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La nuit l'ombre est reine

Par Thomas Nouhaud

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 27 décembre 2017 à 16h03

Dernière modification : 3 janvier 2018 à 16h00

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Chapitre 20

La nuit commençait à tomber sur la ville, comme un signe. Les ambulanciers appelés pour s’occuper du policier touché, sont arrivés trop tard, ils n’ont rien pu faire. Tout le commissariat est en état de choc et plus particulièrement le lieutenant Roussel. Lui qui a abattu le docteur Blanchard, mais qui n’a pas pu empêcher la mort de son collègue.

Le lieutenant et son ami Klein étaient assis à leur bureau, impuissants. Ils avaient gardé le silence depuis la fin des événements. Le commissaire vint briser ce silence pesant.

— Roussel, tu vas attendre l’arrivée de l’IGPN, ils vont prendre ta déposition, ça devrait pas prendre longtemps.

Le commissaire s’arrêta pour regarder plus attentivement le lieutenant. Il avait les yeux dans le vague. Son corps était présent, mais son esprit n’était pas dans ce poste de police.

Le commissaire reprit la parole.

— Tu as fait ce qu’il fallait, elle mettait en danger la vie de tous les collègues…

Le lieutenant ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase.

— Il est mort, c’est de ma faute, si je l’avais laissée partir, il serait encore en vie.

— Tu as fait ce qu’il fallait, ce n’est pas lui que tu as tué et c’est elle qui a appuyé sur la détente.

Le lieutenant resta de marbre, sans réaction, mais il savait que la mort de son collègue était de sa faute.

Le commissaire vint poser la main sur l’épaule de Roussel, pour lui montrer qu’il était avec lui, puis il repartit à son bureau, il allait avoir beaucoup de choses à gérer.

 

L’inspecteur de l’IGPN, arriva sur les lieux quelques minutes après pour procéder à un entretien avec le lieutenant Roussel notamment mais aussi, tous les policiers présents lors du drame, pour savoir ce qu’il s’est passé.

Il commença par interroger Roussel dans une pièce un peu à l’écart.

— Bonjour, commissaire Maignant, pouvez-vous me raconter ce qu’il s’est passé ?

— Avec le lieutenant Klein, on sortait de la salle d’interrogatoire, on était un peu à l’écart, Blanchard sortait de la salle accompagnée de notre collègue et je sais pas comment elle s’est emparée de son arme de service. Elle l’a prit en otage, elle voulait fuir. On a essayé de la raisonner, je lui ai fait croire qu’elle avait gagné, j’ai eu une opportunité de la toucher, j’ai fait feu et en tombant elle a tiré.

L’enquêteur de l’IGPN écouta religieusement l’exposé du lieutenant et nota les points qu’il jugea essentiels.

— Donc votre tir était justifié ? Demanda-t-il.

— Bien sûr, elle a tué je sais pas combien de personnes pendant des années sans jamais avoir été inquiétée ! S’emporta Roussel.

— Gardez votre calme lieutenant, je ne suis pas là pour vous juger, seulement pour comprendre ce qu’il s’est passé.

L’IGPN ou la police des polices, n’a pas une bonne réputation. Leurs collègues se méfient d’eux, Roussel également.

— Écoutez, j’ai fait ce qui me semblait juste. Si vous me demandez, est-ce que vous referiez pareil, la réponse est oui, sans hésiter. Bien évidemment je suis vraiment attristé par la mort de notre collègue, c’est horrible. Si vous aviez été à ma place, vous auriez fait pareil.

— La question n’est pas de savoir ce que moi j’aurais fait, mais de savoir ce que vous, vous avez fait, répondit le commissaire en voulant signaler que c’était lui qui menait l’entretien.

— Bien entendu oui, pouvez-vous faire vite s’il vous plaît, demanda Roussel.

— Est-ce que vous aviez d’autres options ?

— Nous n’allions pas la laisser partir, comme je vous ai dit…

Le commissaire le coupa.

— Vous ne pouviez pas discuter avec elle pour la ramener à la raison ?

— La raison !? Vous vous entendez ? Ça se voit que vous n’étiez pas là.

— Lieutenant, répondez à la question s’il vous plaît, s’impatienta Maignant.

— La raison elle l’avait perdue depuis très longtemps, je pense qu’il aurait été impossible de lui faire comprendre.

Le commissaire termina de noter les informations fournies par le lieutenant sur son carnet puis le remercia et l’autorisa à rentrer chez lui.

Roussel ne tarda pas à quitter l’hôtel de police pour rejoindre son domicile.

Durant le court trajet au volant de sa voiture, il ne cessa de penser à son geste quelques heures plus tôt. Bon choix ou mauvais choix ? Geste juste ou précipité ? Il sut que ceci le suivra pendant longtemps.

Une fois à son domicile, il s’installa sur sa terrasse, une bouteille de whisky pleine posée sur la table.

Il resta immobile, à boire pendant un long moment, jusqu’à ce qu’il entende la sonnette de l’entrée.

Il ne bougea pas.

La sonnette retentit une nouvelle fois, il se décida à aller voir qui était là.

Klein se tenait sur le seuil de la porte avec une bouteille de vodka à la main.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Demanda Roussel.

— Je sonnais aux portes au hasard dans le quartier pour voir qui allait me laisser entrer, ironisa Klein.

Cette tentative pour décrocher un sourire de la part de Roussel fut un échec, il n’esquissa pas le moindre rictus, en faisant entrer son ami.

Ils se dirigèrent vers la terrasse, Roussel apporta un verre pour son ami.

— Tu m’as pas attendu pour commencer à ce que je vois, dit Klein en attrapant la bouteille de whisky à moitié vide.

Les deux hommes s’assirent sur leur chaise et se servant à boire.

— Comment ça s’est passé avec Maignant ? Demanda Klein.

— Ni bien ni mal je pense, j’ai dit ce que j’avais à dire, on verra bien, lança Roussel.

— Tu as fait ce qu’il fallait.

— Et toi, avec Maignant ? Questionna Roussel.

— Pareil, j’ai dit ce qu’il fallait, la vérité, rien de plus.

— J’ai tué un collègue.

— Non non non, ce n’est pas toi, c’est elle. Tu as fait ton travail, insista Klein, pour tenter de rassurer son ami.

Roussel resta silencieux, les yeux rivés au ciel, constellé d’une multitude de points lumineux.

À cet instant, il aurait aimé être loin, très loin de tout ça.

Les deux amis restèrent là durant toute la nuit, à boire et parler, pour tenter d’oublier un instant tout ce qui s’était déroulé durant cette journée.

 

Le réveil fut difficile pour les deux policiers. Après un petit déjeuner copieux, ils décidèrent d’aller rendre visite à Gaëtan Deslauriers, pour l’informer de la mort de la femme qui a tué son épouse.

 

Ils arrivèrent chez lui, mais cette fois ci, pas de voiture garée devant la maison. Ils sonnèrent mais aucune réponse n’intervint. Klein attrapa son téléphone pour passer un appel à Deslauriers pour savoir où il était.

Deslauriers répondit rapidement et indiqua qu’il se trouvait à son magasin. Klein ne souhaita pas l’informer de toutes les découvertes au téléphone, donc il ne lui révéla rien sur le motif de leur visite.

L’informaticien, attendit fébrilement l’arrivée des deux policiers et les accueillit à l’entrée de son magasin.

— Bonjour messieurs, que puis-je pour vous cette fois ci ? Demanda-t-il.

— Bonjour, rien, nous avons des informations à vous communiquer sur le meurtre de votre femme, répondit Roussel d’une voix calme.

— On peut s’asseoir quelque part ? Ajouta Klein.

— Oui, venez dans mon bureau, dit Deslauriers en indiquant le chemin aux policiers.

Les trois hommes étaient assis quand Roussel commença.

— Nous avons trouvé la personne qui a tué votre femme.

— Qui ? Demanda Deslauriers, impatient.

— Il s’agit de Charlotte Blanchard, le médecin légiste.

Deslauriers resta muet, il encaissa la nouvelle. Depuis plus d’un an il attendait de connaître l’identité du tueur, mais cet instant fut plus difficile qu’il ne croyait.

— Pourquoi ma femme ?

— C’est là que ça devient compliqué. Il faut que vous sachiez que votre femme n’est pas sa seule victime, répondit Roussel.

— Il y en a combien ?

— Nous sommes sûrs de six meurtres, mais il se peut qu’il y en ait d’autres, précisa Klein.

— Et pour revenir à votre question, pourquoi, elle nous a dit que ce n’était que par plaisir.

La nouvelle fit l’effet d’un uppercut à Deslauriers.

— C’est elle qui était là quand je suis venu reconnaître le corps de ma femme à la morgue…

Il était horrifié.

— Elle m’a dit qu’elle était désolée… Deslauriers ne put continuer à parler.

— Elle travaillait avec nous depuis déjà quelques années, nous sommes également sous le choc, comment nous n’avons pas pu le remarquer…

— Est-ce que je pourrais la voir ? Reprit Deslauriers.

— Ça ne va pas être possible non, elle a été tuée hier en tentant de s’échapper, un policier est également décédé, répondit Roussel.

— Je ne sais pas si j’aurai eu la force de supporter un procès de toute façon, admit Deslauriers.

Il se leva, les lieutenants firent de même et Deslauriers leur serra la main pour les remercier, puis les deux policiers quittèrent le magasin.

Roussel était en repos forcé pour quelques jours le temps de l’enquête interne, il annonça à son ami qu’il allait prendre un peu de recul pour réfléchir à tout ça.

— Tu vas aller quelque part ? Demanda Klein.

— Je sais pas encore, peut-être dans les Pyrénées loin de tout, j’ai un vieil ami qui habite là-bas, il est berger, ça sera très bien pour se changer les idées.

 

Klein n’ajouta rien, il n’avait pas besoin de parler. Roussel savait que s’il avait besoin de quelque chose, Klein serait là.

Les deux hommes se quittèrent après une accolade chaleureuse.

Roussel partait de son côté, en essayant d’imaginer tous les secrets que le docteur Blanchard avait emporté…

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Table des matières
  1. Chapitre 1
  2. Chapitre 2
  3. Chapitre 3
  4. Chapitre 4
  5. Chapitre 5
  6. Chapitre 6
  7. Chapitre 7
  8. Chapitre 8
  9. Chapitre 9
  10. Chapitre 10
  11. Chapitre 11
  12. Chapitre 12
  13. Chapitre 13
  14. Chapitre 14
  15. Chapitre 15
  16. Chapitre 16
  17. Chapitre 17
  18. Chapitre 18
  19. Chapitre 19
  20. Chapitre 20
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