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Quelques nouvelles du NET

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 1 avril 2011 à 0h00

Dernière modification : 16 octobre 2013 à 1h07

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Masques et Mascarades

    Avertissement.

    Ce texte, entièrement composé de dialogues, est assez déroutant. La première partie se déroule sur un forum. Les personnages s'expriment à mots couverts derrière des pseudos.

    La seconde partie donne de nouvelles clés pour expliquer la première, très hermétique.

    La dernière partie, qui s'avère être la confrontation entre deux personnages de la première donne encore quelques éléments.

    Mais au-delà des faits relatés (totalement caricaturaux), il faut y retrouver des situations similaires plus actuelles ou passées. De même, les personnages stéréotypés (le politique, le marchand, le peuple qui réfléchit, le peuple qui bouge et l'idéaliste) sont transposables dans un autre univers, plus virtuel et plus réel que cette fiction. Vous voyez lequel ? Enfin, qui a le plus beau rôle dans cette histoire ? Étonnant non ?

1°Acte

Zèbre Blanc : Bonjour à tous. Je suis nouveau ici. Je suis votre conversation depuis une petite dizaine de minutes. Je suis d’accord avec Elefanto : il ne faut pas vendre la peau du lion quand on n’est qu’une petite gazelle.

Girafon :

Salut Zèbre Blanc. Et bienvenue. Nous sommes quand même tous là pour faire de nouvelles rencontres aventureuses.

Gnoutter : Et pouvoir goûter à l’herbe la plus tendre.

Zibeline : Pour les amateurs, il faut savoir aussi caresser dans le sens du poil.

Girafon :  Pour moi, il y a aussi peignée et peignée.

Zèbre Blanc : Moi, je ne suis pas là pour ça. Tout ce que je recherche, c’est me faire connaître et pouvoir compter sur vous pour me suivre.

Elefanto : Tu es bien direct. On n’a pas le droit de l’être.

Zèbre Blanc : Je ne parlais pas de promenade au clair de lune, juste de point de vue.

Zibeline :

On peut évidemment s’accorder sur l’état du Soleil.

Girafon : À condition qu’il soit officiellement conforme.
Gnoutter : Assurément.

Zèbre Blanc:

On peut tout de même contempler son crépuscule.

Zibeline : Et qui voudrait avoir rendez-vous avec la lune ?

Potame :

Il n’y a pas de pont sur la rivière. Cela n’empêche pas l’eau de couler même si la caravane reste sur la même rive.

Zèbre Blanc : La carpe rapporte que de nombreux ibis roses sont prêts à s’envoler.

Girafon :  Pour aller où ?

Zèbre Blanc:

Vers des lacs sans crocodile, plus au nord de la plaine.

Zibeline :

Les larmes de crocodiles sont fatales aux grenouilles.

Girafon:

Les hérons aussi. Mais elles en ont choisi un pour roi.

Elefanto: Attention au poids des mots.

Zèbre Blanc : Pour qu’ils soient entendus, il leur faut une mauvaise réputation et de mauvaises fréquentations. Les filets se chargent alors de les retirer du courant pour les enfouir sous les berges.

Potame : Peu nombreux, ils peuvent aussi passer au travers des mailles et les carpes les guident à bon port.

Girafon : Il est des gorges profondes plutôt nouées qui les gardent pour elles.

Zèbre Blanc : Tels Ulysse, ils retrouveront Pénélope.

Zibeline : Et toi Paris, que feras-tu pour Hélène ?

Zèbre Blanc:

Je l’emmènerai là où nul Mélénas ne pourra la retrouver.

Gnoutter :
Zibeline, moi je te propose une alcôve au bout d’un tapis de pétales de roses.

Potame :
Zibeline doit préférer un billet doux pour une île déserte.

Zibeline : Moi, je ne recherche qu’un Cicérone accrédité par l’agence de voyage.

Zèbre Blanc :

En trouvant le gué, chacun peut passer la rivière sans risque.

Girafon : Et les crocodiles ?

Zèbre Blanc :

Ils ne peuvent voir le gué et doivent couvrir toute la rivière. Les carpes donnent le feu vert.

Elefanto : Je rappelle l’éthique. Pas d’organisation de partie de cache-cache ici. Vous devez tous respecter les engagements en cours.

Zèbre Blanc :  Rassure-toi Elefanto. Mes intentions envers Zibeline ne vont à l’encontre d’aucune sensibilité si elle est aussi seule qu’elle le prétend.

Girafon :
Nous allons de concert elle et moi. Zèbre Blanc ne peut que stimuler son imagination. Mais c’est moi qui protège sa route.

Gnoutter :
C’est pas juste. Il y a déjà si peu de gazelles ici. Si en plus elles viennent avec leur chaperon…

Vive Hyène :

Et si tu venais plutôt rire avec moi, Gnoutter ?

Gnoutter :

Après tout je te trouve charmante avec cette puce à l’oreille.

Vive Hyène :

Continue comme ça et tu vas pouvoir te gratter.

Gnoutter :
Ce n’est pas parce que ça me démange que je ne sais pas rester de marbre.

Vive Hyène : Si froid ?

Gnoutter : Ton rire m’échaufferait plutôt.

Zèbre Blanc :

C’est le chemin de Zibeline. Ouvrez-en un autre.

Gnoutter :
No problémo Zèbre Blanc. À une autre fois peut-être Zibeline.

Zibeline :

Bien sûr Gnoutter. Et toi ZB, dis-moi comment gagner l’autre rive.

Girafon : Dis moi ZB, as-tu perdu tes rayures, ou les as-tu peintes en blanc ?

Zèbre Blanc : Elles sont restées sur votre rive, comme resteront tes taches de ce côté-ci.

Potame : Très chère Zibeline, je me fais fort de prochainement vous prendre sur mon dos pour une traversée mémorable des éléments.

Girafon :  Une tendre nathantilope de tes amies sera t-elle mon guide ?

Zèbre Blanc :

Sur un autre chemin, plus tard, Athéna, une chouette borgne pleine de sagesse, t’abordera.

Scène 2

« J’en ai assez de vos sbires incapables. Malgré tous nos efforts, des évasions se préparent sur le Net. Je ne peux quand même pas encore doubler les effectifs pour repérer ce genre d’activités.

— En tant que ministre de la communication, j’ai pourtant pris toutes les mesures possibles. Pseudos et avatars sont imposés aléatoirement à l’ouverture de session. Il y a obligation d’un langage extrêmement châtié et «apparence» cours de récréation pour les sites dits de rencontre afin de ne pas choquer les jeunes enfants.

J’ai mis en place un modo par fil de discussion et des créneaux horaires «personnalisés» afin que des intervenants ne puissent se croiser une deuxième fois… Je ne comprends pas comment ils parviennent à détecter nos taupes et à trouver les candidats au départ.

— Il faut croire que toutes ces mesures sont insuffisantes. Mais elles le sont à cause de la bêtise du modérateur. En cas de doute, il peut aisément retrouver l’identité des intervenants. Seulement, il n’y a pas eu de doute sur cette conversation alors que n’importe qui d'un peu évolué comprend les doubles sens et les allusions.

— C’est le problème, Président. Le niveau intellectuel de la population a beaucoup baissé. Or, les quelques intellectuels restants ont eux une culture étendue qui permet de rester hermétique à nos modos, recrutés parmi la masse qui nous soutient. Mais on ne peut pas recruter dans le milieu «intellectuel», c’est lui qu’on surveille…

— On a besoin des intellos, mais seulement en petit nombre. On ne peut pas les supprimer. Mais il ne faut pas non plus qu’ils nous échappent. Seulement les deux intervenants étaient classés I7. Cette «classe» intellectuelle n’a pas le niveau d’une telle discussion. Et il s’agissait bien d’eux quand on a relevé les adresses IP.

— Ils ont bien ‘disparus’ mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’eux. Il y a eu à mon avis imposture sur l’adresse IP qui a été utilisée illégalement alors que les deux disparus n’en avaient plus besoin. Plusieurs intervenants ont pu utiliser cette adresse à leur place. Si bien qu’on ne sait pas où ils en sont dans leur processus d’évasion, puisque nous ignorons en plus comment ils agissent.

— Vos informaticiens sont des incapables !

— C’est vrai. Il faut dire que les bons ont été écartés pour des raisons de suspicion. Nous utilisons des logiciels primaires conçus sur notre sol au lieu de logiciels plus élaborés mais dont les sources nous échappent. Enfin, un filtrage automatique efficace sur les mots aujourd’hui employés est impossible. Le résultat serait chaotique, non significatif et rendrait son exploitation inefficace.

— Nous avons aussi nos propres rabatteurs qui piègent les candidats au départ, mais leur action aujourd’hui est quasi nulle. Comment se fait-il que des extérieurs parviennent eux à les contacter ?

— Nous ne pouvons hélas que faire des recoupements entre plusieurs conversations pour retrouver un «code» afin de se reconnaître malgré les avatars et les pseudos, seulement nous avons une logique d’après coup. Nous ne pouvons supprimer le Net, car il nous permet aussi de correspondre et de «tenir» nos concitoyens. Mais l’extérieur s’invite alors sur nos forums. Seulement, les contacts établis ne peuvent pas être suffisants pour une fuite bien organisée. Il manque l’information nécessaire que l’extérieur doit pouvoir fournir aux candidats au départ pour l’évasion.

— Il doit y avoir un moyen parallèle au Net. Trouvez-le ! Retournez avec vos équipes, et ne revenez pas sans résultats.

Épilogue

    « Encore deux qui ont réussi à rejoindre le Continent.

     — Nous avons eu plus de chance par la mer que par le mur cette fois.

     — Il n’empêche que la France a décidé de ne rien faire pour les exilés corses.

     — Ils ont voulu l’indépendance, puis ensuite se sont divisés. C’est leur choix.

     — Ils n’avaient pas prévu un descendant napoléonien ambitieux.

     — Qui s’est fait élire tout d’abord.

     — Comme les deux autres auparavant. En tout cas, il ne risque pas de nous envahir.

     — C’est aussi plus grand que Sainte Hélène.

     — Son régime ne tient que par la terreur et l’autarcie. Il faut aider la Corse du Nord à refaire une unité démocratique.

     — Tu ne me convaincras pas. Moi, mon boulot, c’est extraire pour le compte de leur famille les opposants au régime. Mais la cause de la grande Corsica, qu’elle soit démocratique du Nord, ou impériale du Sud, je m’en moque totalement.

     — Tu ne fais ce boulot que pour l’argent ?

     — Bien sûr. Et c’est pour ça que je le fais mieux que vous. Tout corse aujourd’hui porte les armes pour se défendre de l’invasion d’autres corses. Votre mur de barbelés, entre vos tranchées de surveillance, fait de vous la risée de l’Europe entière. Vos quelques vedettes de part et d’autre servent plus à couler des bateaux de pêche qu'à jouer le rôle d’une marine efficace. Sans moi, personne n’aurait pu quitter la corse du Sud.

     — C’est vrai que cette idée d’envoyer des messages publicitaires «ciblés» pour transmettre les instructions était plutôt ingénieuse. Mais enfin, cette base client à l’origine était tout à fait illégale.

     — Petit cadeau d’un père informaticien et gendarme pour aider son fils dans les affaires. Si toute la population n’avait pas été aussi «cadrée» par les vendeurs du Net, et utilisatrice de la publicité pour commander certains produits, nous n’aurions pas pu retrouver les personnes avec les mélanges de lignes qu’a organisé le nouveau pouvoir.

     — Sans notre bateau, vous ne gagneriez rien.

     — Le «Faucon Millénium II» a quand même l’autorisation d’accoster à Ajaccio et donc le droit de franchir les lignes de la marine sudiste grâce à ma petite entreprise de semences et d’engrais. Si les passagers se plaignent parfois de l’odeur ou de la faune des cales, ils ne se sont jamais sentis à l’étroit, malgré tous les fromages que je suis obligé d’exporter avec eux si je veux garder mon entreprise non suspecte. Et puis, c’est vous qui au début du conflit avez coulé mon «Faucon Millénium» premier du nom.

     — Vous avez la rancune tenace.

     — Juste le sens des affaires. Et je n’aime pas recevoir de leçons d’idéalistes qui transforment une jolie petite île touristique en un champ de bataille.

     — La Corse n’avait pas pour destinée d’être une marina française, ni un asile de vieux continentaux.

     — Elle restera donc une terre sauvage, objet de conflits internes, encore plus longtemps.

     — Unie et indivisible, cela pourrait changer.

     — Unis, vous le serez un jour prochain, dans la misère… Vous dépendiez du continent pour la plupart des ressources. Votre bio éthanol abîme les moteurs, et seuls les diesels tourneront encore un temps au colza. Néanmoins, l’âne, le bœuf et le cheval reprennent de plus en plus souvent du service.

     — C’est à cause de la guerre. Ensuite, nous nous réorganiserons.

     — Je vous aurai quittés depuis longtemps. Vos routes s’abîment. Vos téléviseurs ne sont pas remplacés, vos ordinateurs sont dépassés. Bientôt, on s’ennuiera à mourir chez vous.

     — Avec la paix, nous pourrons avoir quelques touristes qui ramèneront des devises.

     — Ils seront plus insupportables que les résidents métropolitains qui aimaient votre île et qui étaient prêts à y investir. Vous en avez trop chassés pour qu’ils fassent de la publicité pour votre hospitalité. Et dépossédés une fois, ils ne reviendront plus.

     — Vraisemblablement, un jour, nous nous passerons de vos services.

     — Il faudra bien. Vous ne serez bientôt plus rentables pour moi.

     — Au moins avec vous, on sait avec qui on travaille.

     — C’est réciproque.

    

    

    

    

    

    

    

    Ndla : La fin est un peu abrupte, mais ils se sont tout dit.

Chapitre suivant : Virtuellement sien

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Table des matières
  1. Préface
  2. Ad Vitam et Æternam
  3. Drapeau Noir
  4. Le forum Maléfique
  5. Nuit d'angoisse
  6. Fibre artistique
  7. Masques et Mascarades
  8. Virtuellement sien
  9. Sentimental Blog
  10. Résopolis
  11. Jackpot
  12. L'ascète prophète du Net
  13. Paris au mois d' Août
  14. Inspiration
  15. Le Sujet délire (pas très Net)
  16. Nipponne
  17. Survivre sur le Net
  18. Mégalo Maniaque
  19. Fil noir
  20. Grand Foutoir
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