Atramenta

Retour à l'accueil Atramenta

Quelques nouvelles du NET

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 1 avril 2011 à 0h00

Dernière modification : 16 octobre 2013 à 1h07

Vous êtes en mode "plein écran". Lire en mode normal (façon ereader)

Drapeau Noir

    Introduction

    Appelez -les comme vous voulez. Pirates, Sauterelles, Hackers, Délinquants, Voyous... Que de crimes contre la liberté on commet en leur nom !

    Les "zègles" de la route reviennent de l'enfer pour transformer les rampants en carpettes. Carpaccio à tous les carrefours, pleins feux sur le bitume ! Vive le cocktail essence-kéro nitreux pour effacer les miasmes du diesel colza ! Bottes de cuir renforcées titane, tee-shirt noir iron maiden, pantalon cuir, lunettes noires, casque rond, tatouages, piercings, cheveux longs, nana même look mais en plus dénudée, bande de copains aussi déjantés, et c'est parti pour semer la terreur et la désolation. La horde sauvage des bikers, tueurs de flics, bouffeurs de max fou, en deux, trois ou quatre roues revient pour régler ses comptes avec les radars automatiques et les empêcheurs de rouler librement. Derrière elle, les quat-quatreux, les truckers et les roadsters comptent bien éparpiller les restes.

    Quoi ? La route est devenue un long fleuve tranquille sur lequel on se déplace en fauteuil, avec une ceinture de sécurité, un coussin d'air, une direction assistée, un régulateur de vitesse, un ordinateur de bord, un radar anti-collision, et une chaîne hi-fi pour écouter les mièvreries de la star'ac ? On n'entend plus les moteurs, les pneus font cinquante mille kilomètres et les freins sans amiante ne chauffent même pas.

    Tu roules avec un litre d'eau, deux cents grammes de sucre et quatre frites végétaline au cent tout en payant une taxe au kilomètre à l'état puisque on ne peut plus taxer le carburant. Deux km/h de trop, une bière, ne pas avoir branché le pilote automatique, et c'est l'amende, l'emprisonnement, la perte des droits civiques, de son boulot et la confiscation du véhicule. Obligé ensuite d'utiliser les transports en commun avec le quatrième âge. Et sans dire de gros mots ! Pas le droit d'allumer une clope non plus.

    Quant à la bagnole, tu paies une assurance pour les frais médicaux, mais le dégonflage des quarante-huit airbags au moindre choc est à ta charge. Pour la bagatelle de dix ans d'économies, tu as le droit de rouler à trente à l'heure dans une voiture jetable biodégradable dès le premier jour. Mais t'as la clim et tu règles la vitesse de l'air sur ton visage.

    Sortis des âges sombres des premiers temps de la circulation, ils viennent venger leurs frères d'aujourd'hui, obligés de regarder de vieux films d'action bien truqués dans des «fauteuils de simulation» comme certains regardent des films X en cachette au lieu de proposer un truc bien sympa à Germaine. Les moteurs rugissent, l'huile chaude suinte, l'air vrombit autour d'eux et remue les tripes. Sous les capots, les pompes de reprise aspirent bruyamment leur ration de jaja. Les culasses rougissent, les pistons cognent, les carrosseries vibrent, les freins couinent, les pneus hurlent. Des vapeurs noirâtres troublent l'horizon derrière eux.

    Cinquante kilos. C'est le poids à vide d'un véhicule automobile individuel. La couleur autorisée pour les particuliers est le jaune canari. C'est visible de loin. C'est rassurant. Tu peux rajouter deux wagons, un pour l'épouse et/ou les courses, et le dernier pour les gosses. De toute façon, tu n'as pas le droit d'en avoir plus de deux (wagons, épouses, enfants…). La carrosserie est en fibre de verre. Le châssis est réduit à sa plus simple expression et de nombreux silent-blocs en caoutchouc font oublier la présence du moteur à dépression.

    Qui sont-ils ces rebelles à l'Ordre établi depuis deux-mille-dix ? Deux générations de veaux consommateurs encadrés par des gorilles et la diffusion neuro-médias ne peuvent avoir engendré cette marée contestataire.

    Les «balles de tennis» (surnoms donnés aux voitures) essaient de fuir mais le demi-tour est interdit par d'autres fuyards. Certains préfèrent donc les profonds fossés qui bordent la route de chaque côté et qui n'offrent aucune échappatoire par les champs environnants aux lances perforatrices du premier rang des motards sombres. Les conducteurs restent alors bloqués par leur ceinture et les airbags. Ils assistent, effarés, au spectacle dantesque qui est en train de se monter devant leurs yeux incrédules et apeurés.

    Car, dans l'autre sens, surmontés de gyrophares, les blindés gris des forces de sécurité écrasent sans hésitation les particuliers qui les gênent pour se porter au plus vite au contact des réfractaires. Au sommet de chaque tourelle, un sous-officier scrute l'horizon avec ses jumelles, protégé derrière son bouclier en plexiglas. Les blindés sont à deux de front et leur colonne est ininterrompue sur un bon kilomètre. Entre les grosses roues, deux sinistres aiguilles noires, les canons de mitrailleuse 12,7 qui ressortent de la caisse par une sombre fente.

    Les deux masses se rapprochent. À deux-cents mètres l'une de l'autre, les armes automatiques et les pots d'échappement crachent le feu. Les deux premiers rangs de motards sont décimés, le troisième rang s'écrase sur les deux premiers blindés et parvient à les stopper. Puis les fourmis noires descendent des véhicules pour monter à l'assaut des pachydermes. Les premiers rangs de blindés n'ont pas le temps de réagir que déjà leurs occupants sont tués avec des grenades lancées par les écoutilles. Les roues sont bloquées par des X d'aciers en trois dimensions disposés au sol qui pénètrent dans le pneu, puis se coincent entre celui-ci et la carrosserie, ou entre deux pneus. Les fossés latéraux trop profonds ne leur permettent pas la fuite, et les chars suivants ne comprennent pas ce qui se passe devant eux car ils sont gênés par le précédent. Quand les silhouettes noires sortent de la mêlée, il est déjà trop tard pour l'équipage surpris. Seuls ceux du dernier tiers de la file alertés par les cris des opérateurs radios agonisants sur leur fréquence auront le réflexe de fuir. Ils font machine arrière tout en tirant sur leurs camarades de devant, afin de retarder l'avance ennemie.

    Protégés par les derniers chars en feu, alors qu'ils ne les avaient pas encore atteints, les rebelles laissent éclater leur joie. Mise à part dans les premières secondes de la confrontation, leur vitesse leur a permis d'avoir des pertes légères pour une victoire totale. Les quatre roues chargent les morts et les motos, puis la horde retourne à son néant initial avant l'arrivée des forces aériennes.

    Celles-ci vont vitrifier la zone, avec les témoins encore vivants bloqués dans leur balle de tennis, ainsi que les quelques blessés survivants dans les véhicules blindés. Le monde ne doit pas savoir qu'une force inconnue résiste encore au régime du Grand Tsar Kho Six.

Chapitre suivant : Le forum Maléfique

Couverture
Couverture de "Quelques nouvelles du NET"
Etat
Cette oeuvre est déclarée complète, relue et corrigée par son auteur.
Mode d'affichage
L'avis des lecteurs
  • 4 aiment
Fond : 4 coeurs sur 5
Très bon : 2 lecteurs
Forme : 4 plumes sur 5
Fluide, agréable, sans fautes... : 2 lecteurs
Table des matières
  1. Préface
  2. Ad Vitam et Æternam
  3. Drapeau Noir
  4. Le forum Maléfique
  5. Nuit d'angoisse
  6. Fibre artistique
  7. Masques et Mascarades
  8. Virtuellement sien
  9. Sentimental Blog
  10. Résopolis
  11. Jackpot
  12. L'ascète prophète du Net
  13. Paris au mois d' Août
  14. Inspiration
  15. Le Sujet délire (pas très Net)
  16. Nipponne
  17. Survivre sur le Net
  18. Mégalo Maniaque
  19. Fil noir
  20. Grand Foutoir
Que pensez vous de cette oeuvre ?