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La nuit l'ombre est reine

Par Thomas Nouhaud

Oeuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 27 décembre 2017 à 16h03

Dernière modification : 3 janvier 2018 à 16h00

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Chapitre 19

À peine arrivés, ils se dirigèrent vers la salle d’interrogatoire. Ils attendirent qu’on amène le docteur Blanchard pour pénétrer dans la pièce.

Le lieutenant Roussel, entra dans le vif du sujet sans préliminaires.

— Qui sont ces femmes ? Demanda-t-il sur un ton sévère, en étalant sur la table les 6 photos retrouvées dans la maison du docteur, toutes montrant une femme.

Le docteur Blanchard regarda les photos en arborant un grand sourire et sans chercher d’explications, répondit.

— Ce sont mes proies, que de bons souvenirs. Je savais bien que ce n’était pas très bien caché. Peut-être que je voulais que vous m’arrêtiez lieutenant.

Roussel regardait le docteur d’un air circonspect, Klein l’avait prévenu, elle n’était plus la même personne.

— Qui sont ces personnes ? Répéta le lieutenant.

— Je ne connais pas leur nom, sauf pour la bordelaise, mais les autres je ne sais pas. Je leur demande pas leur carte d’identité, ricana-t-elle. C’est vous les policiers, c’est à vous de trouver.

— Arrêtez de vous foutre de nous ! Hurla Roussel, excédé par l’attitude du docteur.

— On se calme mon cher, répondit Blanchard en gardant le sourire. Vous avez gagné, il ne servirait à rien de nier l’évidence, je les ai tués, vous le savez depuis que vous avez trouvé les photos.

— Qui était la première victime ? Demanda Roussel en désignant les photos du doigt.

— Peut-être qu’elle n’est pas sur une de ces photos…

Les deux hommes restèrent silencieux quelques secondes, ils n’avaient pas pensé à cette éventualité. Roussel brisa ce silence pesant.

— Est-ce qu’il y a eu d’autres victimes avant ceux-là ?

— Je ne vous dirai pas. C’est à vous de chercher messieurs.

Roussel décida de se concentrer sur les victimes déjà connues.

— Donnez-nous l’ordre des victimes.

— Si vous insistez. Alors, la première c’est elle.

Le docteur pointa du doigt la troisième photo.

— Montpellier, février 2013. Elle sortait de soirée je pense, vu sa tenue. Elle ne marchait pas très droit non plus, je me suis dit que ça serait pas trop difficile. En plus, une femme ne va trop se méfier d’une autre femme. Même si elle m’avait vu, elle n’aurait peut-être pas eu peur de moi.

Klein stoppa l’exposé du docteur, pour poser une question.

— C’était prémédité ou vous vous êtes dit ce soir je vais tuer quelqu’un ?

— Évidemment que c’était prémédité, dit-elle en adressant au lieutenant un clin d’œil glaçant.

L’attitude du docteur laissa à penser que ce n’était effectivement pas son premier meurtre.

Roussel posa une question plus générale sur le choix des victimes.

— Pourquoi tuer uniquement que des femmes ?

— Qui vous dit qu’il n’y a que des femmes ? Répondit le docteur.

Le lieutenant semblait avoir oublié Franck Artois.

— Pourquoi prendre les victimes en photo ?

— Pour garder un souvenir, un trophée. J’aime les regarder de temps en temps. Une photo est plus intéressante qu’une mèche de cheveux ou autre chose dans ce genre-là. Avec une photo, on peut se rappeler des détails, on voit exactement la scène. Avec un autre souvenir, on oublie peu à peu.

Elle parlait de ces photos, comme si on parlait de ses dernières photos de vacances. Les lieutenants se sentaient mal à l’aise sur leur chaise.

— Ensuite, la deuxième victime, qui était ce ? Demanda Klein, pour écourter l’explication du docteur.

— Celle-ci, avec la veste rouge. Paris, septembre 2013. J’étais à la capitale pour quelques jours, pour faire du tourisme. Je n’y étais jamais vraiment allée pour découvrir la ville. J’avais l’envie de chasser depuis déjà quelque temps et je me suis dit que ça serait comme une sorte de baptême, vous voyez ?

— Comment ça s’est passé ? Demanda Roussel en ignorant la question du docteur.

— C’était la deuxième nuit de mon séjour, je n’arrivais pas à dormir, il y avait du bruit dans la rue, une fête. Je suis sortie pour aller marcher et j’ai croisé cette fille. J’ai tout de suite senti que c’était elle qu’il me fallait, je l’ai donc suivie. Toujours à une petite distance pour ne pas l’effrayer. Il aurait été dommage qu’elle tente de fuir, la discrétion est quelque chose de primordial. Elle est entrée dans une ruelle plutôt sombre, qui semblait déserte et j’ai fait ce que devais faire.

— Pourquoi les attaquer avec un couteau ? Demanda Roussel.

— Vous avez bien vu mes outils de travail lieutenant, ça me paraît plutôt évident…

Il ne chercha pas à approfondir et passa au meurtre de Franck Artois.

— Pourquoi avoir tué Franck Artois ?

— Ma seule erreur, malheureusement. J’ai dû modifier mon mode opératoire avec lui, je ne voulais pas l’attaquer au couteau, je souhaitais maquiller ça en suicide, comme vous vous en doutez. Un homme ne suicide pas en se taillant les veines ou en avalant une boite de médicaments. J’ai donc eu l’idée du pistolet, ça me paraissait être la meilleure option.

Le lieutenant décida de piquer l’orgueil du docteur.

— C’est un travail d’amateur. Le sac de courses sur la table et le billet d’avion pour Berlin, ça m’étonne que vous ayez laissé passer ça.

— La précipitation probablement, analysa le docteur.

— Pourquoi de la précipitation ?

— On a eu une courte liaison l’année dernière, à l’époque à laquelle il était suspecté du meurtre de la fille. Je trouvais la situation assez drôle. J’avais tué cette fille, lui était suspecté et on couchait ensemble. Ça a duré quelques semaines, mais je me suis lassée. Je lui ai dit de ne plus m’approcher. Il a respecté ma demande jusqu’à récemment. Il était assez lourd, je n’avais aucune envie de le voir, mais il insistait. J’en ai eu assez de le repousser. Je lui ai fait croire que j’étais d’accord pour qu’on se voie chez lui. J’y suis allée, j’ai drogué son verre et vous connaissez la suite.

— Dommage qu’on ait trouvé votre ADN, sinon, je pense qu’on aurait eu des difficultés à vous arrêter, avoua Roussel.

— J’étais sûre d’être appelée sur les lieux pour l’enquête. Déjà je ne pensais pas avoir laissé de traces de mon passage et même si ça avait été le cas, j’aurais pu prétendre à une erreur de ma part sur la scène de crime. Faire une erreur arrive à tout le monde et l’histoire se serait arrêtée là. Mais manque de chance, je suis tombée en panne de voiture sur le chemin du retour et par conséquence je n’étais pas disponible. Vous avez trouvé mon ADN sur quoi ?

— Un de vos cheveux était présent sur la table où vous avez tué Artois. Ça tient à peu de choses une enquête résolue, ironisa Roussel.

Le docteur acquiesça sans ouvrir la bouche d’un mouvement de tête.

— On veut savoir pourquoi vous avez fait ça, dit Roussel d’une voix posée.

— Pourquoi ? Mais pour le plaisir ! Pour quelle autre raison nous faisons des choses ? Pour notre plaisir personnel.

À cet instant, Roussel revit le moment où lors de l’autopsie de Franck Artois, le docteur dit « Ce n’est pas un plaisir, c’est mon travail. Si c’était un plaisir vous seriez en train de me rechercher à l’heure qu’il est. Je ne serais pas de ce côté de la justice. » Cette phrase lui fit l’effet d’une bombe.

— Le plaisir… espèce de petite pute !

Roussel s’emporta, Klein fut obligé de le calmer et de le faire sortir de la salle, il ne servait à rien de continuer dans ces conditions. Les deux hommes s’éloignèrent de la salle pour que Roussel reprenne ses esprits.

Klein demanda au gardien de la paix présent près de la salle d’interrogatoire de ramener le docteur dans sa cellule en garde à vue. Il le reconnut tout de suite, c’était lui qui avait accueillit les deux policiers chez Franck Artois. Klein lui fit un signe de tête que le gardien de la paix lui rendit.

— Qu’est ce qui t’as pris là-dedans ? Demanda Klein à son ami.

— J’ai pété un câble, elle s’est foutue de nous depuis qu’elle travaille pour nous !

— Je sais, mais ce n’est pas en perdant ton sang froid que ça va arranger les choses,

Ils virent le gardien de la paix accompagner le docteur à sa cellule, lorsqu’elle s’empara de l’arme du policier placée à sa ceinture. Dans un mouvement rapide et inattendu elle agrippa l’arme. Le policier n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il se passait, qu’il se retrouva avec son arme de service collée à la tempe droite.

Tous les agents de police à proximité de la scène dégainèrent leur arme pour mettre en joug la preneuse d’otage.

— Lâchez cette arme ! Cria le lieutenant Roussel.

— Vous allez me laisser partir tranquillement, sinon je tue votre collègue. Vous savez très bien que ça ne me dérangera pas du tout et vous aurez à expliquer sa mort à sa famille.

— Si vous faites ça vous allez mourir aussi, répondit Roussel.

— C’est un risque à prendre, il faut être joueur dans la vie.

La situation au poste de police était des plus tendues.

— Il n’est pas question qu’on vous laisse partir et vous le savez très bien, affirma Klein.

— Je ne vais pas me rendre, je vais tenter ma chance, si je me laisse faire je passerai le reste de ma vie entre quatre murs, alors autant jouer mon va-tout lança le docteur.

Roussel n’avait pas l’intention de la laisser franchir la porte du poste de police librement et il prit sa décision.

— D’accord, on va vous laisser partir, vous avez raison on ne veut pas que notre collègue se fasse tuer.

Surprise, le docteur se déplaça légèrement sur le côté, offrant une cible. Prendre le risque de tirer mettait en danger la vie du gardien de la paix resté muet depuis le début, tétanisé par la peur.

Mais sans réfléchir plus longuement et au risque de blesser voire tuer son collègue avec un tir mal assuré, le lieutenant décida de tirer dans la tête du docteur Blanchard.

La balle traversa la pièce et les quelques mètres qui les séparaient en une fraction de seconde. Elle se logea sous l’œil droit du docteur. La violence du choc projeta sa tête en arrière. Du sang jaillit de la blessure. Le lieutenant avait réussi son tir, mais un second coup de feu avait retenti. Il ne venait pas d’un des policiers présents, mais bien de l’arme tenue par le docteur Blanchard.

Dans un spasme, l’index du docteur actionna la détente du pistolet et une balle sortit du canon de l’arme. Cette balle termina sa course dans le cou du gardien de la paix pris en otage. Il s’écroula en un instant.

Les mains collées à son cou, tentant d’arrêter le saignement, mais la blessure était trop importante. Ses collègues arrivèrent à ses côtés, ils tentèrent de comprimer la plaie, mais il était trop tard, le gardien de la paix se vidait de son sang. La mort l’attendait.

Le corps du docteur était allongé juste derrière, un trou béant à l’arrière du crâne, là où la balle était ressortie.

L’ombre n’était plus, emportant tous ses secrets avec elle.

Chapitre suivant : Chapitre 20

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Table des matières
  1. Chapitre 1
  2. Chapitre 2
  3. Chapitre 3
  4. Chapitre 4
  5. Chapitre 5
  6. Chapitre 6
  7. Chapitre 7
  8. Chapitre 8
  9. Chapitre 9
  10. Chapitre 10
  11. Chapitre 11
  12. Chapitre 12
  13. Chapitre 13
  14. Chapitre 14
  15. Chapitre 15
  16. Chapitre 16
  17. Chapitre 17
  18. Chapitre 18
  19. Chapitre 19
  20. Chapitre 20
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