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De l'amour au pied du sapin

Par Suzanne Roy

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 25 décembre 2015 à 21h18

Dernière modification : 6 avril 2019 à 15h35

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De l’amour au pied du sapin

 

Je ne sais pas sous quel coup de tête j’ai décidé de venir me terrer dans ce trou perdu, mais quand mon GPS m’indique de tourner à gauche pour quitter la route et de prendre un sentier à travers la forêt, voilà que je regrette mon choix. Il commence à faire sombre, il vente et la neige semble flotter sur le petit chemin que je suis censé suivre jusqu’au chalet que j’ai réservé. Je mets les phares, je roule lentement par précaution. J’aurais dû annuler la réservation, ou donner cette semaine à une copine. « Le paradis des amoureux », annonçait le site internet. Moi qui suis célibataire ! Qu’est-ce que je viens foutre ici ? J’entends encore la voix de ma mère qui me disait : « Ça te fera du bien, tu as besoin de te changer les idées. Le grand air, ce sera parfait pour toi ». Le grand air ! Ça lui va bien de dire ça, elle qui se la coule douce en Floride !

Au bout du chemin, je vois une maison éclairée. Déjà, je respire mieux, et j’avance sur la zone destinée au stationnement. À travers la vitre, je cligne des yeux. Cette maison… elle ne ressemble absolument pas à celle que j’ai vue sur le site internet. C’est un palace, ce truc ! Rien à voir avec un chalet ! Et pourtant, un coup d’œil sur mon GPS m’indique que je suis belle et bien arrivée à destination.

Je sursaute lorsqu’on frappe à ma fenêtre et j’ai du mal à contenir mon étonnement lorsqu’un type apparaît à côté de mon véhicule. Quand il me fait signe de sortir, je défais ma ceinture avant d’entrouvrir ma portière.

— Je me suis… sûrement trompée de route, m’excusé-je.

— Vous êtes Rosalie ?

— Euh… oui, dis-je, étonnée.

— Alors vous êtes au bon endroit.

Soulagée, je sors de la voiture et je cligne des yeux quand je remarque la tête de mon interlocuteur. Qui est ce type ? Il est CA-NON ! Et lorsqu’il sourit de la sorte, je reste un moment à le contempler. Wahou ! M’empressant de reporter mon attention vers l’immense maison, je parle vite, étonnamment nerveuse de sa présence :

— Je n’ai pas réservé ce palace. Sur le site, c’était un chalet tout simple. Beaucoup plus petit.

— Ce palace, comme vous dites, c’est chez moi, dit-il dans un rire.

Je reporte mon attention sur lui, la bouche ouverte. Ce beau garçon habite ici ? Dans ce truc immense, tout en bois et en fenêtre ? Je suis déjà en train d’imaginer cet homme dans ce décor de rêve, devant une cheminée et une peau de vison. Ou d’ours. Peu importe. Tant qu’il est nu… Je referme les lèvres avant de me mettre à baver.

— Votre chalet est un peu plus loin, par là, reprend-il.

Sa main indique un massif d’arbres, mais je ne prends même pas la peine de tourner la tête. Je me fiche bien du chalet, en ce moment. Et je regrette de ne pas être venue en été. J’aurais sûrement pris un malin plaisir à le regarder se baigner dans le lac…

— Je prends votre bagage et je vous y accompagne, ajoute-t-il.

Merde. Je suis encore là, à le fixer, avant de détourner le regard.

— Oh. Oui. C’est… dans le coffre.

Je me traite à nouveau de tous les noms en allant lui ouvrir. Il ne faut plus que je le regarde, autrement je vais avoir l’air de la dernière des imbéciles. Je suis là pour me reposer, pas pour ramasser le premier garçon qui passe, même s’il est beau comme un dieu ! Dès que j’ouvre l’arrière de la voiture, il empoigne ma petite valise sans effort. Elle est pourtant lourde !

— Venez. C’est juste à côté. On va y aller à pied.

Je me penche pour récupérer le carton de nourriture que j’ai apporté quand il m’arrête dans mon élan :

— Laissez ça là. Je reviendrai le prendre.

— Mais je peux le faire… vous n’avez pas à…

— Laissez, insiste-t-il en m’offrant à nouveau un sourire qui me fige sur place.

Un type galant ! Wahou ! J’obéis et je le suis sur un petit sentier qui longe le lac. À travers les arbres, j’aperçois de petites cabanes. Celles-ci, bien similaires à ce que j’ai vues sur le net. C’est beau, vitré à l’avant, avec un petit porche. Une fois au chaud dans le petit chalet, il dépose ma valise dans un coin de la pièce centrale et pivote vers moi.

— Voilà. On y est.

— C’est très joli, dis-je.

— Votre petit ami vous rejoindra vers quelle heure ?

Malgré ma résolution de maintenir mon regard loin de lui, je ne peux pas m’empêcher de le fixer avec un air ahuri.

— Quel petit ami ?

— Bien… vous ne comptez quand même pas… passer la semaine seule ?

Je le jauge du regard. Essaie-t-il de savoir si je suis célibataire ? Pourquoi est-ce que cette idée me plaît autant ?

— Eh bien… oui.

En fixant la pièce où nous nous trouvons, je me demande d’ailleurs ce que j’y ferai. Il n’y a rien ici. Juste un lit, un canapé, une minuscule cuisine et un foyer. Hum… il n’y a pas de télé. Voilà qui m’inquiète.

— Il y a internet ? demandé-je, anxieuse.

L’homme paraît troublé par ma question. Et moi, par sa réaction.

— Pas vraiment, dit-il. Enfin… je l’ai à la maison si vous en avez besoin de façon… occasionnelle.

De façon occasionnelle ? Mais… sans télé et sans réseau, qu’est-ce que je suis censée faire de mes journées ?

— C’est que… je fais des sites internet, expliqué-je. C’est mon boulot.

— L’endroit est fait pour se reposer, pas pour travailler, réplique-t-il.

Mon visage doit laisser transparaître ma nervosité, car je tourne la tête dans tous les sens, à la recherche de quelque chose à faire. Il n’y a même pas de livres dans cette maison ! Pourquoi n’ai-je pas songé à en apporter ?

— Je ne suis pas habituée à… à ne rien faire, dis-je encore.

Il rit avant d’essayer de me rassurer :

— Vous apprendrez vite, j’en suis sûr. Bon, je vais chercher vos provisions…

D’un pas rapide, il repart vers la sortie. Pour ma part, même si je reste immobile au centre du chalet, je ne peux pas m’empêcher de sentir un léger sentiment de panique. Je ne vais jamais tenir une semaine dans cet endroit. Pendant qu’il est loin de moi, je sors mon téléphone portable et je vérifie s’il capte quelque chose. Rien. Évidemment ! Je sors sur la véranda en bougeant mon appareil dans tous les sens. Comme une idiote, je fais un pas du mauvais côté et dégringole les trois marches de l’escalier en lâchant un cri strident.

— Aïe !

J’entends des pas se rapprocher. Merde ! Malgré la douleur qui m’élance, je me redresse comme une idiote pour ne pas qu’il me voie étalée sur le sol. Pourtant, dès que je mets un peu de poids sur mon pied gauche, je retombe de nouveau en gueulant. Re-merde ! Il ne manquait plus que ça !

— Hé ! Ça va ?

J’entends la nourriture qui cogne dans mon carton pendant que le bel inconnu court vers moi. Ni une ni deux, il dépose la bouffe sur le sol et s’agenouille dans la neige, à mes côtés.

— Je crois que je me suis foulé la cheville, annoncé-je.

— On va voir ça.

Je lâche un cri de surprise lorsqu’il me soulève comme si j’étais un poids plume. En dix pas, il me ramène à l’intérieur et me dépose sur le canapé. Il défait ma botte et retire ma chaussette pour jeter un œil à l’état de mon pied. Je grimace chaque fois qu’il bouge ma cheville, puis je laisse ma tête prendre appui sur l’assise du meuble avant de pester :

— Je savais bien que ce n’était pas une bonne idée de prendre des vacances !

Pour un peu, je me mettrais à chialer. Quelle idée de venir m’enterrer ici ! J’aurais dû rester dans mon appartement, à ruminer sur mon sort et à enfiler de la tequila. Ça, ç’aurait été des vacances !

— C’est une belle entorse, confirme-t-il. Je vais chercher de la glace. Et je vous ferai un bandage bien serré pour empêcher que ça gonfle.

Mon bel inconnu se lève, se déplace dans le petit chalet, sort des glaçons qu’il emprisonne dans un chiffon avant de revenir le mettre sur ma cheville.

— Écoutez, trouvez-moi seulement un téléphone et… je trouverai quelqu’un qui peut venir me chercher…

L’homme me fait signe de prendre le relais.

— Tenez le chiffon par ici. Je vais chercher ce qu’il faut chez moi.

Je reste là, longtemps, à essayer de bouger mon pied sans grimacer de douleur. Voilà un début de vacances que je n’avais pas prévu. Ni même l’absence de télévision ou d’internet. Échec sur toute la ligne !

Quand l’homme revient, une trousse de premiers soins à la main, je dis :

— Ma cousine n’habite pas très loin. Elle pourra certainement venir me chercher si…

— Inutile. Vous passerez la semaine chez moi.

Je le scrute, incertaine d’avoir bien entendu ses mots.

— La maison est grande. Au besoin, je pourrai vous aider à faire de petites choses.

— Mais… non ! Je ne peux pas… enfin…

— En plus, il y a internet, insiste-t-il avec un sourire à me faire fondre sur place.

Merde. Je ressemble à une idiote à le dévisager de la sorte, mais je n’arrive pas à croire à l’offre qu’il vient de me faire. Une semaine avec ce type ? Dans son palace ? Je rêve ou quoi ?

— Mais… votre femme… enfin… qu’est-ce qu’elle dira ?

— Je ne suis pas marié. Ni même en couple, rigole-t-il avec un air gêné.

Est-ce qu’il rougit ? Non. Là, c’est sûr : je rêve. Devant mon regard, il se reprend très vite :

— Oh ! Mais je ne vous embêterai pas ! Vous ferez semblant d’être dans un gîte, c’est tout. Vous pourrez vous reposer et profitez des installations. Avec un peu de chance, vous serez sur pied d’ici trois ou quatre jours.

Je me suis sûrement cognée la tête, car je n’arrive toujours pas à croire ce qu’il dit. J’ai gagné au loto ou quoi ?

— Cuisiner pour deux, ce n’est pas plus compliqué, vous savez ? lâche-t-il encore.

Devant mon silence, son visage se rembrunit légèrement.

— Bien sûr. Vous n’avez sûrement pas envie de vous retrouver coincée avec un parfait inconnu.

— Quoi ? Non ! le contredis-je sans attendre. C’est que… enfin… c’est chez vous ! Vous n’avez pas à vous occuper de moi !

— Bah ! Vous savez… même si vous avez une bonne raison, il est trop tard pour obtenir un remboursement.

S’il savait comme je me fous de ce remboursement ! Je passe mon temps à fixer la mèche de cheveux qui tombe constamment devant son œil gauche avec une furieuse envie de la lui replacer. Une semaine en compagnie de ce type canon ? Une chose est sûre, ça me branche bien plus que de me terrer dans ce chalet où je n’aurai rien à faire.

— Restez au moins une nuit, insiste-t-il. Vous verrez si ça vous convient. On fait comme ça ?

Un sourire niais s’affiche sur mes lèvres. Merde. J’aime beaucoup qu’il insiste autant, et je me décide enfin à hocher la tête. Tout compte fait, ces vacances ne commencent pas si mal… Ravi de ma décision, l’homme tend une main vers moi.

— Je m’appelle Nathan, mais tu peux m’appeler Nat. Et comme on va cohabiter, je suppose qu’on peut se tutoyer.

Je serre ses doigts chauds des miens avant d’opiner.

— Je suis Rosalie, mais tout le monde m’appelle Rosy.

— Alors ce sera ça. Bienvenue dans mon domaine, Rosy.

Quand il remet ma chaussette par-dessus le bandage, avec précaution, je me sens comme une fleur fragile. Et même si j’insiste pour qu’il ne m’offre qu’un appui partiel pendant que nous retournons vers sa résidence, il insiste pour me porter jusqu’à chez lui. Dire que je ne connais rien de ce type et qu’il me porte de façon romantique dans sa maison. Et encore ! Quand j’aperçois la grandeur des pièces et des fenêtres, je ne peux pas m’empêcher de m’exclamer :

— Seigneur ! C’est magnifique !

Il rit, mais je crois que c’est mon compliment qui le gêne. Pourtant, c’est la pure vérité ! Qu’est-ce que c’est que cette maison au beau milieu de nulle part ! Quelques pas plus tard, Nat me dépose sur le canapé et m’aide à retirer mon manteau et à m’installer confortablement.

— Je dois aller préparer un chalet avant l’arrivée d’une famille, annonce-t-il.

— Oh ! Mais fais tes trucs. Ne t’en fais pas pour moi.

Il sourit, mais dès qu’il revient avec ma boîte de provisions, je m’empresse de dire :

— En fait, si tu me donnes mon ordinateur et une connexion internet, tu ne m’entendras pas de la semaine.

Son rire éclate et il s’empresse de venir m’offrir une bière.

— Tu es là pour te reposer. Défense de travailler !

— Mais… que veux-tu que je fasse ? le questionné-je. Je ne peux même pas marcher !

— On s’arrangera, promet-il.

Il me tourne le dos et s’affaire à démarrer un feu de cheminée. Pour ma part, je reste là, à observer la pièce dans laquelle je me trouve. C’est beau. Grand. Décoré avec soins. C’est même beaucoup trop joli. Ce type est gay, je ne vois pas d’autres explications ! Je fixe ses épaules découpées sous son t-shirt et je soupire. Ma foi, quel dommage ! Il est vraiment à croquer, ce garçon.

— Je vais préparer le chalet, j’en ai pour une petite heure. Ça ira ?

— Bien sûr, dis-je en feignant un sourire.

— Super. À tout de suite !

Quand la porte d’entrée se ferme, je reste un moment à fixer le feu qui danse dans la cheminée en sirotant ma bière, puis je me cale confortablement sur le canapé. Qu’est-ce que c’est calme ! Trop même ! C’est peut-être pour cela que je m’assoupis sans m’en rendre compte.

* * *

Je sursaute quand le feu attire mon attention et je me redresse brusquement en me remémorant où je me trouve. Merde ! Je me suis endormie ! Dans mon empressement, ma cheville me rappelle son état et je grogne sous l’effet de la douleur.

— Hé ! Doucement !

Nat apparaît au salon et vient s’assoir sur la table basse. Il se penche vers mon pied et l’attire lentement vers lui. Je le contemple pendant qu’il vérifie le bandage qu’il m’a fait et qu’il resserre autour de ma cheville.

— Je me suis endormie, pardon, m’excusé-je.

— C’est bien. Tu es là pour te reposer, après tout. Et ça m’a donné le temps de préparer ta chambre et le repas. J’espère que tu as faim. Des steaks, ça te va ? Sinon, je dois avoir des lasagnes au congel…

Parce qu’il cuisine en plus ? Wahou ! Je le fixe, ébahie, avant de répondre :

— Tout me va. Et tu peux piocher dans ma boîte, au besoin…

— Oh, mais c’est déjà fait, rigole-t-il. Allez, viens. Je t’aide à t’installer à la cuisine…

Grâce à son soutien, Nat m’entraîne vers un tabouret près du comptoir, puis il me sert un verre de vin avant de reprendre la préparation du repas.

— Je peux t’aider, proposé-je. Il me reste encore deux mains.

— Avec ta chance, tu vas te couper un doigt, se moque-t-il.

Et pourtant, je me retrouve à couper des crudités à mettre dans une salade pendant qu’il fait revenir un riz qui sent drôlement bon.

— Parle-moi un peu de toi, dit-il soudain. Tu disais que tu faisais des sites web ?

— Ouais. C’est un boulot prenant, pas toujours payant, mais ça me permet de bosser de chez moi, et je suis mon propre patron.

— Ça, je connais, dit-il dans un rire.

Il me parle de ses chalets, de l’envie qu’il avait de rester ici, loin de tout, et je l’écoute, en admirant la façon dont il cuisine et cette petite mèche de cheveux rebelle qui ne cesse de tomber sur son œil.

— Tu as quand même une grande maison pour un type qui habite seul, avoué-je. Tu ne t’ennuies jamais ?

— Bah. Ça arrive, c’est vrai, mais je suis incapable de vivre en ville. Et puis, il y a toujours quelque chose à faire dans le coin.

— Une demoiselle à sauver, par exemple, grimacé-je.

— Jouer les superhéros, c’est la partie que je préfère, rigole-t-il. Malheureusement, ça m’arrive rarement.

Quand nous nous installons à table, je me perds quelques instants dans le feu qui danse toujours dans le foyer. Dehors, il fait nuit et le silence est vraiment parfait. Je me sens au bout du monde avec cet homme.

— Alors, dis-moi tout, lâche-t-il dès que j’attaque mon repas. Qu’est-ce qu’une fille comme toi vient faire toute seule dans ce genre d’endroit ? Surtout si près des fêtes de Noël ?

Je prends mon temps pour avaler ma bouchée et je rince ma bouche avec du vin avant de me décider à lui répondre :

— Ma mère est dans le sud pendant les fêtes de fin d’année. Je devais passer Noël avec mon fiancé, mais on s’est séparés il y a quelques semaines. J’ai songé à annuler la réservation et à aller rejoindre ma mère, mais… j’avais envie de passer un peu de temps, loin de tout.

Il hésite avant de poursuivre son interrogatoire :

— Je peux savoir pourquoi ça n’a pas marché avec lui ? Enfin, sauf si tu préfères éviter la question…

— Bof. Ça n’allait pas depuis un moment entre lui et moi. C’est un avocat, il travaille beaucoup. Son boulot, c’est sa vie. Il n’était pas certain de vouloir des enfants, souhaitait qu’on planifie un contrat de mariage avant de s’engager avec moi… J’avais l’impression qu’on préparait notre divorce plutôt que notre union. Un matin, je me suis dit : est-ce vraiment ça que je veux ? La réponse m’a paru claire, alors je l’ai quitté. Et maintenant que je suis séparée, je me demande pourquoi je suis restée aussi longtemps avec lui. Les gens n’arrêtaient pas de me dire que c’était un type génial, un bon parti et ce genre de bêtises. Mais ce n’est pas ce que je cherche dans une relation.

La gorge sèche, je reprends mon verre de vin pendant qu’il continue de me dévisager :

— Et tu cherches quoi, en fait ?

Même si j’essaie de contenir la joie que me procure sa question, je ne peux pas m’empêcher de sentir une vague de chaleur au niveau de mes joues. C’est le vin, probablement, ou l’envie qu’il s’intéresse à moi. Enfin… non, je ne dois surtout pas m’imaginer n’importe quoi ! Il est gay, non ? Un type aussi parfait ne peut pas être hétéro… Reportant mon attention dans le fond de mon assiette, je rétorque :

— La même chose que tout le monde, je suppose : un type dont je serais amoureuse, et avec qui je me verrais vieillir. Avec qui l’amour ne sera pas une transaction d’affaires, à négocier dans les moindres détails. Juste un lien qui nous permet de croire en l’avenir. Enfin… quelque chose dans le genre.

Son sourire se confirme, et il hoche la tête, faisant retomber sa mèche devant lui.

— C’est beau, je trouve.

Il lève sa coupe de vin et la tend vers moi.

— Je te souhaite de trouver tout ça.

Rougissante, je trinque avec lui. Merde. Il est vraiment trop mignon, cet homme. C’est la première fois que je ressens un truc aussi… chimique. Il faut vraiment que je me fasse une raison avant de faire n’importe quoi !

* * *

Après le repas, j’aide Rosy à revenir sur le canapé. Elle se prélasse avec son verre de vin et nous parlons de tout et de rien. Elle est lasse. Je remets une buche dans le foyer, juste pour essayer de la retenir en bas un peu plus longtemps. Sa présence est agréable, et plus je l’écoute parler, plus elle me plaît. Je n’arrive pas à croire qu’une fille pareille soit là, dans mon salon, et qu’elle boive mes paroles alors que je suis un garçon tout à fait ordinaire. Parfois, j’ai même l’impression de lui plaire, mais je rêve, forcément.

Pendant que je vais vider le lave-vaisselle, Rosy s’endort et je retiens un rire quand je reviens au salon. Elle est adorable. Pourquoi ai-je autant envie de la protéger ? Elle n’a pourtant rien d’une fille fragile.

Je m’approche du canapé, lui retire son verre et je la soulève contre moi pour l’emmener dans sa chambre. Émergeant de son sommeil, elle marmonne :

— Je me suis encore endormie.

— Ce n’est pas grave.

Sa tête cherche un appui sur mon épaule et elle me laisse la monter à l’étage sans rechigner. Je profite de ce moment pour capturer son odeur. C’est doux. J’adore ça. Quand je la dépose sur son lit, je vais récupérer son petit bagage que je le rapproche d’elle.

— Tes vêtements, expliqué-je.

Sa main se pose sur la mienne et un sourire las s’inscrit sur sa jolie bouche.

— Tu es tellement gentil, merci, Nathan.

— Repose-toi bien. On a une grosse journée demain, la préviens-je.

Elle rit, mais je la soupçonne de croire que je mens, car elle ne pose aucune question. Peut-être qu’elle est juste trop fatiguée ? Je sors pour la laisser seule. J’ai un sourire idiot en quittant sa chambre. Merde. Je suis sous le charme. Comment est-ce possible ? Je viens juste de la rencontrer !

* * *

Nathan est vraiment aux petits soins pour moi. Il me fait le petit déjeuner et me presse pour que je m’habille.

— Dépêche-toi ! Je t’emmène visiter mon domaine !

Avec ma cheville, je m’imagine qu’il va m’emmener faire un tour en voiture, mais dès que je suis prête, il m’aide à sortir dehors et me fait signe de monter dans un traîneau.

— Qu’est-ce que… ?

— Je vais te tirer en haut de la colline, explique-t-il. Tu vas voir, il y a un super point de vue, là-bas.

— Mais… tu ne vas quand même pas me traîner !

— Cesse de faire ta timide. Tu es là pour te changer les idées. Il faut que tu prennes l’air !

Dans un rire timide, je le laisse m’installer dans le traîneau, bien assise sur une couverture, même s’il en remet une autre sur mes jambes. Il me fait tenir un sac à dos et m’entraîne sur un petit sentier dans la forêt. Oui, il me tire, et pendant que nous avançons sur le sentier, nous discutons comme si tout était normal. Il me parle des activités à faire sur son domaine, l’été surtout, et me raconte dans quel ordre il a construit les chalets. Il monte, et monte, et cesse finalement de parler pour préserver son souffle. Je me sens drôlement lourde, soudain. Une fois en haut de la colline, il nous installe face au domaine et pointe un chalet, au loin.

— Celui-là, c’était le tout premier. C’était aussi celui de mes parents quand j’étais petit. Je l’ai retapé, puis j’ai acheté le bleu, là-bas. Après quoi, j’ai décidé de me faire une maison à mon goût.

Je lève une main pour le faire taire.

— Attends. Tu as construit tous ces chalets ? De tes mains ?

— Ouais. Enfin… j’ai eu de l’aide pour les fondations et les murs. Et j’ai embauché un architecte, quand même, mais… dans l’ensemble, j’ai pratiquement tout fait. Ça m’a pris trois ans pour terminer ma maison. Environ huit mois pour les autres. Chacun, évidemment.

Il rit, visiblement fier de sa réussite. Et moi, au lieu d’observer le domaine, c’est lui que mes yeux fixent.

— C’est incroyable, soufflé-je.

— Bof. Ça m’a permis de passer le temps.

Sur le tronc d’un arbre tombé, il s’assoit pour être un peu plus à ma hauteur, puis tend la main pour reprendre le sac à dos. Pendant qu’il fouille à l’intérieur, je demande :

— Pourquoi tu n’es pas marié ?

Réalisant le sens de ma question, je me reprends aussitôt :

— Je veux dire… en couple, quoi. Enfin… avec quelqu’un. Pas nécessairement… une fille ou…

Sortant un Thermos de son sac, il immobilise son geste avant de reporter un regard surpris vers moi.

— Attends… tu trouves que j’ai l’air gay ?

Merde. Ai-je vraiment dit ça ? Je me sens rougir et je bafouille :

— Non, enfin… peut-être un peu.

Son expression s’affaisse, alors j’ajoute, très vite :

— Oh ! Mais ce n’est pas un problème, tu sais ?

Il fronce les sourcils.

— Hé ! Je ne suis pas gay !

Je crois que mon cerveau disjoncte pendant une fraction de seconde. Ai-je bien entendu ?

— Mais qu’est-ce qui te fait croire que… ?

Il penche la tête pour vérifier ce qu’il porte. Pour ma part, je crois que j’ai un sourire niais devant son information. Il n’est pas gay ? Vraiment ? Quand son regard inquisiteur revient sur moi, je réponds, tout bêtement :

— Tu sais, en ville, lorsqu’un type est canon, déjà, on se pose la question. Alors s’il habite dans un château, super bien décoré et qu’en plus il fait bien la bouffe… la réponse paraît évidente.

Son regard s’éclaircit et il répète :

— Attends… tu trouves que… je suis canon ?

La chaleur sur mes joues revient en force et je fais mine d’être détachée lorsque je rétorque :

— Ouais, enfin… ouais.

Si l’air est frais, soudain, j’ai chaud, et le silence qui suit est légèrement inconfortable. Lorsqu’il se décide à reprendre ses gestes et qu’il nous verse du chocolat chaud dans deux tasses en plastique, je le remercie avec une petite voix.

— Je ne suis pas gay, répète-t-il avant que je puisse récupérer le breuvage.

— D’accord.

Les joues rouges, je bois. C’est bon, mais toute mon attention se situe autre part que sur le chocolat qui excite mes papilles. Nathan n’est pas gay. Et je dois essayer de refréner mon envie de sourire comme une idiote. Pourtant, il doit me trouver ridicule, en ce moment. Et je ne suis peut-être pas son genre. Surtout que je viens de douter de son orientation sexuelle…

Nous sirotons notre chocolat dans un silence lourd qu’il brise le premier :

— Quand j’ai construit cette maison, j’étais avec Diane. Nous étions ensemble depuis le lycée. Je pensais que c’était la fille avec qui j’allais passer ma vie, me marier, faire des enfants, mais… la vérité, c’est qu’elle étouffait à vivre ici. Elle voulait étudier, voyager. Alors elle est partie. Elle est devenue hôtesse de l’air et s’est mariée avec un pilote d’avion. Et moi, j’ai continué de m’occuper de mon domaine.

— Tout seul ? demandé-je.

— Ouais.

Devant mon air étonné, il s’empresse d’ajouter :

— Oh, mais j’ai eu quelques aventures, seulement… rien de sérieux.

Je rougis et lui aussi. Merde. Nous avons l’air de deux imbéciles. Je bois mon chocolat trop vite. Il m’imite avant de récupérer ma tasse.

— Je te ramène. Je dois couper du bois, vérifier le chalet numéro trois et puis… préparer le repas.

— Oh, mais… je peux m’occuper du repas si tu veux, proposé-je.

Il hésite avant de demander :

— Ta spécialité, c’est quoi ?

— Un peu de tout. Soupe, quiche, gâteaux…

Son expression s’illumine.

— Gâteaux ?

— Serais-tu gourmand ?

— Très, affirme-t-il.

Je glousse, ravie.

— Laisse-moi une heure ou deux dans ta cuisine et je verrai ce que je peux faire.

— Ça me va ! Mais… avec ton pied ?

— Je me débrouillerai, promets-je.

* * *

Je coupe du bois et j’accueille la famille qui s’installe dans le chalet au bout du sentier, mais en réalité, je n’arrête plus de penser à Rosy. Ses rougeurs et sa façon de me complimenter après m’avoir soupçonné d’être gay. Décidément, je ne sais plus sur quel pied danser avec elle !

Quand je rentre chez moi, il règne une odeur agréable dans ma maison. Je retire mes bottes quand elle m’interpelle de la cuisine :

— Je t’avertis : je n’avais pas assez de temps pour tout faire, alors pour ce midi, ce sera : une crème de légumes, un croque-monsieur bien garni et des biscuits aux pépites de chocolat.

Dès l’instant où j’entre dans la cuisine, mon cœur se serre en apercevant Rosy aux fourneaux. À l’aide d’une chaise où elle a posé un genou pour conserver l’équilibre, elle prépare le repas comme si tout était parfaitement normal. Et moi, j’ai la sensation de vivre un rêve lointain : celui de rentrer chez moi et qu’une femme aussi jolie et souriante que Rosy m’y attende. Parce que je n’ai pas prononcé le moindre mot depuis que je suis là, elle s’inquiète :

— Tu aurais voulu un menu plus compliqué, peut-être ?

— Non, dis-je en souriant. Au contraire. Je me disais que tout était absolument parfait.

Elle rit avant de se pencher pour sortir une plaque remplie de biscuits. Ça sent divinement bon ! Je viens me poster à sa droite et je reluque la nourriture avec un air gourmand.

— J’adore les biscuits, avoué-je.

— Pas touche ! Tu en auras seulement si tu fais honneur au repas.

— Je vais tout dévorer, tu verras.

Encore un rire. Du bout des doigts, même si les biscuits sont chauds, elle vient en détacher un petit bout de la plaque et le porte devant ma bouche. Sans la moindre hésitation, je viens le happer entre mes lèvres tout en la dévorant des yeux. Elle rougit, mais elle ne détourne pas le regard.

— C’est bon ?

— Délicieux, confirmé-je.

Dans un gloussement, elle vient replacer une mèche de mes cheveux qui m’obstrue la vue, puis me retire une épinette de la tête.

— C’est la forêt, expliqué-je simplement. D’ailleurs, il faut que je me douche avant de passer à table.

— Tu as quinze minutes, pas une de plus, me nargue-t-elle.

Tant pis pour le baiser que j’ai envie de lui voler, je file à l’étage pour me nettoyer et je sens la nervosité qui grimpe en force. Merde. Je suis rouillé. Je ne sais absolument plus comment on drague une fille ! Encore moins une fille de la ville ! À coup sûr, je vais avoir l’air d’un imbécile. Peut-être que je dois attendre qu’elle fasse le premier pas ? Elle m’a déjà pris pour un homosexuel, après tout !

* * *

J’adore la cuisine de Nathan. Elle est grande et fonctionnelle. Rien à voir avec mon petit appartement. Pendant qu’il se douche, je réchauffe la soupe et je mets les croque-monsieur au four avant de déposer mes biscuits dans une jolie assiette. Poussant la chaise qui soutient ma jambe vers l’évier, je nettoie rapidement la vaisselle. Quand Nat redescend, je reste un moment à le fixer, les mains sous l’eau et complètement immobiles. Il a un simple jean et une chemise noire encore ouverte. Je reluque ses abdos comme une junkie en manque, la bouche ouverte et les sens affreusement en éveil.

— T’as besoin d’aide ? propose-t-il en commençant à attacher les boutons de sa chemise à partir du bas.

De l’aide ? Pour quoi, exactement ? Respirer ? Je cligne des yeux à répétition avant de reporter mon attention sur la vaisselle. Je retiens même mon souffle quand il se poste à ma droite.

— Hé ! T’as vu que j’ai un lave-vaisselle ?

— Ça va, dis-je simplement.

Merde ! Il sent affreusement bon ! Il vaut mieux que j’évite de le regarder avant de faire des bêtises ! Glissant de nouveau la chaise en direction du four, j’éteins le feu sous la soupe et je vérifie l’état des croque-monsieur. Je ne suis pas certaine de voir quelque chose, encore moins quand il revient se placer près de moi.

— Tu as assez travaillé. File à la table. Je m’occupe du reste.

— Non, mais… ça ne me gêne pas de…

Je me redresse et tombe de nouveau face à lui. Il a boutonné sa chemise. Je ne sais pas si ça me plaît ou non. C’est probablement mieux ainsi. Il me regarde avec un sourire, puis il glisse ses doigts dans mes cheveux. Mon cœur s’emballe dans ma poitrine. Est-ce qu’il va m’embrasser ?

— Tu as de la farine sur la tête, explique-t-il.

Je secoue quelques mèches, confuse, en détournant le regard. Merde. Il est tout propre et moi, je viens de passer deux heures aux fourneaux. Je dois être vilaine à voir !

— Je prendrai une douche après le repas, dis-je simplement.

— Avec une chaise ? se moque-t-il.

Pendant dix secondes, j’hésite à lui demander de l’aide. Je veux bien revoir ses pectoraux, tiens. Et les lécher sous l’eau chaude… Merde ! Je fantasme !

— Je me… débrouillerai…

Il sourit et ses yeux glissent sur moi avant de s’arrêter sur la chaise où mon genou est posé.

— Je n’en doute absolument pas. Mais si tu as besoin d’aide, tu n’as qu’à le faire savoir.

Quand il me tourne le dos, il entreprend de mettre la table. Pour ma part, je suis ses épaules musclées du regard avec un cœur qui me fait une symphonie si frénétique que mes oreilles bourdonnent. Est-ce qu’il vient de me faire une proposition indécente ? Un frisson agréable me traverse le creux des reins. Je dois même me faire violence pour retourner à ma tâche. Avec cette cheville en moins, il vaut mieux que je m’assure de ne pas faire une seconde chute. Ce serait bien la totale !

* * *

Pendant le repas, Nathan me complimente sur la nourriture et me propose un plat en sauce pour le soir. Je souris en le fixant avec intérêt. Je voudrais une autre preuve que je n’ai pas rêvé, et qu’il a bien essayé de me charmer, tout à l’heure. Peut-être que je fabule. Avec un type pareil, ça ne m’étonnerait pas du tout.

Après le repas, Nathan m’aide à monter à l’étage et redescend ranger la cuisine. Je prends une douche en me tenant assise sur le rebord de son immense baignoire. Quel dommage que je ne puisse pas l’utiliser correctement. J’ai très envie de m’y étendre et de m’immerger dans une eau chaude bien moussante.

Pour éviter de déranger Nat, en bas, je me tiens aux murs et je sautille sur un pied pour revenir jusqu’à la chambre. Je profite du lit pour pouvoir me revêtir de façon confortable. Quelle idée d’avoir apporté des vêtements amples, aussi ! J’aurais dû songer à prendre une robe ! Comment suis-je censée séduire un homme avec des jeans ? Et mes cheveux ! Je n’ai rien pour les sécher ! Déçue, je les attache, et je viens souligner mes yeux de noir. Je suis pathétique de vouloir séduire Nathan, mais je ne peux pas m’en empêcher. Tant pis si c’est temporaire ou si je me ridiculise : il me plaît. Jamais un type ne m’a fait un tel effet.

Une fois vêtue, je sautille en direction de l’escalier quand Nathan remonte et écarquille les yeux devant mon geste.

— Hé ! Tu devais m’appeler !

— Je ne voulais pas te déranger.

Je lâche un cri de surprise quand il vient me soulever dans ses bras et je m’accroche à son cou pour éviter de basculer vers l’arrière.

— Imagine si tu étais tombée ! Tu aurais pu te faire très mal ! me dispute-t-il.

Avec ces yeux sombres, il est vraiment à croquer ; alors au lieu d’afficher une moue désolée, j’ai un sourire niais lorsque je dis :

— Tu es vraiment adorable,

Il rit, puis détourne les yeux pour vérifier où il met les pieds lorsqu’il me ramène en bas. Ainsi contre lui, je laisse ma tête retomber contre la sienne, profitant de notre proximité pour humer son parfum discret. Doucement, il me repose sur le canapé et je regrette son contact lorsqu’il s’éloigne.

— Je t’ai allumé un feu, dit-il en s’assoyant sur la table basse, face à moi. J’ai l’impression que ça te plaît.

— Oui, avoué-je.

Il s’installe à côté de moi et vient récupérer ma cheville foulée pour la remballer dans une bande. Je me retrouve légèrement étalée sur le meuble, à savourer ses mains sur ma peau.

— Décidément, c’est vraiment le paradis chez toi, soupiré-je.

— Tu te blesses dans mon chalet et tu considères que c’est le paradis ? se moque-t-il.

Ses mains repoussent mon jean vers le haut et il vient masser mon mollet. Mes yeux se ferment et je gémis pour lui montrer à quel point c’est agréable.

— En venant ici, je ne me doutais pas qu’un homme magnifique prendrait soin de moi.

Les doigts sur ma peau s’immobilisent et je dois me faire violence pour ouvrir les yeux afin de vérifier la réaction de Nathan qui me fixe, stupéfait.

— C’est la deuxième fois que tu me fais ce compliment, explique-t-il. Que tu dis… que je suis beau.

Malgré ma nervosité, je hoche la tête.

— Tu l’es.

— Mais tu m’as cru gay, me nargue-t-il.

Je lève les yeux au ciel en émettant un rire gêné.

— Les types parfaits sont toujours gay, me justifié-je.

— Allons donc, je ne suis pas parfait !

Malgré les rougeurs sur mes joues, je me redresse partiellement pour lui faire face et je dis :

— Ah non ? Dis-moi tout, alors ! Quels sont tes défauts ?

— Mais… je… je ne sais pas, moi ! bredouille-t-il, étonné par ma question. Déjà, je ne suis pas… si beau et…. Tiens ! J’habite dans un bled complètement paumé ! Et les femmes détestent les paysans !

— Tu n’es pas un paysan ! rigolé-je. Tu as construit cet endroit de tes mains ! C’est quand même incroyable ! En plus, c’est magnifique !

Pour éviter de heurter ma cheville blessée, je la descends du canapé, ce qui me permet de me pencher davantage vers Nathan. Déterminée, je pose une main sur son torse.

— Pour le reste… j’insiste : tu es vraiment canon.

Je n’ai même pas à tendre mes lèvres vers les siennes qu’il me ramène contre lui pour prendre ma bouche avec fougue. Nous nous embrassons comme des affamés pendant plusieurs minutes avant que j’ose m’attaquer aux boutons de sa chemise. Surpris par mon audace, il retient mon geste et me lance un regard effrayé :

— Rosy, ce n’est pas obligé que… rien ne presse…

À bout de souffle, je demande :

— Quoi ? Tu ne veux pas ?

— Au contraire ! Seulement…

Ses mains enveloppent délicatement mon visage, puis il chuchote :

— J’ai l’impression que… qu’il y a quelque chose de fort entre nous…, et je ne veux surtout rien gâcher.

Je viens embrasser son cou, puis mordiller son oreille jusqu’à ce qu’il gémisse de plaisir sous mes lèvres.

— Quand je fais ça, tu trouves que ça gâche les choses entre nous ? demandé-je d’une voix taquine.

En guise de réponse, il ramène ma bouche contre la sienne et glisse ses mains sous mon t-shirt de façon indécente. Je glousse comme une adolescente devant son assaut lorsqu’il replonge ses yeux dans les miens.

— Tu trouves toujours que j’ai l’air gay ? me nargue-t-il.

Je bascule le t-shirt par-dessus ma tête et je savoure l’instant où le désir transparaît dans son regard.

— Je voudrais plus de preuves, exigé-je.

Il n’en fallait pas plus pour le ramener contre moi.

* * *

La nuit tombe doucement. Dehors, il neige, et c’est beau à regarder, même si je préfère contempler le feu qui crépite dans le foyer. Le bras de Nathan me tient contre lui, sur le canapé. Il n’y a pas de peau d’ours sur le sol, mais que m’importe ? Ce meuble était fort confortable pour nos ébats de l’après-midi. Non seulement Nathan m’a prouvé qu’il n’était pas gay, mais qu’il savait parfaitement utiliser ce corps magnifique qui est le sien.

— Un paysage de rêve, un homme parfait et du sexe tout l’après-midi. Voilà le genre de vacances que j’aime beaucoup, soufflé-je.

— Moi aussi.

Un silence paisible passe, puis il se met à rire.

— Merci de t’être foulée la cheville dans mon chalet.

Je pouffe à mon tour.

— Merci de m’avoir invitée chez toi. Et pour t’être aussi bien occupé de moi.

— Tout le plaisir est pour moi. Surtout aujourd’hui, ajoute-t-il sur un ton moqueur.

Je pivote sur le canapé pour pouvoir lui faire face, grimace quand la cheville m’élance, mais je me bute à me redresser pour mieux le voir.

— Quand je serai sur pied, tu verras : je me jetterai sur toi beaucoup moins prudemment. Et là, tu peux me croire, ça va être ta fête !

Son sourire est adorable, heureux. Lentement, il ramène mon visage près du sien.

— Quel idiot. Dire que j’ai failli refuser tout ça sous prétexte que… c’était trop rapide entre nous.

— C’est tout benef ! Il nous reste encore cinq jours pour faire des tas de bêtises dans ta maison, et comme elle est grande, ça donne un tas de possibilités. Remarque, si tu avais été nul au lit, la semaine aurait été moins inspirante…

Il me jauge du regard, incertain des mots que je viens de prononcer.

— Tu es génial ! le rassuré-je. D’ailleurs, ça m’énerve un peu que tu n’aies pas plus de défauts. J’ai toujours l’impression qu’il y a anguille sous roche…

Son air s’assombrit.

— J’habite au milieu des bois, ça ne te suffit pas comme défaut ?

Je hausse les épaules.

— Ça devrait ?

— Bien sûr ! Parle-moi du féminisme et tout le reste ! insiste-t-il. Ma vie est ici, loin de la ville ! Et je ne suis pas riche, hein, loin de là ! Mais je suis chez moi. Et je suis un type ordinaire, qui aime la nature et… les choses simples.

Je me penche pour venir embrasser son torse avant de relever des yeux pétillants sur lui.

— Pour ma part, je peux bosser de n’importe où. Et dans un monde où tout est tellement superficiel, je suis rassurée de savoir qu’il existe des hommes vrais.

Je me remets à rire avant d’ajouter :

— Et hétéro, aussi !

— Toi alors ! Quelle peste, tu fais !

Et pourtant, il rigole et ramène prestement ma bouche sur la sienne. D’un seul baiser, il fait bifurquer notre conversation sur des choses bien plus intéressantes.

* * *

Je passe la semaine la plus romantique de mon existence. Un homme, une maison loin de tout, et même si Nathan travaille, à certains moments de la journée, nous passons énormément de temps ensemble. Non seulement il est follement doué au lit, mais il est constamment aux petits soins pour moi. Nous cuisinons, je l’aide à préparer les chalets et il me laisse avancer certains sites web, le soir, pendant qu’il regarde la télé. À croire que nous avons toujours cohabité ensemble, lui et moi. Je suis sous le charme. Nathan est parfait. Trop, probablement, car jamais je n’ai ressenti un truc pareil avec un homme. Comment suis-je censée lui résister ?

La veille de mon départ, je suis nerveuse. Alors que mes vacances ont commencé dans le chaos, voilà que je viens de passer les plus beaux jours de ma vie. Pourtant, demain après-midi, je dois absolument me rendre en ville pour faire le point sur l’avancement du projet sur lequel je bosse. Et il faut que je planifie différentes réunions la semaine prochaine… Autant dire que je n’ai donc plus de vacances avant Noël. Ce n’est pourtant que dans trois semaines. Alors pourquoi cela me paraît-il si long ? Si ça se trouve, Nathan n’a jamais prévu qu’on se revoie…

Alors que nous sommes étendus dans son lit, il soupire contre mon oreille :

— Dis que tu reviendras.

Je pivote pour venir lui faire face dans son lit et je vérifie que ses yeux sont sincères. Comment puis-je en douter ? Nathan est un homme entier, vrai. Un homme tel que j’ai toujours souhaité rencontrer.

— Rosy, je sais que notre histoire est récente… et rapide, mais… dis-moi que je ne suis pas fou. Dis-moi que tu ressens… ce truc qui se passe entre nous…

— Oui, avoué-je, étrangement émue de pouvoir le lui dire.

Son expression se ternit lorsqu’il reprend :

— Maintenant, dis-moi que c’est impossible. Que j’habite trop loin de la ville, que tu ne te vois pas vivre dans une maison perdue au fond des bois… que ça ne fonctionnera pas. Brise-moi le cœur avant que je m’imagine n’importe quoi.

Je cogne mon front contre son menton avant de secouer la tête.

— Je crois que j’ai l’imagination aussi fertile que toi, admets-je.

Il m’étreint avec force et nous rions pour essayer de chasser l’émotion qui nous submerge. Au bout d’un tas de baisers, il repose les yeux sur moi.

— Qu’est-ce que tu fais pour Noël ?

— Je… je ne sais pas, avoué-je dans un rire intimidé. Ma mère ne rentre pas avant janvier, alors…

— Et si tu revenais ici ? Tu pourrais rencontrer ma famille et…

Ses mains se font plus fermes derrière mon dos.

— Nous pourrions passer du temps ensemble, continuer à nous connaître… voir où tout cela nous mène !

Je glisse ma tête contre la sienne en me retenant de glousser comme une idiote.

— Nathan ! Arrête ! Tu vas finir par me convaincre que le prince charmant existe !

— Quoi ? C’est moi, le prince charmant ? demande-t-il en me repoussant pour mieux voir mon regard.

— Évidemment ! Tu es tellement… parfait !

Ses joues prennent un peu de couleur devant mon compliment, et j’ajoute, très vite :

— En plus, tu n’es même pas gay !

Il rit, fort, et me ramène prestement contre lui pour dévorer ma bouche. Un baiser qui m’étourdit et m’enflamme les sens. Quand il me relâche, il souffle :

— Dis que tu reviendras…

Je me love contre lui avant de lui répondre :

— Si tu es très sage, le papa Noël t’apportera sûrement un joli cadeau…

— Je ne veux que toi.

— Sale petit charmeur ! Comment veux-tu que je te résiste ?

— Ne le fais pas…

Son murmure me plaît, et je hoche la tête près de la sienne.

— Je crois qu’il y aura de l’amour sous le sapin, cette année…

— Je ne désire rien d’autre.

 

 

 

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Table des matières
  1. De l’amour au pied du sapin
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