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Quelques nouvelles du NET

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 1 avril 2011 à 0h00

Dernière modification : 16 octobre 2013 à 1h07

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Résopolis

Introduction

    Ce texte fait partie de mes plus difficiles à comprendre. Il part de l’analogie entre un réseau informatique surveillé et configuré à l’extrême et un système de gestion de la population par le contrôle de son habitat. De nombreuses techniques informatiques sont donc parodiées, techniques connues seulement des spécialistes réseaux. En plus, je suggère aussi des problèmes de société, de politique, de fonctionnaires, d’élite qui brident les droits du citoyen normal sous couvert de se préoccuper de sa qualité de vie et de sa sécurité. On est là aussi en plein dedans.

    Je choisis aussi quelques scénarios catastrophes à l’humour grinçant et des règles insoutenables. Je m’inspire ainsi d’un feuilleton radiophonique de Jean Yanne sur une société du «tout auto» qui recouvre le monde entier (routes et carrefours). Entre les routes, des usines de construction de voiture automatisées. La population est aussi en proie à une démographie galopante. Dans ce feuilleton, le conducteur vit 24 h sur 24 dans sa voiture et risque sa vie à chaque feux de circulation (carrefour dégagé au laser qui atomise les automobilistes coincés au milieu: Jean Yanne à cette époque ne connaissait pas le rond point).

    Et bien sûr, il y a des chefs aux commandes de ces sociétés totalitaires par la soumission quotidienne aux règles de circulation et d’usage qu’elles imposent.



    

    THESE DE SOCIOLOGIE

    *****

    M DEFACTOCETINSI Benvenuto



    5° jour du 2° Cycle de la 30° période après la SSI

    
PRESENTATION

     La SSI a en son temps modifié la société pré-SSI en plusieurs phases d’évolution, appelées Génération SSI version X . Il y eut une trentaine de version d’immeubles. Toutes les traces physiques de la civilisation précédente ont disparu, par destruction systématique évitant le retour en arrière. Les comportements sociaux ont été adaptés à l’immeuble, ce qui a détruit les structures sociales précédentes. Les archéologues d’aujourd’hui s’appuient sur les témoignages et les traces (photos etc) non effacées sur des disques durs de particuliers dans les immeubles morts depuis le grand chambardement.

     Après une analyse globale, je proposerai divers témoignages caractéristiques des évolutions sociologiques durant cette longue période d’oppression.

    
Rappel : SSI : Société de Sécurisation des Immeubles

    SSI : Système de Sécurité de l'Immeuble

    HISTORIQUE

    

    Au début, chacun était dans son coin. On s’échangeait avec une boîte, une assiette, une bouteille ….

    Tout le monde était locataire. Un propriétaire gérait la niche de chacun et la personnalisait sur demande ou laissait les moyens de le faire. Un facteur distribuait le courrier, une autre casquette relevait les compteurs, un chien était devant chaque porte.

    Puis on a créé l’immeuble, avec ses tuyaux, ses fils, son ascenseur, ses couloirs, son concierge, la femme de ménage, le jardinier, un gros molosse à l’entrée, juste à côté du … digicode. Mais chaque appartement avait sa clé, chaque étage sa couleur et si chacun avait ses toilettes, il existait une chaudière collective, une antenne de télé collective, une arrivée d’eau et un tout-à-l’égout.

    Pour gérer tout ça, on a créé un syndic. Au début, il s’agissait de locataires comme les autres. Mais, pour qu’il y ait plus de rationalité, de sécurité, et d’action, on a distingué les différentes tâches, on a spécialisé et on a hiérarchisé l’ensemble. Spécialistes et tâches à effectuer dépendraient d'une politique globale d'évolution et de mise en œuvre.

    Seulement voilà. Pour installer, dépanner ou relever les compteurs, il fallait être sûr de l’identité et de la compétence de l’exécutant. Il fallait aussi que le plombier n’éclabousse pas le travail de l’électricien, que le peintre peigne bien les murs et pas les surfaces vitrées. De plus, dans ce monde ou tout se ressemblait, des locataires se perdaient dans les couloirs, des enfants jouaient avec les ascenseurs et certains, rentrant tard et fatigués, se trompaient d’appartement, se couchaient dans l'obscurité et se réveillaient aux côtés de l’épouse du voisin, hasard, juste au moment ou celui-ci rentrait de son travail de nuit. Enfin, des locataires indélicats pseudo bricoleurs prétendaient vouloir une autre couleur de tapisserie ou crevaient un tuyau ou une gaine électrique en perçant un trou pour installer un cadre.

     Il était temps d’agir. On inventa le SSI (Service de sécurité de l’Immeuble).

     Primo, tous les locataires furent fichés. Chacun n’avait droit qu’à un itinéraire précis en partant de la porte d’entrée, un seul ticket montant, (ne pas perdre le ticket descendant), une clé, un appartement comme celui du voisin. Pour avoir des enfants et des pièces supplémentaires, pour aller emprunter du sucre à sa voisine, ou pour avoir Canal +, fallait demander au SSI les autorisations ponctuelles ou permanentes nécessaires. Certains petits malins, faisant fi de la loi, passèrent par les balcons. Il y eut des chutes. Lorsque ils voulurent rentrer chez eux, le digicode refusa de leur ouvrir la porte sous prétexte qu’ils étaient déjà à l’intérieur. Le temps que le SSI s’en aperçoive, certains périrent de leurs blessures consécutives à la chute, voire même beaucoup plus, de froid ou de faim devant l’immeuble.

    Les rescapés étaient difficilement ramenés chez eux, car ils passaient de main en main, du vigile récompensant son molosse d’avoir mordu le vilain resquilleur au chef de poste habilité à ouvrir la porte, puis attendant que le responsable des ascenseurs soit prévenu par le responsable du couloir, enfin que le serrurier de l’immeuble puisse ouvrir leur porte après autorisation des services de police.

     On condamna balcons et fenêtres. Le logement, c’était pour se reposer pour aller bosser le lendemain, et c’est tout. Pour que personne ne perde plus sa clé, ou ne trifouille dans la serrure du voisin, le progrès permit l’instauration de dispositifs bio-métrico-anthropomorphiques coûteux à reconnaissance vocale pour chaque changement de zone.

    Par précaution, on coupa les mains des locataires lambda et on instaura l’éclairage automatique, la douche à heure fixe et le biberon au mur dans chaque appartement. On ne parvint pas à faire des pantalons ou des chemises à ouverture automatique, donc  tout le monde s’habilla d’un tee shirt ample, d’une salopette et les sous-vêtements disparurent.

    Pour éviter les tentations de fraude, on installa des «mains courantes» à suivre avec les moignons et chaque locataire dut porter des lunettes opaques. Pour mieux repérer les égarés, la SSI imposa à chaque utilisateur de porter des vêtements de la couleur correspondant à son étage. Enfin, chaque habitant dut avoir dans le dos son adresse IP («International Position» pour les anglicistes) à 254 caractères alphanumériques.

    Restait le cas des nombreux MSI (Maintenanciers des services de l’Immeuble ). Les postes les plus primaires ne nécessitaient qu’un doigt pour indiquer à un chef, ou pour appuyer sur un bouton au bon moment. On leur coupa donc les neuf autres. Au moins avaient-ils la consolation, par rapport aux locataires sans main de pouvoir  se gratter le nez, l’oreille ou d’essuyer une larme entre leurs œillères.

    D’autres MSI un peu plus sophistiqués furent autorisés à garder leur pouce, pour pouvoir prendre des objets simples. Des techniciens très compétents et mieux placés dans la hiérarchie s’offusquèrent des mutilations imposées à leurs collègues moins «autorisés». Leur fronde se traduit par un doigt vengeur levé à l’encontre des dirigeants. Ils finirent amputés de leurs majeurs et ils ne furent autorisés à lever leur index que pour poser une question non dérangeante permettant à leurs supérieurs de trouver une solution immédiate.

    D’autres enfin, trop impolis et vraiment irrespectueux durant le mouvement de révolte eurent tous les doigts collés entre eux en position tendue. On leur donna aussi la charge importante et de confiance de gérer une situation non prévue au départ et qui devait s’avérer à chaque fois sacrément catastrophique, ce qui conforta dans l’opinion l’incompétence des frondeurs. Mais, en coupant les mains aux locataires de base, ceux-ci ne pouvaient plus se torch…subvenir à leur hygiène. Les techniciens récalcitrants furent donc chargés aussi de cette maintenance.

     Les immeubles se développèrent, fusionnèrent, recouvrirent l’espace. La gestion standardisée exigeait de moins en moins de techniciens évolués, mais ceux-ci étaient stressés par les nombreuses demandes non prévues au départ, auxquelles les autres éclopés ne pouvaient plus subvenir. Après leur suicide collectif, il fallut deux générations de bébés nés complets (heureusement la nature ne connaît pas la SSI) pour rétablir l’équilibre mis en péril par ceux qui pensaient que le progrès est la conséquence de l’ordre strict, de la rationalisation à outrance et de la suppression des gaspillages et de tout ce qui semble inutile, futile ou tout simplement humain.

     *****

    Pièces jointes en annexe

     Extraits choisis d'histoires individuelles

    Extrait 1

    L’auteur de ce récit narre un épisode de sa vie se situant à la 5 ° génération d’immeubles, plus fiables, plus normalisés, plus intégrés que les générations précédentes. À ce moment-là, la première révolte a été matée.

     «On vint nous chercher à notre porte. L’âge du locataire de base venait d'être abaissé à huit ans. J’allai donc avoir mon propre appartement plus tôt. Autour de moi, il y aurait plein de garçons comme moi. Mes parents auraient des appartements joints à seulement sept étages du mien. Ma mère était un peu triste, mais les programmes télévisés de la SSI nous avaient préparés à cette éventualité. Et puis, papa et maman étaient maintenanciers de quatrième niveau. Cela leur laissait quelques privilèges, comme d’avoir accès à une grande salle ou nous pourrions nous voir trois fois par semaine. Seulement, à notre époque, il était inconcevable que les appartements n’aient pas tous la même taille, puisque les visites se passaient dans des salles réservées à cet effet.

     Nous fîmes notre sac. Chacun ne devait emporter que ce qu’il pouvait mettre dans le sac, le même pour chacun. Je dus abandonner une partie de mes jouets et mes livres, trop lourds. De toutes façons, j’allai avoir à disposition un superbe ordinateur multimédia câblé avec programmes SSI (Vingt chaînes jeunes) pour moi tout seul dans mon nouvel appart. Je ne perdais donc rien au change. Alors que nous franchissions la porte d’entrée et rentrions dans le souterrain, je remarquai que Papy et Mamie ne venaient pas avec nous. Les nouvelles normes d’appartement ne pouvaient pas leur convenir. Ils ne parvenaient pas déjà à bien utiliser les commandes des leurs. Mais ceux-ci  seraient rénovés et encore soutenus pendant dix ans…

    Tous les cent mètres, notre groupe perdait quelques éléments. Sans conséquence. Nous ne les connaissions pas pour la plupart, même si nous en avions croisé quelques-uns au fil du temps. Puis ce fut à notre tour de quitter le groupe.

    Cette fois, l’entrée de l’immeuble était située dans les locaux techniques du deuxième sous-sol. Nous étions un immeuble de maintenanciers, hexagonal, avec la charge de treize immeubles de locataires - six au même niveau, sept au dessus. Plus tard, je compris que moi aussi je deviendrai un maintenancier, si je suivais correctement sur mon micro-ordinateur les cours dispensés par le SSI. Le chemin de l’école allait de mon lit à ma chaise dans l’appartement. La seule tentation était la porte du combiné toilette. Heureusement, une petite fenêtre dans un coin de l’écran pouvait s’allumer de temps en temps afin de parler à Papa ou Maman. Sinon, je ne sortais de l’appartement que pour rejoindre le professeur de cas pratiques et nous intervenions directement sur les incidents des immeubles accolés.

    Pour en revenir à cette journée de déménagement, je me souviens de mes parents ouvrant la porte de mon appartement, m’embrassant sur le seuil avant de me céder le passage. Curieux et excité, je ne mis que dix secondes à leur dire au revoir. Ma mère fut la victime d’une panne de ventilation la semaine suivante (un bug ayant vite fait l'objet d'une mise à jour) et mon père, trop occupé par les tâches d’ajustement, perdit l’habitude de me contacter.

    Plus tard, je dus le décevoir lorsque il me vit dans le groupe des insurgés. J’étais un homme de vingt ans, mais il m’avait reconnu immédiatement. Nous n’en discutâmes jamais par la suite. Il mourut deux ans plus tard, d’une crise cardiaque. Sur son disque dur, je retrouvai des photos de moi et de maman que je n’avais jamais vues. Je jurai alors la destruction de tous les immeubles»

    

    Extrait 2

    Ce récit est tiré du disque dur d’un haut responsable de l’immeuble (8°génération). Manifestement, à la fin de sa vie, il mesure avec lucidité l’étendue de la décadence et de la perversion mentale de la politique de la SSI sur le locataire et les différents degrés de responsabilité des maintenanciers.

    «Il fallait absolument gérer l’explosion de colère des locataires soumis à des contraintes de déplacement plus rigoureuses. D’un côté, les programmes de loisir de la SSI, très sophistiqués, furent simplifiés, afin que les yeux seuls puissent les contrôler. Le contrôle visuel devait pouvoir subvenir à tout besoin afin que les individus avec leurs mains ne puissent toucher là où il ne fallait pas pour passer outre le dispositif de contrôle.

    De l’autre, les techniciens mirent les bouchées doubles pour installer les dits dispositifs dans les couloirs, escaliers, aux portes et dans les appartements. Tout fut présenté comme un magnifique progrès. Tout ce que l’on souhaitait, à l’œil. Je vois, je fixe, je cligne, j’ai. Il y eut des prix à gagner quand on obtenait le maximum de points au test de contrôle. Ainsi toute le population s’entraîna t-elle à maîtriser cette interface.

    Des équipes passèrent ensuite dans les appartements pour brider l’utilisateur par l’amputation de ses «fonctions antérieures obsolètes». Leurs moyens de communication furent ensuite «contrôlés» pour qu’ils ne puissent prévenir les autres des nouvelles limitations de leur existence avant que leurs correspondants n'aient subi le même sort.

    Une petite erreur de planification fit traiter ainsi trois opposants à cette politique, qui perdirent de fait leur emploi qu’ils n’étaient plus à même de tenir. Ils furent remerciés et indemnisés par l’octroi d’appartements grand luxe mais plus personne n’entendit parler d’eux.

    Personne ne tenta de les contacter non plus. Personne ne voulait se compromettre avec des parias. Les décisions venant d’en haut eurent aussi beaucoup plus de soutien qu’auparavant. Chacun tenait aux droits que nombre de locataires n’avaient plus… et qu’il tenait à transmettre à sa famille. Toute la Société de Sécurisation des Immeubles se trouva renforcée dans sa hiérarchie et en cohésion.

    Malheureusement, l’esprit critique et le compte rendu négatif ne trouvèrent plus assez de relais pour éviter les catastrophes. Les facteurs déclencheurs étaient les mêmes à chaque fois : les évolutions de normes, toujours plus restrictives, dont les éléments aggravants étaient dus aux contraintes de la sécurité, décidées par la Direction Globale de la Sécurité de l’État, direction mise en place depuis les émeutes, cinquante ans plus tôt dans quatre immeubles... immeubles qu’il avait fallu détruire, avec tous leurs locataires pour éviter une propagation de la révolte à tous les immeubles avoisinants.

    Les émeutiers en furent tenus pour responsables. On les accusa d’avoir voulu eux-mêmes organiser leur immeuble et d’avoir ainsi désactivé le système de régulation du circuit d’oxygène.

    À mon niveau, je fis porter le chapeau à un jeune stagiaire. Contre toute attente, j’eus une promotion. Aujourd’hui mis à l’écart, en pré-retraite, je laisse à mon poste une trace pour mes successeurs afin qu’ils puissent éviter de commettre les mêmes erreurs que moi.



    Extrait 3

    Ce récit date de la troisième génération d’immeuble. Il y a passation de pouvoirs à la direction du SSI. Un cadre, évincé raconte les conséquences de cette mutation profonde.

    «Lorsque j’appris qu’un nouveau venu avait obtenu la place de chef d’équipe d’architecture d’immeuble, j’entrai dans une colère noire et décidai d’aller voir le grand patron responsable du projet A319BE24. Ce fut le nouveau grand patron qui me reçut. L’ancien avait obtenu une place de choix dans un immeuble des Bahamas. Il y avait une dizaine de nouveaux, anciens collaborateurs du nouveau grand patron. Celui-ci me fit comprendre que dans l’urgence de la prise en main, il avait besoin de travailler avec un noyau dur qu’il connaissait bien. Il comptait cependant sur moi, élément signalé d'exception en haut lieu, pour épauler fraternellement mon nouveau chef direct afin qu’il se familiarise avec les règles de la conception d’immeubles.

    L’État avait décidé une urbanisation beaucoup plus rapide. La nouvelle génération d’immeubles devait être autonome en matière d’emplois, d’industrie et de matières premières. Ainsi, les locataires se déplaceraient sur de courtes distances, en interne. On lutterait ainsi contre la pollution.

    Constatant le besoin énorme en matière de concepteurs et réalisateurs d’immeubles, et l’inutilité des architectes et des réalisateurs des ponts et chaussées, bien plus nombreux que les équipes consacrées aux immeubles, la gestion du SSI passait sous la responsabilité, donc la tutelle, des ponts et chaussées. Les champions du bitume et des «ouvrages d’art» responsables de la SSI ? Une révolution à défaut d’une évolution.

     Le niveau zéro de l'architecture prenait le pouvoir. D’ailleurs, tous les rez-de chaussée des immeubles furent recouverts d’une couche de bitume, plus économique que le carrelage. Ils créèrent aussi une grande école du SSI, en forme de navire sur un flanc de colline, dont la proue orgueilleuse fendait la vallée en deux, imposant son ombre sur le reste du domaine universitaire local.

    Il était malaisé de travailler avec mes nouveaux collègues, tout droit issus de cette école. Arrogants, brûlants de mettre en pratique les idées de leurs professeurs, ils bousculaient nos projets et voulaient absolument simplifier au maximum pour standardiser les immeubles, et ainsi simplifier les formations et les emplois des petites mains de la SSI.

    En fait, faire que leurs poteaux indicateurs de bord de route puissent remplacer un membre du SSI dans les couloirs. Le problème, avec les ponts et chaussées, c’est que la compétence des uns ne s’arrête pas spécialement là où commence celle des autres. Envahissants au possible dans tous les domaines, sous leur influence néfaste et irresponsable, il fut décidé de créer des immeubles avec des tuyaux d’eau, de gaz et d’électricité de même diamètre que celui utilisé en souterrain jusqu’aux derniers étages des immeubles. Ainsi, ceux-ci pourraient s’élever à la demande en étant bâtis au-dessus des anciens.

    Trois ans plus tard, il fallut évacuer en catastrophe les locataires de la première génération d’immeubles conçus par l’association ponts-et-chaussées-SSI avec les décisions ponts-et-chaussées. Suite à une surpression, la plupart des minuscules canalisations d’eau directement en prise avec les gros tuyaux cédèrent violemment. L’eau provoqua rapidement des dysfonctionnements électriques qui bloquèrent portes et ascenseurs. Des secteurs entiers d’appartements furent noyés. Certains locataires étaient d'ailleurs morts avant l'inondation d’électrocution ou d’explosion de gaz.

    D’autres tentèrent de fuir en brisant les murs. La plupart donnaient sur d’autres appartements, en cours de noyade eux aussi. Certains se crurent chanceux en découvrant le jour. Mais une fois crevé, le mur libéra les trombes d’eau de l'appartement inondé, mais aussi des appartements mitoyens en entraînant le locataire de l’appartement extérieur dans le vide. Au final, il n’y eut pas de survivants parmi les locataires à chaque rupture des canalisations d’eau.

    La SSI put donc étouffer l’affaire et noyer le poisson quand les médias, pas encore à cent pour cent tenus par la SSI posèrent quelques questions sur des immeubles neufs évacués à la hâte. Et seuls des membres très hauts placés purent connaître le nombre exact des victimes. Mais dans les bureaux d’étude, certaines normes revinrent au goût du jour. Malheureusement, les ponts et chaussées en profitèrent pour finir l’épuration des anciens du SSI dans les postes à responsabilité, en leur faisant porter le chapeau. Je fis partie de la charrette. Depuis, je suis baliseur de couloir et je contrôle les accès à l’ascenseur. J’ai été même contraint de mettre le casque en plastique jaune des ex-cantonniers. Le bel uniforme avec casquette de la SSI avait vécu».

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Table des matières
  1. Préface
  2. Ad Vitam et Æternam
  3. Drapeau Noir
  4. Le forum Maléfique
  5. Nuit d'angoisse
  6. Fibre artistique
  7. Masques et Mascarades
  8. Virtuellement sien
  9. Sentimental Blog
  10. Résopolis
  11. Jackpot
  12. L'ascète prophète du Net
  13. Paris au mois d' Août
  14. Inspiration
  15. Le Sujet délire (pas très Net)
  16. Nipponne
  17. Survivre sur le Net
  18. Mégalo Maniaque
  19. Fil noir
  20. Grand Foutoir
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