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Actes et Paroles - II

Par Victor Hugo

Œuvre du domaine public.

Date de publication sur Atramenta : 10 mars 2011 à 13h29

Dernière modification : 22 juin 2015 à 16h07

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I – LA LIBERTÉ

Hauteville-House, 19 mars 1866.

À M. CLÉMENT DUVERNOIS

Monsieur,

Vous souhaitez, en termes magnifiques et avec l’accent d’une sympathie fière, la bienvenue à mon livre, les Travailleurs de la mer. Je vous remercie.

Vous, intelligence éminente et conscience ferme, vous faites partie d’un vaillant groupe puissamment commandé. Vous arborez l’éternel drapeau, vous jetez l’éternel cri, vous revendiquez l’éternel droit : liberté !

La liberté, c’est là aujourd’hui l’immense soif des consciences. La liberté est de tous les partis, étant le mode vital de la pensée.

Toute âme veut la liberté comme toute prunelle veut la lumière. Aussi, dès le premier jour, la foule s’est tournée vers vous.

Je veux, comme vous, la liberté ; je partage à cette heure son exil.

J’ai écrit : Le jour où la liberté rentrera, je rentrerai. J’attends la liberté avec une grande patience personnelle et une grande impatience nationale.

La France sans la liberté, c’est encore la déesse, ce n’est plus l’âme.

En quoi je diffère de vous, le voici : je suis un révolutionnaire. Pour moi la révolution continue.

Tous les deux ou trois mille ans, le progrès a besoin d’une secousse ; l’alanguissement humain le gagne, et un quid divinum est nécessaire.

Il lui faut une nouvelle impulsion presque initiale. Dans l’histoire, telle que la courte mémoire des peuples nous la donne, la réaction chantée par Homère, de l’Europe sur l’Asie, a été la première secousse, le christianisme a été la seconde, la révolution française est la troisième.

Toute révolution a un caractère double, et c’est à cela qu’on la reconnaît ; c’est une formation sous une élimination.

On ne peut vouloir l’une sans vouloir l’autre, cette double acceptation caractérise le révolutionnaire.

Les révolutions ne créent point, elles sont des explosions de calorique latent, pas autre chose. Elles mettent hors de l’homme le fait éternel et intérieur dont la sortie est devenue nécessaire. C’est pour l’humanité une question d’âge. Ce fait, elles le dégagent ; on le croit nouveau parce qu’on le voit ; auparavant on le sentait. S’il était nouveau, il serait injuste ; il ne peut y avoir rien de nouveau dans le droit. L’élément qui apparait et se révèle principe, telle est l’éclosion magnifique des révolutions ; le droit occulte devient droit public ; il passe de l’état confus à l’état précis ; il couvait, il éclate ; il était sentiment, il devient évidence. Cette simplicité sublime est propre aux actes de souveraineté du progrès.

Les deux dernières grandes secousses du progrès ont mis en lumière et dressé à jamais au-dessus des sociétés modifiables les deux grands faits de l’homme : le christianisme a dégagé l’égalité ; la révolution française a dégagé la liberté.

Là où ces deux faits manquent, la vie n’est pas.

Être tous frères, être tous libres, c’est vivre ; ce sont les deux mouvements de poumons de la civilisation.

Égalité, liberté, aspiration et respiration du genre humain.

Cela posé, il est étrange d’entendre raisonner sur les libertés accessoires et sur les libertés nécessaires.

L’un dit : Vous respirerez quand on pourra.

L’autre dit : Vous respirerez comme on voudra.

Les libertés, cette énonciation est un non-sens. La liberté est.

Elle a cela de commun avec Dieu, qu’elle exclut le pluriel.

Elle aussi, elle dit : sum qui sum.

Tenez donc haut votre drapeau. Votre cri liberté, c’est le verbe même de la civilisation. C’est le sublime fiat lux de l’homme, c’est le profond et mystérieux appel qui fera lever l’astre. L’astre est derrière l’horizon, et il vous entend. Courage !

Pardonnez au solitaire si, provoqué par vos éloquentes et graves paroles et par votre puissant mot de ralliement, il est sorti un moment de son silence. Je me hâte d’y rentrer, mais auparavant, monsieur, laissez-moi vous serrer la main.

VICTOR HUGO.

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Table des matières
  1. PENDANT L’EXIL 1852-1870
  2. CE QUE C’EST QUE L’EXIL
  3. I
  4. II
  5. III
  6. IV
  7. V
  8. VI
  9. VII
  10. VIII
  11. IX
  12. x
  13. XI
  14. XII
  15. XIII
  16. XIV
  17. XV
  18. XVI
  19. PENDANT L’EXIL
  20. 1852
  21. I – EN QUITTANT LA BELGIQUE
  22. II – EN ARRIVANT À JERSEY
  23. III – DECLARATION À PROPOS DE L’EMPIRE
  24. IV – BANQUET POLONAIS
  25. 1853
  26. I – SUR LA TOMBE DE JEAN BOUSQUET AU CIMETIÈRE SAINT-JEAN, À JERSEY
  27. II. SUR LA TOMBE DE LOUISE JULIEN
  28. III – VINGT-TROISIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION POLONAISE
  29. 1854
  30. I – AUX HABITANTS DE GUERNESEY
  31. 1855
  32. I – SIXIÈME ANNIVERSAIRE DU 24 FÉVRIER 1848
  33. II – LETTRE À LOUIS BONAPARTE
  34. III – EXPULSION DE JERSEY
  35. 1856
  36. I
  37. À L’ITALIE
  38. II – LA GRÈCE
  39. 1859
  40. I – L’AMNISTIE
  41. II – JOHN BROWN
  42. 1860
  43. I – RENTRÉE À JERSEY
  44. II
  45. 1861
  46. L’Expédition de Chine.
  47. 1862
  48. I – LES CONDAMNÉS DE CHARLEROI
  49. II – ARMAND BARBÈS
  50. III – LES MISÉRABLES
  51. IV – LE BANQUET DES ENFANTS
  52. V – GENÈVE ET LA PEINE DE MORT
  53. VI – AFFAIRE DOISE
  54. 1863
  55. I – À L’ARMÉE RUSSE
  56. II – GARIBALDI
  57. III – LA GUERRE DU MEXIQUE
  58. 1864
  59. I – LE CENTENAIRE DE SHAKESPEARE
  60. II – LES RUES ET MAISONS DU VIEUX BLOIS
  61. 1865
  62. I – EMILY DE PUTRON
  63. II – LA STATUE DE BECCARIA
  64. III – LE CENTENAIRE DE DANTE
  65. IV – CONGRÈS DES ÉTUDIANTS
  66. 1866
  67. I – LA LIBERTÉ
  68. II – LE CONDAMNÉ À MORT DE JERSEY BRADLEY
  69. III – LA CRÈTE
  70. 1867
  71. I – LA CRÈTE
  72. II – LES FENIANS
  73. III – L’EMPEREUR MAXIMILIEN
  74. IV – VOLTAIRE
  75. V – JOHN BROWN
  76. VI – LA PEINE DE MORT
  77. VII – HERNANI
  78. VIII – MENTANA
  79. I
  80. II
  81. III
  82. IV
  83. V
  84. VI
  85. VII
  86. VIII
  87. IX – LES ENFANTS PAUVRES
  88. 1868
  89. I – MANIN
  90. II – GUSTAVE FLOURENS
  91. III – L’ESPAGNE
  92. IV – SECONDE LETTRE À L’ESPAGNE
  93. V – LES ENFANTS PAUVRES
  94. 1869
  95. I – LA CRÈTE
  96. II – AUX CINQ RÉDACTEURS-FONDATEURS DU RAPPEL
  97. III – CONGRÈS DE LA PAIX À LAUSANNE
  98. IV – RÉPONSE À FÉLIX PYAT
  99. V – LA CRISE D’OCTOBRE 1869
  100. VI – GEORGE PEABODY
  101. VII – À CHARLES HUGO
  102. VIII – LES ENFANTS PAUVRES
  103. 1870
  104. I – CUBA
  105. II – POUR CUBA
  106. III – LUCRECE BORGIA
  107. IV – WASHINGTON
  108. V – HENNETT DE KESLER
  109. VI – AUX MARINS DE LA MANCHE
  110. VII – LES SAUVETEURS
  111. VIII – LE TRAVAIL EN AMÉRIQUE
  112. IX – LE PLÉBISCITE
  113. X – LA GUERRE EN EUROPE
  114. NOTES
  115. 1853
  116. 1854
  117. 1860
  118. 1862
  119. 1863
  120. 1864
  121. 1865
  122. 1866
  123. 1867
  124. 1869
  125. 1870
  126. 1883
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