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Actes et Paroles - II

Par Victor Hugo

Œuvre du domaine public.

Date de publication sur Atramenta : 10 mars 2011 à 13h29

Dernière modification : 22 juin 2015 à 16h07

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1853

CALOMNIES IMPÉRIALES

LETTRE DE CHARLES HUGO

La lettre qui suit, adressée aux journaux honnêtes hors de France, donne une idée des calomnies de la presse bonapartiste contre les proscrits :

« Jersey, 2 juin 1853.

« Monsieur le rédacteur,

« Le journal la Patrie a publié l’article suivant, reproduit par les journaux officiels des départements et que je lis dans l’Union de la Sarthe, du 11 mai.

« Il vient de se passer à Jersey un fait qui mérite d’être rapporté à titre d’enseignement. Un français, interné dans l’île, étant mort, M. Victor Hugo a prononcé sur sa tombe un discours qui a été imprimé dans le journal du pays, et dans lequel il a représenté la France comme étant en ce moment couverte d’échafauds politiques. On nous écrit que ce mensonge grossier, d’après lequel il n’y a plus à réclamer pour son auteur que le séjour d’une maison d’aliénés, a produit une si grande indignation parmi les habitants de Jersey, toujours si calmes, qu’une pétition a été rédigée et couverte de signatures pour demander qu’on interdise les manifestations de ce genre que font sans cesse les réfugiés français, et qui inspirent à la population entière le plus profond dégoût.

« CH. SCHILLER. »

« Cet article contient deux allégations, l’une concernant le discours de M. Victor Hugo, l’autre concernant l’effet qu’il aurait produit à Jersey.

« Pour ce qui est du discours, la réponse est simple. Puisque ce discours, — dans lequel M. Victor Hugo, au nom des proscrits de Jersey, qui lui en avaient donné la mission, et avec l’adhésion de la proscription républicaine tout entière, a déclaré que les proscrits républicains, fidèles au grand précédent de Février, abjuraient à jamais, quel que fût l’avenir, toute idée d’échafauds politiques et de représailles sanglantes, — puisque ce discours a causé, au dire de la Patrie, une si grande indignation à Jersey, il n’excitera certainement pas moins d’indignation en France, et la Patrie ne saurait mieux faire que de le reproduire. Nous l’en défions.

« Je mets à la poste aujourd’hui même, à l’adresse du rédacteur de la Patrie, un exemplaire du discours.

« Quant à l’effet produit à Jersey, pour toute réponse, je me borne aux faits. Il y a quatre journaux à Jersey écrits en français. Ces journaux sont : la Chronique de Jersey, l’Impartial de Jersey, le Constitutionnel (de Jersey), la Patrie (de Jersey). Ces quatre journaux ont tous publié textuellement le discours de mon père et ont constaté le jour même l’effet produit par ce discours. Je les cite :

« La Chronique dit :

« Un puissant intérêt s’attachait à la cérémonie. On savait que M. Victor Hugo devait prendre la parole en cette occasion, et chacun voulait entendre cette grande et puissante voix.

Aussi, longtemps avant l’arrivée du convoi funèbre, un grand concours de personnes, venues de la ville à pied et en voitures, se pressait déjà autour de la tombe. La procession, en entrant dans le cimetière, a fait le tour de la fosse creusée pour recevoir la dépouille du défunt, et le corps ayant été déposé dans sa dernière demeure, tout le monde s’est découvert, et c’est au milieu du silence le plus solennel que M. Hugo a prononcé, d’une voix fortement accentuée, l’admirable discours que nous reproduisons ici : »

(Suit le discours.)

« Tous les proscrits ont répété ce cri ; puis chacun d’eux est venu, morne et silencieux, déposer une poignée de terre sur la bière de leur défunt frère. Le discours prononcé dans cette occasion fera époque dans les annales du petit cimetière des Indépendants de la paroisse de Saint-Jean. Le jour viendra où l’on montrera aux étrangers l’endroit où Victor Hugo, le grand orateur, le grand poëte, adressa à ses frères exilés les nobles et touchantes paroles qui vont avoir un retentissement universel et seront soigneusement recueillies par l’histoire. »

« Le Constitutionnel (de Jersey), après avoir reproduit le discours, dit :

« Un grand nombre de jersiais, venus au cimetière de Saint-Jean, ont été heureux d’entendre un pareil langage dans la bouche de notre hôte illustre. »

« La Patrie (de Jersey) fait précéder le discours des lignes que voici :

« Le convoi s’est acheminé vers Saint-Jean, dans le plus grand ordre et dans un silence religieux.

« Là, en présence d’une foule nombreuse venue pour entendre sa parole, M. Victor Hugo a prononcé le beau discours que nous reproduisons. »

« Enfin l’Impartial :

« Le cadavre, retiré du corbillard, fut porté à bras sur le bord de la fosse, et quand il y eut été descendu et avant qu’on le couvrit de terre, Victor Hugo, que chacun était si impatient d’entendre, prononça, au milieu du plus religieux silence et de plus de quatre cents auditeurs, de cette voix mâle avec laquelle il défendait la république, avec cet accent irrésistible qui est le résultat de la conviction, de la foi dans ses opinions, Victor Hugo, disons-nous, prononça le discours suivant, dont la gravité s’augmentait encore du lieu où il était prononcé et des circonstances. Aussi fut-il écouté avec une avidité que nous ne saurions dépeindre et qui ne peut être comparée qu’à la vive impression qu’il produisit. »

« Ce dernier journal, l’Impartial de Jersey, se faisait du reste une idée assez juste de la bonne foi d’une certaine espèce de journaux en France ; seulement, dans cette occasion, il attribuait à tort au Constitutionnel une idée qui ne devait venir qu’à la Patrie. Voici ce que disait, en publiant le discours de mon père et en rendant compte de l’effet produit, l’Impartial :

« Le véridique Constitutionnel de Paris nous dira sans doute, dans quelques jours, combien il aura fallu employer de sergents de ville et de gendarmes pour maintenir le bon ordre, durant les funérailles de Jean Bousquet, le second proscrit du 2 décembre qui meurt depuis dix jours ; il nous racontera, bien certainement, avec sa franchise et sa loyauté habituelles, combien les autorités auront été obligées d’appeler de bataillons pour réprimer l’émeute excitée par les chaleureuses paroles du grand orateur, par cette voix si puissante et si émouvante. »

« Je pourrais, monsieur le rédacteur, borner là cette réponse ; permettez-moi pourtant d’ajouter encore, non une réflexion, mais un fait. Le journal la Patrie, qui insulte aujourd’hui mon père proscrit, publia, il y a deux ans, au mois de juillet 1851, un article injurieux contre l’Événement. Nous fîmes demander à la Patrie ou une rétractation ou une réparation par les armes ; la Patrie préféra une rétractation. Elle s’exécuta en ces termes :

« En présence des explications échangées entre les témoins de M. Charles Hugo et ceux de M. Mayer, M. Mayer déclare retirer purement et simplement son article. »

« On remarquera que le rédacteur de la Patrie, auteur de l’offense et endosseur de la rétractation, se nomme M. Mayer ; il a fait plus tard un acte de courage ; il a publié, à Paris, en décembre 1851, l’ouvrage intitulé : HISTOIRE DU 2 DÉCEMBRE.

« En 1851, la Patrie insultait, puis se rétractait ; nous étions présents.

Aujourd’hui, la Patrie recommence ses insultes ; nous sommes absents.

« Vous voudrez sans doute, monsieur le rédacteur, aider la proscription à repousser la calomnie et prêter votre publicité à cette lettre.

« Recevez, je vous prie, avec tous mes remercîments, l’assurance de ma vive et fraternelle cordialité.

« CHARLES HUGO. »

Chapitre suivant : 1854

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Table des matières
  1. PENDANT L’EXIL 1852-1870
  2. CE QUE C’EST QUE L’EXIL
  3. I
  4. II
  5. III
  6. IV
  7. V
  8. VI
  9. VII
  10. VIII
  11. IX
  12. x
  13. XI
  14. XII
  15. XIII
  16. XIV
  17. XV
  18. XVI
  19. PENDANT L’EXIL
  20. 1852
  21. I – EN QUITTANT LA BELGIQUE
  22. II – EN ARRIVANT À JERSEY
  23. III – DECLARATION À PROPOS DE L’EMPIRE
  24. IV – BANQUET POLONAIS
  25. 1853
  26. I – SUR LA TOMBE DE JEAN BOUSQUET AU CIMETIÈRE SAINT-JEAN, À JERSEY
  27. II. SUR LA TOMBE DE LOUISE JULIEN
  28. III – VINGT-TROISIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION POLONAISE
  29. 1854
  30. I – AUX HABITANTS DE GUERNESEY
  31. 1855
  32. I – SIXIÈME ANNIVERSAIRE DU 24 FÉVRIER 1848
  33. II – LETTRE À LOUIS BONAPARTE
  34. III – EXPULSION DE JERSEY
  35. 1856
  36. I
  37. À L’ITALIE
  38. II – LA GRÈCE
  39. 1859
  40. I – L’AMNISTIE
  41. II – JOHN BROWN
  42. 1860
  43. I – RENTRÉE À JERSEY
  44. II
  45. 1861
  46. L’Expédition de Chine.
  47. 1862
  48. I – LES CONDAMNÉS DE CHARLEROI
  49. II – ARMAND BARBÈS
  50. III – LES MISÉRABLES
  51. IV – LE BANQUET DES ENFANTS
  52. V – GENÈVE ET LA PEINE DE MORT
  53. VI – AFFAIRE DOISE
  54. 1863
  55. I – À L’ARMÉE RUSSE
  56. II – GARIBALDI
  57. III – LA GUERRE DU MEXIQUE
  58. 1864
  59. I – LE CENTENAIRE DE SHAKESPEARE
  60. II – LES RUES ET MAISONS DU VIEUX BLOIS
  61. 1865
  62. I – EMILY DE PUTRON
  63. II – LA STATUE DE BECCARIA
  64. III – LE CENTENAIRE DE DANTE
  65. IV – CONGRÈS DES ÉTUDIANTS
  66. 1866
  67. I – LA LIBERTÉ
  68. II – LE CONDAMNÉ À MORT DE JERSEY BRADLEY
  69. III – LA CRÈTE
  70. 1867
  71. I – LA CRÈTE
  72. II – LES FENIANS
  73. III – L’EMPEREUR MAXIMILIEN
  74. IV – VOLTAIRE
  75. V – JOHN BROWN
  76. VI – LA PEINE DE MORT
  77. VII – HERNANI
  78. VIII – MENTANA
  79. I
  80. II
  81. III
  82. IV
  83. V
  84. VI
  85. VII
  86. VIII
  87. IX – LES ENFANTS PAUVRES
  88. 1868
  89. I – MANIN
  90. II – GUSTAVE FLOURENS
  91. III – L’ESPAGNE
  92. IV – SECONDE LETTRE À L’ESPAGNE
  93. V – LES ENFANTS PAUVRES
  94. 1869
  95. I – LA CRÈTE
  96. II – AUX CINQ RÉDACTEURS-FONDATEURS DU RAPPEL
  97. III – CONGRÈS DE LA PAIX À LAUSANNE
  98. IV – RÉPONSE À FÉLIX PYAT
  99. V – LA CRISE D’OCTOBRE 1869
  100. VI – GEORGE PEABODY
  101. VII – À CHARLES HUGO
  102. VIII – LES ENFANTS PAUVRES
  103. 1870
  104. I – CUBA
  105. II – POUR CUBA
  106. III – LUCRECE BORGIA
  107. IV – WASHINGTON
  108. V – HENNETT DE KESLER
  109. VI – AUX MARINS DE LA MANCHE
  110. VII – LES SAUVETEURS
  111. VIII – LE TRAVAIL EN AMÉRIQUE
  112. IX – LE PLÉBISCITE
  113. X – LA GUERRE EN EUROPE
  114. NOTES
  115. 1853
  116. 1854
  117. 1860
  118. 1862
  119. 1863
  120. 1864
  121. 1865
  122. 1866
  123. 1867
  124. 1869
  125. 1870
  126. 1883
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