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Actes et Paroles - II

Par Victor Hugo

Œuvre du domaine public.

Date de publication sur Atramenta : 10 mars 2011 à 13h29

Dernière modification : 22 juin 2015 à 16h07

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XIII

Résumons-nous.

Ce genre d’existence, l’exil, a, on le voit, une certaine variété d’aspects.

C’est de cette vie, agitée si l’on regarde la destinée, tranquille si l’on regarde l’âme, qu’a vécu, de 1851 à 1870, du Deux-Décembre au Quatre-Septembre, l’absent qui rend aujourd’hui compte à son pays de son absence par la publication de ce livre. Cette absence a duré dix-neuf ans et neuf mois. Qu’a-t-il fait pendant ces longues années ?

Il a essayé de ne pas être inutile. La seule belle chose de cette absence, c’est que lui, misérable, les misères sont venues le trouver ; les naufrages ont demandé secours à ce naufragé. Non seulement les individus, mais les peuples ; non seulement les peuples, mais les consciences ; non seulement les consciences, mais les vérités. Il lui a été donné de tendre la main du haut de son écueil à l’idéal tombé dans le gouffre ; il lui semblait par moments que l’avenir en détresse tâchait d’aborder à son rocher. Qu’était-il pourtant ? Peu de chose. Un effort vivant. En présence de toutes les mauvaises forces conjurées et triomphantes, qu’est-ce qu’une volonté ?

Rien, si elle représente l’égoïsme ; tout, si elle représente le droit.

La plus inexpugnable des positions résulte du plus profond des écroulements ; il suffit que l’homme écroulé soit un homme juste ; insistons-y, si cet homme a raison, il est bon qu’il soit accablé, ruiné, spolié, expatrié, bafoué, insulté, renié, calomnié et qu’il résume en lui toutes les formes de la défaite et de la faiblesse ; alors il est tout-puissant.

Il est indomptable ayant en lui la droiture ; il est invincible ayant pour lui la réalité. Quelle force que ceci : n’être rien ! N’avoir plus rien à soi, n’avoir plus rien sur soi, c’est la meilleure condition de combat. Cette absence d’armure prouve l’invulnérable. Pas de situation plus haute que celle-là, être tombé pour la justice. En face de l’empereur se dresse le proscrit.

L’empereur damne, le proscrit condamne. L’un dispose des codes et des juges ; l’autre dispose des vérités. Oui, il est bon d’être tombé. La chute de ce qui a été la prospérité fait l’autorité d’un homme ; votre pouvoir et votre richesse sont souvent votre obstacle ; quand cela vous quitte, vous êtes débarrassé, et vous vous sentez libre et maître ; rien ne vous gêne désormais ; en vous retirant tout on vous a tout donné ; tout est permis à qui tout est défendu ; vous n’êtes plus contraint d’être académique et parlementaire ; vous avez la redoutable aisance du vrai, sauvagement superbe. La puissance du proscrit se compose de deux éléments ; l’un qui est l’injustice de sa destinée, l’autre qui est la justice de sa cause. Ces deux forces contradictoires s’appuient l’une sur l’autre ; situation formidable et qui peut se résumer en deux mots :

Hors la loi, dans le droit.

Le tyran qui vous attaque rencontre pour premier adversaire sa propre iniquité, c’est-à-dire lui-même, et pour deuxième adversaire votre conscience, c’est-à-dire Dieu.

Combat, certes, inégal. Défaite certaine du tyran. Allez devant vous, justicier.

Ce sont ces réalités que, dans les premières pages de cette introduction, nous avons essayé d’exprimer en cette ligne :

L’exil, c’est la nudité du droit.

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Table des matières
  1. PENDANT L’EXIL 1852-1870
  2. CE QUE C’EST QUE L’EXIL
  3. I
  4. II
  5. III
  6. IV
  7. V
  8. VI
  9. VII
  10. VIII
  11. IX
  12. x
  13. XI
  14. XII
  15. XIII
  16. XIV
  17. XV
  18. XVI
  19. PENDANT L’EXIL
  20. 1852
  21. I – EN QUITTANT LA BELGIQUE
  22. II – EN ARRIVANT À JERSEY
  23. III – DECLARATION À PROPOS DE L’EMPIRE
  24. IV – BANQUET POLONAIS
  25. 1853
  26. I – SUR LA TOMBE DE JEAN BOUSQUET AU CIMETIÈRE SAINT-JEAN, À JERSEY
  27. II. SUR LA TOMBE DE LOUISE JULIEN
  28. III – VINGT-TROISIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION POLONAISE
  29. 1854
  30. I – AUX HABITANTS DE GUERNESEY
  31. 1855
  32. I – SIXIÈME ANNIVERSAIRE DU 24 FÉVRIER 1848
  33. II – LETTRE À LOUIS BONAPARTE
  34. III – EXPULSION DE JERSEY
  35. 1856
  36. I
  37. À L’ITALIE
  38. II – LA GRÈCE
  39. 1859
  40. I – L’AMNISTIE
  41. II – JOHN BROWN
  42. 1860
  43. I – RENTRÉE À JERSEY
  44. II
  45. 1861
  46. L’Expédition de Chine.
  47. 1862
  48. I – LES CONDAMNÉS DE CHARLEROI
  49. II – ARMAND BARBÈS
  50. III – LES MISÉRABLES
  51. IV – LE BANQUET DES ENFANTS
  52. V – GENÈVE ET LA PEINE DE MORT
  53. VI – AFFAIRE DOISE
  54. 1863
  55. I – À L’ARMÉE RUSSE
  56. II – GARIBALDI
  57. III – LA GUERRE DU MEXIQUE
  58. 1864
  59. I – LE CENTENAIRE DE SHAKESPEARE
  60. II – LES RUES ET MAISONS DU VIEUX BLOIS
  61. 1865
  62. I – EMILY DE PUTRON
  63. II – LA STATUE DE BECCARIA
  64. III – LE CENTENAIRE DE DANTE
  65. IV – CONGRÈS DES ÉTUDIANTS
  66. 1866
  67. I – LA LIBERTÉ
  68. II – LE CONDAMNÉ À MORT DE JERSEY BRADLEY
  69. III – LA CRÈTE
  70. 1867
  71. I – LA CRÈTE
  72. II – LES FENIANS
  73. III – L’EMPEREUR MAXIMILIEN
  74. IV – VOLTAIRE
  75. V – JOHN BROWN
  76. VI – LA PEINE DE MORT
  77. VII – HERNANI
  78. VIII – MENTANA
  79. I
  80. II
  81. III
  82. IV
  83. V
  84. VI
  85. VII
  86. VIII
  87. IX – LES ENFANTS PAUVRES
  88. 1868
  89. I – MANIN
  90. II – GUSTAVE FLOURENS
  91. III – L’ESPAGNE
  92. IV – SECONDE LETTRE À L’ESPAGNE
  93. V – LES ENFANTS PAUVRES
  94. 1869
  95. I – LA CRÈTE
  96. II – AUX CINQ RÉDACTEURS-FONDATEURS DU RAPPEL
  97. III – CONGRÈS DE LA PAIX À LAUSANNE
  98. IV – RÉPONSE À FÉLIX PYAT
  99. V – LA CRISE D’OCTOBRE 1869
  100. VI – GEORGE PEABODY
  101. VII – À CHARLES HUGO
  102. VIII – LES ENFANTS PAUVRES
  103. 1870
  104. I – CUBA
  105. II – POUR CUBA
  106. III – LUCRECE BORGIA
  107. IV – WASHINGTON
  108. V – HENNETT DE KESLER
  109. VI – AUX MARINS DE LA MANCHE
  110. VII – LES SAUVETEURS
  111. VIII – LE TRAVAIL EN AMÉRIQUE
  112. IX – LE PLÉBISCITE
  113. X – LA GUERRE EN EUROPE
  114. NOTES
  115. 1853
  116. 1854
  117. 1860
  118. 1862
  119. 1863
  120. 1864
  121. 1865
  122. 1866
  123. 1867
  124. 1869
  125. 1870
  126. 1883
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