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Actes et Paroles - II

Par Victor Hugo

Œuvre du domaine public.

Date de publication sur Atramenta : 10 mars 2011 à 13h29

Dernière modification : 22 juin 2015 à 16h07

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III – DECLARATION À PROPOS DE L’EMPIRE

Jersey, 31 octobre 1852.

AU PEUPLE

Citoyens,

L’empire va se faire. Faut-il voter ? Faut-il continuer de s’abstenir ?

Telle est la question qu’on nous adresse.

Dans le département de la Seine, un certain nombre de républicains, de ceux qui, jusqu’à ce jour, se sont abstenus, comme ils le devaient, de prendre part, sous quelque forme que ce fût, aux actes du gouvernement de M. Bonaparte, sembleraient aujourd’hui ne pas être éloignés de penser qu’à l’occasion de l’empire une manifestation opposante de la ville de Paris, par la voie du scrutin, pourrait être utile, et que le moment serait peut-être venu d’intervenir dans le vote. Ils ajoutent que, dans tous les cas, le vote pourrait être un moyen de recensement pour le parti républicain ; grâce au vote, on se compterait.

Ils nous demandent conseil.

Notre réponse sera simple ; et ce que nous dirons pour Paris, peut être dit pour tous les départements.

Nous ne nous arrêterons point à faire remarquer que M. Bonaparte ne s’est pas décidé à se déclarer empereur sans avoir au préalable arrêté avec ses complices le nombre de voix dont il lui convient de dépasser les 7,500,000 de son 20 décembre. À l’heure qu’il est, huit millions, neuf millions, dix millions, son chiffre est fait. Le scrutin n’y changera rien.

Nous ne prendrons pas la peine de vous rappeler ce que c’est que le « suffrage universel » de M. Bonaparte, ce que c’est que les scrutins de M. Bonaparte. Manifestation de la ville de Paris ou de la ville de Lyon, recensement du parti républicain, est-ce que cela est possible ? Où sont les garanties du scrutin ? où est le contrôle ?

où sont les scrutateurs ? où est la liberté ? Songez à toutes ces dérisions. Qu’est-ce qui sort de l’urne ? la volonté de M. Bonaparte.

Pas autre chose. M. Bonaparte a les clefs des boîtes dans sa main, les Oui et les Non dans sa main, le vote dans sa main. Après le travail des préfets et des maires terminé, ce gouvernant de grands chemins s’enferme tête-à-tête avec le scrutin, et le dépouille. Pour lui, ajouter ou retrancher des voix, altérer un procès-verbal, inventer un total, fabriquer un chiffre, qu’est-ce que c’est ? un mensonge, c’est-à-dire peu de chose ; un faux, c’est-à-dire rien.

Restons dans les principes, citoyens. Ce que nous avons à vous dire, le voici :

M. Bonaparte trouve que l’instant est venu de s’appeler majesté. Il n’a pas restauré un pape pour le laisser à rien faire ; il entend être sacré et couronné. Depuis le 2 décembre, il a le fait, le despotisme ; maintenant il veut le mot, l’empire. Soit.

Nous, républicains, quelle est notre fonction ? quelle doit être notre attitude ?

Citoyens, Louis Bonaparte est hors la loi ; Louis Bonaparte est hors l’humanité.

Depuis dix mois que ce malfaiteur règne, le droit à l’insurrection est en permanence et domine toute la situation. À l’heure où nous sommes, un perpétuel appel aux armes est au fond des consciences. Or, soyons tranquilles, ce qui se révolte dans toutes les consciences arrive bien vite à armer tous les bras.

Amis et frères ! en présence de ce gouvernement infâme, négation de toute morale, obstacle à tout progrès social, en présence de ce gouvernement meurtrier du peuple, assassin de la république et violateur des lois, de ce gouvernement né de la force et qui doit périr par la force, de ce gouvernement élevé par le crime et qui doit être terrassé par le droit, le français digne du nom de citoyen ne sait pas, ne veut pas savoir s’il y a quelque part des semblants de scrutin, des comédies de suffrage universel et des parodies d’appel à la nation ; il ne s’informe pas s’il y a des hommes qui votent et des hommes qui font voter, s’il y a un troupeau qu’on appelle le sénat et qui délibère et un autre troupeau qu’on appelle le peuple et qui obéit ; il ne s’informe pas si le pape va sacrer au maître-autel de Notre-Dame l’homme qui, — n’en doutez pas, ceci est l’avenir inévitable, — sera ferré au poteau par le bourreau ;-en présence de M. Bonaparte et de son gouvernement, le citoyen digne de ce nom ne fait qu’une chose et n’a qu’une chose à faire : charger son fusil et attendre l’heure.

Chapitre suivant : IV – BANQUET POLONAIS

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Table des matières
  1. PENDANT L’EXIL 1852-1870
  2. CE QUE C’EST QUE L’EXIL
  3. I
  4. II
  5. III
  6. IV
  7. V
  8. VI
  9. VII
  10. VIII
  11. IX
  12. x
  13. XI
  14. XII
  15. XIII
  16. XIV
  17. XV
  18. XVI
  19. PENDANT L’EXIL
  20. 1852
  21. I – EN QUITTANT LA BELGIQUE
  22. II – EN ARRIVANT À JERSEY
  23. III – DECLARATION À PROPOS DE L’EMPIRE
  24. IV – BANQUET POLONAIS
  25. 1853
  26. I – SUR LA TOMBE DE JEAN BOUSQUET AU CIMETIÈRE SAINT-JEAN, À JERSEY
  27. II. SUR LA TOMBE DE LOUISE JULIEN
  28. III – VINGT-TROISIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION POLONAISE
  29. 1854
  30. I – AUX HABITANTS DE GUERNESEY
  31. 1855
  32. I – SIXIÈME ANNIVERSAIRE DU 24 FÉVRIER 1848
  33. II – LETTRE À LOUIS BONAPARTE
  34. III – EXPULSION DE JERSEY
  35. 1856
  36. I
  37. À L’ITALIE
  38. II – LA GRÈCE
  39. 1859
  40. I – L’AMNISTIE
  41. II – JOHN BROWN
  42. 1860
  43. I – RENTRÉE À JERSEY
  44. II
  45. 1861
  46. L’Expédition de Chine.
  47. 1862
  48. I – LES CONDAMNÉS DE CHARLEROI
  49. II – ARMAND BARBÈS
  50. III – LES MISÉRABLES
  51. IV – LE BANQUET DES ENFANTS
  52. V – GENÈVE ET LA PEINE DE MORT
  53. VI – AFFAIRE DOISE
  54. 1863
  55. I – À L’ARMÉE RUSSE
  56. II – GARIBALDI
  57. III – LA GUERRE DU MEXIQUE
  58. 1864
  59. I – LE CENTENAIRE DE SHAKESPEARE
  60. II – LES RUES ET MAISONS DU VIEUX BLOIS
  61. 1865
  62. I – EMILY DE PUTRON
  63. II – LA STATUE DE BECCARIA
  64. III – LE CENTENAIRE DE DANTE
  65. IV – CONGRÈS DES ÉTUDIANTS
  66. 1866
  67. I – LA LIBERTÉ
  68. II – LE CONDAMNÉ À MORT DE JERSEY BRADLEY
  69. III – LA CRÈTE
  70. 1867
  71. I – LA CRÈTE
  72. II – LES FENIANS
  73. III – L’EMPEREUR MAXIMILIEN
  74. IV – VOLTAIRE
  75. V – JOHN BROWN
  76. VI – LA PEINE DE MORT
  77. VII – HERNANI
  78. VIII – MENTANA
  79. I
  80. II
  81. III
  82. IV
  83. V
  84. VI
  85. VII
  86. VIII
  87. IX – LES ENFANTS PAUVRES
  88. 1868
  89. I – MANIN
  90. II – GUSTAVE FLOURENS
  91. III – L’ESPAGNE
  92. IV – SECONDE LETTRE À L’ESPAGNE
  93. V – LES ENFANTS PAUVRES
  94. 1869
  95. I – LA CRÈTE
  96. II – AUX CINQ RÉDACTEURS-FONDATEURS DU RAPPEL
  97. III – CONGRÈS DE LA PAIX À LAUSANNE
  98. IV – RÉPONSE À FÉLIX PYAT
  99. V – LA CRISE D’OCTOBRE 1869
  100. VI – GEORGE PEABODY
  101. VII – À CHARLES HUGO
  102. VIII – LES ENFANTS PAUVRES
  103. 1870
  104. I – CUBA
  105. II – POUR CUBA
  106. III – LUCRECE BORGIA
  107. IV – WASHINGTON
  108. V – HENNETT DE KESLER
  109. VI – AUX MARINS DE LA MANCHE
  110. VII – LES SAUVETEURS
  111. VIII – LE TRAVAIL EN AMÉRIQUE
  112. IX – LE PLÉBISCITE
  113. X – LA GUERRE EN EUROPE
  114. NOTES
  115. 1853
  116. 1854
  117. 1860
  118. 1862
  119. 1863
  120. 1864
  121. 1865
  122. 1866
  123. 1867
  124. 1869
  125. 1870
  126. 1883
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