération assez rapidement.

— Nous y voilà, je dépose le haut du crâne sur la table. Effectivement, c’est une belle bouillie la dedans. Vous voulez venir voir ?

Roussel se tenait toujours à distance respectable de la table d’autopsie et il n’avait absolument pas la moindre envie d’aller admirer l’intérieur du crâne de la victime.

— Non non ça ira merci, je vous crois sur parole, répondit le lieutenant.

Un nouveau sourire s’esquissa sur le visage du docteur bien caché derrière son masque.

— Je vous envoie mon rapport dès que j’ai terminé de le rédiger. Mais à première vue, il n’y a pas eu de coups portés à notre victime. Ni traces de liens. Rien qui indique qu’on l’a empêché de bouger. Je vais vous confirmer ça bientôt.

— Merci docteur, je dois vous laisser, j’ai des choses à faire au poste, prétexta le lieutenant pour quitter au plus vite cet endroit qu’il détestait de plus en plus.

Roussel quitta presque au pas de course l’établissement pour retrouver l’air libre et le monde des vivants. Il espérait avoir des nouvelles rapidement de l’équipe scientifique qui étudiait la vidéosurveillance, pour savoir si son intuition était la bonne.

Chapitre suivant : Chapitre 10

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Table des matières
  1. Chapitre 1
  2. Chapitre 2
  3. Chapitre 3
  4. Chapitre 4
  5. Chapitre 5
  6. Chapitre 6
  7. Chapitre 7
  8. Chapitre 8
  9. Chapitre 9
  10. Chapitre 10
  11. Chapitre 11
  12. Chapitre 12
  13. Chapitre 13
  14. Chapitre 14
  15. Chapitre 15
  16. Chapitre 16
  17. Chapitre 17
  18. Chapitre 18
  19. Chapitre 19
  20. Chapitre 20
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