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Underground

Par Sonia Traumsen

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 28 juin 2015 à 11h50

Dernière modification : 21 janvier 2021 à 7h24

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Chapitre 3

 

 

Maintenant, allongée nue dans mon lit privé, Luìs endormi à mes côtés, pour ainsi dire déjà dépassé, je récapitule tranquillement les scènes de cette journée décisive, comme pour préparer un défilé. De ma relation avec Luìs dans sa voiture je ne me ressouviens que de mon phantasme envers le Turc, et du regard halluciné du voyeur pendant que je jouissais, les seins offerts au panoptique du pare-brise. Je me dis alors froidement que j’aimerais assez être sodomisée par mon Turc pendant qu’un Suisse me regarderait. Ce qui provoquait mon plaisir c’était cette idée, qu’alors je ne serais plus protégée par l’habitacle de la voiture. Ce que j’avais anticipé avec le Turc était donc bien plus complexe que ce que j’avais imaginé d’abord. Il y avait en lui je ne sais quelle cruauté qui m’exposerait enfin nue au regard des autres, alors que je serais honteusement assaillie par le mauvais côté.

Je finis par m’avouer que la prise de la citadelle impliquerait nécessairement toutes les scènes possibles, car si j’escomptais jouir de l’humiliation je ne devrais assurément pas la subir de mon seul Turc, mais de tout étranger en général, comme si ce singulier bâtard n’était en fait qu’un type universel qui seul me permettrait de jouir pleinement. Je commençais seulement à comprendre, en me remémorant son regard braqué jusqu’au fond de moi, que le Turc ne voulait pas seulement me déshonorer, mais m’humilier en m’exposant à ses coreligionnaires, qui à la différence de notre voyeur anonyme sauraient me mettre à genoux. Contrairement à ce que j’avais d’abord cru pendant que Luìs me branlait dans la voiture, je désirais non seulement être vue par d’autres anonymes, mais par des étrangers, Turcs de préférence, et je me ressouvins de l’exemplaire du magazine dans cette langue, lorsque l’Agence me l’avait fait parvenir. Je sentais déjà que ce méchant voulait me punir pour avoir illustré son Coran.

Oui, d’Istanbul jusqu’à la frontière iranienne, de la mer Noire au Liban, voilà un grand choix de voyeurs, qui enfin ne me verraient plus sur planche glacée ou à travers l’écran blindé de leurs vieux tubes cathodiques. Qu’ils se vengent tous de moi, qui m’estimais morte ; qu’ils me déglacent enfin le cul en déchirant ma belle image, et que je renaisse loin de leur dieu ! Bref, bien au-delà de mon cul je désirais tomber entre leurs griffes. Voilà donc, me dis-je dans un nouveau frisson, ce que je dois accepter de moi. Si je n’y prenais garde le Turc et son organisation auraient raison de mes caprices de femme émancipée, et m’empêcheraient de me servir d’eux. Mais je me dis que je n’étais pas là pour réaliser les désirs d’une vague pinup, qui d’ailleurs ne sont encore rien, comparés à ce que les étrangers voudraient faire de nous. Mais nous sommes trop fières, m’avouai-je, en regardant Luìs lourdement assoupi contre mon flanc comme un angelot de synthèse. Il pouvait dormir tranquille, puisque malgré ses réticences il m’avait appris que le Turc était bien à la tête de cette congrégation dans laquelle il me faudrait entrer, si je voulais étancher ma soif de bazar. Pour cela j’étais prête à sacrifier tous mes cachets, et à prendre le risque de finir en Anatolie centrale.

Grâce à Luìs et au Turc l’acceptation où j’étais désormais, de consentir à être humiliée, m’avait ouverte à des perspectives qui me feraient passer de l’autre côté de mes défilés. Finalement, me dis-je, l’idéal serait de pouvoir me livrer au bon moment, sauter du piédestal comme d’un plongeoir, dans la mer Noire d’avant la Bible. En ce moment, je le sentais bien, il ne me restait presque plus rien à faire pour basculer, juste un peu de courage pour en finir avec le sacré binôme mari/amant, les deux fils de maman. En finir avec le dévergondage facile à la petite semaine, somme toute bien classique, bien cadré, et pour tout dire banalement suisse. Et dire que c’est pour ce genre de plates banalités qu’il faut se démener sans arrêt pour rester libre ! Pauvre orgueil, que celui qui revient à s’exposer dans tous les magazines pour être vue et reconnue par tous, sans être charnellement connue d’aucun. Pourquoi pas, dès lors, ne plus être reconnue par quiconque mais baisée par tous, ou plutôt humiliée par ceux que ma société bien chic estimait être parmi les pires ? Peut-être s’avéreraient-ils, sinon les meilleurs des hommes, du moins les plus intéressants pour servir mon humiliation ? Effacée, voilà ce que je voulais être ; gommée de mes photos, m’évanouir en photons sur l’écran des jours. D’ailleurs je me demandai soudain ce qui me resterait à vivre, si je persistais sur la pente du papier glacé ! Assurément, mieux valait se faire adopter par une autre religion, et plutôt que de finir dans l’orgie commencer par n’être qu’une marchandise.

 

Donc, Luìs dormait à mes côtés, tranquille, sans doute content de lui, ou dégorgé de lui-même, ce qui est tout un : il avait contre ses angoisses les plus secrètes finalement réussi à me baiser selon mon goût. Je venais de jouir : je n’avais par conséquent rien à lui reprocher, mais je me sentais de trop, j’en avais marre de moi et des cycles infinis de ce manège mièvre. Je n’avais fait qu’aider un saint-bernard sexuel, voilà ce que j’étais pour ce nounours consulaire ! Un peu de confiance, et un homme est à vous pour le meilleur et jamais pour le pire.

Il me plaît ; cela, je pouvais le reconnaître sans mauvaise conscience. Il avait cru me posséder pendant près d’une heure, et avait fini par jouir de moi, bien que je lui eusse annoncé en pleine action que je risquais fort de tomber enceinte. Il avait failli débander, mais finalement bien content de jouer à la roulette pour tester son quotient de paternité. Je savais bien que ce nigaud avait toujours voulu m’engrosser, et d’ailleurs je l’avais prévenu, que je baise sans pilule ni capote, mais pas avec n’importe qui, sauf sous condition. Je préférais à la rigueur recevoir les gènes d’un inconnu, plutôt que d’encaisser le foutre des soi-disant amis, qui n’attendent que ça pour crier victoire et faire leur scoop. Je ne savais pas encore, à ce moment-là, que ce qui allait m’arriver comblerait toutes mes espérances.

Vu sous un certain angle le Turc lui-même n’était pas « n’importe qui », et je me soupçonnai soudain d’avoir pris le risque d’être engrossée par Luìs, non seulement parce que mon mari n’avait jamais transformé ma fécondité démontrée, mais parce que sans vouloir me l’avouer j’étais prête à relancer les dés, soudain presque désolée que l’on ne s’intéresse qu’à mon cul. Je ne sais pas pourquoi, mais l’idée de porter un poupard byzantin me donna un plaisir si intense que je faillis jouir. Je me voyais déjà fuyant vers l’Espagne avec Luìs, qui l’adopterait en le croyant de lui. Je pondrai par le cul ton petit jésus.

Voilà qu’à présent je pouvais m’estimer contente de mon lit, sinon heureuse. Mais quoi, me dis-je tout soudain, le bonheur n’est-il pas la dernière des suffisances que prennent les célébrités avant de s’endormir ? Et s’il n’était pas vraiment l’ultime niaiserie, aspirerais-je seulement, moi, Sonia, à ce seul bonheur, voire, à la simple jouissance sexuelle ? Un mari, un amant hidalgo, un Turc sodomite, un voyeur, la reconnaissance et l’argent, bientôt engrossée de la plus triviale manière, n’avais-je pas tout pour moi, en marche arrière ?

Dans la voiture, pour remercier Luìs d’avoir libéré les tensions nouées par cet étranger, je lui avais proposé mes services pour l’aider à jouir à son tour sans trop de travail, mais il avait refusé. Non, il n’était pas homme, m’avait-il déclaré, à se payer une fellation de star en voiture parquée. Ce n’était pas son genre hollywoodien, voilà tout ; on n’a que les goûts que l’on peut malgré les occasions de mariage sans frais. Je lui avais donc promis de le satisfaire en soirée ; et voilà, c’était fait, la nuit s’était avancée et finissait de descendre sur le silence éclairé de Zürich, et sur mon ventre fécond.

Ainsi je ne songeais pas à quitter Luìs, même après le retour de mon Ulysse. D’ailleurs je serais tranquille de ce côté-là pendant quelques semaines. Pourtant, bien malgré moi et pendant que Luìs me baisait je n’avais cessé de penser, sinon à mon mari, du moins à l’autre, ou plutôt à l’humiliation qu’il m’infligerait certainement, si seulement j’osais le rencontrer. En somme, qu’il me sodomise m’intéressait moins que d’être sa chose ; je n’aspirais à être foutue de biais que pour me livrer recta. Pourtant, la petite qui dormait en moi trouvait cette voie toute naturelle, puisque j’avais d’abord imaginé que ma mère m’avait pondue par ce trou-là. Mais au-delà de mon feu arrière je reconnus doucement que j’aimerais assez être torturée selon mes caprices, et pourquoi pas livrée au bon vouloir d’un homme ou de plusieurs professionnels, empaquetée, expédiée à l’étranger à fond de cale, pour un meilleur usage de mon colon. Je dois avouer que les salles de torture du Moyen Age aperçues dans les films m’avaient toujours fait mouiller pour le Moyen-Orient. Décidément, j’avais été construite à l’envers.

Il y en avait sans doute d’autres, des façons plus « économiques » de se faire prendre ; façons que pour l’heure je ne savais pas même imaginer, et c’était bien ce défaut d’image, insidieusement induit par les studios de Mode, qui me poussait à me livrer par le plus simple des moyens, sinon par le canal le plus frayé. Comment diantre être fracturée, autrement que par là ? L’acte sexuel m’était devenu si banal, j’en avais tellement profité sous toutes les reliures sans en tirer le moindre embryon, qu’il m’était devenu presque rien, et surtout ne représentait plus l’ombre d’une effraction pour ma petite personne. Oui da, mon corps aspirait à être fracturé par le petit côté.

Bref, me dis-je alors dans mon délire que je tenais à garder lucide, je n’ai plus besoin de réfléchir (puisque ma décision est prise), ni de me préparer au pire ; mais dans la tranquillité de la ville endormie, non pas imaginer, mais sur l’écran lumineux du plafond à la peau si lisse, décider enfin de ma tenue pour le lendemain, qui n’allait pas tarder à venir.

 

 

 

Commençons par les pieds, pensai-je, en me demandant aussitôt, en cambrant celui de droite, si je devais m’habiller pour séduire, ou simplement pour mieux me présenter. Pour l’heure ces options importaient peu, du moins pour ce qui concernait les chausses : mes sandales liées à la romaine conviendraient parfaitement, et mes pieds seraient ainsi mis en valeur. La gourmette en or tressé liée autour de ma cheville y contribuerait pour beaucoup. Je suis la débauchée romaine, qui attend de pied ferme le courroux de ton dieu jaloux.

Puis : quel pantalon choisir ?

Instinctivement, pour aider ma décision, je saisis délicatement le sexe de Luìs entre mes doigts : couleur chair foncée (ocre, blanc, rouge anglais, un zeste d’outremer). Col rabattu. Gland rouge anglais qui s’accorde comme par un fait exprès avec votre rouge à lèvres Lancôme hydratant longue tenue. Idéal pour une soirée entre amis. Traces de velours pour la gaine. Matière irisée. Couleur corail et capucine, vous pourrez y aller sans que ça choque votre rouge indirectement conseillé. Dans votre voiture, adaptez-le de préférence avec la couleur des sièges. Verge armature rigide 100% polyamide. Revêtement peau naturelle label écolo. Stress-test négatif antiallergique. Je me demande de quelle couleur sera celui de mon Turc. Prévoir le Lancôme dans la boîte à gants. Moi qui ne me maquille qu’en des occasions photographiques ! Ou pour provoquer. À voir, sur mon teint très pâle norvégien avancé, et les cheveux très clairs, malgré leur légère teinture. A moins que je ne choisisse rien du tout, un brillant à lèvres pur éclat de chez Shiseido. S’effacer discrètement mais que ça brille de désir lubrique. Dans ce cas, prévoir aussi dans la voiture le crayon à lèvres lissant. Mais alors ça fera trop subtil, extinction de l’allumeuse, abolition de la chair, montée en puissance de la seule peau au détriment de l’organe. Qu’il devine que je me suis peinte rien que pour lui, ça serait peut-être mieux ? Tout de même, il ne faudrait pas aller jusqu’aux peintures de guerre. Mes lectrices diront que c’est là mon problème, de passer tout d’un coup de la fiche nature au flash fluo. Mais il faut quand même reconnaître qu’une situation comme celle-là ne se présente pas tous les jours. On ne peut pas s’en tirer sans lâcher quelques signaux.

 

Luìs dormait, en bon mousquetaire de Charles Quint, pour autant que je puisse en décider dans la pénombre – mais son sexe enfla. Doucement, en lui permettant de faire mine de ne pas s’en apercevoir je commençai à le branler, tout en fixant le plafond afin d’y projeter le profil de ma tenue. C’était décidé : mes mollets seraient nus, ce qui pratiquement restreignait mon choix pour les pantalons : Pantacourt collant style corsaire imprimés light Jean Paul Gaultier, resserré sous le genou. L’homme m’avait aperçue en jupe : donc le surprendre en m’exposant dans la tenue d’un gentilhomme, en style sexy boyish. Après tout, me dis-je, à quoi bon le séduire par mon seul côté féminin ? D’autant qu’ainsi fringuée son sexe serait réel mais je resterais design. Cela me changerait des grands couturiers, qui admirent les femmes au point d’en tomber jaloux. Fascinés dès les premiers âges par la merveilleuse femelle qu’était leur mère, ils remontent le temps pour frayer avec le corps d’une divinité intouchable. Ce n’est certes pas sous leurs yeux que mon image risquait de se ternir, puisqu’ils ne fantasmaient pas sur moi, mais sur les signes de mon corps. Toutes les pulsions de l’esthète sont en haute couture, dans le grand bazar endormi de la Création.

J’hésitais dans mon choix : Peut-être adopterais-je mon pantacourt dans les tons verts plante easy light, qui se liait juste sous les genoux par une lanière difficile à défaire. Tout de même, bien qu’ils soient collants ils se remontaient facilement, une fois passé le genou. Ainsi mes formes seraient parfaitement mises en valeur, entre la peau nue de mes mollets et la chair bien tenue de mes cuisses. J’hésitais encore cependant avec un autre pantalon, tout en excitant mon futur consul : son bâton maintenant était bien droit. Dans son sommeil supposé Luìs poussa un soupir béat. Dors futile, ta queue m’est bien utile.

 

Je tenais mon style de pantalon, mais pas encore mon type d’homme. Jusqu’où aller dans l’affichage ? J’avais bien celui qui se liait sur le derrière avec une lanière de tissu très doux. Si on le déliait – ce qui pouvait se faire aisément – il me serait facile de montrer puis d’offrir mes fesses comme on propose un vêtement. Quoi de mieux, si je voulais signifier clairement à l’homme mes intentions ? Il lui suffirait d’apercevoir ladite ficelle, pour que le mode d’emploi de mon cul lui paraisse évident. Attifée avec ce pantacourt je n’aurais nul besoin de faire de longs discours. Avec un tel accoutrement il me serait impossible de paraître mijaurée comme sur mes magazines, où de tels pantalons ne se montrent pas pour être défaits, mais plutôt pour que le lecteur songe au cul inaccessible de la pinup. Après tout, personne ne pense à déshabiller une photo – sauf moi, qui voulais que l’on m’ôte mon image. On n’y trouverait sans doute rien, ou plus simplement mon seul derrière, en retournant l’image de mon dieu.

Bien : maintenant que j’étais d’accord pour prendre la chose par le bon côté à ouverture rapide, voilà que se présentaient à mon choix deux pantalons : L’un avait la taille basse ; sur le devant il descendrait pratiquement jusqu’à la raie maritale. Mon nombril et mon ventre seraient parfaitement exposés, et ma chaîne ainsi mise en évidence soulignerait mes hanches bronzées d’un bref trait d’or pur.

Maintenant, me dis-je, tout en estimant la fermeté du sexe de Luìs, oserais-je ce pantalon-ci, avec sa fermeture rouge vif sur le devant ? Ouvrez la boîte à sardine, disait mon pantalon de taille très basse au maquereau. Si je n’enfilais pas de slip il suffirait au premier venu de tirer sur la fermeture pour découvrir mon sexe. L’homme, là aussi, dès qu’il me verrait venir (mais aurais-je le courage d’aller franchement vers lui ?) comprendrait aussitôt mon intention, ou du moins, puisque ça ne serait déjà plus à moi de décider, ce que Lui pourrait en tirer. Oui da, ce pantalon-ci, pensai-je, tout excitée. Aussitôt je mouillai, et j’introduisis le sexe bandé de Luìs. Pour me donner courage je m’efforçais d’aimer cette idée, de prendre son foutre au fond de moi avant de partir, comme on emporte de la menue monnaie pour quelques hasardeuses emplettes, ou un petit casse-croûte dans un havresac à ouvrir seulement sur le chantier. Au moins, pas de bébé dans le dos.

 

Sur mon cul je savais que ce pantalon-ci dégagerait parfaitement ma cambrure, et pire encore. Oui, celui-ci, je le prends, pensai-je avec audace, comme devant la caissière de ma boutique préférée sur Geroldstrasse, tout en enfonçant lentement en moi le sexe de Luìs endormi. Voilà, l’animal s’était à présent éveillé à la place de son maître. Sans me déranger il commença lentement à bouger dans mon terrier. Voilà le bon levier pour tes vitesses.

Un chemisier ? Non. Mon pull léger avec sa fermeture éclair sur le devant, rouge, comme celle du pantalon, avec, écrit en gros caractères sur sa goupille grosse comme une sucette : « PULL ». Vraiment, comme putain, on ne pouvait mieux faire. Mais, puisque je ne valais rien, n’étais-je pas tout le contraire d’une putain ? Je me refusai à approfondir cette idée. Oui, pensai-je alors, il suffira de tirer sur « PULL », pour dégager toute ma poitrine, un peu à la manière dont on déclenche un parachute. Tire-moi, vilain méchant ! Comme mon tricot était léger, pour éviter de prendre froid je porterai mon simili imper, qui me protégera des parasites.

Luìs me baisa doucement sans le vouloir, puis déchargea sans le savoir avant de se rendormir. Ce sera un peu comme s’il m’accompagnait. Il me tourna décidément le dos, sans doute pour que je le laisse tranquille. Mais voilà que j’avais assuré mon choix : ma panoplie était complète. Je me décidais également pour mon sac rouge carmin de chez Fendi, fermoir or, en cuir imprimé Zucchino fleurs, tout luisant comme les écailles des lamproies au clair de lune. Il me faudrait penser à y transférer mes affaires. Mais j’emporterai aussi celui que je portais au bar, quand le Turc m’avait enfin vue. Je déciderai en toute dernière minute. Ça peut toujours servir. Chez moi le choix du sac dépend toujours de l’état de mon ventre. S’ils étaient assez malins les hommes en le détaillant pourraient toujours deviner mes bonnes dispositions.

 

 

 

Je ne parvins plus à me rendormir ; un jour blanc se levait sur le silence froid de ma décision, et je finis par me lever aussi. Aussitôt je me remis à penser aux intentions de l’homme, à ce qu’il allait bien pouvoir tirer de ma nouvelle caisse.

Cette mystérieuse organisation underground, toujours suggérée et à peine entrevue, existait-elle vraiment, ou bien s’était-on moqué de moi ? Non, j’en avais moi-même entendu parler avec certains détails, mais j’avais préféré faire la sourde oreille malgré mes visites obsessionnelles de certaines pages Internet, tout en comprenant à demi-mot le peu que je pus traduire : « Maîtrise du réseau, ramifications internationales, sites migrants, mobilité des filles ». Restait à démontrer par une preuve concrète le lien entre cette même organisation et le Turc aperçu la veille ; découvrir trop tard l’homme qui remporterait le marché.

M’humilier, me dominer, voilà ce que je me répétais sans cesse comme des gros mots, pour mieux les contenir, mais qui sourdaient du fond de moi bien malgré moi. Je ne saurais dire si je les répétais pour en briser le sens, ou pour me convaincre de leur injonction. Ce ne serait qu’un bon début indispensable, et le Turc mon introduction. À moins qu’il ne me fasse pire et ne m’emporte au loin comme un gros lot dans son village natal. Finalement je me dis que ce que je désirais, au fond, c’était de tout subir de la part du Turc mais surtout de ses sbires. La sodomie n’était peut-être qu’une excuse, le symbole rendu concret d’une ouverture définitive de mon corps aux désirs pervers de tous les autres. Mais avant de tout subir il me faudrait n’être plus rien.

Dès l’émission de cet aveu mon café matinal me parut si amer qu’il me fallut y ajouter un demi-sucre. Puis, dans le dressing, je m’aperçus que choisir, choisir ses habits dans la seule tête ne suffit pas pour se livrer, même en regardant le plafond tout en prenant une queue de consul : reste à prendre sur soi pour reprendre courage. Donc me passer ces habits, et cela, sans le soutien des couturières, ni de Luìs. Finalement comme son sexe en moi je m’enfoncerai seule dans le vice pour les besoins de l’enquête ; je ne connaîtrais mes plus profonds secrets qu’à condition de me livrer toujours plus loin, jusqu’à me finir en Asie centrale. Par conséquent il ne s’agissait plus d’un jeu, puisque j’allais risquer ma vie. Il ne s’agissait plus de séduire un homme, mais d’une livraison, d’une capitulation en règle devant le dieu jaloux de l’ennemi oriental.

 

À peine avais-je examiné mes espadrilles romaines, que déjà je sentis les doigts secs du tyran enserrer mes chevilles. Je pensai à des fers rouillés. À des lanières de cuir sali de sang séché et de bouse. Je me refusai à chasser cette pensée. Encore un peu de courage, petite pute, et je sortis les espadrilles de leur logement. Aussitôt je fus obnubilée par leurs lanières. Par mes poignets. Par ma gorge déjà asséchée d’angoisse, toujours liée à mon foulard pourtant aux mains du Turc. Se branlait-il dessus ? S’en essuyait-il la queue ?

Les pantalons, maintenant, me dis-je fermement, pour me distraire de ce délire par la pratique, tout en retenant l’amertume du café dans la bouche. Ma salive devint plus fluide, et je pus enfin déglutir. Malgré la semence de Luìs déjà logée en moi je sentis le désir prendre mon ventre, puis mon cul. Force fut d’admettre que je pensais au sexe vert de l’homme. Et cette voix que je ne connaissais que trop : tu n’as pas honte, ma fille ? – Non, je n’ai pas honte, maman ; non je n’ai plus honte ; c’est du moins ce que je croyais. De toute façon j’avais besoin de cette honte pour jouir de ce côté-là, ou du moins pour amorcer le plaisir. Certes, entre l’envie de conquérir des étrangers et celle de se faire sodomiser par un inconnu, il y a toute la largeur des Dardanelles : voilà qui sans doute expliquait la résurrection raciste de maman. Mais il s’agissait moins de désir que de capitulation violente, voilà ce que je m’efforçais de reconnaître, tout en essayant de convaincre ma chère maquerelle : le vice ne fait rien de mal, après tout. Le mal c’est l’hypocrisie et c’est le foutre que l’on ne veut pas recevoir gentiment. Mais comment faire comprendre ça à maman ? Autant se baser sur le sexe de Luìs pour mieux me réfléchir. Doux miroir, dis-moi la pute que je suis.

 

M’habiller ainsi, voilà qui n’était manifestement pas fait pour séduire mon Turc. Non seulement il se fichait bien de moi, mais à cause de la chaîne que je lui avais abandonnée il était sans doute si assuré de prendre possession de moi, qu’il se contenterait d’ouvrir son paquet-cadeau sur le zinc de son bar.

Le Turc ne faisait certainement pas partie de ces hommes sûrs de leur beauté, à supposer qu’il puisse comprendre ce mot. Il était sûr de lui pour de tout autres raisons, sans doute liées à la structure de son camp qui, je l’espérais à peine, n’était pas celle de la mafia. Sa secte du vice avait dû se construire au fil des hivers, en Anatolie centrale. Sans doute n’éprouvait-il pas même de satisfaction à ce que l’on pouvait à peine appeler ma conquête. Non seulement celle-ci n’était plus à faire, mais on ne pouvait même pas dire que je capitulais devant un homme censé connaître son affaire, comme une femme qui jette bas son orgueil et reconnaît avoir perdu jusque son désir dans le jeu de la séduction. L’autre ne la désire sans doute même pas, mais il va se lancer quand même ; voilà qui déjà présente quelque chose d’humiliant pour elle, qui le désire, ou du moins s’attend à quelque chose de lui : elle ne peut faire autrement que se donner, pour détruire l’indifférence du mâle. Elle a envie de lui, et il va se forcer pour ne pas nuire à sa réputation de séducteur : la femelle doit être montée. Il ne la désire pas, mais il la baisera quand même, un peu comme on achève un travail qui ennuie pourtant. Oui, dans un tel cas je me serais sentie humiliée « d’y aller quand même » ; mais je me dis qu’il suffirait de reconnaître mon désir et de battre ma coulpe d’hypocrite. Ça je sais le faire, pour l’avoir appris par mes exercices de liberté artificielle, avec mon coach et mon psy. Certes je ne l’aimais pas, ce Turc-là, et je désirais la queue plutôt que l’homme ; sa queue en moi comme une expérience de timonerie le long d’une Amazone sauvage. Là je ne fantasmais pas comme dans la voiture de Luìs ; là je ne réfléchissais pas à ma toilette en regardant le plafond lumineux de ma chambre. Non, voilà que j’agissais : j’étais en train de me préparer. Plutôt, je m’harnachais : le sexe de l’homme était déjà à l’horizon de chaque sangle bouclée sur ma peau de bestiasse.

 

 

 

Je n’avais pas passé de slip, après ma douche : par conséquent prends garde que la fermeture sur le devant de la scène ne se prenne dans quelque poil pubien. Derrière, sur le bas des reins, bien attacher les lacets du pantalon, sans toutefois les rendre inextricables. Vérifier le V dans le miroir, que la raie apparaisse bien, bissectrice de l’angle ABC du triangle d’ouverture. C’est parfait. Le cas échéant ce salopard n’aura qu’à défaire mon cul comme un paquet.

Puisqu’il sait y faire, me dis-je, en fixant mon image dans le miroir, il aura droit à Moi. Il y a une justice : certains ne sont pas beaux, mais ils peuvent, là où les mignons osent à peine. Il ne va même pas « essayer », mais ne s’inquiètera pas de savoir s’il bandera bien droit. Je me ressouvins du regard de l’homme : certainement, sa queue était une machine ; il ne doute pas d’elle, ils sont comme des associés confiants. Suis-je une proie ? Même pas. Une victime à exécuter ? Peut-être. Une femme occidentale à rabaisser ? Certainement. Une Suédoise précieuse, un trophée du Nord capable de disputer aux plus belles collections orientales la meilleure pièce ? Sans doute, et tant mieux. Ou tant pis. Tout cela ne valait que pour Lui. Mais pour moi ? Je me dis qu’après tout je ne voulais que banaliser la sodomie, et surtout les effets qu’elle aurait sur mon âme d’égérie. Avais-je secrètement désiré être un garçon à force de Pepsi, comme l’avait suggéré mon psy ? Ou du moins être baisée par l’animal oméga de la meute des filles, pour m’avilir ? Pour détruire mon image de star qui cancérisait mon miroir, ça, je le savais déjà. M’avait seulement manqué le moyen adéquat de résoudre ce problème d’identité. Mais je sentis de nouveau que j’avais envie de tout autre chose, par rapport à quoi la sodomie ne serait qu’une douce pâtisserie.

Il ne s’agissait, me persuadai-je, que d’une dépossession de soi par le cul, d’une prise de pouvoir par l’autre, d’être l’égérie de personne prise par n’importe qui. La particularité de notre homme c’était à l’évidence de représenter ce que j’appelais trivialement un nobody. Esclave du grand capital il se retrouvait privé de corps comme j’avais pu l’être dessert. Ni beau, ni mignon, ni intelligent, ni gentil, mais toutefois rien de banal. En son genre il était unique mais sans danger pour moi, ou du moins pour celle qui craignait les exceptions. Était-il unique à mes yeux, simplement parce que Luìs me l’avait présenté ou révélé ? Peut-être ; mais en le voyant je n’avais fait que m’avouer l’envie d’être montée par un salaud tout ce qu’il y a de plus banal. Je devinais déjà sans vraiment me l’avouer l’infrastructure de l’organisation qui se cachait derrière, et qui par conséquent était fort capable de prendre en charge ma débauche et de mener mon délire jusqu’au terme de sa réalisation. La supposition que l’homme ne s’intéresserait qu’à mon cul me poussait peut-être à vouloir lui démontrer que moi, et moi seule, étais différente de toutes celles qu’il avait eues. Avec un vrai sexe de femme sur le devant, derrière une belle fermeture éclair à toit ouvrant comme la voiture de Luìs ? Peut-être n’oserait-il pas, avec moi, ou bien ne ferait-il que semblant par derrière, pour finalement me prendre classiquement en levrette ?

 

Je regardai la fermeture de mon pantalon. Pourquoi l’avoir choisie si rouge ? Pourquoi aussi voyante ? Ne désirais-je pas, finalement, que l’on me prenne seulement par la voie la plus frayée de ma jolie personne ? À moins que je ne veuille par là tester mon Turc, pour voir s’il allait céder comme tous les autres à mes charmes de mannequin ? Au fond, je ne voulais pas vraiment poser ni lui imposer mes vues ; ne pas utiliser mon statut d’artiste pour me défausser – ou seulement pour voir comment il allait briser mes défenses. Il y avait en moi l’idée qu’il m’essaye de ce côté, un peu comme on enfile un costume dernier cri, seulement pour voir comment ça fait, en pleine steppe.

Pour ce qui est de l’autre entrée je crus comprendre que les goûts sexuels de l’homme, délaissant le côté chic pour répondre à la bête, détruirait certainement mon statut en vogue. Ce n’est pas que la covergirl en moi répugnât à se faire prendre ainsi, mais si l’homme ne considérait que mon cul, que diantre deviendrait la star ? Des culs, me dis-je, il y en a des milliers posés devant leurs sodas sans sucre ; le Turc n’aurait donc qu’à se poster et attendre sur son sofa. Non, voilà ce qu’il voulait : bien que je fusse star, il me démontrerait que pour lui je restais un cul. Côté parvis il me reconnaîtrait comme star, mais par l’entrée des artistes il abolirait ma faconde pour m’installer sur le trottoir comme dans son bar. J’avais beau essayer de chasser cette idée, son côté définitif ne me déplaisait pas vraiment.

 

 

 

Voilà, me revoilà devant le miroir, avec le reflet inversé de la goupille : « PULL », et la fermeture cherra avec mes seins en avalanche ; mes seins, qui seront aussitôt mis à nu et à l’air. Je supposai en effet que l’homme en aurait besoin, au moins pour s’exciter ; à moins qu’il ne soit capable de m’exécuter que par derrière, comme un taureau sur l’arène du vice, d’un seul coup d’un seul, et sans mon aide. Peut-être, me dis-je, que cet homme-là n’a pas besoin de moi pour me mettre. Mais tout de même, au vu de mes seins peut-être ne pourrait-il pas me nier toute, tellement ils avaient été affichés sur tous les posters d’Anatolie.

En ajustant mon pull je me dis qu’il y aurait un avantage à me faire prendre par cet homme : le reste de moi serait libre, à la disposition de Luìs et de mon mari. À chacun son trou, puisque de toute évidence ces pics-là n’étaient pas capables de me mettre, même en s’y mettant à deux. Réciproquement ils n’auraient plus la mainmise sur mon corps ; je pourrais ainsi jouir d’eux jusqu’au bout de la voie naturelle, me livrer totalement sans garder cette impression amère de leur appartenir. Ils pourraient me faire jouir à gogo, sans que je me sente dépendante de leur machine, puisque j’aurais enfin trouvé un autre côté par où jouir et m’enfuir ; côté par lequel tout aussi bien j’appartiendrais à d’autres.

 

Quand je me regardai dans le miroir, enfin prête, « provocante » – mais était-ce encore ici le terme adéquat ? – je me revis en poupée de magazine et je compris soudain toute mon hypocrisie de petite bourgeoise guindée : jusqu’ici je n’avais fait que semblant : de me donner aux lecteurs, de me donner aux photographes ; semblant de me livrer aux hommes. Combien de vaillants chevaliers de tous ordres s’étaient branlés sur mon effigie, en pensant davantage à ma chatte qu’à mon cul, comme si je ne pouvais être représentée que par le bon côté de la médaille médiatique ?

En me regardant dans le miroir avec insistance je repris d’instinct ma pose de magazine, mais radicalement modifiée par le regard supposé de l’autre. Provocante ? Pire encore : cette pose voulait bien dire, voulait bien lui dire : « faites de moi ce que vous voudrez », sans que je sache vraiment quoi, au juste, ou plutôt oui, mais trop précisément pour que ma pensée puisse le soutenir. Mais en avais-je seulement le désir ? Sollicitais-je son désir, en le provoquant ? Ou bien ne voulais-je pas entrer dans cet espace enfin rendu réel, sur une scène où j’avais seulement jusqu’à ce jour feint de monter ? Avais-je seulement pensé une seule fois à ce qu’avait pu provoquer, en Turquie, la parution, ne serait-ce que d’une seule de mes icônes ? Sans compter les traductions plutôt hot de mes interventions à la télé. Combien d’érections ? Combien d’imams n’avais-je pas provoqués dans toute la terre d’Islam, bien persuadée d’être hors d’atteinte de leur vindicte ?

L’homme voudrait donc jouir de moi par vengeance ; l’humiliation qu’il m’infligerait le ferait jouir, et de mon côté j’en aurais bientôt fini avec mon rôle ; je reconnaitrais enfin ma tendance originelle, jusqu’alors bien cachée par mes attitudes provocantes.

 

 

 

Donc je me regardai dans le miroir : pour sauver les apparences j’avais enfilé ce pantalon à cause de sa fermeture éclair disponible sur le devant, comme pour détourner l’attention de mon dernière par un brillant coup de flash. Comme pour signifier que je n’étais pas un garçon manqué, avec lequel ce vengeur penserait à se satisfaire. Puis, de nouveau concentrée sur mon cul : Tu pourras sans doute te servir de mon sexe, salaud, comme pour m’adresser à mes admirateurs, tous concentrés en celui-là, qui seul avait le pouvoir de se venger sur moi au nom des siens. Mes seins, ma chatte : des organes bientôt dépassés par le vice, de bons morceaux utiles à la reproduction de l’espèce, mais obsolètes dans l’atelier du mariage.

J’eus alors la curieuse impression que je commençais à me dégager, non seulement de la nature si généreuse, mais d’une certaine image de la femme moderne que j’avais incarnée jusqu’en Anatolie. Déjà indépendante comme une Vierge dorée, je ne tarderais pas à devenir inaccessible. Pour les femmes une apparition immaculée, pour les hommes une putain respectée. Tout le monde me veut, mais chacun sait qu’il ne peut pas m’avoir. Je suis trop loin, bien que présente sur toutes les images.

Si je me livrais, par contre, je le sentais obscurément, chacun pourrait m’avoir à sa façon, sans que je sache trop comment. Après tout, ce serait leur affaire. Il ne s’agissait pas seulement d’avoir le courage d’être foutue par l’inconnu, mais en prenant le contrôle de mon esprit il pénétrerait si bien mon corps que cela transparaîtrait sur mon effigie. Le Turc exercerait ainsi son monopole sur mon sexe, lui qui n’en voulait même pas. Mon but était donc d’obéir, de me défaire de ma fausse liberté, et surtout de ses contraintes. Déjà je désirais non seulement la sodomie, et ainsi déchirer ma chaste image de star, mais surtout que le Turc me recommande, qu’il commande avec qui je baiserai, qu’il gère et digère ma valeur marchande, qu’il encode mes désirs et pulsions. S’il me demandait de ne plus baiser avec mon mari, aurais-je le courage de lui obéir, ou la volonté de lui désobéir ? Il me poserait sans doute des conditions et, s’il utilisait ma chatte à d’autres fins que sa destination, que deviendrait ma relation avec mon mari et Luìs ?

 

Voilà, ce Turc avait l’air d’un proxénète, alors que je n’étais même pas putain : je pouvais me payer ses services, et il déciderait pour moi avec quels hommes je devrais aller. Il délivrerait aux autres le permis de baiser, alors que lui-même n’accorderait aucune valeur à ma chatte. J’avais pris à la lettre les paroles de Luìs, et je n’avais aucune raison d’en douter : cet homme ne s’intéressait qu’à mon cul, mais de mon côté j’avais envie qu’il me trafique, ou qu’il m’installe dans son trafic. Inutile, par conséquent, de tenter de le séduire ou de le provoquer : une fois satisfait il ne m’abandonnerait pas, puisque sa mentalité de proxénète considérerait mon corps comme une valeur marchande, sans toutefois éprouver le besoin d’en tirer profit, puisque j’étais prête à payer pour les autres. Mais peut-être se paierait-il avec ma simple humiliation ?

Enfin, en vérifiant dans le miroir le bon fonctionnement de la fermeture du pantalon et sa parfaite correspondance avec mon ouverture, je finis par admettre que même si mon sexe n’était pas un objet de désir pour notre homme, même si je ne pouvais pas m’en servir pour avoir raison de lui, oui, il pourrait l’utiliser à sa guise. Puis les autres s’en serviraient comme lui. Cette hypothèse me plut assez pour que me vienne cette pensée, de ne lui laisser disposer de mon sexe qu’à la condition qu’il m’encule. Étrange pensée, puisqu’il saurait bien me forcer. Mais je devais définir, avant même de me présenter, quelle serait la fonction de cette fermeture éclair si rouge, qui cacherait ou proposerait un sexe qui n’intéressait pas notre homme. M’humilier par derrière, voilà qui lui serait relativement facile ; par contre je devais lui signifier que cette belle fermeture sur mon pantalon si moulant n’était pas là pour corrompre son caractère, mais pour que ce monsieur sorte un instant de son état brut et réfléchisse au moyen de m’humilier par devant.

Cette dernière pensée m’apparut capitale : avant même de me présenter je devrais me rendre claire la signification de cette fermeture rouge, visiblement couplée à la goupille « PULL » sur mon corsage, afin que le Turc puisse décoder sans mode d’emploi l’usage de mes vêtements. Il ne s’agissait visiblement pas d’un parachute ou d’un airbag. Pas davantage d’un samovar ou d’une cage à oiseaux. Bref c’est ainsi que je pensais résoudre le problème que me posait mon manque de courage. Si je m’y prenais bien il me prendrait aussitôt, et il ne me resterait plus qu’à le subir avant d’être vendue sur le marché. Qu’il puisse se servir de moi comme d’une putain ne me gênait pas moralement, mais il ne devrait s’agir là que d’un moyen de m’humilier, parmi tous les autres possibles, avant de me réduire à rien. Au fond je me dis que mon cul n’était qu’un passage obligé. Je ne devais donc pas laisser entendre que je venais là pour qu’on me vende, car le Turc devrait prendre seule cette décision. Pour l’heure ni lui ni moi n’avions grand-chose à gagner de ce côté-là, puisque j’avais tous les moyens nécessaires à ma corruption temporaire. Bref mes seins et ma chatte devraient se présenter en faisant en sorte qu’il comprenne que je ne voulais pas en faire les objets de son désir, mais les soldats de mon humiliation. Voilà qui n’est pas si facile, me dis-je, de me présenter ainsi, car jusqu’alors ces artifices affriolants n’avaient pas eu cette fonction, ou si peu ; ils n’avaient été qu’un pigment pour allumer la simulation de mon vice.

En fait dans mon métier je n’avais appris qu’à simuler mes vices pour exciter les hommes. Bien fait pour toi, te voilà contrainte à l’humiliation, ma pauvre fille. Mais je n’avais sans doute pas d’autre solution, si je voulais sortir de l’impasse où le chic de mon métier m’avait fourvoyée, avec le fric qui avait ridiculisé mes amours.

Chapitre suivant : Chapitre 4

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Table des matières
  1. Chapitre 1
  2. Chapitre 2
  3. Chapitre 3
  4. Chapitre 4
  5. Chapitre 5
  6. Chapitre 6
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