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Underground

Par Sonia Traumsen

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 28 juin 2015 à 11h50

Dernière modification : 10 janvier 2021 à 9h16

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Chapitre 6

 

 

Voilà que l’on défaisait trop facilement l’unique lacet de mon pantacourt, qui commença à glisser sur mes fesses. Je pensai à ma voiture garée non loin : avais-je bien ramené la capote ? Sinon, ses fauteuils jaune beurre étaient-ils encore à l’ombre ? Qui d’autre que moi s’était déjà assis dessus ? Le triangle était-il dans le coffre, ou bien à côté du chargeur de batterie, dans le garage à bateau ? Quelle image de moi se réfléchissait maintenant dans le rétroviseur ? Avais-je bien regonflé la roue arrière ? Qu’étaient devenus les éléphanteaux de l’éléphante qui avait fourni l’ivoire pour le pommeau du levier de vitesses ? Le navigateur au long cours retrouverait-il son chemin, pour ramener mes beaux sièges dans mon garage de Zürich et mon corps dans la cathédrale de Vienne ? Je pensai à Luìs, sans doute toujours vautré dans mon lit : bandait-il encore pour moi, ou bien dans ses rêves pensait-il déjà à une femme plus conforme, qui lui parlerait en espagnol des esclaves ottomanes ? Est-ce que son amour ailé se reposait maintenant sur mon tapis persan ? Sa queue était-elle ramollie, ou durcissait-elle de nouveau au contact de mon image ?

Mais voilà que l’on me caressait. Devrais-je faire encore un effort pour penser à Luìs, ou bien à mon mari qui redorait son karma chez les bouddhistes ? Il m’était facile d’imaginer une sexualité exotique, puisque je ne voyais ni la main qui me remettait en question, ni son propriétaire en titre. Je misai pour le jeune aux Adidas, le Kurde n’étant toujours pas revenu. Mais peut-être déjà le Russe, qui évaluait son matériel ? Je ne faisais que sentir la peau de l’inconnu sur la mienne. Velours, taffetas, caftan, lin ? Blanc tissu mais ongles longs, vu les éraflures volontaires sur ma peau de soie. Non, ce n’est pas de la fourrure, et de toute façon les tissus sont plus doux que ces peaux-là, leur texture plus raffinée ressemble tant à leur couleur, que les sens échangent leurs impressions. Rien de tel ici, où le contact viril ne me suggérait aucune couleur : je ne voyais rien, même si je ressentais un frisson de honte lorsque l’on me pinçait pour m’entendre crier. On me palpait comme une bête, on testait l’élasticité de mes tissus. Je crois bien que les doigts du Russe me cherchaient déjà, mais je ne pouvais pas le voir. Qu’allait-il faire de moi ? Les sentiments ont-ils une couleur, un grain de peau ? Les créateurs sont là pour dire que oui, puisqu’ils nous habillent de leurs pensées baroques. La douleur a une couleur rouge. Mais ce sont des sentiments testés high-tech, l’ambiance Turner ou Proust relookée dans les rideaux, jamais la honte ou l’humiliation ou la méchanceté nature, qui n’ont encore trouvé ni couleur ni tissu. Bannissement des ogres et des sorcières, l’empire du mal rendu à la raison, ou maté design pour donner quelques retouches morales aux caractères de nos chéries. Sans ça les filles à papa seraient bien putes. Il me faudra suggérer quelques inventions à mon créateur new-yorkais : Voyez cette couleur de pute noire associée à votre salon pervers de type pater noster. Cette robe noire pierre ponce et feu s’ourle dans votre chatte. Cette robe jaune soufre ouverte sur vos seins bleus offre vos jolis tétons rouges à ce méchant garçon, qui est vêtu de fourrures de loup importées des Carpates, et armé d’un nerf de bœuf à manche ivoire.

En somme, que l’un ou l’autre, Kurde bronzé ou Russe blanc, soit pour moi un méchant inconnu m’importait peu : bien au contraire, ces caresses anonyme mais fermes aux limites de la douleur s’avérait plus efficaces : je pouvais ainsi estimer la dureté des queues qui allaient rentrer en moi. Pourvu qu’il durcisse. Je ne voyais pas l’homme que je ne connaissais d’ailleurs pas : voilà qui n’était pas pour me déplaire, voilà que la chaleur de sa paume rentrait si facilement en moi sans causer d’effroi ! La main était-elle sale ? Je criai, lorsque les doigts se replièrent en me forçant. Quelqu’un dit : « ça va ». Après tout, n’avais-je pas enfilé ce genre de pantalon pour suggérer qu’on le défasse ? Que l’on déballe plus facilement la pétasse hors de son prestigieux paquet cadeau ? Et qu’on le teste dans tous les sens, pour que je sois sans surprise ? C’était bien là un beau cadeau pour eux, et j’étais fière d’avoir eu le courage de m’être livrée ainsi à des étrangers. Maman avait raison, ils n’éprouvaient aucun sentiment. La vie me devenait soudain facile. Pourquoi faire l’effort d’imaginer mon mari ou Luìs à la place de ceux-là, puisqu’il suffisait de me laisser faire, un peu comme en studio, en pensant tout simplement que je ne méritais rien d’autre : être humiliée par des mains tièdes ; que des inconnus vident enfin mes abats saumonés sous les projecteurs de minuit !

Aussi, quand un pouce entra dans mon cul je ne protestai pas ; enfin, lorsqu’on me demanda de lever un pied après l’autre afin de me délester du pantalon, je m’exécutai sans réticence marquée, comme en studio, pourtant bien certaine que cette fois mon insatisfaction ne serait pas compensée par le fric. En fait j’avais déjà cédé mes bijoux en anticipation du plaisir que j’allais prendre, ou pour payer l’affront que j’allais subir. Finalement, me dis-je, l’argent que je tiens du studio file directement dans la poche des Turcs, alors que leur foutre rentrera en moi. Voilà qui me semblait juste et sans l’ombre de dieu, comme une équation de la mécanique des fluides. J’étais à présent complètement nue, décapotée, parfaitement exposée au soleil du bar et ouverte aux amateurs de vintage. Je commençais à apprécier l’idée que l’on puisse me démarrer et prendre son pied avec mon siège, comme pour partir en promenade.

 

Pourtant à mon grand étonnement on ne me toucha plus. Comme après la mise à nu de mes seins, les hommes, je le savais sans même les apercevoir, restaient sans doute bouche bée, la queue basse, tout comme le patron en face de moi, qui venait de me découvrir en chair sans photo, conscient que j’étais conforme à ce que je lui avais promis la veille en magazine. Il ne revenait pas de sa lecture in vivo, et je commençais à douter de lui, s’il allait hésiter à me profaner. Jamais sans doute il n’avait eu à porter par contrat la main sur une poupée arrachée à son biotope lacustre, tellement habituée à s’exposer high-tech au soleil de minuit que c’en était devenu indécent, et rodée à l’exercice au point de se vêtir d’une aura impudique, sans doute trop professionnelle encore mais si éclatante, si surprenante dans son innocence, qu’elle en devenait intouchable. Je craignis que l’homme ne se contente de me posséder comme un bijou fameux, comme une œuvre d’art érotique qui ne mériterait que le coffre ; comme une madone peinte, et non comme un corps livré.

Le silence du groupe extasié m’oppressa tant, que j’en fus décontenancée. Les hommes décidément ne me toucheraient plus, et je craignis qu’ils ne passent de l’admiration au respect. Déjà, ils ne me regardaient plus comme une proie enfermée sous contrat. Voilà que je n’étais plus cette image proprette de mannequin, livrée à la lubricité des voyeurs, mais une simple femme surprise au pied du lit, qui ne pouvait même plus cacher ce qui lui restait de pudeur.

D’instinct, malgré l’injonction que j’avais reçue de garder mes mains derrière le dos, je ramenai mes bras sur le devant, pendant que de l’autre main je protégeais mes fesses, alors que je n’étais venue que pour me faire déflorer par là. Aussitôt je fus déçue que le Turc ne me rappelle pas à l’ordre en me demandant de ramener mes bras en arrière. Je lui en voulais de ne pas rester constant dans sa détermination, et surtout de ne pas se montrer assez fort devant moi. Quant aux autres, je commençais à me demander, quand même ils se décideraient enfin à me baiser, si en définitive ils ne le feraient pas seulement par amour. Je n’avais nulle envie que l’on recommence à m’aimer. Au lieu de se décomposer à la lumière du vice mon physique avait mis les hommes dans une situation si embarrassante, que soudain je m’en voulus d’avoir entraîné jusqu’ici leur innocence. Ils m’admiraient trop pour simuler le viol, et déjà s’en voulaient de m’avoir volée ; il s’en fallait donc de beaucoup, qu’ils consentent à me baiser pour le seul plaisir de démolir ma faconde.

Tout s’était déroulé selon mes plans, tant que les hommes n’avaient aperçu de moi que des fragments : les pieds, les mollets, les seins, les fesses ; mais jamais toute nue comme à présent, rassemblée par ma beauté éclatante de vitrine. Ainsi, subjugués devant la rareté d’une telle apparition, comme si tout soudain la femme de leurs rêves occidentaux s’était incarnée là, je craignais qu’ils ne soient castrés par leur respect. Ils ne m’avaient envisagée baisable que par fragments ; réunifiée je devenais intouchable. Mon impatience à être humiliée s’évaporait d’autant plus vite que mon instinct de pudeur reprenait ses droits face aux regards de mes trop respectueux agresseurs.

 

 

 

Mon Turc était visiblement décontenancé, et je craignais qu’il ne perde son ascendance sur les hommes. Alors qu’il avait lui-même ordonné que l’on me mette nue, il dépouilla la table de sa nappe et me la jeta en déclarant d’une voix presque émue : « couvre-toi ! »

Il m’était impossible de ne pas obéir, si je ne voulais pas briser le contrat qui nous unissait encore, mais j’eus le réflexe heureux de m’exécuter tout en me couvrant à peine, soudain drapée à la romaine, un sein à l’air, les reins dégagés, une épaule nue, le sexe offert.

Je voulus parler pour recommander à mon Turc de se reprendre, mais je me retins, de crainte de le vexer devant ses hommes. Je replaçais docilement mes mains derrière le dos, alors qu’on ne me le commandait plus.

« Allez donc chercher des pinces, au lieu de rester plantés là comme des idiots ! »

En entendant la voix assez ferme de mon Turc je fus prise d’un soulagement profond. Comme pour mieux suggérer que j’étais prête à recevoir l’objet de ma souscription, j’entrouvris la bouche tout en regardant les hommes qui commençaient à reprendre leurs esprits en tournant autour de leur adorable statue. Avant de me baiser il ne leur restait plus qu’à me dépouiller de mes piercings sur le nombril et le bouton. J’allais bien voir, s’ils allaient enfin poser les mains sur moi, et je n’avais qu’une crainte : que leur émotion ne les pousse par maladresse à me charcuter.

Je commençais à comprendre l’erreur dans laquelle je m’étais fourvoyée. Certes je n’étais pas responsable de ma beauté, mais sans doute de la relation que j’avais toujours entretenue avec elle, qui à force de prises de vues et de miroirs avait fini par envahir jusque mes rêves, bien que je ne me sentisse tout de même pas identique à l’effigie qui s’asseyait dans tous les magazines. Pour être franche, disons que j’avais tout de même fini par y ressembler, au point que seule mon intimité avec mon mari et quelques aventures bien réglées m’avaient permis de préserver je ne sais quel espace intérieur vierge de cliché. Mon mari avait donc gardé une image de moi bien distincte de mes apparitions en studio, mais ce n’était pas à dire que j’avais grâce à lui retrouvé un authentique sentiment, puisqu’il était le seul dépositaire de cette nouvelle image. Bref ma beauté avait eu raison de moi, surtout aux yeux des Turcs qui m’avaient jugée intouchable comme une divinité protectrice. C’est ainsi que j’avais relégué au vestiaire mes petits airs de salope, et j’avais oublié que mon Turc ne pourrait avoir raison de moi qu’en réduisant mon cul à un objet esthétique qui pour se montrer désirable devrait avoir partie liée avec ses phantasmes d’oriental. Je ne serais baisable jusqu’au bout qu’à la condition qu’il entre par le dernier trou. De même les autres hommes ne me baiseraient qu’en écartant mon image de star, sans tenir compte du fantôme que les magazines leur avaient mis en tête. Ainsi mon corps de star ne serait baisable qu’à condition d’être découpé en morceaux consommés à part.

Je devais donc me concentrer pour me livrer par fragments, ne pas me montrer salope d’un seul coup, mais en utilisant chacun de mes organes. Pour être dominée l’égérie devrait être humiliée, mais pas en une seule fois. Ma beauté de magazine devait être découpée, puis reconstituée dans son entier de salope. Si je me donnais d’emblée il n’y aurait plus rien à humilier, et si je persistais dans ma beauté fatale je ferais de ces hommes des impuissants fascinés. Mieux valait donc leur offrir chacun de mes seins, mon sexe, mon cul, ma bouche, mes jambes, hanches, ventre, mollets, pieds, sans que les hommes puissent les penser comme des attributs de leur star. Il fallait que je leur donne le désir de me baiser sans leur laisser le loisir de reconstituer mon image.

 

Je me mis donc à jouer avec la nappe pour unique vêtement, sans m’exhiber, mais toutefois en mettant en valeur mon sein gauche, en faisant remarquer mes fesses, en démarquant mes hanches et en exposant mon ventre, mine de rien, afin qu’ils apparaissent, non pas comme les parties d’un corps d’égérie, mais comme des organes lubriques exploitables en public, des pièces de vivante charcuterie séparément baisables. Je comptais ainsi détourner l’attention des hommes, sinon de ma personne, du moins de l’image divine qu’ils se faisaient de mon corps. Il ne s’agissait cependant pas de présenter un striptease pour me faire admirer ou désirer, mais de me découper en quartiers de chose.

C’est ainsi que tout en mettant en valeur mon sein, comme par accident en jouant avec la nappe je tirai sur mon piercing au point que mon clito me fit mal. Je grimaçai, ce qui attira l’attention des hommes dans cette région.

« Allez-y, enlevez-le donc, si vous êtes des hommes ! lançai-je méchamment, comme si j’avais affaire à des moitiés. Bref je m’efforçais de prendre le petit air de nos garces, quand elles s’adressent aux immigrés pour les pousser à la faute, protégées qu’elles sont par la police.

— On va te faire bien pire », lança le Turc, qui décidément s’était repris.

Je mouillais, et mes seins me firent mal, lorsque je pensai qu’aucun policier ne viendrait me défendre ici. Je me préparais à sentir les mains des hommes passer sur moi, pour se venger des juges. Tout ce qui est trivial te plaît. J’avais hâte de découvrir ma nature en prenant la place de mon image dans la tête de ces gens. J’allais enfin savoir ce qu’ils faisaient de moi, d’habitude, en lisant mes revues dans les toilettes entre deux couvertures, ou pendant les concours de masturbation dans les dortoirs ou vestiaires anatoliens.

« Dis-donc toi, en fait t’es une vraie salope ! », dit le jeune, qui se signala enfin dans mon dos. Je sentis aussitôt son sexe bandé bien droit entre mes fesses, pendant qu’une main plus froide, sans doute celle du Russe, parcourait mes hanches puis mon dos. Le Kurde était enfin revenu, toujours sous son T-shirt façon carpette. Voilà qui est mieux, me dis-je, sans oser le dire. Je comptais bien maintenir une certaine dignité, moins par principe que par jeu.

 

Le jeune décidément installé dans mon dos passa une main pour s’emparer de mon sein, qu’il pressa au point de me faire crier. L’une de ses Adidas traînait au sol. Il commença à me triturer, pendant qu’il présentait mon ventre à la moustache de son acolyte Kurde, qui à son tour me proposa une pince pour le moins idoine. On allait enfin me trafiquer comme ma belle voiture, et l’image de la star s’évanouirait à l’horizon de mon plaisir.

« Présente-la », dit le Kurde, comme s’il parlait d’une simple pièce à ajuster, en faisant claquer en bon professionnel les mâchoires de la pince. Je sentis aussitôt sur ma chair les effets du métal qui me charcutait. J’espère qu’il ne va pas m’exciser, pensai-je alors. Non : l’anneau du clip céda, clic, et mon diam fut aussitôt récupéré. Décidément, je perdais beaucoup de ma valeur.

Je contractai mes abdominaux, afin de présenter à mon chirurgien de fortune le piercing qui décorait encore mon nombril.

« Allez, à l’autre ! ordonna le chef. Tu vas bientôt comprendre entre quelles mains tu es tombée ! »

Je le regardai presque méchamment, alors qu’en fait je n’en espérais pas tant : le Turc s’était repris, il avait retrouvé avec les pinces ses instincts vengeurs. Ce n’était tout de même pas de ma faute, si Vienne n’était pas tombée en 1529, et s’il avait été contraint d’émigrer plus récemment en Suisse pour nourrir sa petite famille !

Je fus aussitôt délestée de mon dernier diamant, et la douleur me fit un tel effet que je me présentai comme pour revoir des seins. Je devinai alors que le jeune dans mon dos se débondait, et aussitôt je sentis son muscle chaud entre mes fesses. Mon grand et gros Turc lui fit aussitôt remarquer que mon cul était à lui, le chef, comme pour me signifier que ma chatte ne lui était rien. Je fis semblant de me débattre, et le jeune me bâillonna de sa main. Je l’entendais souffler derrière moi, et je sentais son haleine moite sur ma nuque.

« Allez, écarte les jambes », me lança soudain le Kurde qui m’avait déplombée avec sa pince, maintenant planté devant moi.

Je n’avais pas vraiment prévu d’être prise ainsi, mais je mouillais malgré moi, impuissante à contrer l’inévitable. Là, en effet, c’était bien le premier venu qui allait prendre livraison. Je me dis que finalement c’était assez facile de s’en prendre à moi ou de me prendre. Cependant sa grosse tête me faisait peur, car je n’avais vu de Kurdes qu’à la télé, entre répression, inflation et tremblements de terre.

Le diamant de piercing maintenant retiré de son bouton, je me sentais plus vulnérable, et je me dis que, plaisir pris ou pas, j’allais tomber sous la coupe de l’homme qui tout en s’intéressant à mes sous ne tiendrait aucun compte de moi. Assurément, on était en train de tester mes talents à faire la pute, quitte à être forcée. En effet j’avais déjà compris qu’une certaine résistance me rendrait plus intéressante aux yeux du Russe, qui s’apprêtait à me lancer sur le marché du Web. C’en était donc fait des défilés de la starlette qui vendait son cul sans consommer, et que ces deux roublards s’apprêtaient à souiller de leur huile.

 

 

Je dois ici m’excuser de n’avoir décrit mon Kurde qu’à moitié, jusqu’à la ceinture. Le lecteur habitué aux revues aura tout de même retenu sa casquette de cycliste avec sa pub affichée fièrement devant, son nez assez épaté, et surtout sa moustache qui maintenant me faisait penser à une balayette. Je n’étais plus qu’à cinq centimètres de son T-shirt de tapissier, et sa belle moustache nietzschéenne frôla ma joue. Je voulus crier, mais non par jeu, car la situation avait cette fois dépassé mes secrètes espérances. Je n’aime pas les moustachus : ils filtrent les odeurs de friture à travers leurs poils, et d’après mon psy ils y cachent la castration en ne voulant pas s’avouer que leur bouche n’est qu’une chatte morte. Mais surtout, quand j’étais petite ils me faisaient trop penser à des phoques, que j’imaginais filtrer le plancton par la moustache. Ici nous n’avions que les miettes du dernier sandwich kebab ; pour ça Turcs et Kurdes s’entendaient manifestement bien. Voilà pourquoi celui-ci inspectait ma viande, alors que l’autre lui commandait. Trop proche de moi, donc, ce spécimen anatolien, avec ses moustaches sur ma joue. Une petite bise pour commencer, et j’en profite pour te frotter.

Soudain ma peau me gratte, et sous l’effet de sa barbe bleue finit par me faire mal. Ça le fait rire, il est content de me marquer, il sait que je n’ai pas beaucoup de marge pour le rejeter en bloc dans le Bosphore, ce phoque aux yeux bruns et chaleureux et gentil : « prenez donc un thé mams’elle, come in my shop, it’s free for you, babe. » C’est vrai que les turcs sont sympa, qui te dit le contraire ?

 

J’en reviens donc à la ceinture de celui-là, à ses moustaches et à mes réticences, mais voilà que se pointe déjà le menton avec sa petite fossette Kirk Douglas, comme vous les aimez tant, mesdames, comme c’est craquant ! Et son nez et sa langue rêche lèche déjà mon beau visage maquillé pituite number 2 . Ce salaud me lèche et me lèche comme vous lécheriez mon image de couverture, pour bien me faire sentir votre langue de gougeât et le goût de votre dernier rouget. Tu ne peux rien contre ça. J’essaie de l’éviter, mais le gros Turc que je ne vois pas me demande de me laisser faire, et aussi j’ai peur que le Russe ne me frappe ou ne me fasse pis encore. Le tableau se rapproche de moi, juste au moment où le Turc me demande de prendre mon Kurde. Je pense alors au Russe et j’espère qu’il me tirera de ce cagibi, car je n’ai pas très envie de finir au Kurdistan.

Tout d’abord je ne comprends pas. Ou plutôt je ne comprends que trop, puisque je sais bien que je suis obligée de prendre celui-là même en faisant semblant de ne pas le vouloir. Ne suis-je pas venue pour être dominée ? (Oui bien sûr, me répond un lecteur, pourquoi donc alors est-ce qu’elle fait la mijaurée ?) Mais en fait je n’ai pas bien compris : le prendre, oui, mais il me faut encore le prendre vraiment, sortir l’oiseau d’en dessous la ceinture, sors-moi donc me dit le coucou déjà atrocement bandé sous le pantalon de la tenue militaire. Treillis de camouflage, dernière mode cool, se trouve dans tous les magasins de stocks. Grosses chaussures de type militaire, mais plutôt mastoc du genre Armstrong, le faux pas de ma lune.

« Prends-le » me répète l’autre, pour s’assurer que j’ai compris, cette fois, et que j’ai bien reçu l’ordre. Au cas où je n’aurais pas encore saisi que ce n’est pas à moi de choisir mon Kurde, et pas même de dire oui. Au cas où ça me plairait. Faut s’assurer que je fais ça sous la contrainte, donc malgré moi. Que je n’obéis que sous la menace, afin d’intéresser l’acheteur russe. Oui il me fait peur, mais heureusement qu’il est là, car ça me laisse une certaine perspective, même si mon avenir s’avère décidément bouché.

Bingo, parce que ce type de Kurde-là ne me plaît vraiment pas, avec ses moustaches, trop massif pour moi, trop de poils sur la poitrine, voilà : je revois la tête de cheval en or, souvenez-vous, le pendentif qui flotte sur les poils de son torse viril. Larg. 25, haut. 4, belle bête, mais je ne dois pas oublier de sortir le coucou, et surtout de répondre gentiment « oui monsieur » à mon Turc. Oui da, je vais sortir le coucou de ton Kurde, qui en attendant me met la tête de son cheval d’or en pleine bouche. Je pense à son foutre qui s’amasse déjà, et au fait que je n’en ai jamais reçu comme ça. Dieu sait ce qu’il y a dedans, si je ne vais pas accoucher d’un extra-terrestre. En tout cas ça sera bien fait pour maman, même si je vais devoir résister sans faire semblant. Je m’imagine comme Vienne assiégée, et je sais que certains habitants ont préféré les Turcs. Une fois que t’es baisée, que peut-il donc d’arriver de pire que de faire la bonniche toute ta vie à l’ombre de ta chère cathédrale ? Heureusement, me dis-je en m’étouffant, que ce n’est pas une croix que je vois là, et encore moins Mahomet, et pour cause, il n’y a pas d’icône, ni d’or ni de pièce en chocolat à l’effigie d’Allah. Leur dieu serait trop grand pour ma bouche. En tout cas je comprends de quoi il s’agit ou ce que l’on veut me faire comprendre : « Prends-le ! » Je dis « oui monsieur » à mon Turc, mais le Kurde prend ça pour lui, et me demande de sucer son cheval de Troie, qui effectivement est déjà dans la place. Rien à dire, il a un bon goût d’or 18 carats, comme ce qui va s’ensuivre. De quel métal est fait son gland ?

Bon, « prends-le », j’ai compris, je défais la ceinture à tâtons, pendant que ce mufle me lèche, me raye tout le visage de sa moustache. Imaginez, blanche comme je suis, me faire étriller la face par une moustache dure et une barbe mal rasée plus terrible encore ! Et ce gros nez qui s’écrase sur ma belle peau comme sur un pare-brise de peep show, pendant que je débraguette l’oiseau. Les narines de ce naze coulent déjà sur moi, tellement son autre nez a faim de moi. Imaginez-moi donc, un croisement de la Schiffer et d’une de vos Barbie Bardot, moi si délicate de peau, translucide et presque cassante au toucher rectal, obligée de subir ce gros porc, de sucer sa médaille et de le défroquer bien gentiment. Bien entendu il fallait s’y attendre : je n’ai pas besoin de vous décrire le slip, puisqu’il n’y en a pas. Par contre il y a quelque chose dedans. Enfin, non, pas tout à fait, voilà, ça vient rapidement avec mon aide et sans la votre. Le gentil phoque me regarde droit dans les yeux, pour voir si par hasard je n’aurais rien contre lui. Ou quelques miettes à lui donner. Maintenant le voilà qui veut ma bouche avec langue et dents incluses. Je devine que le Russe me les arracherait une à une, les dents, et ferait frire ma langue tout en me baisant. Je me détourne mais j’entends aussitôt la voix du Turc. Je ne comprends pas ce qu’il dit, ou plutôt je ne veux pas l’entendre, mais je me dis que je suis venue pour ça. Si je refuse de faire ça il ne m’enculera pas. Il me laissera directement tomber entre les mains du Russe, qui me fera passer un sale quart d’heure avant de me déporter sur son site cochon dans un hangar perdu en Sibérie orientale. Je me dis que de toute façon je préfère que ça finisse au KGB plutôt qu’au PKK, donc autant préférer que mon fantasme ne soit pas zappé.

 

Donc rentre ta langue en moi, vile cochon, libère ton tabac et ton café sur mes muqueuses grande marque, surtout ne te gène pas, frotte de ta belle moustache nihiliste mon petit nez de Pinocchio déjà pollué. Tu veux que je te donne ma langue en velours rouge de chez Blafo, mais je ne veux pas. Ça ne te suffit donc pas que je gave ton coucou en le branlant. Le voilà bien dégagé dirait maman : il n’y avait qu’un seul bouton sur la braguette. Mais ce n’est pas un oiseau de la Forêt Noire, car manifestement il n’a pas le soufflet secret en peau de chamois pour faire « coucou » et me remettre à l’heure viennoise.

Finalement je me dis que sous ce déguisement grotesque de Kurde, il s’agit ni plus ni moins d’une mise de hardeur. C’est fou ce que les cultures ancestrales disparaissent rapidement de nos jours, même dans les steppes et jusqu’en Chine. Même le Bouddha n’y résistera pas, et je plains mon mari, paumé dans la chaleur moite de Bangkok entre deux taxis climatisés lotus. Bon, voilà que dans ma bouche la tête d’or du cheval de Troie se mêle à la langue kurde. Gagné. La voilà qui ressort. Pour me redonner courage, je garde dans ma bouche la médaille en or, je sens le goût du métal, je suis une fille en or. Me voilà forcée de me taper un étranger de basse extraction, qui plus est de la plus triviale des façons en suçant son cheval de labour et en branlant sa queue pour ne pas m’en remettre. Ce chien n’a rien à faire, sinon de me lécher, et je me tape tout le boulot comme une pute au turbin.

De nouveau ses mamours sur ma peau ; je dois être toute rouge maintenant, rayée comme un vieux vinyle. « Prends-le », ça ne veut pas dire que ça, se contenter de la sortir pour que mon hardeur se reprenne en main. Ne pas me contenter de le tenir pour le faire venir. Je comprends enfin ce que veut dire « Prends-le », quand le jeune aux Adidas dans mon dos me force à me cambrer. Il s’empare de mes deux seins à pleines mains et les pousse vers notre Kurde, pendant qu’il s’exerce à bien me faire sentir sa propre queue bandée entre mes fesses. Ce jeune sportif dans mon dos me malaxe les seins tout contre le tapis de mon coq sportif. Voilà qu’il les pelote durement et les frotte sur le T-shirt made in Kurdistan. Non seulement le design n’est pas très beau, mais la texture est rugueuse à souhait, elle me râpe et me râpe encore jusqu’à ce que je m’ouvre. Mes tétons sont en feu, comme si je venais de traverser nue un champ d’orties.

 

Le jeune dans mon dos me force à me cambrer. Ça se présente plutôt bien pour le Kurde. Je fais donc tout le travail comme sa femme à la maison. N’en a-t-il qu’une ? Il me prend par les cheveux et m’oblige à plaquer mon visage sur ses poils de poitrine, qui ne sont pas encore tissés. Heureusement, c’est le seul endroit libre sans T-shirt, mais ce n’est pas sûr que ça soit moins rugueux. Moins que la barbe, mais pire que la moustache. Il me frotte carrément sur son torse, sans doute pour que je m’imprègne bien de son odeur mélangée à un parfum musqué bas-tarif de nuit. Résultat, je m’ouvre complètement, jamais je n’ai senti ça : j’ai peur et en même temps je dégouline à grandes eaux sur le carrelage. Je n’ai pas lâché la queue. Le Kurde maintenant libère ma tête, le jeune dans mon dos me plie au niveau des reins, et voilà, je vois le coucou, un bon 23, bout rouge vermillon, grosse prune ravageuse. Peau bien tendue très brune. Le jeune Adidas maintenant me malaxe brutalement les seins, je sens comme une montée de lait sous les bleus en formation, mais c’est ma chatte qui gicle. Je reconnais le Russe, qui rit. Comme on dit, je suis morte de honte, mais quand même, je sors les couilles, mais je ne déboutonne pas le pantalon, qui n’a donc pas besoin de descendre. La queue sort à plein de la braguette, directement vers moi.

« Maintenant », me dit le Turc, qui là encore décide pour moi. Finalement, le Kurde n’y est pour rien, si ce n’est de son jus. Je réponds « oui monsieur », et je ressens un vif plaisir à ne pas devoir prendre moi-même la décision. Finalement je n’y suis pour rien, je ne suis pas plus responsable que l’autre. Qu’y puis-je, moi, si l’on me force à prendre n’importe qui ? Et qui suis-je donc, pour prétendre prendre la moindre décision dans de telles circonstances, alors que je n’y comprends rien, si ce n’est que je mouille comme une fontaine ? Quand je vois cette masse d’homme je me concentre et je la recentre autour de sa queue. C’est tout ce que je connaîtrais de lui, et ça me va. Ce n’est tout de même pas rien, et c’est mieux qu’une visite en touriste dans le Grand Bazar. T’es maboule ma poule, merci maman, j’ai les boules de l’autre à pleines mains, et très bientôt sa grosse queue en plein dans ma rue stambouliote.

Pour me redonner courage j’essaye de sucer la tête d’or du cheval ottoman, mais la chaîne est trop courte à présent, je dois lâcher prise, et le cheval d’or me quitte d’un flop, une giclée de salive asperge mes seins, et voilà, j’écarte mes lèvres d’une main, et de l’autre j’introduis la queue dans la putain. Je ne suis qu’un trou, messieurs, qui n’est pas qu’un cul. Le Kurde ne pousse pas encore. Je me garde bien de la moindre initiative, alors que les seins me font atrocement mal. En bas, je sens que la queue est copieusement arrosée par mes eaux. Je ne peux pas ne pas avoir conscience que je vais être baisée debout, dans un bar, par un Kurde que je ne connais pas, et qui est là pour me soumettre. Mon corps ne peut pas lui cacher que j’ai envie, sinon de lui, du moins de sa queue, comme une femelle en chaleur, ce que d’ailleurs je suis, n’en déplaise à mes lectrices qui m’auront vue fièrement défiler en de saines images planes. Elles n’aimeraient certainement pas voir leur égérie prête à se faire sagement ensemencer. Mon sexe se resserre sur la queue, je tente de l’avaler mais elle résiste encore. Je ne serais certainement plus un modèle pour vous, mes chéries. Je pense à Luìs et à mon mari, quand ils viennent me voir défiler, alors que maintenant j’attends que la queue passe au vert pour me faire enfiler.

 

Le Kurde me demande d’ouvrir grand la bouche, ce que je fais, tout en me retenant de lâcher mon « oui monsieur », juste avant de l’ouvrir. Puis il me regarde droit dans les yeux, jette un œil au fond de ma gorge, puis crache directement, comme dans un crachoir en cuivre rouge véritable. J’ai un mouvement de soudaine révulsion, qui fait presque ressortir la queue. Mais l’homme ne débande pas pour autant, il reste maître de la place et me demande de rouvrir la bouche. Même sans être psy je comprends ce qu’il veut dire. Voilà, il crache encore, et cette fois je garde la bouche ouverte au cas où. Il faut comprendre que n’importe qui pourra cracher en moi, et ça me va.

Voilà que j’écarte enfin les lèvres d’en bas, en pensant que n’importe qui pourrait décharger là, et le jeune Adidas dans mon dos me demande d’écarter les jambes, je me cambre un peu plus, ma chatte est prise de spasmes, et voilà, j’entends l’ordre du Turc qui lâche : « maintenant ! », et la queue Kurde rentre lentement en moi, pendant que ma bouche s’ouvre à son dieu. Il y crache encore, et je comprends que je dois garder la bouche ouverte en guise de soumission. J’ai soudain envie de vomir, mais je laisse gentiment entrer la queue en laissant entendre au Kurde que ce n’est pas seulement parce que je ne peux rien faire. De là à dire que je le fais volontiers, il n’y aurait qu’un pas que je ne franchis quand même pas, car le Russe me regarde et préfère me voir forcée. C’est un bon point pour mon gros Turc, qui ainsi me vendra plus cher.

Je constate que le Kurde ne manque pas d’adresse pour cela, le gentil nounours, il s’y entend à humilier la bulla. Quand j’ose enfin le regarder de front il me fait comprendre que je dois baisser les yeux, même s’il n’est pas Turc. Autrement personne ne sait ce qu’il me ferait, pas même le Russe. On ne sait jamais : je baisse les yeux, mais j’ai eu le temps de voir les siens : il m’a fait comprendre qu’il est en moi, et que je ne peux plus rien y faire. C’est comme ça. Dans quelques minutes il va décharger dans un top-modèle made in Sweden, et il aura humilié l’Occident chrétien. La lune va s’éteindre, le soleil va rouler au fond de la nuit ; voilà que le Vatican s’écroule, la Jérusalem céleste lui tombe dessus. Et voilà que j’ai lâché la queue, qui commence ses allées et venues, et je vois défiler les ruines de Hasankeyf (Heskîf pour les Kurdes), la cité que j’avais visitée avec mon mari, main dans la main, pendant que je pensais à Luìs, là-bas, très loin en Anatolie.

 

Pourvu qu’il ne se coince pas les couilles. J’imagine la tête de maman, si elle savait que sa fille est en train de se faire salement baiser par un Kurde, pendant que d’autres « bougnoules » (je traduis approximativement) attendent leur tour tout autour. Comme c’est bien. Bien sûr, tout comme maman je répugne à être ainsi montée, mais mon corps (qui n’est plus le mien, mais qui n’est pas le sien) en redemande. Il veut un résultat. Je me dis qu’après tout ce n’est que mécanique et chimique. Je n’ai qu’à laisser faire pour obéir à mon Turc. Mais voilà que bien malgré moi le plaisir monte. Maman ne peut plus l’empêcher. Ou plutôt elle essaie mais il monte d’autant plus fort, parce que cette fois-ci elle n’y peut vraiment plus rien. Elle ne peut pas me soustraire à l’étranger qui pilote mes fantasmes, et je jouis hors d’elle, qui ne peut pas fuir. Je l’ai bien baisée, imaginez le plaisir que ça fait. Moi j’imagine que je me déshabille dans les ruines d’Heskîf, je déchire ma collection de mode et je me fais monter par tous les touristes qui passent.

Je fis donc semblant de résister tout en résistant vraiment, mais j’obéis. L’autre, dans mon dos, cette fois commença à faire glisser sa queue sur mes fesses, avec interdiction de s’en servir ; pendant que le Kurde fait ressortir la sienne, rentre, se présente encore. Je me dis sans ciller que j’ai enfin trouvé une queue d’animal loin de mes chers studios. Je vois que le Turc me regarde en train de me faire baiser, histoire de me prouver que je ne suis plus rien, mais que ce faisant il aura mon cul. Je comprends bien qu’il faut au préalable me réduire à zéro, autrement il ne ferait qu’assouvir l’un de mes fantasmes, et à défaut d’être un maquereau il ne serait que le jouet de mes caprices, même en me dépouillant de tout. Mais voilà qu’après avoir vidé mon sac il se débarrassait de moi en me faisant monter monter par d’autres, tout en me laissant entendre qu’il me vendrait à un autre, et que je n’avais pas prévu ça.

« On va bien voir », dit le chef. Je me demandai bien quoi, mais j’étais gênée à l’idée d’exposer devant lui un plaisir que je ne pourrais plus empêcher. « On va t’apprendre à venir jouer la garce jusque chez nous », ajouta-t-il, histoire de faire ricaner le Russe qui déjà testait son produit. Dans mon désarroi je parvins à me dire qu’après m’avoir dépouillée et livrée, le Turc allait me vendre un bon prix. Ce serait assurément pour lui une belle journée, de laquelle je ne savais plus comment sortir, puisque après avoir tout donné je ne pourrais plus rien promettre. Mais après tout j’étais venue pour ça, même si je m’étais perdue plus loin. Je n’avais donc pas lieu de m’en plaindre, si toutefois je voulais remplacer les restes de ma volonté par une pincée de détermination. « On va lui faire ouvrir sa grande gueule de pinup » dit le Kurde, en demandant à son acolyte placé dans mon dos de retirer sa main de ma bouche.

 

Voilà, maman, docteur, facteurs et plombiers, ça va et ça vient dans mon vagin, ça rentre et ça sort pour de bon, et je me suis bel et bien payé mon vieux fantasme. Bien fait pour toi, maman, qui avais toujours de ces expressions toutes faites, du genre « je vais te faire voir ce que je te dis ». Elles n’étaient ni fausses ni rigolotes, ces expressions, mais à peine forcées, comme moi maintenant. Les pensées de maman grammaticalement correctes, quand elles ne résidaient pas déjà en moi, étaient simples mais puissantes. Même quand elles étaient indémontrables, quasi ridicules, et qu’elles sonnaient comme d’authentiques poncifs d’une ringardise avérée, des lieux communs les plus courants proches des latrines, elle en était comme envahie et marquée au fer à repasser. Maman avait toujours été torturée de l’intérieur, et avait choisi de se venger ou de se décharger sur moi, afin que j’accomplisse les prédictions qui la hantaient. Son expression ne semblait pourtant pas nécessaire, et ne s’imposait pas : rien ne la poussait à parler, et moins encore à s’adresser à sa gentille fille qui rêvait de s’en aller au loin pour devenir mannequin. Donc les énoncés de maman avaient un petit côté ironique et informatif du genre « je te le dis, tu en fais ce que tu veux ». On avait beau se rebeller et pester contre ses assertions, le réel nous surprendrait tôt ou tard et aurait raison de nous dans certaines situations des plus inconfortables.

« Je vais te faire voir ce que je dis » avait tout d’une menace, comme par exemple en vue d’une raclée aux orties ou d’un coup de bouteille sur le piano. C’était en quelque sorte le petit côté pratique de la théorie de maman, sa preuve, tout comme si maman avait les moyens de mettre en œuvre ce qu’elle disait. La raclée vous tombait alors dessus, comme pour solliciter à l’intérieur du corps la même vision qui avait provoqué son discours. Tout comme les créateurs de mode maman avait des visions mais ne créait rien, ni patron, ni robe, ni pelote. Elle avait bien toute une collection de revues, mais ne mettait que rarement une robe à l’ouvrage. Ou bien, si elle la commençait, elle ne l’achevait pas. Non, décidément maman était une créatrice inversée : au lieu de partir d’une image qui se serait formée dans sa pensée divine, pour aboutir, par exemple, à une robe que j’aurais eu plaisir à porter, elle ne faisait que justifier l’image mentale par la preuve. Cette preuve ne se trouvait ni dans un laboratoire ni dans un tabernacle, mais le plus souvent dans son musée de Vienne, surtout pour certaines démonstrations me concernant, qui selon son opinion restaient accessibles « le plus simplement du monde ». Il suffisait en effet de prendre le train pour s’en aller en Autriche. Pour tout vous dire maman menait une féroce politique expérimentale, dont les assertions autant que les preuves tiraient leurs sources de l’Histoire.

 

Maman s’évertuait à penser que beaucoup d’événements contemporains, non seulement ont des causes historiques, mais restent pour nos corps comme une sorte de container qui nous emprisonne insidieusement. Autrement dit, le temps ne passe pas, puisque nous sommes comme enveloppés dans la même image, qui scelle notre destin et arrime notre délire à notre pauvre corps. C’est ainsi que pour elle le siège de Vienne par les ottomans en 1529 est manifestement toujours là, il suffirait de se lever assez tôt pour l’apercevoir en filigrane sur la journée qui se pointe, le plus souvent caché par le ramdam de notre époque et bientôt par le ramadan, qui obscurcira le jour jusqu’à nous effacer la mémoire. Pour elle tout ce qui se passe aujourd’hui d’événements et de faits divers n’est qu’un vaste débris du règne des Habsbourg. « On ne délivre le corps qu’en jouissant, mais ce n’est qu’une petite fenêtre », avait-elle lâché un matin, d’une façon si énigmatique que je m’étais demandé si par hasard elle n’avait pas monté une secte dans le plus grand secret, au fond de la crypte de notre cathédrale viennoise de San Stéphan.

Selon elle « la preuve historique » qu’elle voulait me faire voir consistait le plus souvent en un médaillon, une estampe, eau forte, gravure sur bois, plus rarement un vase ; plus exactement dans l’image dont ils n’étaient que le support. Par exemple dans le problème actuel de l’immigration, la vérité de ce que disait l’Histoire, ou plus exactement ce que l’on pouvait « voir » de ce que maman disait, n’était rien d’autre que certaines estampes produites par les Turcs de cette lointaine époque, comme s’ils n’avaient eu d’autre intention que d’imprimer sur nos corps leur empreinte définitive. Ces estampes en effet en disaient long sur ce que les ottomans nous avaient fait subir d’humiliations. On pouvait en être sûr, puisque ces images de bébés empalés, de têtes d’hommes sur les pics et de jeunes vierges violées « jusqu’à la mort », n’avaient pas toutes été émises par les chrétiens pour prouver la réalité du diable, mais par les Turcs eux-mêmes, ou plus exactement par « les sbires de Soliman », qui d’ailleurs ne faisait que se vanter de sa cruauté tout en promettant le pire aux vaincus. Maman répétait souvent que si les Turcs de cette époque reculée nous avaient vaincus, il ne serait resté de l’occident chrétien que ces gravures sur bois, bébés empalés, femmes violées, têtes d’hommes brandies sur les pics. Heureusement que Vienne a résisté, disait maman, de sorte que nous avons encore la chance d’apercevoir sur ces gravures l’avenir sombre de cette époque-là, mais un avenir qui, si nous n’y prenons garde, sera le nôtre demain, car aujourd’hui est toujours hier, puisque le temps ne passe pas reste suspendu comme un médaillon jusqu’à ce qu’une héroïne comme moi le remonte soudain d’un seul coup de queue. Mais ça, maman ne le disait pas. Jusqu’à aujourd’hui je ne l’ai confié qu’à mon psy, de sorte que je me sacrifie céans à l’attention de nos fidèles lecteurs.

 

Je pouvais le voir encore aujourd’hui en plein musée, ce bébé empalé sur la grille d’un parc, et qui semblait crier après moi. Pourtant, si j’avais la preuve devant moi de ce que disait maman, ces cris de bébé muet qui montaient de la gravure emplissaient mon corps de plaisir, pendant que le Turc assisté par le jeune aux Adidas me baisait avec une réelle violence, au point de me faire crier à mon tour, ou pleurer d’amour selon vous, comme sans doute avait crié la fille à travers l’estampe, dont les hurlements ne nous sont pas encore parvenus. Nous avions bien reçu l’image, mais le son avait pris tout son temps pour rejoindre Zürich, où il déboulait maintenant en sortant de moi. Je venais donc de réaliser l’estampe, mais je ne restais pas de bois. Proprement dit le Turc empalait de son pic mon bébé encore utérin, pendant que la douleur muée en plaisir me vengeait du racisme de maman.

Oui je pouvais le voir et le revoir encore dans mon corps, ce bébé empalé lors du siège de Vienne, et davantage encore cette fille violée, clouée au pilori de son estampe, et qui était enfin moi, qui prenait plaisir à son malheur en recrachant ses cris dans le silence oppressant du bar. Et voilà que je l’avais de nouveau devant moi, cette estampe du musée de Vienne, « la jeune fille atrocement violée par l’armée du Sultan », mais qui selon moi avait pris son pied avant d’être exportée dans une vie bien meilleure. Moi, une fois mis à part tout ce pathos de la misère, de l’amour paysan violé par des barbares, je me dis froidement que dans le malheur se faire violer à mort est la meilleure façon de mourir, car survivre en ces temps-là voulait dire subir le mari et la peste et le choléra, sans parler du délire des religieux, qu’ils soient luthériens ou papistes ; et je ne parle même pas des maladies chroniques ou honteuses et néanmoins mortelles, comme la malaria, la variole, la syphilis ; bref je ne voyais monter aucun soleil à l’horizon de la joie, hormis les orgues de la cathédrale. Je me dis que cette salope avant de mourir avait emporté son secret, jamais nous n’aurons, même en différé, son hypocrisie pour nous dire que non, non, elle n’avait profité de rien avant de mourir, qu’elle n’avait assurément réalisé aucun fantasme, mais avait été seulement souillée par les fils de Satan, le diable incarné dans une immonde capsule historique, qui l’avait sauvagement ensemencée. Plutôt mourir, que de survivre à la honte et mettre au monde tout un village de bâtards, subir l’opprobre de toute une ville qui la prendrait désormais pour une prostituée. Non, les chrétiens ne valaient pas plus que les turcs, bien au contraire, ils n’en étaient que le contraire dans le malheur de la frustration, tout une vie de refoulement et de brimades, au lieu de la violence d’un bref instant. Tous ces mensonges pour se réveiller enfin de la mort juste avant de mourir en se faisant baiser par une armée de janissaires, sans même revendiquer la moindre jouissance. Non, c’était vraiment injuste, et je me plaisais à imaginer que la fille avait joui à mort : elle était morte d’avoir trop joui, et non d’avoir été forcée. Jusqu’au bout elle était restée solide et lucide et s’était vengée du pape et de l’empereur, des cathodiques et des pro-têtus qui l’avaient frustrée durant une gentille vie de labeur. Non, vraiment, je crois surtout qu’elle regardait son bébé empalé et qu’elle formulait un « bon débarras » encore coupable, tout en acceptant les bites qui allaient et venaient au gré des occasions, et les hommes qui descendaient des chevaux pour la monter, pour se mettre à genoux devant cette madone et la donner en exemple, qu’elle serve d’avertissement à toutes les béguines qui avaient dit oui à la frustration religieuse pour se mettre définitivement à l’abri du plaisir et de leurs instincts. Oui, pour moi, maman, tes pauvres et innocents paysans étaient tous des vendus, des larbins sexuels de l’Église ou de Luther. Voilà pourquoi, maman, je veux que le grand Turc baise mon cul, et en attendant je prends volontiers son larbin, qu’il me baise donc à mort, qu’il crève en moi le crâne du bébé naissant que tu espérais tant ! Jouir avant de mourir, ou parce que l’on sait que l’on va mourir plus tôt que trop tard, justement, c’est tout un programme, maman, docteur, la masse inerte de jouissance épuisée, foutue, de sorte qu’elle ne pourra plus se constituer en stock de foutre. Adieu la réserve de votre avenir, je bois le réservoir du passé, je suce à me saouler toute l’armée de Soliman.

 

Papa ne baise plus que de la viande froide, le chiard suspendu au téton ne me fait plus le moindre effet, le paradis n’est qu’un désert, car tous ses fruits n’ont plus de jus. L’éternité est vide, nous n’espérons plus rien, car tout est consommé avant la mort. Oui maman, docteur, j’aurais bien voulu voir ça, comment elle a joui son apocalypse cette salope de l’estampe ! Oh non, je ne la plains pas, vous aurez beau dire, vos menaces n’ont aucune prise sur moi, qui déjà me branlait dans le silence du musée, puis en haut de la cathédrale, pour que mon fantasme appelle enfin la foudre de Zeus sur mon cul zurichois. Mais entre la mort et moi il y avait encore une bonne distance, j’ai trompé le temps, et non seulement je l’ai rempli de mes fantasmes, je l’ai rendu glissant de cyprine, mais encore j’ai réussi à reprogrammer mon plaisir, à gagner beaucoup d’argent grâce aux fanfreluches, les mêmes qui vous promettent tant et tant de plaisir, pendant que vous exécutez sans façons ménage et travail pour le patron que vous avez choisi avec soin, il est vrai en vous aidant de notre psy, qui a fait des ravages dans les rangs de mes admiratrices. Figurez-vous ma joie, quand j’ai su que j’allais pouvoir me payer ça avant la mort, et aussi relever le défi que m’imposait à présent le Turc, de me baiser comme s’il m’infligeait le calvaire, comme s’il voulait me punir par la souffrance qu’allait certainement m’apporter le plaisir. Car autrement, comment me punir par le plaisir, si ce qu’il voulait m’infliger était bien une torture ? Qui sait, peut-être que des coups de fouet assénés à la bonne fréquence me conduiraient à l’orgasme, alors que là, à force d’être baisée, l’orgasme allait peut-être se transformer en douleur, jusqu’à me conduire au cœur de la cathédrale vers une secrète mort.

 

Pendant que je me faisais baiser la mémoire me ramenait en 1529, « viens par ici, Sonia, je vais te faire voir ce qui t’arrive, si tu t’en vas te promener dans les bois, si tu restes trop tard sur le lac, si tu traînes dans les rues le soir. Regarde bien cette fille sur l’estampe, et que ça te serve de leçon : tu ne dois pas fréquenter ces gens-là, ce sont des voleurs de poules ; cette pauvre fille qui te ressemble, ç’aurait pu être l’arrière grand-mère de mon arrière grand-mère, si je calcule bien, et toi, eh bien, tu ne serais jamais née. Tu vois bien là-dessus que ce que je te dis est vrai, hein ? Ce sont des témoignages de la réalité en chair et en os, et ça donne froid dans le dos à ceux qui sont encore capables d’en tirer des leçons. Et ne t’en vas pas croire que ça n’arrive plus : seulement les gens sont devenus hypocrites ; tu n’as qu’à essayer de te documenter sur ces gravures, tiens, et tu verras combien elles sont difficiles à trouver, même sur Internet. On ne va pas tomber dessus pas hasard, ça non, certainement pas ; alors toi, ma fille, imagine la chance que tu as, que je te les fasse voir dans les originaux pour te prévenir de ce qui t’attend ici-bas ».

Maman avait sans doute eu raison de me prévenir, car elle ne voulait pas perdre le trésor haute couture que lui rapportait fifille, mais, plus elle me faisait toucher mon avenir par la preuve des estampes, et plus j’avais envie de lui désobéir en me faisant retoucher. Comme je ne pouvais nier ce qu’elle disait (puisque je le voyais bien), j’avais envie de la contredire, de traîner dans les boîtes de nuit, de m’attarder le soir autour des poubelles, de me perdre dans les bois, d’aller me promener en minijupe dans les quartiers mal fréquentés, de divaguer entre deux bières dans les ruelles glauques en décolleté et sans soutien-gorge, de dériver entre deux vodkas dans les technos raves graves jusqu’à ce que le pire m’arrive enfin. J’en avais toujours rêvé sans le faire vraiment ou qu’on me le fasse, hormis quelques tentatives qui comme pour ne pas contredire maman s’avérèrent plutôt dangereuses. Maman avait donc raison et j’en restais troublée. Maintenant j’avais les moyens de tout me payer, y compris ses bonnes raisons, et c’était elle qui avec moi se faisait salement baiser en bas de page. Eh oui, je jouissais d’elle, je la voyais assaillie et violée en 1529 devant les portes de Vienne, puis empalée, puis découpée en morceaux, puis comme je l’ai déjà dit emboucanée et transportée en charriot ou à dos de chameau jusqu’à Istanbul cahin-caha, la bite entre en moi, combien je vous dois ?

 

Bien sûr, j’avais contredit maman pour nier ce qu’elle avait voulu me faire voir, mais mon plaisir ne venait pas de la désobéissance, mais du chaos autour de Vienne, larmes, feu, foutre et sang ; mais de cette vision de la fille violentée aphone et sans couleur, et surtout de cette obstination des Turcs à la faire voir, à me la montrer pour que ça me serve de leçon. Pour que je prenne peur, pour me pousser à me convertir à l’Islam ou que je prête allégeance au Pacha. Ou plus simplement pour me baiser salement, pour que les soldats se vident l’avenir dans du bon matériel, qu’ils dégainent et montrent une bonne fois leur queue de lansquenet qui n’incendie que le bas étage. Après tout, n’était-ce pas une bonne façon d’assiéger la place-forte en prenant la place des autres auprès de leur femme, les remplacer dans le sale boulot du devoir conjugal, une façon de leur dire : « ça suffit, cette femme-là n’est plus à vous, car nous lui sommes rentrés dedans à plusieurs ». Un seul n’eût pas suffit, car elle n’aurait fait que passer d’un homme à l’autre. Même si c’est un ennemi, c’est toujours un homme unique comme votre dieu croissant croix rouge sang. Alors que « par plusieurs », cela ne veut-il pas dire qu’elle n’appartient plus à aucun mari ? C’est pourquoi elle doit périr, puisqu’elle ne sert plus à rien, et surtout à quiconque, elle n’est la serve de personne, elle se suffit à elle-même, quand même ce ne serait que dans le plaisir. Et si ça me convient à moi, maman, docteur, c’est bien mon affaire, car pour être libre et ne servir pas même à soi, il faut bien commencer par quelque chose, même si pour vous ce n’est rien. La mort clean et le network, c’est bien là tout ce qu’il nous faut pour échapper au plein emploi.

 

Après tout, à l’époque déjà, beaucoup de paysans avaient opté pour les Turcs, car leur société offrait plus de chance de promotion : un manant pouvait devenir Vizir, alors que chez nous quel protestant aurait eu la moindre chance d’être consacré ? Pas même maman. Bien sûr bien sûr, me dis-je pendant que je me payais un simulacre de viol tout en feignant de consentir, tout ça ce sont des explications qui ne tiennent pas devant ce T-shirt de mauvais goût qui me râpe les aréoles. La gravure me disait maintenant tout autre chose et rentrait dans mes seins avec le tapis : « Regarde ce de quoi nous sommes capables, regarde ce qu’on te fait sans que tu n’y puisses rien, regarde comment on prend les salopes de ton espèce ». Et oui, c’était ça, et c’était maintenant. Même pas pour te punir, mais simplement parce que tu te trouves là, parce que tu n’es pas des nôtres, parce que ta tronche ressemble à celle de Charles Quint, parce que t’es pas habillée pareil nous allons te déculotter et montrer ta fente que nous éclairerons de notre lanterne, alors qu’en même temps tu peux regarder là-bas la tête de ton papa qui passe de pic en pic, et ton petit frère empalé sur la grille ci-dessus et soulignée par nous, comme dirait ton intello de mari. Bien entendu tu peux regarder tout ça pendant qu’on te débarrasse de toi. Au mieux tu nous feras un bâtard, si un idiot de Mongol te remarque et t’emporte.

Bref pendant que le Turc allait et venait en moi je me dis qu’à l’époque renaissance 1529 tout était encore possible, car beaucoup de terres restaient vierges, comme l’Amérique et ses beaux indiens ; il y avait encore par conséquent quelque chose à violer, des civilisations entières pouvaient se compénétrer comme des galaxies dans l’espace de l’Histoire, et rien n’était encore filmé comme les images que je vous montre là. D’ailleurs l’Histoire n’existait pas, il n’y avait que des corps et l’avenir et la peur, et aussi quelque chose à vivre, une vie, rien qu’un instant, mais ce n’est pas rien tout de même, prendre son pied entre la vie et la mort. C’était tout autre chose que mon ennui d’aujourd’hui, mon mari, Luìs, et surtout maman qui n’était pas encore morte et de laquelle mon psy ne m’avait pas encore sevrée.

 

« Regarde bien ce qu’ils lui font, que ça te serve de leçon », dit-elle à sa gentille fille, pendant que le Turc faisait plein de chose en moi. En effet ça m’avait servi de leçon de choses, j’en avais rêvé toutes les nuits sur mon Phillips, et finalement j’étais en train de le faire sous moi, l’enfant qu’on avait arraché au ventre de l’autre. Incapable qu’elle avait été, cette garce, de pondre autre chose qu’un chiard : pas une seule robe, pas le moindre sac à main, pas une seule thèse ou peinture ou morceau de musique, non, rien qu’une servante de son paysan de mari, qui devait passer tous les soirs comme un clampin sous les portes de Vienne, pour venir à la maison boire sa bière et la battre comme une carpette de prière. Seuls les Turcs avaient été capables d’enrayer ce train-train viennois et de faire sortir tous ses habitants de l’Histoire à coups de baise ardente. Oui, j’ai bien reçu le message de vos vies de paumés, qui léchaient bien trop souvent le cul des riches. Jusqu’alors je n’avais fait que m’interroger sur l’avenir de cette fille et sur sa terreur, et pourquoi on lui avait fait ça, et surtout comment ça s’était fait : par hasard ? Qu’est-ce qu’elle avait bien pu en imaginer alors, de la justice divine ? Si toutefois cette denrée avait cours, à l’époque on ne pouvait s’attendre à rien de l’avenir incertain, mais au contraire s’attendre au pire de notre prochain. Mais au lieu de m’inquiéter, au lieu de me persuader qu’une telle chose pouvait m’arriver à Zürich, et ainsi me mettre en garde, je n’avais pas tardé à me demander comment elle pourrait m’arriver, autrement dit, comment moi-même allais pouvoir la provoquer, cette chose qui m’arrivait maintenant. Finalement, j’avais envié cette fille : au moins il lui était arrivé ça, son corps avait été réellement fracturé, elle ne pourrait jamais revenir en arrière ni s’asseoir tranquillement sur son derrière. Bref tout ce que l’on avait dû programmer pour elle ne s’était pas produit. Les promesses de mariage, la dot, le fiancé, le mari imposé, la ribambelle de chiards qui se pointe à l’horizon avec les corvées d’eau et les coups de queue, l’abnégation, la prière ou la tendre piété intérieure du sieur Luther ; bref une vie volée. Je m’étais dit qu’au moins, tout avait été cassé, elle avait connu le pire avant de mourir, mais c’était déjà ça, c’était bien ça que voulait me dire la gravure : « nous contredisons par le foutre vos valeurs occidentales ».

Bref l’image de cette fille violée s’était imprimée en moi comme une gravure de Dürer, comme une enluminure sacrée, comme l’une de ces illustrations fameuses de l’ancien testament, où l’on aperçoit Ève sous le pommier newtonien. Elle était là, en moi, et j’étais comme son tabernacle, qui à présent était brisé par le Turc au T-shirt-tapis. Au vrai il libérait la fille et la faisait revenir de son viol, elle renaissait en moi et délivrait mon corps de la rigide gravure qu’avait été ma vie de mannequin. Déjà, adolescente, je ne me contentais plus de ce que maman m’avait dit, et pas davantage du seul souvenir de cette tablette qui m’avait atrocement marquée ; mais je prétextais mon intérêt pour la musique, pour que papa m’autorise malgré maman à prendre seule le train pour Vienne afin de me rendre au musée pour admirer de visu la fameuse tablette, qui pour un temps et comme une amulette soulagerait mes rêves tout en me redonnant la foi, ou du moins l’idée qu’un jour je pourrais me payer ça.

« Je voudrais bien voir ça », voilà une expression fort prisée par ma petite maman ; eh bien oui, j’allais bien voir ça, sentir ça. Non seulement ma curiosité avait été trop grande ; non seulement elle s’était mêlée à la peur, mais elle avait causé une excitation que je ne pouvais plus empêcher, retenir ; elle suivait insidieusement son cours sans que je n’y puisse rien. M’en détourner ne me servirait de rien, tout en moi me poussait à être foutue par un étranger, non seulement pour contredire maman mais pour sortir de moi, m’arracher à mon écorce mortelle, déchirer toutes les robes promises sans jamais être faites pour moi. Mon corps était devenu ma propre robe qui me collait à la peau, et j’y étais engoncée, prisonnière, promise au monsieur comme cette fille de la gravure, et surtout promise au succès, car mon corps était trop remarquable. Oui, on l’avait déjà tant remarqué qu’il valait de l’or, mon corps. Il me suffirait de faire quelques efforts entre deux avions, et je l’aurais, mon bel avenir en robe Dior toute bleue.

Déjà à l’époque, en profitant de la pénombre du musée, je me branlais sauvagement devant la preuve de ma mère, i.e cette gravure sur bois de la jeune fille violée. Je n’y allais qu’en hiver, et pas de main morte, pour faire ça sous le manteau, et je dus résister longtemps à la tentation de voler la tablette à la barbe du gardien, sans doute dans le but inavouable de déclencher l’alarme et de me faire enlever comme une marchandise jusque dans les catacombes par ce méchant. L’armée turque qui menait le siège était si vaste autour de Vienne, que l’on ne pouvait à l’époque en apercevoir la totalité qu’en grimpant au sommet de cette belle cathédrale, qui me permettrait de remonter le temps jusqu’en enfer. C’est pourtant bien là, au cœur de la nef, que je contractais mon vice, sans même m’apercevoir que le fantasme qui me faisait jouir tenait sa source dans cette petite mais délicate gravure aux traits si fins de cette fille du saint empire qui se faisait atrocement violer par des ottomans. Et c’était bien elle, la preuve matérielle apportée par la police de maman, que certaines vierges avaient été baisées à mort. Et c’était précisément cette preuve estampillée, jointe à la précision qu’il s’agissait bien de vierges, qui était la source de mon plaisir, de même que les histoires vraies de maman constituèrent le moteur de mon pèlerinage onaniste vers la ville de Mozart. C’est donc là que je rêvais, et jusque sur le chemin de retour vers Zürich, que je m’imaginais alors serpentant à travers les forêts denses où s’enlisaient les canons, pour enfin être attrapée et harnachée par des turcs immigrés, qui selon maman n’attendaient que le moment propice pour me faire payer leur défaite de 1529.

 

 

 

Voilà que j’y suis bien installée, maintenant, dans notre cathédrale de Stefansdom, j’y suis et je n’y suis pas, je suis dans un bar, assaillie. Arrive enfin dans ma voiture tout ce dont j’avais rêvé, comme dans un drive-in. Tout ce que j’avais sollicité en me branlant, en haut du dôme. Une Jeanne d’Arc inversée, voilà ce que je suis, pas garçonne pour un sou, du moins dans mes bas étages, anti-pucelle mais vierge de mari et d’amant. Mais tout comme Jeanne je n’ai pas répliqué ma bêtise : pas de petite fille ou de petit garçon pour brouiller mon avenir décadent. Je n’assaille pas les anglais de ma lance, mais je prends tout sur moi pour que la Germanie ne soit pas génétiquement foutue. Cette pensée m’excite, sa vérité m’assaille, je ne comprends pas pourquoi, après tout, ce Turc-là n’aurait pas droit à moi. Il a raison d’en profiter, le bougre, mais il a hésité et se demande si je ne suis pas de la confiture pour les cochons. Jeanne la pucelle de son côté a dû manger de la dinde confiote chez les English, mais moi je suis farcie, je dis qu’elle a eu bien tort de ne pas en profiter en courant sus à l’ennemi. Mais qui sait, on l’a peut-être violée aussi, car une vierge au combat, c’est tout de même insupportable, même pour les troupes amies. Vous en tirerez la conclusion que vous voudrez, quant à moi je campe sur cette hypothèse devant la cathédrale. En attendant les Anglais je ne démords pas de cette queue.

 

Celui-ci dans ma cathédrale me met en sueur. Je ne dirais quand même pas qu’il baise bien, car ça tourne comme dans un film X qui aurait viré au péplum dans mon drive-in. Je suis protégée par les vitraux de dieu, adieu la lueur du soleil, je m’enfonce dans la crypte. Je suis là et je n’y suis pas, dans la cathédrale protégée par sir Stephen en 1529. Sans elle et sans maman mère de dieu je ne serais pas en train de me faire baiser par un Kurde dans un bar zurichois en attendant qu’un Turc me bourre le train. Mais c’est parce que je suis dans ce bar que l’étendard ottoman rentre dans mon con, contre les portes de Vienne, et il attend le moment glorieux où il sera planté dans mon cul au sommet de la cathédrale. Qu’il était beau le temps des Habsbourg alliés avec l’Espagne de mon Luìs, et les Français avec les Turcs. Voilà, me dis-je, je suis une petite française du temps de François, je suis avec lui l’alliée de Soliman et je trahis maman.

Non, soyons sérieuse, je suis là pour me taper l’ennemi, qu’il rentre donc dans mon tabernacle rose. Que le ciel se déchire et m’emporte là-haut sur un aigle romain. Du haut du dôme de sir Stephen, plus de trois siècles de pierre sont sous mon cul, je sais tout ça par cœur, la cathédrale de mon cœur qui soutient mon cul est consacrée en 1147, dix ans de travaux, incendiée en 1945, restaurée en 1952. C’est de son très haut qu’un peintre anonyme nous a transmis le panoramique de la ville assiégée. On y voit de tout, c’est mieux que la télé. C’était dans la tête du peintre et c’est passé dans la mienne. C’est grâce à lui que j’ai choisi le soldat qui allait me baiser en Lara Kroft dans un vidéo game. Dans ce film d’époque qui n’est pas encore un péplum on traîne un fût de canon, pendant qu’au-delà des murs des Turcs tirent déjà au canon. Plus loin encore, hors de portée des tirs de nos lansquenets, c’est une gueuse qui se fait tirer par un Turc déjà plein de bière. Il faut dire que j’en rajoute un brin pour notre journal, mais c’est le dessin qui m’a apporté toutes les précisions des traits ; c’est à partir du peintre anonyme que j’ai pu imaginer le visage turc qui allait me baiser. Dommage qu’il n’appartienne pas à l’armée de Soliman, mais c’est tout de même mieux qu’un de nos banquier huguenot. Bien sûr l’ottoman du dessin ne ressemble pas à celui qui me baise devant vous, et encore moins au jeune Adidas. Vienne en a vu d’autres, allez, qu’est-ce que ça peut donc faire qu’une madone de la mode se fasse baiser dans un bar par un Turc bâclé à la six quatre deux, qui n’a certes pas été téléporté depuis le seizième siècle ? Ou qu’elle s’envoie en l’air avec la flèche de la cathédrale, pâmée devant le panoramique de son dessin qui maintenant lui rentre dans le ventre comme un papyrus ? (D’accord, mon psy m’aurait interrogée : « un papi russe ? ») Franchement, je vous le demande, les lacaniens ont souvent de drôles d’idées, et je dois dire qu’elles ne sont jamais complètement fausses, et souvent rigolotes comme des questions qui se voudraient intelligentes ; mais nos idées mannequinées sont souvent déplacées, elles ne vous pénètrent pas de la même façon qu’un concept d’homme.

Bref si mon Turc ne ressemble pas à celui du dessin il n’est tout de même pas mal, il faut en convenir, d’autant que seuls sa queue et son visage nous intéressent ici. Sa queue parce qu’elle me prend déjà ; son visage parce que je n’en ai jamais vu de semblable. Il n’est pas de ma race, c’est pourquoi il m’effraie et me surprend, et me donne un plaisir étrange, proche de l’effroi et du frisson, comme si mon intelligence ne parvenait pas à capturer ce qui m’arrive là, tout simplement parce que l’artiste ne parvient pas à lui coller dessus une belle image plus pertinente. Heureusement que j’ai en moi les images de ce peintre anonyme perché au sommet de San Stephan. De toute façon il est hors de question d’exposer le tableau des atrocités commises par les Turcs, car s’il faut en croire maman vous feriez la sourde oreille et notre journal serait censuré pour rien. Restons donc design et laissons travailler pour nous ces immigrés ottomans. Même si les gènes se mélangent et changent le sang de la race, l’essentiel restera tout de même, qu’il faudra que nos Turcs connaissent l’allemand, afin de comprendre nos pubs et s’habiller Chanel. C’est l’essentiel pour aller au boulot. Tu surveilles ta femme et tes mômes, tu prends la ligne 13, tu tentes ta chance et tu fermes ta gueule. Autrement tu reprends le train comme un pékin. Si t’es gentil tu tires ton coup, si t’es méchant t’as ton Coran. Si t’es un ouvrier modèle, tu te tapes le top-modèle.

 

Voyons tout de même les dessins très précis d’Erhard Schoen, qui montrent assez bien le siège de Vienne. Cela n’a pas beaucoup d’intérêt pour nos lecteurs, mais peut-être que nos lectrices seront contentes d’apprendre que ce sont ces petits détails qui m’ont excitée du haut de la cathédrale, en imaginant les turcs qui violaient à tout-va les ascendants de notre belle race teutonne. Je m’imaginais en plein dans le dessin, au beau milieu de la fumée et du sang, pleine du foutre de l’ennemi. Je suis bien sûre que malgré les progrès du porno certaines de nos lectrices ne veulent toujours pas voir le bout de la queue qui les prend. Mais qu’on le veuille ou non, les Turcs, surtout les janissaires, portaient des coiffes originales et reconnaissables de loin, et tiraient au canon. Et si vous regardez bien en dessous, alors que je n’ai pas encore joui, on aperçoit des têtes franchement tranchées comme des morceaux de fromage suisse. Bien sûr ce n’est pas du gore et c’est encore en noir et blanc, un négatif de Jérôme Bosch. Pour me baiser aux portes de l’enfer descendez chez vous à la station Dante Rodin. Donc ils exportaient, baisaient à tout-va ou tuaient les filles, ces Turcs-là ; même si vous l’oubliez et n’appréciez pas le genre, moi je m’en tiens à ça, et j’ai eu raison de le faire, puisque contrairement à vous je jouis maintenant de tous les saints de la cathédrale dans mon bar de Zürich. Comme quoi il ne faut même pas quelques bières pour prendre son pied, il suffit de se rappeler en mémoire pourquoi nous sommes venues au monde, et de faire revenir tous nos fantasmes à l’écran. Pour moi donc la cruauté rachète la morale et le grand luxe de la mode, mais vous pouvez jouir autrement si vous le désirez. Le devenir-mamie a tout son charme, pourvu que vous achetiez nos vêtements.

Reste que la cruauté défait la rigidité de votre mannequin qui passe pour un androïde frigide, alors même qu’elle bout intérieurement de tout le feu de ses gonades. Comme dit si bien maman, nous en sommes toujours là (enfermés en 1529). Vous aurez beau dire et beau lire, pour préserver mon plaisir j’ai toujours devant moi et sur moi, comme un mouchoir de prière plié, cette gravure de Schoen, Die Gefangen Flagen, qui reste pour moi une pure merveille de désobéissance. On y voit un cavalier Turc à la fière allure, mis à part son regard avachi, qui tient de la main droite son drapeau, dont la hampe repose sur son épaule droite comme un fusil, avec, avant même que notre regard médusé ne parvienne au fanion, un beau bébé dodu empalé sur la dite hampe. La main gauche du dit cavalier tient les rennes de son cheval, et en même temps deux laisses qui à leurs extrémités trouvent des colliers passés aux cous du papa et de la maman du bébé, qui sur le coup ne sont plus main dans la main. Papa est chapeauté sobrement, il doit appartenir à la middle class, il louche un peu, triste avec un regard de chien battu sous la neige, pendant que son épouse à la généreuse poitrine d’œuf regarde vers le haut, vers la hampe, saisie d’effroi, son poupard empalé qui semble dégringoler du ciel comme un angelot de stuc. Les mains inutiles des personnages sont mises en évidence au niveau de la ceinture, et elles pendent, inutiles comme les pattes des kangourous quand ils se tiennent debout en Australie, ou comme celles des Tirex de Spielberg. C’est que les biceps de ces gens semblent bel et bien rivés au torse, ce qui me fait dire qu’ils sont tenus attachés dans le dos. J’ai suffisamment examiné la figure pendant que je me branlais, et je puis vous assurer qu’elle est plutôt précise, pour conclure que le poupard n’a pas été empalé par le cul : la hampe du drapeau lui rentre par le dos et ressort par son ventre dodu. On se demande s’il est bien mort, parce qu’avec sa tête en bas il semble faire « coucou » à maman. Je peux me tromper, mais je crois qu’il n’y a guère de dialogue entre les deux personnages dessinés, ni de guiliguilis.

Le Turc qui me prend ne le sait pas, mais je jouis de cette image et non de lui, tellement je me la remémore depuis le fond de la cathédrale où je pratiquais vous savez quoi. Finalement ce pourrait être le petit jésus, ce poupard empalé, tellement le comportement de son papa me rappelle celui de Joseph qui, si j’ai bien compris l’histoire, n’était guère gaillard et fort peu dégourdi. Bref le bambin flotte comme un drapeau sur le ciel vide de la gravure, pendant que les parents tenus en laisse ont moins de valeur que le cheval turc qui les emmène. Combien de fois ne me suis-je pas branlée (pardon si je me répète), en m’efforçant de deviner où ils ont été déportés ! Vous-mêmes, qui me lisez du fond de l’Anatolie, êtes peut-être ces mêmes descendants qui cherchent à remonter le temps jusque chez nous, et est-ce de ma faute si vous ne parlez ni français ni allemand ? Ce qui est très excitant c’est que la Suisse en un seul pack contient François premier et Charles Quint, qui se seraient volontiers entre-égorgés aux portes de Vienne. Bref la femme et son homme sur le dessin allaient-ils enfin s’animer pour être séparés ? Et pourquoi les retenait-on encore ensemble, si ce n’est pour qu’ils assurent plus facilement la reproduction des esclaves en les élevant comme des lapins ? Bizarre, puisque maman m’avait appris que les hommes étaient en général décapités. Mais une fois qu’ils ont perdu la tête on ne peut plus les faire travailler. Donc il s’agissait probablement là d’une image de propagande luthérienne, pour bien nous faire comprendre à qui nous avons eu affaire et nous prévenir de ce même danger qui m’assaille aujourd’hui devant vous.

 

Je ne voudrais pas vous assommer avec tous ces détails, qui au fond ne plaisent qu’à maman. Elle ne pense qu’à accumuler les preuves, alors même qu’ils me font tellement plaisir, ces détails ; mais tenez, pour preuve il y a encore cette image où l’on voit parfaitement des soldats Turcs, qui empalent des bébés sur une grille rouillée, pendant que leurs mamans gisent au sol, une jolie flèche fichée comme il se doit dans leurs dos nus. Pendant ce temps, notez-le bien, un autre soldat est en train de couper au sabre, en deux parties égales mais distinctes, un autre bébé, que l’on voit très bien, déjà entamé pile poil sur la bissectrice qui sépare les fesses, dans le prolongement de son trou du cul, qui reste décidément un signe de faiblesse en cette époque plutôt virile et troublée. Je me dis tout de go qu’il eût été pour beaucoup préférable de ne pas en avoir, de cul, mais personnellement je suis bien contente d’avoir su garder le mien.

Vous comprendrez que devant l’évidence de telles preuves si bien dessinées je ne pouvais rien répliquer à maman ; mais en acceptant ce qu’elle sous-entendait par ces dessins qui avaient pour elle toute la valeur d’une photo, j’en eusse été non seulement éternellement troublée, mais si l’on peut dire cassée, castrée, le thermos détruit jusque dans les hormones. Docteur, est-ce pour contrer cette intrusion de l’évidence d’un monde si horrible, que je me suis décidée à aimer cela, ou ne serait-ce pas ce que maman m’a dit avoir vu de toute autorité, qui a déclenché une tendance déjà présente dans ma cathédrale, et provoqué un séisme érotique qui depuis le fond de mes terres ancestrales fait maintenant remonter tout mon jus en surface pour offrir mon cul à un Turc si vulgaire ? Cher lecteur, seul mon psy pourrait répondre à cette douloureuse et difficile question, qui pose réellement le problème de la perversion : A-t-elle une cause, là est toute la question. Mais je révoque mon psy pour la circonstance. Analyser ou jouir, il faut choisir. Mais si vous nous le demandez par mail nous convoquerons à toute fin utile ce même psy dans nos colonnes subtiles, entre deux robes de soirée, afin que vous puissiez le lire et vous forger une opinion à partir de ce qu’il pense de moi. En tout cas, pourquoi nier ce qui nous fait plaisir ? En général c’est plutôt dégoûtant, mais ici c’est esthétique, même si nous ne décrivons pas les robes avec la précision voulue. Et il se passe si peu de choses aujourd’hui, pour encore s’en aller faire la fine bouche devant une queue aussi bien brandie qu’une hampe au sanglant drapeau. Mieux vaut accepter, ne serait-ce que le temps d’un éclair, de jouir des atrocités qu’on vous fait, plutôt que d’être raciste comme maman pour une vie entière, et se complaire à la complainte. D’ailleurs les meilleurs sentiments ne sont pas nécessairement le fief des pleurnichards. La preuve est devant vous, puisqu’en ayant reçu une gifle sur la joue gauche je tends ma fesse droite à mon violeur assassin.

 

Mais ne voilà-t-il pas qu’un autre reportage d’époque me montre cette fois deux cavaliers. L’un d’eux tient deux femmes en laisse, mais indirectement : c’est la bride du cheval qui semble se prolonger jusqu’aux poignets croisés et liés sur le bas du ventre, pendant qu’une autre corde remonte depuis les mains jusqu’au collier. L’idée paraît simple, mais j’avoue qu’il fallait tout de même y penser. Ce n’est pas réellement pratique, car, soit le collier, soit le liage des mains ne sert à rien ; mais c’est sans doute conçu dans le but d’humilier, ou simplement pour faire comprendre à ces femmes ce qui les attend, qu’elles n’aillent surtout pas s’y tromper, au cas où les seules mains liées leur auraient laissé quelque espoir. On ne les a pas enlevées pour leur faire rendre leur lait. Quoique. Avec les Turcs on ne sait jamais, tout est utile et marchand. Boire le sang, boire le lait, faire sucer, prendre devant et derrière, torturer, faire chanter, élever la marmaille, se taper le ménage, servir la favorite ou servir d’épouse, s’occuper des chiens et des chameaux. Gageons qu’on ne leur demandera pas de papouilles à ces filles, ouf, enfin la paix. Bref je trouve que dans ce cas de figure le collier est lourd de précision et de ces mauvais présages qui me plaisent tant. Surtout cette idée, que l’on ne peut pas toujours revenir en arrière, et que, même si l’on ne veut pas se l’avouer on se débarrasse tout de même de quelque chose derrière soi, on laisse courir son ombre en étant trainée comme ça, en marche forcée derrière un cheval plein de mouches. Nue, il faut marcher dans ses crottins, on est moins qu’une bête. On se dit forcément que l’on va enfin servir à quelque chose de pas très propre, mais, n’étions-nous pas déjà condamnées aux travaux forcés, et légalement forcées et engrossées par un gentil mari ? Féministes convaincues, reprenons donc du poil de la bête de somme, et avouons que ces deux-là sont d’une quelconque façon délivrées, mais qu’elles ne veulent pas le reconnaître ! Au moins, vous n’avez rien à perdre en feuilletant ce catalogue illustré, pendant que je prends mon pied en pensant à vous ! C’est quand on n’a plus rien à perdre que l’on devient soi, comme en Figure 5. À un moment donné de notre vie bobonne, il faut bien se faire une raison, que la maison n’est pas tout, on ne peut pas toujours se défiler en faisant semblant de prendre des engagements tout en ne risquant rien. Par ailleurs force est de reconnaître que si l’on veut défiler, il faut aimer les valises Vuitton (qui ne s’égarent jamais), Singapore Airlines (les hôtesses ne sont nullement jalouses), et bien entendu les hôtels équipés de lits. De la sorte, si notre cul n’a plus de maison, il gardera quand même un logement temporaire dans une voiture vintage qui le rendra sympathique au dernier des voleurs.

 

(Mais quel est le sort, Sonia, de ces personnages du dessin que vous nous esquissez à peine ?) — La lectrice se doit de ne pas être pressée, je vais essayer de vous le dire pendant que le Turc me prend, même si ce que j’écris est en léger différé dans nos colonnes.

Pour ce qui est du mouflet empalé sur la hampe, franchement dit je n’en sais rien, et d’ailleurs je ne m’en soucie pas. De toute façon il n’aurait rien fait de sa vie. À cette époque, même sans tenir compte du siège de la ville, les céréales sont chères devant la cathédrale. La rapine ne suffit pas à l’alimentation des troupes, et les filles se font rares. Des soldats se sont peut-être égarés ; perdus dans la neige, ils ont faim : après tout, un bébé de pute captive n’est quand même pas un porcelet, ils l’on peut-être mangé casher halal après l’avoir fait passé au fil de l’une de ces broches que l’on aperçoit sur nos gravures ! Pour ce qui est des autres, par exemple pour les femmes que vous imaginez, même si je ne puis vous assurer que ce sont celles que je vois fig. 7 : hommes et femmes sont nus et s’apprêtent à être vendus, comme nous l’indique complaisamment la légende de Herr Schoen, inscrite en gothique au-dessus de son dessin. C’est certain parce que c’est précis, dirait maman, inutile de le grossir cent fois, le dessin est plein du même détail : toutes les femmes sont en larmes, parfaitement bien dessinées : « ouin, aï et ouille », nous devons exprimer la peur comme dans un manga, autrement nos lectrices vont nous faire tourner le lait au drame : « voyez quel malheur nous arrive là, nous avons été surprises par les méchants Turcs en plein bonheur marital (tout comme nous pourrions l’être aujourd’hui, saisies par les cheveux en plein travail à la chaîne), dans l’immense joie que nous procurait cette maigre récolte de blé ou de froment, qui se répétait, plus généreuse tous les ans depuis que le monde est monde, et depuis que l’Empereur est notre divin seigneur germanique ».

L’une parmi les nombreuses captives est à poil, une main sur son pubis sans poils, consolée on ne sait de quoi par son mari, qui est nu lui aussi comme un ver allemand, de sorte que l’on ne peut pas être sûr, s’il s’agit bien de l’époux ; peut-être d’un amant rencontré en chemin, ou d’un manant d’infortune qui lui aura compté fleurette dans le chariot entre deux sacs de haricots. En tout cas il ne s’agit certainement pas de Luther, à poil à côté d’elle, car ce serait indiqué sur la gravure, en pleines lettres gothiques de Gutenberg sans bavures. Je crois que cet imbécile de mari supposé lui dit en substance qu’elle ne devrait pas s’en faire, même à poil dieu la protège, car le dieu protestant est fait de piété intérieure plus profonde que les implantations des poils ! En fait, contrairement aux hommes que l’on aperçoit sur les dessins d’époque, nous les femmes ne sommes même pas attachées ; c’est inutile, car la pudeur veut que l’on place nos menottes innocentes sur le giron trop exposé : en marchant ces femmes risquent ainsi de choir en s’empêtrant dans leurs tentacules, et les Turcs qui sont de gros malins ont bien compris cela, ils les laissent faire, pourquoi diantre les rabrouer ? « Une main qui protège les seins, une autre entre les cuisses, nous ne risquons pas de perdre cette affaire-là ». De plus cette pudeur n’est pas hautaine, elle n’est qu’une preuve de bonne qualité de la marchandise : ces femmes appartenaient sans aucun doute au beau monde de leur belle ville, « envoyez-les donc par ici ».

 

Bien entendu, j’exagère tout exprès pour faire réagir nos lectrices, mais rassurez-vous, je ne pense pas qu’on les ait mises nues, ces filles-là, simplement pour les humilier. Du coup j’éprouve moins de plaisir à imaginer des suites à la scène, sauf ici, où je consens à jouer les prolongations en prenant la place de ces épouses, parce qu’elles ne sont à poil que pour être examinées par les marchands. On en fera des nourrices, des bonniches ou des femmes de compagnie, selon leur qualification ou leurs prédispositions. Leurs talents cachés seront enfin exploités à bon escient, leurs qualités de garce enfin reconnues, leurs corps mis en valeur et retravaillé pour le meilleurs profit de tous. Pour tout dire, vous aviez intérêt d’avoir un beau cul, si vous ne vouliez pas passer le restant de votre vie derrière les marmites ou à torcher des chiards qui ne vous appartenaient même pas. Mieux encore, votre beau cul si vous l’aviez, mieux valait le mettre en valeur et l’exposer fissa, si vous ne vouliez pas qu’il passe inaperçu entre deux lances.

Mais regardons de plus près, voulez-vous : les turcs de la gravure ne sont pas unis, ou du moins leur troupe n’est pas homogène, c’est comme partout : il y a des vendeurs et des acheteurs, la marchandise comme vous le voyez sur le beau dessin circule déjà entre les deux groupes, qui se l’échangent. Manifestement hommes et femmes sont vendus à part, à l’unité, adieu le divin couple, tout comme nous avons dit adieu à la vierge et l’enfant, après avoir vu ce beau bébé grassouillet si joliment empalé et mis au grand jour sous forme de fanion. C’est déchirant, n’est-ce pas, qu’après avoir perdu le poupon on nous sépare du mari et de nos habits, nous ne les reverrons sans doute plus, ni les uns ni les autres, car nous sommes vendues séparément, mises à l’écart, nous n’avons pas la même valeur que les hommes, ni le même usage, ni le même courage, et il faut bien comprendre qu’un seul acheteur ne peut pas se payer toute une famille, parce qu’il aurait droit en sus à toutes les scènes de ménage préenregistrées qui n’étaient pas prévues dans le contrat de vente. Mieux vaut séparer le mari, qui fera un bon portefaix, d’avec son épouse qui fera une bonne ménagère, voire, une bonne nourrice pour nos bébés moustachus. On pourra se servir de son cul entre deux serpillères, à l’occasion du grand nettoyage au sol, je n’ose pas dire en position de prière. Pour elles, c’en est fini de la croix et de la bannière, adieu nourrissons et cochons du gentil mari. Je suis sûre que certaines à tout prendre auraient préféré garder leurs habits plutôt que l’époux, mais notre journal ne peut pas aller plus loin dans ce sens. Peut-être devrions-nous préférer les Turcs. Vous n’auriez pas tort de penser que je fais tout exprès de vous offusquer, mais je puis vous assurer que je ne tire pas mon plaisir de là, mais tout simplement du malheur de ces petites. Je vous en prie, n’ayez pas mauvaise conscience, ce n’est pas de votre faute si je prends ainsi mon plaisir, puisque je ne suis pas sadique : je ne jouis que par empathie en me mettant à la place de ces malheureuses et de tout ce qu’elles vont endurer, et que j’ose à peine imaginer en portant la main où vous savez. En ne les plaignant pas je me montre plus optimiste que vous, je me débarrasse bien volontiers de mes vêtements de haute couture et, tenez, je vais aller jusqu’à vous en faire cadeau. Je veux bien être vendue à poil, moi, je ne suis pas comme vous, qui vous êtes vendues de bonne grâce et en tenue à de gentils bourgeois impuissants incapables de vous dessiner la moindre robe. Je sens que je vais perdre des lectrices, tant pis, car je vous le dis en vérité dans le seul but de faire la preuve de mon plaisir féminin.

Figurez-vous que l’esclavage a toujours existé, et les Turcs n’ont fait chez nous que ce qu’ils ont toujours fait pour nous par ailleurs et bien avant : ce sont les mêmes qui au deuxième siècle avant note ère ont vendu à ces messieurs romains tous les esclaves nécessaires à l’entretien des maisons et des cultures, de vos maisons de la culture, et de la construction de vos villas, cages à lapin et pavillons de banlieue. Des milliers de corps par jour changeaient de main sur la toute petite île gréco-romaine de Délos, qui comme chacun sait abritait le temple d’Apollon. Comme quoi la religion faisait déjà de bonnes affaires. Nombre de ces esclaves ont sans doute servi à édifier les monuments que vous admirez encore de tout cœur aujourd’hui en voyage de noce, et finalement tout cela s’est mélangé avec les autochtones, pour constituer le pataquès occidental duquel nous descendons. Sauf moi, qui nous viens du grand Nord et qui vous regarde du haut de mes fjords. C’est sans doute pour cela que ce qui vous fait pleurer me fait jouir, parce que je ne me sens ni grecque ni romaine ni teutonne, et par conséquent bien distincte de celles qui sont vendues sur notre dessin. Vous comprendrez alors pourquoi j’ai si longtemps fantasmé de me faire prendre par les Turcs, et vous devriez même me remercier pour la bonté de ma narration. En tant que race mélangée vous avez certainement du sang turc dans les veines, qui bout depuis plus de deux mille ans. C’est pourquoi je peux comprendre cette rougeur sur vos jolies joues de pleureuses pendant que je mouille, tout comme ces femmes résignées qui sur notre gravure changent de main. En vérité je vous le dis, à quoi bon vouloir se débarrasser de tout à la mode bouddhiste, quand de gentils moustachus brisent votre scène primitive une bonne fois pour toutes, et que l’on vous transporte au-delà des mers comme un vulgaire paquet ? J’en connais quelque chose, du débarras bouddhiste, grâce à mon cher mari qui fréquente l’Institut de Bangkok depuis si longtemps déjà. Cet idiot croyait que je ne serais jamais chiche ni riche, de sorte que sur le coup je vais me débarrasser de lui aussi, car je déteste les hommes qui ne me font pas confiance.

 

Sur une gravure, cette fois prise du côté turc, on voit un cavalier monté sur un cheval pommelé d’un bleu mille et une nuits, l’aigrette blanche de son casque, son large pantalon rouge, et surtout sa tête lunaire de Mogol moustachu, son élégant carquois et sa ceinture rouge. Il est exotique et pas trop cruel, seulement appliqué : il vient de lancer son lasso et n’éprouve pas même la satisfaction d’avoir réussi son coup, exactement comme un cow-boy avec ses vaches. Pourtant il vient d’attraper l’un des nôtres en armure complète. Il me paraît soudain ridicule, notre allié teuton, surprotégé contre les flèches et les épées, et soudain désarçonné par une simple corde. Tombé de cheval il n’est plus rien, comme une tortue sur le dos, pendant que l’autre au lieu de se réjouir reste froid et méticuleux. Il semble se dire : « bon, maintenant qu’il est par terre dans sa belle armure, comment dois-je m’y prendre ? Descendre de cheval pour l’égorger, ou bien le laisser se débattre et s’empêtrer dans sa ferraille moyenâgeuse ? » La rigueur du raisonnement me fait mouiller : je cours éperdue dans les rues de Vienne en flammes, j’appelle maman, et soudain je suis prise au lasso dans ma robe Giorgio Armani, je tombe, mes seins sortent de leurs logements Calvin Klein, mes talons Massaro se cassent, la corde serre ma taille de guêpe tueuse, je sais que mon mari m’a perdue, je tombe à la renverse les jambes écartées, je vois le poitrail du cheval en sueur, je croise le regard satisfait de l’ottoman qui vient de capturer sa proie.

Mon bébé a roulé au sol, il s’est fracassé le crâne sur une vieille bûche pleine de champignons. Le Hittite descend de cheval, tire sur la corde et me tire vers ses bottes, il me cravache la croupe et me met en sang. Avec une corde il enserre mes bras juste sous les épaules. Je me remets debout mais je titube et m’écrase dans la boue. L’homme m’attache les poignets dans le dos, arrache mon corsage, donne un coup de pied dans mon bébé, pince mes nénés, et enfin me sort sa queue. Tout en pleurant mon enfant si atrocement perdu je mouille. L’homme va réparer sa faute, il va me faire un nouveau chiard aux yeux bridés et tout poilu.

 

 

 

Alors que maman dit toujours ce qu’elle fait, je fais toujours ce que je dis, et c’est pourquoi je l’écris pour le plus grand plaisir de nos lecteurs, qui malheureusement ne pourront plus admirer l’égérie, qui vient de tomber de son podium comme une bête, le nez en plein dans la boue, ou plutôt dans la sciure du bar, ou plutôt contre la poitrine de votre Kurde. Mais j’espère que vous saurez profiter de ma déchéance, tout comme j’ai su tirer parti de vos consœurs esclavagées sur le dessin de maman. Je ne suis d’ici que pour moitié, vous pourrez donc vous partager le gâteau et profiter de ma peau blanche pendant que je vous raconterai tout dans le courrier des lecteurs, sauf si le journal me renvoie avant. Gentes et mignonnes fillettes, qui jamais n’avez dit non sans vraiment dire oui, je prends dans moi cette queue qui vous rachète en disant oui à la semence étrangère qui vous absout du fin fond de cette taverne borgne.

Pendant que la queue va et vient dans mon vagin je me dis qu’il faut bien que j’habille mon plaisir, si je veux continuer à me supporter, si toutefois on me permet de rentrer chez moi dans ma belle voiture, une fois la chose faite. Mais les images n’ont guère besoin de moi, on ne les choisit pas, surtout quand elles font plaisir. Dès que je l’ai vu, ce tableau de Verlinde, dans une exposition personnelle en 1975 à Göteborg, puis à l’institut français de Stockholm où ma mère m’avait trainée, je crus qu’il s’agissait d’une œuvre de Gérôme Bosch, mort en 1516. Ça cadrait parfaitement, à dix ans près, avec le siège de Vienne de 1529. Ça tombait donc pile poil dans mes phantasmes, et d’autant, que dans ma belle tête cette image de Verlinde s’était mélangée subrepticement avec les œuvres de Bosch que je regardais souvent dans ma chambre.

Dès que je vis ce tableau de Verlinde je commençais à me branler en pensant au siège de Vienne. Plus tard je m’isolais des heures entières dans ma chambre, et je faisais ça en écoutant des cantates de Bach, Mozart, mais aussi, en période de crise libidinale, des tubes de Nina Hagen. Maman semblait y tenir beaucoup, elle aussi, à cette toile, puisqu’elle prétexta une exposition du même peintre à Berlin, en 1986, pour me planter juste devant cette œuvre cruciale. J’y revis non sans un certain plaisir coupable l’original de cette œuvre qui m’avait à la fois impressionnée et dupée. Non seulement Verlinde avait su capter mon fantasme, mais avait projeté mon cul brûlant en plein siège de Vienne.

Je n’aime pas beaucoup ce que l’on nomme le réalisme fantastique, mais sur cette toile-là il était pour ainsi dire épuré, et par conséquent très captivant pour ma petite personne, surtout lorsque j’eus mes premières chaleurs. Je lus d’abord le titre en allemand : Wahnsinn, qui veut dire bien davantage que « folie » : dérèglement de l’esprit, hallucination, c’était bien là tout ce qu’il me fallait pour jouir hors du temps. Je partis donc du tableau pour construire ma Wahnsinnvorstellung, mon hallucination, mon tableau, tout comme si je l’avais devant moi. Mais en même temps c’était bien une folie parce que le personnage de la toile rentrait en moi, je devenais elle, nue, debout au-dessus d’un très grand miroir circulaire, pas même brisé et déposé à mes pieds comme un étang, entourée de boîtes à poupées qui jonchaient le sol. L’une de ces poupées de porcelaine sort de sa boîte et ressemble à la fille campée nue sur le tableau, à laquelle je m’efforçais moi-même de ressembler. On ne peut même pas dire qu’elle est belle. Elle porte un sac béant grand ouvert qui fait plutôt penser à une pastèque. Ou à un gros poisson la bouche grand ouverte. On a compris, docteur, elle s’ouvre, elle voudrait tout y faire entrer, dans elle, tous les fantasmes qui déjà se sont transformés en poupées étranges et bien vivantes, comme par exemple cette tête de mort entée sur une colonne vertébrale qui semble jaillir d’une cruche comme un ressort qui se détend. La tête de mort est masquée par un visage. C’est le mien et je le sais, c’est le même que voit le turc qui me baise.

 

Le jour où je vis la toile, j’eus l’impression que mes poupées me regardaient différemment. Je les trouvais bien louches, tout à coup, et j’aurais bien voulu m’acheter un très gros sac pour les enfiler à travers cette nouvelle porte de moi. C’est sans doute depuis lors que me plaît cette idée, de m’enfiler n’importe quoi. Quand on a connu ce tableau de Verlinde, qu’est-ce que c’est, que de s’enfiler la queue du premier homme qui passe ? C’est tout simplement facile, parce que, sur cette toile, il s’agit tout de même d’un lézard bizarre et innocent, que la fille veut s’enfiler. C’est là que mon psy vient à ma rescousse, merci docteur, pour nous dire que le phallus peut être symbolisé par n’importe quoi. Par exemple un lézard ou un poupon à la tête cassée, ou plus simplement une queue d’homme ou de cochon, ou un tirebouchon. Qu’elle soit turque et casher, cette queue de lézard anatolien, cela n’est pas très important en soi. L’essentiel c’est de rester ouverte à toutes les propositions.

Verlinde a eu le courage de suggérer un lézard à la fille. Reste qu’elle me regarde, au cas où je douterais d’elle, « t’es pas chiche ? ». Bien sûr, l’image est arrêtée, on ne sait pas si elle l’a réellement fait, mais je lui fais confiance, je trouve qu’elle est bien partie pour ça, j’ai compris que son sac très suggestif, cette pastèque béante d’un rose chair, comme une damasserie intime, est prête à reprendre tous les poupons de l’humanité en délire. Cette folle non seulement est prête à faire rentrer n’importe quoi dans son magasin, y compris ces chères saucisses de Vienne que l’on peut déguster sur le Prater. Elle est prête à ravaler ensemble tout ce que le délire de la création a produit de poupons, bambins, Jésus, Bouddha et Mahomet. À moins que tout ce que nous voyons sur le tableau ne soit sorti de ce plantureux sac à main ? Créez donc votre dieu, elle vous le ravale. Faites n’importe quoi, son sac Gucci est tellement ample qu’il rachètera toutes vos bêtises. Je comprends seulement aujourd’hui pourquoi ce tableau a tout déclenché, mais ce n’est pas de sa faute. J’étais déjà faite ainsi, docteur, prête à ravaler toute l’Histoire par le bon bout, car après tout, le Siège de Vienne, la prise de Constantinople ou les tranchées de Verdun, cela aussi, n’est-ce pas, c’est un bon gros délire qui ravale des milliers de corps. Peut-être, chère lectrice, avez-vous aussi un tableau de Verlinde planqué dans quelque recoin de votre joli corps, mais s’il vous retrouve vous êtes foutue.

 

La main gauche de cette fille Verlinde longiligne, maigre et androgyne, est en direction de sa chatte visible. Main baguée, bracelet au poignet, posée délicatement au-dessus du nombril, les doigts repliés comme pour se gratter délicatement le ventre rebondi. Jambes trop maigres, mais joliment nues. Pieds nus et maigres comme les mains, qui sont comme le prolongement de la jambe, posés tout naturellement sur de grandes feuilles à croquis. La nouvelle Vénus sort du dessin. Elle ne me met pas au défit d’être plus belle qu’elle. Belle, elle ne l’est pas. Elle ne m’invite pas mais me défie. Est-ce que je peux en faire autant, ce n’est pas sûr, m’enfiler un lézard, tout de même, ça coince, mais j’aimerais ça, si ce n’était par égard pour la pauvre bête.

La Vénus Verlinde qui sort de son bain de peinture a les seins trop petits, mais elle s’en fiche. Ne veut manifestement pas devenir mannequin. Elle me regarde avec un sourire qui rappelle celui de la Joconde, beaucoup de Rimmel dans le prolongement des paupières plissées, vers le front dégagé. Elle veut me faire comprendre que le lézard étrange qu’elle tient dans sa main droite repliée, eh bien, elle va se l’enfoncer. Non, elle ne va pas hésiter, elle n’est pas comme moi, c’est en tout cas ce que maman me laisse entendre, qui croit toujours me connaître si bien. Pour tout vêtement elle porte une fourrure autour du cou. Colliers de perles, boucles d’oreilles sphériques. Toque excentrique, évasée vers le haut. Elle me prévient, puisque je suis très belle, tout le monde, n’importe quoi va vouloir rentrer, toc-toc-toc à ma petite porte. « Tu ne peux tout de même pas passer ta vie à te défendre ». Voilà ce qu’elle me dit ; c’est une question qui m’a longtemps travaillée, jusqu’à l’exposition de Berlin, où je décidai d’ouvrir définitivement mon sac au soleil de la folie, comme une immense pastèque.

 

 

 

Je l’avais vu venir de loin, ce jeune aux Adidas maintenant dans mon dos, sa démarche élastique, les jambes légèrement arquées, en T-shirt 100% coton, bras nus lisses et musclés, tête de turc sans doute rasée sous bonnet mou à visière. Impression poitrine métal cuivré. Et surtout, j’avais remarqué son pantalon en molleton, grand logo Puma surpiqué bas de jambe. Taille élastiquée et cordon de serrage. Donc sans braguette. Dégaine sport. 2 poches côtés, pratiques pour les cordes et les préservatifs. Bas de jambes élastiqués. Coton et polyester. Je devinais en lui un baiseur sport mais classe, avec ses pieds nus sauvagement enfilés dans ses Adidas dessus cuir, mais semelle extérieur caoutchouc. Je devais donc m’attendre à un travail efficace, performant, mais sans doute assez sommaire, dans le genre « tournante de banlieue ». Déplacements horizontaux, vifs mais limités dans l’espace, en veille permanente, prêt à décamper. Capable de tirer sur la police, des pierres, et peut-être à la kalachnikov. Racket. Intimidation. Tournante dans les caves. Bien sûr, pas tout en même temps : d’abord la cave, et on termine avec coke, herbe et kalach’. Je ne suis rien pour lui, juste une fille à tirer. Cette idée me plaît et je mouille. Peu de hauteur, curieux balancement des hanches, pour un homme. Léger problème orthopédique. Il doit opérer par saccades, dans le genre blitzkrieg, avec abandon de la gueuse à même le sol pour marquer son territoire. Probablement sans slip, remballage sous vide vite fait, décharge rapide, puis repli. Je me dis que ce genre d’affaire ne fait pas dans la durée. D’apparence physique et de costume tout à l’opposé de Luìs, qui lui non plus ne fait pas dans la durée, sauf la nuit dernière. Ici, je devrais servir d’entraînement pour le combat de rue, où la femme est toujours perdante. Il ne s’attarderait sans doute ni sur mon corps parfait, ni sur mes vêtements derniers cris prêt-à-porter Lanvin. Tout comme ma voiture avec ses sièges, pour lui je ne suis bonne qu’à être vendue avec mes fesses à un maquereau. Il était seulement là pour m’humilier, probablement un vague sous-fifre du chef, ou un simple guetteur à la petite semaine. Ou encore un sale petit morveux évadé d’un garage auto ou d’un chantier de déflocage, la queue salie de cambouis, reconverti dans le look rapide et cool, spécialisé dans le service des vieilles et des plus jeunes qui viennent se faire bourrer au bord du lac, et qui lâchent leurs francs suisses contre une saine giclée d’Orient. Je remarquai froidement son petit air concentré de faux cul, quand il se mit pieds nus pour me baiser, comme s’il allait entrer dans la mosquée bleue d’Istanbul.

Comme toujours en cas de danger je me replie dans ma cathédrale viennoise en 1529, mais c’est pour mieux t’accueillir en moi, mon enfant. Loge-toi dans mon tabernacle, je ne crains ni ta queue ni ton dieu, puisque ça fait bien longtemps que je me suis préparée, entraînée à rendre les armes et à encaisser ton foutre de bigot.

 

Me revoilà donc dans la cathédrale de San Stephan, sur le territoire de maman, alors que je suis en train de me faire baiser à Zürich. Qui dira l’ubiquité du plaisir et de l’anamnèse automatique, de la nécessité de prendre racine dans l’Histoire pour jouir ici-bas ? Mon corps est ici et le Turc y pénètre de sa queue anonyme et vulgaire, il prend son plaisir à baiser la covergirl, et il doit se demander s’il n’est pas en train de rêver en bleu de Prusse dans sa mosquée ; si mon corps si soumis ne va pas s’évaporer dans une branlette. Qui sait, lui aussi a peut-être régressé vers Sainte Sophie et doit trafiquer des pompes Adidas dans sa tête d’émigré bronzé qui louche sur la banquise des banques suisses. En tout cas je lui laisse ses souvenirs et d’ailleurs son corps aussi. Seule me suffit la queue qui me ramène chez moi, ou plutôt dans le discours de maman que je dois démonter si je veux bassement jouir. Mais je ne jouis de cet idiot que dans la mesure où je m’absente ; je suis là-bas, il me baise mais ne me possède pas. Je remonte le temps grâce à lui, et voilà que je jouis des horreurs de l’Histoire dans la cathédrale de Vienne assiégée.

De nouveau les estampes. Prise au lasso. Cordes, torture. Retour sur l’ottoman qui descend de cheval et m’enfile. J’entends le bang des canons. Je vois le sang qui coule et ce n’est pas cool, le plaisir c’est pas design, c’est sauvage et c’est très con. Revoilà le poupon sur sa hampe, cet autre empalé sur sa grille, cet autre encore, fendu à coup de sabre. Mais j’ai la foi, la queue du Turc me pousse jusque dans la cathédrale. Et je revois le chiard, en stuc cette fois, à même le mur, donc conçu et travaillé par les cathos, appuyé de tout son coude sur une tête de mort qui a perdu sa mâchoire inférieure. Je me suis arrêtée bien souvent devant cette surprenante allégorie qui avait toujours résonné pour moi comme un présage. Le bambin est grincheux, comme d’habitude, mais ce n’est pas le crâne qui le perturbe, ce bébé bien dodu. On dirait qu’il ne s’aperçoit même pas qu’il s’appuie sur une tête de mort, ou sur la mort en personne, là, au cœur de la cathédrale-bar, pendant que ses petits frères se font trucider en 1529. Était-ce là une prémonition, de la part des constructeurs moyenâgeux, ou bien une commémoration ultérieure du massacre ? Je ne me suis jamais informée à propos de la date de cette œuvre plutôt cynique, mais la confrontation de cet angelot geignard avec la mort impavide me pousse à jouir plus loin par péché de chair, avec en moi la queue turque qui va et qui vient et qui bientôt lâchera sa semence pour m’arracher enfin au temps immobile. Bientôt j’accoucherai de ce chien et les jours sans fin prendront tout leur sens. Ah ! si mon mari savait ça, lui dont le sperme est stérile, que je suis en train de me forger un avenir pendant que ma tête qui n’est pas encore détachée de sa jolie femme médite dans la cathédrale de San Stephan, en compagnie d’un crâne et d’un poupard bien dodu.

 

Tiens donc, voilà que je comprends les Turcs, toutes nos jérémiades me donnent envie de l’empaler pour de bon, ce bébé officiel que je ne porte pas encore. Pourquoi donc ces chiards sont-ils toujours en train de chier, et de couiner, et de râler, on se le demande. Même celui-ci, qui est pourtant accoudé sur un crâne, est en train de couiner ! N’a-t-il pas eu son quatre-heures ? Maman lui a-t-elle retiré sa sucette de tibia, je ne sais. Reste que sa tête a le même volume que celui du crâne adjacent. S’agit-il de son petit frère, décédé mille ans plus tôt ? Il pleure, le pauvre petit : voyez comme je suis méchante, sa mère a sans doute été enlevée par les Turcs, violée, pendue, découpée et scalpée, vendue en petits morceaux ? Je ne sais pas pourquoi, mais en pensant à ça je ressens mieux la puissance de la queue qui me prend, le piston me fait remonter le temps à toute pompe, j’assimile ma chair à celle du poupon, je retrouve l’époque où mon cul rose et blanchi de talc passait et repassait entre les mains de maman, qui déjà malaxait sa bonne pâte. Qui sait combien de fois ses mains sont passées sur moi ? M’a-t-elle passée à d’autres de mains en mains pour qu’ils me tripotent, allez savoir, soudain j’ai des soupçons, docteur. Si elle n’avait rien fait, je ne serais pas en train de me faire baiser comme ça.

Donc j’ai dû être trafiquée, docteur, imprimée comme un vieux disque vinyle. Une symphonie véreuse est entrée dans ma pomme. Heureusement que ce Turc-là ne me touche pas, et se contente d’être en moi. Sa chair d’os dans ma viande anticipe l’embryon qu’il va m’inoculer, les spermatozoïdes vont grimper aux rideaux, féconder mon steak. Quelque chose en moi aspire à ça sans que j’y puisse rien. Pourquoi contrarier une telle machine, pourquoi lutter contre cette chair qui veut sa reproduction, qui veut me pondre un avenir et qui appelle l’homme de tous ses vœux ? Non, certes, pas un homme singulier, mais un simple jet de foutre, et voilà, l’avenir aveugle est reparti, la cervelle oublie qu’elle est enfermée dans une future tête de mort.

Mais après tout, qui a raison, de la mort ou de la vie, de la conscience des masses ou de l’inconscience du docteur ? Je peux croire en l’avenir, puisqu’il n’est pas encore là, et le poupard n’a pas peur du crâne, car après tout ce n’est pas le sien. Il ne se reconnaît pas encore dans son beau miroir, alors, dites-moi donc pourquoi la mort lui dirait-elle quelque chose ? Il ne la reconnaît pas, ce crâne n’est pour lui qu’une sombre caillasse, un press-book sur lequel il peut douillettement s’appuyer. Non, le message allégorique s’adresse sans doute aux nonnes, pour que le désir d’avenir ne s’en vienne pas les prendre et les emporter loin de ce lieu sombre. Dieu veut tout pour lui, et moi je me fais foutre sans pilule pour apporter un chiard à mon mari, ou pour le passer à la moulinette. Je lui dirais que l’enfant est de lui, ou bien non, qu’il est le fruit d’un viol : « Chéri, j’ai été violée par un Turc dans la cathédrale de Vienne pendant le siège de 1529. »

Il va croire que je plaisante, mais en tout cas maintenant je jouis de ma vérité, et je trompe la mort en me faisant engrosser quand même, malgré la tête de mort que la culture m’a insinuée. Le corps veut être satisfait, pendant que je jouis de la contradiction. Le bébé et la mort. Je jouis d’être aussi vulgairement ensemencée. Le Turc ne m’est rien, plutôt que de me découper en menus morceaux voilà qu’il me fait cadeau d’un corps à venir qui lui ressemblera, et que je serais obligée de supporter jusqu’à ma mort. Le fiston aura la figure du violeur. Mais comme je suis venue tout exprès, l’idée que mon enfant aura la tête de n’importe qui me fait presque jouir prématurément. Comme j’ai commencé à prendre du foutre depuis l’aube, je me dis que le futur aura peut-être la tête de Luìs, ce qui n’est guère plus rassurant. Mais ce tirage au sort m’excite : quand le Russe m’aura baisée le loto sera encore plus fort, surtout quand je pense que mon mari pensera que l’enfant est de lui. Je m’entends déjà lui répondre « peut-être bien », lui laissant entendre par là que j’ai été montée par d’autres. J’accoucherai peut-être d’un Turc à deux têtes ou d’un gros chiard à tête de mort. Au moins il fermera sa gueule et n’aura pas de caprices, déjà réalisé et foutu dès sa sortie bidon : « Chéri, je t’ai pondu un os ».

 

Là franchement dit j’éclate d’un rire intérieur qui résonne dans ma cathédrale, je sens que je vais venir et je me laisse tomber sous la queue du Turc en imaginant la tête de mon mari, quand il entendra ça. Celle de Luìs ne vaudra guère mieux, de tête. J’aurai beau leur expliquer que mes parties de baise sont des corridas et des voyages astraux, ils ne comprendront pas, tellement ils se sont bornés à Séville et à Bangkok. Se taper le top-modèle ne leur suffit pas, il faut encore que la bestiasse leur fasse une mouflette qui leur ressemble. « Plus belle que sa mère », tiens donc, comme si c’était possible, il n’y a que moi pour faire ça. Déjà maman est loin d’être un crapaud, mais elle m’a programmée plus fort, mes gènes doivent remonter au moins jusqu’à Lucie. Le hasard m’a déjà tirée au sort, il ne va pas remettre ça avec mon poupon. Dès lors à quoi cela sert-il, je me le demande, si c’est pour faire un chiard qui soit moins beau que moi ? Le hasard, le sort et la chance réunis au 421 ne me permettront pas de pondre un nouveau mannequin. Non, vraiment, cet enfant je ne le ferais rien que pour moi, rien que pour voir comment ça fait, d’être engrossée par n’importe qui. Je vois bien que mon bébé s’appuie sur un crâne, je sais bien qu’à l’extérieur d’autres que lui ont été empalés, rien n’y fait, ce foutu corps veut être foutu en règle comme une bête, peu importe le mari, l’amant, ou l’animal alpha. L’important c’est de se libérer de ces deux cornards et de maman, pour que l’enfant soit à ma mort. Nous le ferons ensemble, avec le Turc aux Adidas et le méchant Russe, et le Kurde, et peut-être que le gros pacha sodomite s’y mettra aussi pour l’occasion exceptionnelle en première de couverture ! Il leur ressemblera, j’en suis sûre, avec ses yeux grands ouverts tournés, l’un vers Allah, l’autre vers Staline. Pourvu que le poupard n’ait pas tous leurs yeux, car ça lui ferait une sale tête d’araignée.

 

J’espère à présent que les constructeurs ont prévu un oculus à ma cathédrale stéphanoise, pour que, entre la vie geignarde et la camarde caverneuse mon poupon aspire au ciel dès maintenant, quand le sperme de cet imbécile se diluera dans mon bénitier. Mon bébé échappera à la vie et à la mort, il montera au ciel comme une fusée turque et décollera de mon corps sous la poussée de ma jouissance.

Et voilà, les Turcs ont creusé des fossés jusque sous les remparts, ils transportent les barils de poudre pour faire sauter mes portes. Je jouis de l’Histoire et c’est bien fait, elle n’est qu’un fantasme collectif mais je suis la seule à savoir en profiter. La queue du Turc sort de sa mosquée pour rentrer dans ma cathédrale. C’est un tunnel de foutre qui unit les générations spontanées. J’espère qu’Allah met des capotes, car celui-ci est pure nature de cheval. Je suis sûre qu’il va m’engrosser, car son dieu est bon, sans être meilleur que le mien. Après tout, pourquoi ne pas changer de religion grâce à ce levier de vitesses ? En tout cas ma voiture apprécie, tout mon ventre est ramoné, la chair remonte mon oculus. Mon intello de mari affirmait que j’étais une cathédrale hégélienne, voyez-vous ça, on se demande parfois ce que les hommes vont chercher pour vous séduire. Mais celui-là pensait, avant de devenir bouddhiste, ce qui se fait rare de nos jours. Hélas, pas surpuissant, et surtout stérile. Celui-ci ne pense pas, mais il est exotique, ce qui donne un charme fou à sa queue toxique.

« Comment ça, une cathédrale hégélienne ? » Dixit mon psy, jaloux de l’intelligence de mon mari, et un peu écœuré de voir mon corps prendre des airs sacrés. C’est pourtant facile à comprendre, du moins d’après ce que m’a dit mon mari : « La façade de la cathédrale sollicite la foi du croyant », et ceci est vrai, car pour venir jusqu’en moi il y a intérêt à croire. Ce n’est pas donné à tout le monde, de se taper le mannequin, et surtout pas aux Turcs, du moins dans les conditions normales de température et de pression. Il est vrai qu’ici je suis tout de même forcée, alors que la foi n’y est pour rien. Me prend qui veut. Bref la cathédrale sollicite la foi du croyant chrétien, c’est-à-dire celle de nos lectrices cathos dans les colonnes de ce courrier, si toutefois vous croyez encore à la beauté de la madone que je suis. La mode est notre seule église. « La cathédrale nous renvoie à un dedans spirituel qu’il faut savoir appréhender si l’on veut rejoindre la liberté de l’Esprit » Rien que ça ! Mais je trouve ça pas mal. Je m’étonne de me souvenir si clairement des propos de mon mari, alors que je suis en train de me faire prendre par n’importe qui. La mémoire nous joue parfois de ces tours ! En gros, je cite de mémoire le travail de sa thèse, qui ne m’a pas suffisamment travaillée pour me mettre spirituellement enceinte : « La cathédrale est un lieu par lequel l’Esprit du monde est déjà passé : il s’est arraché à l’existence fortuite et factice après y avoir été plongé, il s’est recueilli au cœur même de son existence sensible, et la façade de la cathédrale, tout en gardant son indépendance, évoque, par sa hauteur, la profondeur du dedans. » Certes je suis profonde de gorge et haute en taille, et je me venge de l’érudition stérile de mon mari en me faisant salement monter par un pékin qui ignore jusque son Coran.

 

« Maman, est-ce que la queue des imbéciles est plus longue ? » Peut-être qu’ils y vont plus franchement, merci docteur. Je suis bien certaine que celui-ci a deviné qu’il peut m’engrosser : il met toute son ardeur au travail. En tout cas s’il continue je vais remonter jusqu’à la fac, fuck me baby, fuck me well, je vais télécharger toute l’encyclopédie de mon mari. Tout de même, j’ai bien retenu la leçon : je suis une cathédrale, ou du moins une façade qui au-delà des contingences du maquillage Vichy promet un dedans qui est essentiellement recueillement Dior ! Oui da, recueillement pour les queues, bien plutôt, qui depuis longtemps profitent douillettement de mon intelligente compréhension. J’aurais dû me méfier de mon mari dès le départ. En effet, ma façade peinte promettait l’accès à mon intérieur qu’il n’a jamais atteint, et pour cause, le mystère est vide, il n’y a pas plus de profondeur en moi que dans une casserole à feu doux. Je suis tout entière plongée dans une existence factice à la mode hégélienne, soumise à la contingence des événements historiques, comme par exemple le siège de Vienne, duquel je ne me suis jamais relevée. Toute mon intelligence est en surface, et c’est ma seule beauté sans caractère profond qui vous délivre de mon cul, pourvu que vous m’admiriez sans espoir de m’égaler jamais, puisque c’est impossible. Faites-vous une bonne raison, et vous serez sauvées, la simple contemplation de mon corps pénétré allégera vos souffrances. Même une belle peut jouir de l’abjection, ça ne l’empêchera pas de défiler demain en vous sauvant la mise, car il faut bien s’habiller. Faites-le en mémoire de moi, et vous serez sauve, quoiqu’il en coûte à votre porte-monnaie. Mais croyez-moi, quand on a passé des mois entre un intello stérile et un torero esthète, je trouve que s’en faire mettre un coup ça fait toujours du bien. Je serais toujours à temps, si je ne me fais pas découper en morceaux, de revenir vers vous avec mes turpitudes, car ma façade à rosace a beaucoup d’attraits pour votre piété intérieure. Mais quoi, c’est quand même au lecteur de la chercher pour se recueillir ! Est-ce bien de ma faute s’il ne l’y trouve pas en lui et s’il se perd en moi ? En vérité ma façade promet beaucoup, et de fait elle vous arrachera à la contingence de vos casseroles, pendant que vous irez vous faire voir à l’hyper dans votre dernier look. Mais il n’y a rien de plus dans ma boite, car je ne suis qu’étiquette : à côté de la trinité qui est trop difficile à comprendre pour nos lectrices, tout n’est que vide et volupté, dans lesquels baigne un beau bébé sur un crâne appuyé. Franchement dit, entre l’avenir compromis de ce bébé bleui, qui ne tardera pas à se faire embrocher par des Turcs, et la mort qui me colle aux trousses, croyez-moi, vous n’aurez rien à glander. De toute façon je ne suis jamais là, mon intérieur est toujours dehors, et ma façade aura beau vous promettre une marée de pleine lune, vous n’y verrez goutte, mon passé est incertain, et mon avenir me dégoûte, prout, prends-moi et tais-toi.

 

Donc je suis dans ma cathédrale de Vienne, ou plutôt je n’y suis pas. Si j’avais une âme je dirais que toutes mes pensées vont là-bas, pendant que je me fais baiser comme une pute dans un bar de Zürich. Les lieux n’ont en commun que les Turcs, qui sont passés de la cathédrale à mon corps à travers mes rosaces, par derrière et par devant à travers le temps, croix et bannière. C’est parce que je ne suis pas là-bas que je peux faire ce que je veux dans la cathédrale et y manipuler mes icônes pour mieux jouir ici. Vous pouvez essayer de venir ou bien vous contenter de votre église du coin en pensant à moi. Vous y serez aux premières loges et en concentrant votre lecture sur nos colonnes vous pourrez tirer un coup partout, même dans les partouzes. Il suffit en effet de conserver un petit coin secret et de s’y tenir le moment venu. Moi je connais si bien la cathédrale que je peux m’y déplacer comme une sorcière sans chevaucher un balai, car j’ai entre les jambes une queue que j’ai volée au sacerdoce.

 

 

A Vienne j’ai descendu Kärtner Strasse, puis j’ai piqué du nez chez Rolex en contournant le grand Mickey à côté du Mc Donald. J’ai jeté un œil sur Donnerbrunnen, sur le resto Steffl où je n’irai pas tester vos plats pour aujourd’hui, puis devant Douglas. J’aperçois comme il se doit la Haas House cylindrique de verre vêtue, mais je ne suis pas assez grande pour m’y réfléchir avec la cathédrale. Tout de même je vois un poster de moi au coin de la rue, c’est déjà ça en attendant de grandir en priant Dieu. Je fais un petit tour chez Versacce, toujours bien concentrée, pendant que le jeune Adidas m’enfonce bien. Je ne dois pas perdre le fil de mes pensées, autrement il va m’avoir, prendre livraison de mon corps et détruire tous mes remparts. Pas question. Voilà le magasin suédois H&M, la fontaine du Graben. (Ici la vue de l’eau me fait presque jouir trop tôt). Je reviens sur mes pas : Boutique Chanel, vitrine encadrée de noir ; boutique Gucci avec sa vitrine verre et bois, et revoilà Dolce Gabbana. Je peux y aller, maintenant : J’ajuste la queue, le jeune coq n’en croit pas ses yeux. Il ne sait pas que je rentre dans la cathédrale, que je ne suis pas là, seigneur priez pour ma rosace, que le Turc impénitent ne la défonce pas ! Voilà les fiacres de Vienne, toujours en position sur le parvis de la cathédrale, avec leurs couvertures rouges sur le dos des chevaux. « Bonjour madame, que puis-je pour vous ? — Je voudrais voir notre seigneur. — Il n’est pas là en ce moment. — Merci de bien vouloir m’ouvrir. — À votre service, tout le monde vous connait ici. »

Je rentre dans la cathédrale, tout est désert, comme toujours dans l’esprit. Aucun touriste, seules passent ici les ondes du temps et de la mémoire. Je dois trouver l’emplacement sacré pour mon mannequin de cabine, une niche pour le mettre à l’abri avant que l’autre ne décharge. Pas dans le maître autel, c’est trop en vue. Je passe à côté de l’orgue, qui fait semblant de ne pas m’entendre souffler. Ici je vous laisse libre de mettre la musique que vous voulez, mais en vue de jouir plus subtilement je vous conseille Mozart, à l’orgue qu’il aimait tant. Mais je m’égare. Transept. Enregistrement des vitraux avec les rois. Je les imagine me prenant à la queue leu-leu, à la place du Turc. Maintenant je me concentre sur l’oculus, mais je ne vous dirai pas où il est, cherchez-le en haut de votre crâne entre deux poux de dieu. Ensuite je repère mentalement les catacombes. Mon corps est entre ciel et enfer, baisé entre chien et loup ; le poupard monte et descend entre le ciel et la mort, je branche ma tête sur la flèche, je lèche les vitraux, je veux tout nettoyer avec maman avant que les invités n’arrivent. Maintenant je pense à l’oculus et je regarde fixement mon Turc, puis je connecte mentalement l’oculus sur mon trou, c’était fatal. Et voilà, je jouis, j’entends la musique de l’orgue. Pas vous ? Alors essayez la prochaine fois dans le noir avec un Noir.

Je ne tardai pas à ressentir la chaleur du gland à la pointe de l’oriflamme qui a empalé tant de bébés, et je ne pus m’empêcher de penser que j’allais pour la deuxième fois me faire prendre par un Turc. Menace-moi de ton dieu !

 

Mais où donc vais-je placer mon Stockman ? Dans le reliquaire ? Non, il me fait trop penser à un confessionnal, ce reliquaire au bois précieux, avec ses dorures, non, il est comme un coffret, je sens que mon plaisir diminue. Il faut oser, voilà, je déboulonne la statue de la vierge, je mets mon Stockman à sa place. C’est juste, n’a-t-elle pas détrôné Vénus ? Non, ce serait plutôt Isis ? Mais ici c’est moi qui décide. Je revisite en imagination le temple de Vénus, sous Pompée, dimensions 440 X 120 mètres, du moins pour l’emplacement du complexe, si je me souviens bien, et là on trouvait des statues de femmes que visitaient notre homme : de monstrueuses parturientes qui mettaient bas des monstres, des baiseuses ensauvagées qui s’envoyaient des taureaux ; mais aussi de belles femmes dignes des mannequins d’aujourd’hui, disons, des accompagnatrices, et aussi des femmes intelligentes comme la Sapho. Femme allaitante, parturiente, baiseuse, parlante, vous saurez tout de nous sans burnous, c’était quand même autre chose que le mystère de la Vierge qui accouche de Dieu, ou de Mahomet qui monte au ciel. Fissa, Les empereurs romains savaient aussi faire ça. Je veux bien croire à votre mosquée sans faire de problèmes, mais je ne comprends pas à quoi elle me sert, puisque j’ai déjà tendance à décoller. Je ne nie pas qu’il soit possible d’engendrer un divin enfant ou de vivre comme un saint, puisque la vraie vie n’est nullement une affaire de bourse. Jésus lui-même ne saurait être créé, puisqu’il est de l’ordre de l’esprit, et c’est un pote à son père. Mais vous ne pourrez pas faire comprendre ça aux petites gens, qu’un corps n’est pas un corps, et que Jésus ne fait rien comme les autres. Autrement ce ne serait pas intéressant. Mais enfin, c’est votre histoire, et pas la mienne, je trouve que les Romains se portaient mieux, je vous laisse à vos frites. Oui, tous les fantasmes étaient déjà là, dans la tête d’un seul homme. Il était plutôt intéressant, ce Pompée, tout un temple rien que pour moi, gloire à Vénus, et comment donc ! Vous me direz que toutes les femmes ne peuvent pas être mannequin, ni se comparer à moi. Il faut donc des dieux pour les dondons et les bonbonnes. Essayez donc avec Botero, pour voir s’il vous va bien ! Quelque chose de plus commun, qui n’aura pas toutes les qualités pompéiennes. Car une femme comme Marie, qui accouche sans avoir baisé, c’est digne de respect, mais je trouve qu’il lui manque tout de même une expérience, même si elle a été mauvaise pour beaucoup d’entre nous, qui ont choisi pour la semence un connard à vie, au lieu d’attraper par les cornes le taureau du voisin. A la limite même un connard vous empêchera de décoller trop tôt, et de rejoindre notre Seigneur. On s’arrime à ce qu’on peut, car les diplomates de mari comme le mien ne se rencontrent pas tous les jours, qui ne rêve plus que de se détacher de moi. Croyez m’en, si vous tenez à votre amour-propre, évitez les intellos, et au passage d’un imbécile ne manquez pas l’occasion de vous y arrimer, même si le queutard saura bien vous faire payer le coup. J’irais même jusqu’à dire que les abrutis font les meilleurs ancres.

 

Donc je vais déboulonner la Vierge et mettre mon Stockman à sa place ; voilà, c’est fait, je commence à jouir dans l’œil du cyclone, à travers l’oculus le soleil descend jusqu’en moi. Je place la statuette de Bouddha dans le tabernacle, mon mari bande à Bangkok, je referme la petite porte, par laquelle entre et sort la troisième Personne du singulier, comme un gros coucou réveillé tous les dimanches à coup d’hosties consacrées. Aussi le prophète est aspiré par l’oculus à Jérusalem, il monte au ciel en V1. Nous avons depuis eu l’occasion de vérifier sa charge utile. Pourvu qu’il ne me retombe pas dessus, ou quelque part dans le Gange, qui entrerait aussitôt en ébullition.

Chères lectrices, je vous déconseille une telle opération, même dans votre église, ne déboulonnez jamais la statue de la Vierge, car elle risque de vous tomber dessus à bras raccourcis. Laissez aussi le Bouddha au Tibet, à température de conservation ambiante. Je vous prie en outre de noter que j’opère dans le pur vide de l’esprit, n’allez surtout pas me copier réellement dans votre église, car vous seriez aussitôt décapitées. En vérité la cathédrale, c’est moi, et désormais comme le menhir de 2001 mon Stockman remonte à l’origine, et diffuse ma beauté dans toutes les directions de l’espace einsteinien ; j’émets jusque chez vous sur toutes les fréquences. Et puis, si vous faites ça, les méchants Turcs vont venir empaler le poupon de votre crèche, en pleine fête de la nativité. Si vous ne voulez pas avoir de problème pendant que vous essayez de prendre votre pied, mettez plutôt une dondon Botero à la place de la sainte Vierge, vous entrerez ainsi dans le fantasme de votre Monsieur, s’il est maghrébin. Par contre, s’il s’agit d’un esquimau, contentez-vous d’introduire votre nounours dans le tabernacle. Si vous êtes gentille votre petit mari vous la fera voir, et il vous fera savoir quand il va vous faire mal avant de gicler. Suivez le mode d’emploi de la machine, si vous voulez, pour moi c’est un peu plus compliqué que le ramadan. Mais je vous expliquerai plus tard comment j’ai pu faire cela, grâce à un petit entraînement. Comme avec les fakirs et les dompteurs, il faut y aller à petits pas : d’abord un petit minou, beaucoup plus tard les lions. Avant d’avaler un sabre il faut s’entrainer longtemps avec les couleuvres et les lames de rasoir dévitalisées, mais vous pouvez tout aussi bien essayer avec les queues, avant qu’elles ne s’érodent. Si vous y allez plein pot sans entraînement vous risquez de faire exploser votre église, et alors adieu, tout le bon vieux temps qui refoule, votre ville se peuple soudain de zombies qui veulent s’habiller chez Dior. Dès lors vous n’arrêterez plus de vous branler jusqu’à ce que votre mort s’ensuive, amen. Si vous voulez quelques conseils n’hésitez pas, écrivez à notre journal, ça me fera plaisir. En tout cas, moi, j’ai placé mon Stockman là où il faut, c’est comme dans les jeux vidéo, la bonne pièce à la bonne place, et hop, vous changez de niveau, vous n’êtes plus au raz des pâquerettes, au-dessus vous pourrez vous taper James Bond et encore plus haut un performeur du X. Moi je préfère la vraie action, et livrer mon verso au recto de dieu, en passant par votre cathédrale.

 

« Va te faire foutre par Mahomet », dis-je dans un souffle divin, du haut de mon piédestal, afin de ne me faire entendre que de mon Turc. Je mouillais tellement qu’il m’enfila sa hampe jusqu’au fond en faisant crier mon poupon.

« On verra bien, quand tu devras avorter de ton petit Jésus ! » me lança ce beau jeune homme tout crûment, alors même qu’il était tout fier de pouvoir baiser si facilement dans son garage mental une covergirl telle que moi, que l’on n’aperçoit sous le soleil oriental qu’en de prestigieuses revues. J’aime la méchanceté, quand elle rentre si profondément, m’avouai-je alors, presque à me faire peur, pendant que le Kurde maintenant placé derrière me pelotait les seins sans ménagement, et que le jeune me prenait de face et de toutes ses forces, comme pour imprimer son visage jusque dans mon ventre. Rentre en moi ton dieu méchant. Je commençais à transpirer, mais je m’imposai pour challenge de ne pas laisser paraître mon plaisir. Je me dis que d’autant plus fort et longtemps celui-ci me baiserait d’abord, d’autant moins pourrais-je me montrer fière ou pudique par la suite. Une fois salopée sans rémission je deviendrais complètement irresponsable.

« Regarde-moi quand je te baise », dit le jeune, alors qu’il s’arrêtait en moi, afin de bien me faire sentir sa queue. Je tentai de détourner mon attention vers ses pieds bronzés et nerveux, qui avaient quitté leurs Adidas, mais finalement je m’arrêtais sur sa queue, assez blanche, qui ne laissait voir que sa racine. Pour mieux fixer mon attention et me laisser apprécier sa longueur, il la sortit de moi comme d’un fourreau, puis après m’avoir titillée de son gland il rentra de nouveau tout en me regardant d’un petit air goguenard, sachant que je ne pouvais rien dire ni faire contre ça. Curieusement, la preuve manifeste que cet étranger s’installait en moi me faisait perdre toute volonté ; ce qui me plaçait davantage sous les ordres de son chef. Je n’étais même plus certaine de pouvoir cacher mon plaisir à cet homme, et je compris bien trop tard que si je jouissais maintenant, le chef m’aurait humiliée au point que je ne pourrais plus le défier dans son bar. Une fois aussi crûment baisée par le dernier de ses hommes, quelle prétention pourrais-je encore entretenir à son égard ? Pour l’heure l’homme de service m’ordonnait de le regarder, pour qu’il puisse observer les effets que son sexe avait sur moi, comme pour dérider mon image de magazine, pendant que le chef me prouvait par là le peu d’importance que j’avais à ses yeux.

 

Je sentais que la meilleure part de moi répugnait à trouver au fond de mon ventre la chaleur fadasse d’un individu si vulgaire, étranger à tout mon programme, et somme toute commun jusqu’à la nausée, de ceux qui balaient les couloirs du maître, font ses courses, vident les poubelles avant de s’en aller gueuler sur les stades, battent leurs femmes tout en priant dieu, vantent leur pays tout en se vendant en Suisse ; mais justement, il y avait bien longtemps que j’avais fait taire sous les projecteurs la petite Sonia, celle qui, bien avant le mariage, là-bas en Suède avait eu confiance en elle au point de s’aimer simplement. Avais-je désormais d’autre choix que celui de la faire renaître par un profond dégoût, par une répugnance forte jusqu’à l’orgasme, et cela au risque de me haïr ? Pour avoir accès à moi il ne me restait que dégoût et humiliation. S’ils n’étaient pas des sentiments nobles, du moins auraient-ils l’avantage de me toucher au cœur et de me redonner le goût de sentir. De toute façon, me dis-je, la femme ne s’aime pas et s’écœure, voilà qui explique sa pavane sans cœur, et sa fuite devant les hommes créateurs, fragiles et bons. Pour te punir, dieu t’envoie ses salauds.

Je me dis enfin que de tels sentiments dégradants seraient cependant si fortement ressentis par la part de moi la plus close, qu’ils réveilleraient mon stockman définitivement, surtout, surtout s’ils étaient accompagnés de jouissance. Oui, me dis-je alors, seule une profonde humiliation mêlée à l’orgasme pourra me redonner accès à moi, au-delà de tout ce que j’avais espéré des autres et de la vie ; toutes espérances qui avaient fini par me rendre plate et artificielle. À moins que je n’aie été rien d’autre que cela, cette part si bien cachée derrière mes artifices. Ma carrière de mannequin n’avait-elle pas fait que dissimuler un désir premier, né en Suède, de m’anéantir dans le X ? Pour la première fois peut-être, alors que le sexe de l’homme allait et venait en moi, me vint l’idée de changer de carrière. Paie ta dette aux immigrés.

Finalement, me dis-je, en ressentant jusqu’à l’écœurement la première vague de plaisir pris au serpent durci, je ne rechigne peut-être pas tant que cela, à me faire monter par n’importe qui. Au vrai, je m’étais tellement excitée que le Turc commença franchement à avoir raison de moi, au point que pour lui cacher le plaisir qui montait je fus contrainte de fermer les yeux, et de me concentrer sur mon calvaire.

 

Il me travailla tant, que j’en ouvris la bouche, tout haletante, alors que je sentais couler mes glaires. Donne-moi l’hostie. Je fus rapidement poussée au bord de l’orgasme, et ce salaud au lieu de me finir ralentit son rythme, au point que j’espérais qu’il ne me laisse point là. Je fus saisie d’une honte sauvage, lorsque me vint l’irrépressible idée de lui demander de m’achever. Je pensai à Luìs et à notre conversation autour du toréador. La banderille de Mahomet s’enfonce dans mon cœur. Je me sentis vaincue au moment même où l’homme me demandait d’ouvrir les yeux. Que je regarde une dernière fois sa queue, qui allait m’humilier, me marquer, alors que son foutre allait prétendre à mon patrimoine génétique. Il m’aurait bien frustrée, mais était devenu impatient de me prendre, et surtout de s’imposer de façon définitive. Je me souvins alors de mon mari, du temps où nous jouissions ensemble, et mon alliance sembla se nouer autour de mon doigt douloureux. Je suis l’épouse de ton dieu.

 

Je fis de mon mieux pour retenir, atténuer, différer l’orgasme qui me prenait ; mais ma bouche grand ouverte me faisait mal, alors que j’étais violemment pénétrée, pendant que je sentais le sexe chaud de l’autre homme entre mes fesses. Voilà, j’allais jouir, et l’adepte d’Adidas anticipait déjà sa victoire sur mon podium, pendant que le Kurde dans mon dos me promettait déjà une nouvelle performance.

Oui, j’’allais jouir à la face du jeune, sans rien pouvoir lui cacher de moi ; mais il ne faisait pas le fier, bien que manifestement content de lui : sa jouissance ne lui appartenait déjà plus. Non, grâce à ma cathédrale il n’avait pas été maître de sa queue, car l’impression laissée par ma beauté et l’idée de pouvoir souiller une covergirl célèbre l’avaient excité, avaient maintenu son sexe droit, et maintenant allaient le faire jouir prématurément. Tu ne me domines pas. À son tour il ferma les yeux, pendant que je savourais ma victoire, bien qu’ayant joui de lui, bien qu’à présent il déchargeât tout au fond de moi son bouillon oriental. Il y avait donc eu entre nous, sinon une parfaite complicité, du moins une impossibilité à retenir la jouissance, et nos orgueils blessés se conjuguaient avec mon humiliation déçue.

« On ne se branle pas si facilement sur moi », murmurai-je à sa destination. Je le regardai à mon tour bien en face, pendant qu’il achevait de se vider. Cependant, comme j’avais toujours aimé que les hommes jouissent de moi, je ne trouvai aucune raison de ne pas l’accepter d’un Turc. C’est la justice dans le plaisir. Je crois qu’il ne fut pas assez hypocrite pour me laisser entendre qu’il m’avait dominée. Il ne m’avait pas ratée pour autant, et par honnêteté je crus bon de le lui laisser entendre.

 

En voyant le jeune baisser les yeux, alors qu’il venait de me baiser, je connus qu’il éprouvait quelque honte, sans pour autant m’avoir forcée. Je n’avais pas été vraiment conquise, et il ne pouvait prétendre avoir séduit l’égérie de couverture, la star qu’il adorait sans doute en secret, non parce que les photos lui avaient suggéré ce qu’elle était censée faire avec les hommes, mais par sa seule beauté. Peut-être m’avait-il supposée intouchable. L’homme ne jouit d’une image qu’à condition de supposer qu’il en dispose égoïstement. C’était du moins le message contenu dans mes vues polychromes : certes je m’exposais à tous, mais mon corps se destinait à chaque lecteur, en toute intimité, comme si j’étais son amie, déjà emprisonnée par affichage entre les murs de sa chambre ; une amie qui pour quelques heures le détournerait de la solitude, et qu’il ne pouvait s’imaginer en train de baiser avec n’importe qui. Mais, cher lecteur, celui-là était précisément devenu pour moi ce « n’importe qui » depuis si longtemps attendu.

Et voilà que les conditions de bar à putes, dans lesquelles celui-là m’avait baisée, voilà que les manifestations de mon plaisir avaient été exposées aux autres. Il avait donc été déçu par lui-même, bien plus que par moi, incapable de la moindre retenue, avec, pour résultat, que je n’étais plus celle qu’il avait supposé d’abord, à laquelle sa solitude de célibataire avait accordé un certain crédit, et peut-être trop de respect.

Son rêve venait de s’écrouler : même les covergirls sont des putes, et lui-même venait de contribuer à cette douloureuse révélation, comme s’il venait de démontrer le discours commun, qui voudrait que toutes les pinups soient des salopes. Lorsqu’ils se regroupent en Suisse les Turcs disent cela de nous, mais pris à part aucun n’y croie vraiment, car il compte bien se marier ici. Malheureusement nous ne sommes pas disponibles comme ces entraîneuses avec lesquelles on peut toujours négocier une sortie des bas-fonds.

Quant à moi, je me sentais presque désolée de l’avoir déçu, mon Turc, alors que je n’avais rien gagné à son plaisir, pourtant si semblable à celui que m’avait donné Luìs. Mais qu’il me vînt d’un étranger et dans de telles conditions publiques me l’avait rendu digne d’intérêt, ce plaisir, plus piquant, avide que j’avais été de me découvrir toute. Ce qui était nouveau pour moi, plus que le plaisir, c’était ce nouveau visage, ces moustaches, la peau mate, les dents de porcelaine piquée, les cheveux noirs, les joues pleines, le menton affirmé, bref tout ce qui le séparait des blondins appliqués et tranquilles. Bien que je ressentisse quelque réticence à être tripotée dans de telles conditions, je n’en éprouvais pas pour autant une vraie honte. Au fond, je ne me découvrais pas raciste, et n’éprouvais pas même l’humiliation d’avoir été aussi franchement baisée. L’homme à vrai dire ne me répugnait pas ; mes réticences ne provenaient que d’un manque d’habitude dans la fréquentation de ces gens. Par contre, l’idée qu’ils puissent en de telles circonstances m’infliger ce qu’ils n’auraient jamais osé sur leurs femmes, m’excitait à un point que je ne saurais dire, sans doute parce que je ne pouvais plus prévoir ce qui allait m’arriver, livrée comme je l’étais à une culture étrangère.

L’acte sexuel retrouverait peut-être ainsi un lointain mystère, qui m’avait été rendu commun à force de techniques et d’ennuyeuses conventions. Ainsi le fait d’être tombée aux mains des Turcs me permettait d’affronter les hommes comme à la puberté, là où s’était posé le problème d’un organe étranger à mon corps, alors qu’à force d’être regardée avec des envies si fortes je craignais jusque dans mes rêves d’être dévorée. En fait je n’avais jamais compris pourquoi un corps féminin peut être désirable au point que l’on veuille le passer à la broche. Pourquoi donc les hommes ne peuvent-ils pas se contenter de l’admirer pour la seule perfection de ses formes, au lieu de déporter leur intérêt pour cette grotte qui n’ouvre que sur des entrailles humides ?

Quant à la jouissance, je l’avais acceptée plus volontiers, mais sans doute parce que mes premiers hommes ressemblaient à mes camarades de classe, alors que le visage de ce Turc-là détonnait presque douloureusement avec tout ce qui en Suède m’avait été familier. Maintenant voilà que tout était à recommencer, mais le plus simplement du monde.

Le Turc, qui s’était contenté de me regarder, était entré en moi bien plus profondément que sa queue, au point qu’au détriment de ma mère je crus jouir de son seul faciès. À mon tour j’avais accepté qu’il me voie jouir, lui, qui pourtant m’était si étranger, alors que bien des fois j’avais dû demander à mon mari qu’il me retourne, afin de jouir en aparté. J’avais longtemps eu envie de jouir de lui, mais je refusais de me donner à sa vue et d’exposer ainsi mon visage trop affecté. Sans doute par crainte qu’en connaissant toutes mes habitudes il ne puisse lire en moi ce que je pensais de lui pendant l’amour.

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Table des matières
  1. Chapitre 1
  2. Chapitre 2
  3. Chapitre 3
  4. Chapitre 4
  5. Chapitre 5
  6. Chapitre 6
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