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La nuit l'ombre est reine

Par Thomas Nouhaud

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 27 décembre 2017 à 16h03

Dernière modification : 3 janvier 2018 à 16h00

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Chapitre 1

Bordeaux 16 mai 2015, 3h30 du matin

 

Ludivine Deslauriers rentrait de chez son amie Justine après qu’elles eurent fêté le nouveau travail obtenu par cette dernière. Elle avait refusé l’hospitalité de son amie, car son domicile était proche, à peine 500 mètres. Elles s’étaient mises d’accord pour qu’une fois arrivée chez elle, Ludivine la prévienne en lui envoyant un SMS.

L’idée de faire ce trajet à cette heure tardive ne lui faisait pas peur. Ce n’est pas pour rien qu’elle prenait des cours de self défense tous les mardis soir dans le club de la ville. Malgré sa corpulence mince, Ludivine impressionnait son instructeur. Elle était capable de se défendre et de se sortir d’un mauvais pas, il en était certain. Le nez cassé d’un autre participant aux cours en était la preuve. Lors d’une simulation d’attaque, Ludivine avait fracturé le nez de ce pauvre homme.

En sortant de l’immeuble de son amie, elle s’accorda une cigarette. Cela faisait déjà plusieurs mois qu’elle essayait d’arrêter mais sans succès. Pourtant Ludivine connaissait les risques, son métier d’infirmière la mettait au contact de patients atteints de cancer du poumon notamment.

Cette cigarette lui permettrait de passer le temps bien que le trajet ne dût prendre que quelques minutes. Elle avait l’habitude de faire ce court trajet entre le domicile de son amie et le sien à toutes heures du jour et de la nuit. Ce n’était qu’une formalité. Les rues bordelaises, à cette heure tardive ou matinal en fonction de son activité, étaient désertes.

Enfin, c’est ce que Ludivine croyait. Elle n’avait pas remarqué la forme humaine située à plusieurs mètres derrière elle.

Mais l’Ombre qui la suivait discrètement depuis qu’elle était sortit de chez son amie n’était pas de cet avis. Le trajet serait plus court que prévu. Elle se faufila entre les voitures garées pour la nuit aux bords du trottoir, pour ne pas se faire repérer. Chance supplémentaire, tous les lampadaires de la rue étaient en panne ce soir-là.

Ludivine pensait à son mari parti depuis plusieurs jours en déplacement. Il devait négocier un gros contrat pour son entreprise informatique. Il ne serait de retour que le lendemain. Ce gros contrat lui permettrait d’offrir à son épouse un tour d’Europe des capitales pendant plusieurs semaines. Le couple avait ce projet en tête depuis des mois, mais leur compte en banque ne leur permettait pour l’instant de le concrétiser. Tout aurait changé si la signature de ce contrat se réalisait.

Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas les bruits de pas qui se rapprochaient d’elle a grande vitesse. L’Ombre n’était plus qu’à quelques centimètres du corps de la jeune femme. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. La pression du sang sur ses tempes était grandissante. L’adrénaline était à son maximum. Ce moment était le préféré de l’Ombre. Ce moment, où la vie de sa proie est entre ses mains. Ce moment, où elle s’approche si près de sa victime, que celle-ci peut désormais sentir son souffle sur cou dénudé.

Brutalement l’assaillant plaça sa main gauche sur la bouche de sa victime pour l’empêcher de crier. Même si les rues étaient désertes, laisser sa victime crier, n’était pas envisageable. Si une personne entendait la jeune femme appeler à l’aide, les risques de se faire surprendre augmenteraient.

La peur paralysa Ludivine. Elle n’eut pas le temps de reprendre ses esprits pour se débattre et tenter de fuir. L’emprise de l’agresseur sur elle était totale. Elle tenta vainement de pousser un cri mais la main plaquée sur sa bouche lui ôta toute puissance. Seul un bruit étouffé s’échappa, bien trop faible pour être entendu par quelqu’un.

L’Ombre saisit son couteau dans la poche de son blouson, puis l’enfonça avec force dans la chair de sa proie. Ce n’était pas le moment que l’Ombre préférait, mais c’était l’instant obligatoire pour ressentir toute l’adrénaline de la chasse.

Le couteau s’enfonça jusqu’à la garde dans le corps de Ludivine. Elle sentit le froid de la lame la pénétrer. Elle sut à cet instant que tout allait se terminer ici, dans cette rue sombre et déserte. Elle sut qu’elle n’aurait jamais la chance de se promener dans le parc Volksgarten à Vienne, de visiter le Colisée à Rome, d’écouter Big Ben à Londres, de marcher sur le pont Saint-Charles de Prague ou de contempler les vestiges de l’Acropole d’Athènes.

L’Ombre donna un second coup de couteau dans le ventre de sa proie pour abréger ses souffrances au maximum. Elle n’éprouvait pas de plaisir particulier à ce moment-là. Au contraire, elle voulait en finir rapidement.

Ludivine sentit son corps se vider lentement. Le liquide chaud qui quittait son corps coula le long de son ventre et de sa jambe. Elle qui était si heureuse quelques secondes auparavant était étendue sur ce trottoir au milieu d’une flaque de sang qui grossissait rapidement. Elle avait toujours les yeux ouverts. Mais il n’avait plus la même lumière maintenant. Ils étaient perdus dans le vague. Et cette expression sur son visage. Cette expression de peur, qui restera à tout jamais figée sur son visage.

Une fois sa victime étendue au sol, l’Ombre sortit son téléphone portable pour immortaliser cet instant. Elle prit une photo du corps, en arborant un air satisfait. Le plaisir avait été d’une grande intensité.

L’Ombre repartit rapidement pour éviter d’être vu à proximité de la scène de crime. Ce soir le sommeil ne viendrait pas, comme toujours après ces moments-là. L’excitation était toujours présente. Elle se dissiperait petit à petit et ce manque se ferait de plus en plus grand. Et le besoin de combler ce manque reviendrait. Une petite marche sur les quais semblait appropriée. À cette heure-ci ils étaient encore déserts. Arrivée au bord de la Garonne, l’Ombre sortit son couteau et le lança le plus loin possible dans le fleuve. Qui irait chercher un couteau au milieu de la Garonne ?

L’arme du crime au fond de l’eau, l’Ombre commença à marcher en direction de son domicile.

Chapitre suivant : Chapitre 2

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Table des matières
  1. Chapitre 1
  2. Chapitre 2
  3. Chapitre 3
  4. Chapitre 4
  5. Chapitre 5
  6. Chapitre 6
  7. Chapitre 7
  8. Chapitre 8
  9. Chapitre 9
  10. Chapitre 10
  11. Chapitre 11
  12. Chapitre 12
  13. Chapitre 13
  14. Chapitre 14
  15. Chapitre 15
  16. Chapitre 16
  17. Chapitre 17
  18. Chapitre 18
  19. Chapitre 19
  20. Chapitre 20
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