Atramenta

Retour à l'accueil Atramenta

Underground

Par Sonia Traumsen

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 28 juin 2015 à 11h50

Dernière modification : 10 janvier 2021 à 9h16

Vous êtes en mode "plein écran". Lire en mode normal (façon ereader)

Chapitre 2

 

 

Pendant que nous nous éloignions du bar pour rejoindre la voiture de Luìs, qui devait aller chercher quelques effets en vue de s’installer provisoirement chez moi à la barbe de mon bouddha, le regard de mon stambouliote ou du moins son souvenir faisait des ravages dans mon corps astral. Malgré l’eau gazeuse que j’avais consommée ma langue était sèche, alors que mon sexe était en eau. Quant à mon cul, il était pris de spasmes plutôt agréables, comme si je m’apprêtais pour. Mais non, je n’avais rien à faire de ce côté-là. Mes tétons étaient douloureux, comme transpercés, et Luìs avait déjà remarqué qu’ils pointaient à travers le fin tissu du chemisier. Mon ventre était si troublé que je devins rouge de honte, pendant que mes poignets me semblaient serrés si forts que je faillis grimacer. Assurément, quelque chose me tenait, on me mettait aux fers, j’étais dans une sale galère, Vienne était en feu et je me retrouvais à fond de cale avec les rats. Sans m’expliquer pourquoi, pour retrouver ma voiture je tendis le cou vers le rétroviseur virtuel comme dans un photomaton, dans l’attente du déclic qui me couperait la tête. Aussitôt la sensation douloureuse sur mes poignets descendit jusqu’aux mollets, puis se fixa aux chevilles, et je me vis déjà tirer sur le démarreur pour aller rejoindre mon malheur. Oui, tout mon corps s’enferrait tout seul avant d’être livré en Turquie, et de mon côté je ne voulais plus être responsable de ce qui lui arriverait. Après tout, ne me l’avait-on pas imposé, ce corps ? Je n’en étais que l’hôtesse sous les yeux des autres, et jusqu’à ce jour il n’avait fait que me rapporter beaucoup d’argent sans m’apporter un grand plaisir. Il fallait vraiment que je m’en débarrasse par un acte irréversible qui du même coup jetterait à la poubelle mon mari et mon amant. Pour l’heure, dans l’attente de me retrouver entière et confortablement assise dans la belle voiture immobile de Luìs, je craignais ses reproches tout en regrettant qu’il ne me jette pas dans son coffre ; mais en me voyant soucieuse il se tut, et mon sexe se décontracta.

De fait je venais d’accepter ce que mon corps réclamait depuis trop longtemps, et force fut de reconnaître que la sodomie n’était pas mon seul désir. Je commençais à croire que ce n’était là qu’une porte d’entrée vers l’underground, où je pourrais enfin tout subir sans avoir à demander. Voilà bien la seule façon qui m’était offerte de dire carrément oui. Puisque j’avais mené mon enquête et que l’occasion se présentait, je ne devais pas passer outre, vu que j’avais déjà fait le premier pas à la barbe de Luìs, qui me croyait simplement tracassée par des fantasmes. Le pauvre ne savait pas qu’en ayant cédé mon corps avec la revue j’avais déjà vendu mon âme au Turc, qui en décortiquant mon effigie devait me trouver bien folle ou très courageuse. Mais que peut le courage sans un grain de folie, surtout si le plus difficile consiste à passer sous le pont de Galata pour s’enfoncer dans le Bosphore ? Je me dis qu’une fois mon sort accepté il ne me resterait plus qu’à me laisser faire, de sorte que mon courage serait ramassé en un seul coup. Une fois que je serais passée pour une salope aux yeux des Turcs, tout le reste devrait s’ensuivre rapidement et plutôt facilement. Assurément il y avait là un risque de mort violente, mais c’était le prix à payer pour sortir de ma vie.

Je regardais tranquillement Luìs, afin de me calmer, et je me dis que décidément les hommes se font toujours des idées en voyant un minois songeur, pendant que la chérie contrôle et calcule. Ainsi mon Luìs devait encore téter sa mère en pensant à moi, pendant que je voulais être sucée par d’autres. Malgré mes défilés de mode que je me remémorais pour me rassurer, c’était encore le fantôme du Turc qui me filait le train à travers la revue que je lui avais offerte en sacrifice. J’avais l’impression qu’en remontant les pages ses mains passaient sous la dernière robe que j’avais portée, et plus loin encore, jusqu’à l’aube de ma carrière à Stockholm, comme si depuis ce jour je n’avais défilé que pour Lui. Désormais je ne pourrais plus lutter contre les Turcs qui assiégeaient le bastion de mon cul, puisque je m’étais laissé deviner, comme si je venais de faire là le plus grand aveu de ma vie. Pendant que mon mari méditait sur Bouddha, en laissant tomber ma chaîne j’avais cédé tout l’or du Christ à Mohamed.

 

En fait malgré mon apparente détermination j’étais atrocement préoccupée par la décision que je devrais prendre avant le retour de mon Charlie. Je ne comptais pas sur Luìs pour m’aider à la prendre, cette décision, ni vraiment pour me redonner courage, mais sa présence m’aidait à maintenir mon discours, car contrairement à bien des femmes je ne me parle jamais à voix haute à travers le miroir du lavabo. Ce n’est que grâce à Luìs je pouvais me permettre le luxe de rester intellectuelle en me réfléchissant sur son amour. J’avais donc besoin d’un homme susceptible de me comprendre, car une femme m’aurait immédiatement jugée. Quand ils ne parviennent pas vraiment à leur fin les hommes entrent dans les confidences comme en religion, à moins qu’ils ne tournent les talons devant l’autel. Mais Luìs devait se dire non sans raison que ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre une Sonia comme ça. Après avoir fouillé tout Zürich, Rome, Paris, Berlin et jusqu’à New-York, il avait dû se rendre à l’évidence : la perle était baroque et sans défaut majeur. Cependant je ne me sentais pas trop gênée de profiter de ses bons sentiments à mon égard, du moins selon mon égoïste point de vue, puisque j’avais beaucoup d’affection pour lui et qu’il me plaisait tout de même au point de lui abandonner mon lit. Je ne voulais donc pas le sacrifier sur l’autel du nouveau dieu, sans toutefois risquer de perdre la trace de mon Turc pour les beaux yeux d’un simple hidalgo.

Si Luìs me servait bien de miroir, et ainsi m’aidait à réfléchir une hypothétique pénétration, sans ma rencontre avec le Turc il n’aurait eu aucune chance de son côté. Au vrai, bien que Luìs lui fût redevable, je me sentais toujours coupable de ne pas lui avoir donné l’occasion de profiter sainement de moi. J’y avais bien pensé lors de mon dernier grand défilé de printemps, mais j’avais préféré attendre d’être en chaleur pour honorer son foutre. Or voici que je grimpais vers le pic de fièvre, prête à me faire prendre par le premier puma. Mais malgré cela je ne parvenais pas à me sentir redevable envers Luìs, sans doute à cause de sa naïveté. En fait je ne voulais pas de ses attentions bourgeoises, qui valaient bien celles de mon mari. Je n’aspirais plus qu’à me faire engrosser en pleine humiliation, et ainsi tromper ma nature tout en priant Jésus. Mon air soucieux que Luìs prenait tant à cœur ne provenait en fait que de ma difficulté à assimiler ces pensées retorses, qui seules me permettraient de me rapprocher dangereusement de moi, plutôt que de briller aux yeux des autres.

Je crois pouvoir affirmer que Luìs m’aimait chrétiennement, comme une œuvre de Michel Ange ou de Jean-Sébastien Bach, et en bon aristocrate hispanique il me souhaitait un divorce en règle, afin de profiter sainement de moi. Je devais donc avoir à ses yeux quelques attraits, et il me plaisait de penser que ce qui pour moi et bien d’autres n’était que vice, pouvait de son point de vue appartenir à ces mystérieuses qualités qui gratifient une personne simplement parce qu’elle est aimée. Je me dis que l’amour n’est pas seulement aveugle ; il transforme tout vice en caractère mystique, à condition de faire preuve de beauté, qui pour moi avait été largement démontrée par mon franc succès de modèle. Mais pendant que je livrais mon corps aux couturières mes pensées avaient fini par descendre au fond de moi, sans grand espoir de remonter jamais au grand jour matrimonial.

La seule façon de produire une vraie pensée restait encore de m’expérimenter. J’avais toujours suspecté les animaux de penser plus loin que moi, puisqu’ils vivaient sans artifice, mais avec de si belles parures que j’avais souvent rêvé de voir mon reflet emplumé de rouge et bleu. Je m’imaginais en oiseau de feu, qui partirait enfin pour sa jungle natale. Je voulais oublier toute les langueurs héritées de mes robes, et je me dis que sans la présence suspecte de l’animale toute ma chair si appétissante ne vaudrait même pas une cuisse de poulet. Mais pour en arriver là il me restait beaucoup à faire, et j’avais tout intérêt à me faire secouer.

A force de regarder mes jambes dans le miroir je n’y vis plus qu’une autruche qui n’avait nulle envie de pondre un chiard pour que son idiot de mari se pavane à frais couverts dans les basses-cours extrême-orientales. Bref je me sentais vide, mais j’avais envie d’être mangée. En effet je me voyais mal prendre soin de mon esthétique, pendant que mon cher mari pourrait se vanter d’avoir engrossé sa petite star en un tournemain, ce qui ne l’empêcherait pas pour autant de faire le pan à Bangkok. Bien au contraire, car il tiendrait avec moi la preuve de sa fertilité, malgré sa virilité toute approximative. Somme toute, mon corps embalconné lui donnerait bien plus de jus sur son compte d’intellectuel actif, et ferait grimper sa cote auprès des prétentieuses qui affichaient leur Nirvana. Ah ! si Bangkok m’avais été conté, je serais bien sûre de quitter Zürich, mais les apparences étant contre moi j’avais décidé de m’y enterrer.

 

 

 

« Luìs, dis-moi, je suis en train de réfléchir à un problème, à propos du vice et de l’amour.

— Ça ne m’étonne pas, Sonia. D’ailleurs, je me demande quand donc t’arrêteras-tu de réfléchir à des propos aussi scabreux ! »

Sans même le savoir Luìs approchait la vérité, puisque je n’avais plus envie de réfléchir mais de fléchir. Mais comme il désirait me voir entrer dans le genre de ses bénignes espagnoles qui vont s’agenouiller devant l’autel tout en donnant leur cul dans la sacristie, je n’avais guère envie de lui céder le mien. D’ailleurs il ne saurait même pas apprécier son cadeau, puisqu’il m’était soumis comme un amant transi devant une mante irrévérente. Il avait beau me prier, jamais je n’apparaîtrais pour lui dans son délire de Fatima ; bien au contraire, à force d’insister il me poussait vers un foutu bordel, car je n’avais plus un seul homme à qui me fier. Reste qu’en attendant je m’adonnais à cet exercice, de fantasmer librement sur mon cul tout en parlant, et je trouvais exquise la sensation que m’apportait cette liberté. Dès lors je fis un pas de plus, en anticipant le moment où je me ferais prendre par derrière tout en pensant à Luìs, ou plus exactement à ce qu’il devait penser de moi. Une fois bien assise dans sa voiture je penserais au moment où je me ferais prendre par le Turc en pensant aux pensées de Luìs, de sorte que mon corps tournerait en rond et reviendrait sans cesse à la voiture immobile qui brillait sous le soleil de midi. Ainsi j’adorais sentir que tout ce qu’il pensait à mon sujet était faux, et je m’efforçais de me représenter l’image qu’il se faisait mal à propos dans sa belle tête, image derrière laquelle je me réfugierais assurément. Alors qu’il imaginerait mon âme monter toute droite sur tous les podium du monde connu, mon corps tomberait entre les mains des inconnus dans le plus caché des undergrounds.

« Oui », dis-je alors, tout en maintenant ferme le sexe du Turc déjà bandé en moi, « je suis au courant des inconvénients que te procurent mes propos, mais pour nos enfants il te faudra attendre quelques tours ». J’imaginais alors mon Turc bien bandé, que je voyais déjà en train de jubiler en baissant ma culotte, et soudain ma langue se brancha sur la queue qui me prenait : « Voilà : admettons, par exemple, que toi, Luìs, tu aimes Sonia.

— Toi, en l’occurrence.

— Admettons que ce soit moi ; ce n’est pas important, supposons donc que tu m’aimes.

— Bon. Mais voilà que tu recommences avec tes raisonnements.

— Oui, je te demande pardon, mais, de toute façon, tu as déjà aimé quelqu’un, à part ta chienne ? Une femme, je suppose ?

— Oui, Sonia.

— Bien, tu m’aimes, et moi de mon côté disons que j’ai envie d’être humiliée. Ça fait partie de mes exigences, si je veux jouir.

— C’est-à-dire ?

— Humiliée, salie sexuellement. Tu vois, ça ne devrait pas être si difficile pour toi, qui voudrais bien m’engrosser.

— Admettons. »

Pendant que je parlais librement, du moins en apparence, Luìs me regardait en coin, et faisait semblant de garder son calme, profitant du fait que pour l’instant je ne lui demandais que de jouer le rôle du confident sans confiserie. Mais je savais tout aussi bien qu’il profitait de mes questions pour tester l’amour qu’il éprouvait pour moi, et me projeter avec un poupard suédois sur un fond d’avenir espagnol. Pour le moins devait-il constater que je ne manquais pas de courage, à moins qu’il ne s’agisse de ma part que d’un manque de tact, voire d’une certaine vulgarité, qui toutefois dans ces conditions ne manque jamais de charme. Mais de là à susciter l’amour et engendrer une petite famille aragonaise, il y a loin.

 

Je me demandai soudain, à sa façon de me regarder, s’il avait deviné mon désir de me faire engrosser par le dernier des stambouliotes. Cet idiot hispanique en était resté à mon aveu de me faire sodomiser, qu’il avait pris pour une confidence de fanatique. Il avait mis définitivement sur le compte de mes faiblesses ce qu’il croyait n’être qu’un fantasme, et se proposait de me guérir de cette insidieuse maladie. Plus tôt j’en parlerais en toute sincérité, et plus vite il débouterait mon envie de passer à l’action. On trouverait bien un antibiotique contre cette maladie vénérienne, et notre relation matrimoniale une fois débarrassée de ses parasites pourrait enfin reprendre son rêve au long cours jusqu’en Argentine, où ce doux monsieur visait un poste d’ambassadeur sans se soucier le moins du monde de mes défilés. De fait j’étais surbookée sous de tout autres latitudes, même si Buenos Aires était en vogue cette année-là. J’irais le voir juste en passant, le temps de faire un petit coucou aux bébés phoques afin de tirer quelques idées au clair. Pour sûr, ce salopard aurait bien voulu m’engrosser vite fait entre deux défilés dans ses eaux territoriales, de sorte que si j’allais y faire un petit tour je m’apercevrais comme c’est bien. Pour l’instant nous n’en étions qu’aux confidences, qui avaient été pour moi une condition à notre relation : qu’il fasse de moi tout ce qu’il voudrait, pourvu qu’il entende toujours ce que j’aurais à dire. Il faut dire qu’à l’époque je n’avais pas encore compris qu’écouter ne coûte rien, et encore moins si l’on ne fait que semblant. Je crois qu’au fond Luìs se montrait compatissant, lui qui croyait innocemment qu’à force de parler je finirais bien par ne rien faire, alors qu’en fait je ne faisais que le tester pour qu’il m’aide sans le vouloir à plonger mon corps dans un torrent de boue. Il faut dire que je me voyais mal supporter seule l’obsession qui s’était emparée de moi, et même si en parler ne me soulageait pas, cela m’aidait à mettre la scène au point, car ce qui s’énonce clairement se conçoit assurément, et les actes pour le faire se profilent aisément. Reste que j’avais beau m’imaginer en chemin vers le Turc, je ne savais toujours pas comment m’y prendre avec lui, le jour où ça se passerait.

« Bien », dis-je, en ajustant fermement la queue du Turc dans mon vagin, et en visualisant le flux de sperme, « tu sais combien je suis bizarre, Luìs ; disons que c’est aussi pour cela que tu m’aimes. Si je n’étais que belle, comme tant d’autres tu te contenterais de m’admirer ; et si je n’étais qu’intelligente tu ne trouverais sans doute rien d’original à cela, car les professeures d’université que tu fréquentes le sont davantage, du moins à leur façon, et parfois sont plus que jolies. Certaines, s’il est vrai qu’elles ne sauraient prétendre être plus belles que moi, pourraient au moins concurrencer quelques mannequins de Monsieur & Madame.

— Bref, tu es belle, intelligente et bizarre, Sonia. »

 

Pendant qu’il parlait, malgré tous mes efforts je ne pus m’empêcher de penser au premier des sbires qui me prendrait, car manifestement le Turc ne serait pas seul. Plus je parlais avec fermeté, tout en me moquant d’être entendue, plus je me décidais au pire. Je jouissais déjà, rien qu’à l’idée de tout me payer décidément, de saloper ma belle intelligence et de me faire battre comme un tapis sur le bazar. Mon métier qui avait été la cause de mes frustrations allait devenir celle de ma dépravation. J’aurais beau faire, même sans travailler et en passant tout mon temps chez les Turcs je ne pourrais guère m’empêcher de m’enrichir, et par conséquent d’exiger pour moi le meilleur des autres. Je n’espérais plus qu’une seule chose en guise de mariage : que cette fichue Organisation soit à la hauteur de mes mensurations.

« Admettons, Luìs, que parmi mes bizarreries, certaines soient, disons, la cause de ton amour, pendant que d’autres te déplaisent, et que d’autres encore te répugnent au point que tu ne voudrais pas les soupçonner chez la mère de tes enfants. Disons que tu supportes ces dernières qualités parce que tu m’aimes, que nous ne sommes pas mariés, et surtout parce que l’on ne peut pas vraiment retrancher d’une femme certaines parts, comme on le ferait d’un gâteau.

— Va droit au but, Sonia ; je te vois venir !

— Oui : est-ce que par exemple toi, Luìs, qui m’aime… est-ce que tu accepterais de m’humilier ?

— Mais voyons, Sonia, comment pourrait-on vouloir ne serait-ce qu’en pensée humilier une femme que l’on aime, surtout une femme comme toi ? En outre, si je le faisais – je dis bien : admettons que je puisse le faire – ce ne serait que par amour, ou parce que ça te plaît ; par conséquent n’étant pas contrainte tu ne pourrais te sentir humiliée, bien consciente que tu serais de mes motifs. »

Je ne pouvais empêcher ma pensée de rester bloquée sur le compliment : « une femme comme toi ». Tout comme des gros mots j’en avais plein la bouche. Cela me semblait presque insultant, à force d’avoir été banal, et pourtant Luìs s’égayait en disant ça. Par contre pour le Turc je ne devais même pas être une femme et moins qu’un homme, mais cela me fascinait comme une bête.

« Si seulement tu pouvais être un autre, Luìs !

— Elle est bonne celle-là ! Luìs est un psychopathe qui aime Sonia ; il est coupé en deux, le pauvre ; mais comme Sonia aime à être humiliée, la voilà qui se prend à l’aimer pour ce qu’il est, de sorte qu’il ne peut plus vraiment la salir !

— Oui, Luìs, disons que de façon générale je pourrais avoir envie d’être humiliée par un homme, par conséquent par toi aussi ; mais non parce que tu es l’homme qui m’aime, puisque je ne reconnaîtrais aucune humiliation dans tes manières, et par conséquent je ne saurais en tirer aucun plaisir. En conséquence tu me frustrerais, et tu aurais à craindre de ne plus être aimé de moi.

— Oui, Sonia ; encore que je ne comprenne pas que l’on puisse prendre du plaisir à être humiliée.

— Ce n’est pas la question, Luìs. Disons que cela ferait partie des bizarreries de ta Sonia. Or, par hypothèse, Luìs aime Sonia. Il accepte sa bizarrerie, parce qu’elle est, disons, la signature de Sonia, ce qui la rend si particulière, et pour tout dire remarquable malgré sa beauté. Voilà ce qu’il faut prendre en considération, si du moins on prétend la tenir.

— Oui, je crois comprendre ce que tu veux dire ; disons que tu me mets à l’épreuve des mauvais coups.

— Non, Luìs, ne te place pas au centre du monde ; j’essaie de comprendre, voilà tout, et je te remercie de m’y aider.

— C’est ça ! T’aider à comprendre ton vice, afin de mieux le cerner, et ainsi de te mettre en passe d’aboutir. Si tu crois que je n’ai pas vu ta manœuvre !

— Reprenons, Luìs : un homme qui m’aime ne pourrait pas m’humilier ; mais, s’il m’aime, il ne saurait négliger ni mon plaisir, ni mon bien-être. Supposons donc que toi, Luìs, tu m’aimes : seul mon plaisir devrait t’importer, et non sa cause ; mon plaisir, et non cette bizarrerie qui l’engendre et qui te déplaît, si ce n’était, disons, cette Sonia qui se cache dans cette bizarrerie, et que tu t’évertues à déterrer.

— Admettons. 

— Donc, Luìs, puisque tu prétends m’aimer et que tu ne peux pas m’humilier, en toute logique tu devrais en venir à cette conclusion, que je devrais tirer ce plaisir-là d’un autre, duquel cependant tu ne saurais être jaloux. Ou bien il te resterait à ne pas m’aimer pendant que tu me ferais ça. D’autant que pour m’avilir il te faudrait de surcroît me détester, ou me voir obéir à des commandements peu catholiques.

— Voilà qui est impossible, du moins pour moi, Sonia, disons, en admettant que je t’aime.

— Si tu ne m’aimais pas, te sentirais-tu capable de m’infliger ça ?

— Je ne sais pas, Sonia ; je pense que c’est une question de puissance sexuelle, ou d’une capacité à transformer la haine en une sorte de détestation appliquée…

— Je préfère donc en déduire, Luìs, que tu m’aimes, et puisque tu m’aimes il te faudra non seulement admettre mon vice, mais aussi m’aider à l’assouvir en toute indépendance.

— Pas question, Sonia ! Le mieux serait encore que je n’en sache rien, et ce fut déjà une erreur de ta part, que de m’en parler. Je commence seulement à comprendre pourquoi tu t’intéressais tant à cette organisation underground ! »

Cet éclair d’intelligence qui brillait dans un ciel si clair faillit me surprendre, mais je feignis de ne pas avoir relevé son insinuation.

« Mais si tu m’aimes, Luìs, il te faudra me connaître ; en outre, je ne voudrais pas que tu me prennes pour celle que je ne suis pas.

— Sonia, rassure-moi, tu ne vas tout de même pas te faire sodomiser par ce salaud ? »

Je voulus lui répondre qu’il ne s’agissait là que de prémices, voire d’une finalité parmi bien d’autres, ou encore d’une obsession qui feignait le pire pour me permettre l’agréable. Mais il ne me comprendrait pas, ou feindrait de ne pas comprendre pour me cacher qu’il n’y entendait rien. En l’écoutant claironner ses lieux communs j’avais de plus en plus envie de tout me payer sans vergogne avec les pauvres, y compris sa tête.

« Au moins, Lui, n’a pas envie de m’engrosser », rappelai-je à ce lourdaud, en plaisantant gentiment à propos de notre Turc, tout en le regardant de biais avec mon air entendu. Il baissa timidement les yeux sous la force de mon insinuation.

En fait, il venait innocemment de m’aider à prendre ma décision : restait à savoir si je devais lui en faire part ou, pire encore, si j’allais pouvoir l’amener jusqu’à ma débauche, ne serait-ce que pour tester l’amour qu’il prétendait éprouver pour moi. Je ne pus m’empêcher d’imaginer la tête que ferait Luìs, si par un cruel hasard ou je ne sais quelle manigance il me voyait en train de me faire salement monter par ces pauvres qu’il méprisait en secret. Puis je me dis calmement que je ne l’aimais pas vraiment, puisque je ne faisais confiance qu’à mon cul. Le danger t’excite plus que l’amour.

« Dis-donc, Luìs, une femme qui t’aimerait, par exemple moi, Sonia, trouverais-tu normal qu’elle éprouve le désir de t’appartenir ?

— Je ne sais pas ce que tu entends par là.

— Que tu puisses lui commander de faire n’importe quoi, sans qu’elle rechigne ?

— Sexuellement ?

— Oui, par exemple, pour commencer.

— Je suppose que oui.

— Ce serait alors une preuve qu’elle t’aime, Luìs ?

— Une preuve qui n’est pas nécessaire, cependant.

— Mais si ce dont nous avons parlé, elle le faisait avec un autre, ce serait alors, pour toi, la preuve qu’elle ne t’aime pas ?

— Le ferait-elle seulement avec l’autre, et pas avec moi ?

— Certainement, car comment pourrais-je être tirée par deux laisses à la fois ?

— Alors non, je ne l’aimerais plus, cette Sonia.

— Disons que, si elle appartenait à un autre, cette chienne-là, toi, Luìs, tu ne l’aimerais pas, mais ça ne serait pas la preuve qu’elle ne t’aime pas, du moins à sa façon ! Donc nous pouvons dire, mon cher, que cet homme, appelons-le Luìs, consentirait à ce que cette femme, disons, Sonia, soit humiliée par un autre. Il l’aura donc perdue, alors qu’elle l’aime peut-être encore.

— À moins, Sonia, que cette femme soit humiliée par un autre, mais sans lui appartenir vraiment. Ainsi l’homme qui l’aime ne la posséderait sans doute pas davantage que l’homme qui l’humilie, mais il lui aurait prouvé son amour en la livrant à un salaud.

— Bravo ! Tu es encore plus tortueux que moi, Luìs ; je crois bien que tu as gagné ton ticket pour la nuit. » Viens près de moi, comble l’ennui.

 

Je plaisantais, mais secrètement j’étais plutôt sérieuse, puisque je m’étais aperçue que Luìs faisait grand cas de moi, au point d’admettre que je puisse avoir envie d’être montée par un inconnu qui me détesterait, et qui vraisemblablement n’avait pas même pour moi de véritable désir. Luìs se rassurait sans doute en pensant qu’ainsi l’autre ne risquerait pas de m’engrosser. Je crois qu’il se réservait ce charmant côté de ma petite personne, sous prétexte d’épargner à mon mari l’humiliation des éprouvettes. Je l’excitais sans doute, cet étranger, et je me surpris à vouloir marchander mon désir, afin qu’il ne se contente pas de mon seul cul, et prenne le risque de me féconder de sa haine. Une fois engrossée méchamment je pourrais offrir à mon mari le fruit de notre amour, en lui faisant croire que son enfant si cher lui venait des bourses de notre consul espagnol.

Luìs, quant à lui, m’aimait certainement. Cette curieuse attitude m’aidait, me disposait à me donner à l’autre en ouvrant grand la porte de la perversion. Puis à tous par derrière et par devant, afin qu’ils m’engrossent sans savoir comment. Je me sentais d’autant plus libre avec Luìs qu’il ne me possédait pas. Il m’aimait trop pour désirer conquérir ma volonté, alors qu’avec l’autre je n’avais qu’à me laisser humilier ; il me sodomiserait d’autant plus facilement qu’il me haïssait déjà au nom de son dieu, alors que sa détestation provenait sans doute du désir qu’il ne savait pas avoir pour une covergirl. J’étais même assurée qu’après m’avoir sodomisée il ne m’engrosserait que par vengeance, alors que Luìs ne l’aurait même pas fait par plaisir, mais plutôt par orgueil. Or j’aimais cette idée, que mon Turc se venge salement sur moi de tout ce que l’Occident lui avait fait. C’était peut-être là ma façon à moi de tendre la joue en échange d’une gifle jamais reçue, puisqu’au contraire des émigrés j’avais tout obtenu sans rien attendre.

Je ne sais trop pourquoi, mais j’avais envie d’obéir à n’importe quoi, mais pas à n’importe qui : à un homme qui serait tout à l’opposé de moi pour ce qui est de l’esthétique, qui chiffonnerait mes apparences et ne me respecterait pas. Je n’avais pas envie d’obéir à Luìs, qui ne savait commander qu’à des secrétaires. Il m’aimait et se demandait comment à l’avenir il pourrait marier pareille garce ; alors que cet inconnu, aperçu pour la première fois aujourd’hui et remarqué grâce à Luìs, ne me détestait peut-être pas tant que ça. Je crois surtout qu’il était curieux de moi, juste pour savoir comment j’étais foutue. Et puis, une cover-girl, il n’avait jamais dû se payer ça, et il lui restait à voir, si ce cul tant imité était fait comme celui de toutes les autres. Si cet organe inessentiel pouvait rapporter autant d’argent, c’est qu’une chose toute spéciale était cachée dedans, de sorte qu’en me baisant il y trouverait quelque chance de devenir riche. Oui, c’est bien Luìs qui m’avait dit que tout en restant pragmatiques les Turcs avaient gardé un petit côté superstitieux, et en cette occasion j’avais tout à apprendre. Assurément mon cul s’avérait intéressant, d’autant plus qu’en le prenant mon Turc baiserait non seulement la Suisse mais tous les continents, puisqu’il savait désormais, magazine à l’appui, que j’avais défilé sous toutes les longitudes. Il allait pouvoir prendre possession de moi clefs en main de New-York à Milan, en passant par Londres et Paris, tellement j’en avais assez de mon rôle surfait, et aussi du désir que les hommes comme Luìs éprouvaient pour moi entre deux défilés de printemps.

 

L’amour de Luìs, ses hésitations puériles à vouloir me prendre simplement, me calmaient, et malgré son désir d’enfant me rassuraient, me préparaient à l’autre ; comme si le désir qu’éprouvait pour moi le premier, en aidant au maintien de mon identité de femme d’affaires m’aidait moins à m’ouvrir au second qu’à me dessaisir de moi. En échange je me devais, envers Luìs, sinon par amour, du moins par un sentiment de justice, de lui aider à jouir. D’ailleurs je le connaissais plutôt touchant, avec son incapacité maladive à la violence, au point d’être troublé par un accouchement. Je m’étais persuadée que sans mon aide il deviendrait trop efféminé.

Peut-être, en devinant que je n’étais qu’une garce qui ne méritait pas son amour, en viendrait-il à me baiser avec une certaine hargne ? Je n’en éprouvais pas le besoin, puisque j’avais décidé de me satisfaire par ailleurs et de l’autre côté ; mais je dois avouer que je désirais la douceur de Luìs, et pourquoi pas sa maladresse pour me préparer à l’autre et jouir de l’humiliation qu’il m’infligerait.

Je me dis soudain tout crûment que j’aurais intérêt à soigner des hémorroïdes encore imaginaires, alors que je me connaissais peu douillette ; mais je voulais seulement défier le dégoût que l’autre éprouverait alors pour moi, comme s’il avait déjà le pouvoir de deviner mon intérieur. Il te prendra par tes faiblesses. Force fut de reconnaître qu’il ne serait dégoûté de moi qu’au sens moral, sans craindre ni le sang, ni la merde, ni la salive, et qu’il me défoncerait jusqu’à l’écœurement. En me détestant grâce à sa religion il accepterait mon corps casher dissimulé sous le network.

 

J’étais donc toute excitée bien malgré moi, et lorsque nous parvînmes à sa voiture, une Audi anthracite, je pris conscience de l’embarras de Luìs. Il semblait obnubilé par mes tétons dressés, qui sans doute l’excitaient, mais qui surtout l’humiliaient, car ils n’étaient que la preuve du désir rémanent que j’éprouvais pour l’autre. Mais Luìs n’était sans doute pas jaloux, puisque l’inconnu ne pouvait être un rival. Il savait que si je ne l’aimais pas encore, lui, Luìs, pour l’instant l’autre n’était pas vraiment une menace pour la conquête de cette Sonia qu’il admirait en magazine et qu’il aurait bien épousée après rectification.

Je devinais que peu à peu Luìs s’habituait à ma perversion, à mes désirs étranges, et sans doute pour l’instant ne désirait-il de moi qu’un peu d’attention. Peu importait, dès lors, la source de mes excitations. Par honnêteté à son égard je crus bon de ne pas devoir feindre que mon émoi provenait de lui, et non de l’absence de l’autre. En m’aidant à lutter contre la maladie il y gagnerait toute ma reconnaissance, et peut-être une grande estime qui pourrait virer à l’amour. Il avait deviné que j’étais souffrante, et que je l’estimais assez pour lui confier les tourments de mon corps provoqués par ce damné ottoman qui excitait encore mon désir d’humiliation.

Luìs devait sentir que j’avais besoin de ce vice pour me guérir du stress induit pas mes défilés, mais que son aide aragonaise m’était nécessaire pour me soulager de cette addiction. Soudain je fus saisie d’une profonde tendresse, à la pensée qu’il n’aspirait qu’à prendre soin de mon malaise, même si à cause de ses prétentions amoureuses il ne m’acceptait pas vraiment. Peu lui importait, toutefois, que mon malaise fût produit par une vraie maladie ou par un vice inhérent à sa toute imaginaire Sonia, et qu’il ne puisse pas vraiment le dissocier de celle qu’il aimait tant. Luìs était mon infirmière : en acceptant mon vice comme une qualité inhérente à ma personne ou comme une maladie qui affectait mon corps de mode, il parviendrait à me voir indépendamment de l’idée fausse qu’il s’était forgée de moi à partir de mes défilés.

 

 

 

La voiture allemande de Luìs était garée à l’orée d’un petit bois en vraies feuilles de printemps, le moteur encore chaud, toute en chromes, ébène et cuir rouge, orientée vers la fraîcheur des arbres. Là-bas, sur un banc, un homme – encore un – m’avait déjà repérée, comme d’habitude, à cause de mes jambes qui remontaient si haut qu’on pouvait y deviner l’origine de la nuit. Braque tes phares sur moi.

Il n’était pas si loin (tête de slave, pantalons à pinces 2 poches italiennes devant, gilet col châle double boutonnage trop chaud pour la saison, boots délacées aspect clean de style Badenerstrasse). Mon attitude de vamp devait donc lui être bien visible. Je voulus me venger de lui, blond et pâlot, de ce que le Turc, brun et noiraud, m’avait infligé d’excitations – et ainsi rétablir l’honneur perdu de Luìs.

Avant d’entrer dans le véhicule je regardai fixement l’homme, afin d’attirer son attention vers mes jambes, ici sans collants ni bas, fascinantes car épilées le matin même au roller 37 degrés, puis passées à l’huile spéciale pour enlever les résidus de cire et réhydrater la peau. Ni maquillage, ni parfum. Écartées à quarante-cinq degrés, décontractées. Genoux légèrement pliés. Pieds bien cambrés et présentés par mes sandales très aérées, serties de pierres semi-précieuses, lacets et sangles qui montent au-dessus de la cheville et l’enserrent sans ménagement. L’un des pieds touche à peine l’asphalte très noir, qui une fois saisi avec les fauteuils de cuir rouge donnera à nos lectrices une impression de chaleur tropicale. Notre voyeur reconnut sans doute avec mes jambes une certaine image médiatique diffusée à grande échelle pour une pub de bas résille. Il eut un mouvement gauche, comme s’il avait nourri l’intention de me demander un autographe ; mais tout en rentrant posément dans le véhicule comme dans un fourreau j’exposai mes jambes bien mieux que dans la pub : j’écartai, afin qu’il puisse apercevoir l’un de ces slips quasi transparents, qui dégage pour vous une impression de légèreté et de finesse… Ainsi n’évoquerait-il pas mon derrière, désormais réservé.

Je regardai l’homme en lui signifiant qu’il pourrait traverser mon image, et peut-être m’avoir demain, si par hasard j’en venais à passer par là. Il pouvait toujours rêver, mais on ne sait jamais, avec un peu de chance, au cas où j’échouerais avec le Turc… De mon côté je pensai à m’enfiler un suppositoire, en attendant l’intrus. Dommage, je n’en avais pas sur moi. Je laissai entendre au voyeur que je ne pouvais rien faire pour lui, à cause de Luìs, mais je mourais d’envie de crier à ces deux imbéciles qu’à choisir j’eusse préféré deux Turcs.

Dès que j’eus refermé brusquement la porte je regardai de nouveau mon client, afin qu’il ne me quitte plus des yeux, qu’il comprenne enfin combien j’étais pute et qu’il m’avait ratée de peu. Si seulement Luìs n’avait pas été là… En échange je lui promettais un spectacle qu’il ne devrait pas regretter. Une aubaine de paparazzo.

Il changea aussitôt de banc, afin de se placer dans l’axe de la voiture, pile poil en face de son écran, le bon angle 3D pour une pleine vue sur mon slip (oui, c’est possible, en reculant à fond le siège rouge vieux cuir de la belle voiture ivory de Luìs). J’avais une chance inouïe : selon cette perspective il serait le seul à pouvoir contempler mon abandon. Ainsi étais-je bien sûre de pouvoir le frustrer à mort, comme un sanglier solitaire.

 

Luìs s’installa au volant, remarqua sans dire mot que j’avais repoussé mon siège, puis me demanda gentiment de passer la ceinture de sécurité. Ce que je ne fis pas, puisqu’il était sans danger. J’eusse aimé recevoir un ordre plus net, dans un turc que je n’aurais même pas compris. Seul aurait suffi le ton de la voix. En fait je ne faisais ici que profiter de mes derniers instants de liberté, et je m’imaginais déjà, encerclée par des hommes desquels je ne comprendrais même pas la langue. Bientôt n’importe qui pourrait m’avoir, pourvu que l’on me fasse obéir. Ce n’était pourtant pas si difficile, mais Luìs ne comprenait toujours pas.

« Tu sais, Sonia, dit-il doucement, en fixant du regard mon corsage, puis mes lèvres décloses, et enfin mes jambes écartées, je veux bien passer la nuit avec toi, mais je ne sais pas si je pourrai…

— Non, Luìs, murmurai-je gentiment, je ne te demande pas ça.

— Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, Sonia, non, je crains seulement de ne pouvoir te satisfaire ; enfin, je veux dire, par rapport à ton mari. »

Je fus touchée de cette confidence, et curieuse de savoir ce que mon mari avait bien pu dire à mon propos entre deux séances d’aïkido.

« Ne t’inquiète pas, mon mari se vante beaucoup ; nous avons tout notre temps, jusqu’à ce soir. »

J’arrêtai doucement sa main, déjà sur le démarreur. Puis je la guidai entre mes jambes, tout en regardant mon voyeur, afin de m’assurer qu’il y voie clair jusque dans ma chatte. Allumez mes feux arrière. Je voulais que Luìs s’habitue tranquillement à moi, tout en me préparant à l’autre. En même temps je regardais l’idiot sur son banc, qui avait deviné notre affaire. J’attendais patiemment, pour voir s’il oserait sortir sa queue, sans doute assortie au pantalon, mais sans peluches. J’eus soudain envie d’assommer Luìs, et de me faire prendre comme ça, sans rien dire ni comprendre, à l’aveuglette, par le dernier des snobs.

 

Lentement, j’ôtai mes escarpins Jim Choo : sur la peau à peine bronzée, la déco de pierreries turquoise, malachite et œil de tigre donnent à cette paire exquise un air de bohème, surtout avec des robes très longues (que je ne porte pas ici).

« Voilà, dis-je à Luìs, la culotte, maintenant ; tu vas comprendre que je n’appartiens pas à mon mari. »

Luìs resta transi, mais je soulevai mon cul du siège, tout en remontant carrément ma jupe. Je m’assurai en m’écartant que mon voyeur allait pouvoir plonger son regard jusqu’en moi, et je pris un air pervers pour lui laisser entendre qu’il aurait pu m’avoir. Qui sait, je reviendrais peut-être demain, et je fis mine de regarder ma montre, afin qu’il enregistre le moment où sonnera peut-être son heure. Je crois qu’il dut comprendre, car au lieu de sortir sa queue il regarda sa montre après m’avoir bien fixée. Non sans quelques hésitations Luìs fit glisser mon slip le long de mes jambes, que je lui exposai. L’inconnu me dévisagea jusqu’au larynx, mais ne sortit pas sa queue.

« Est-ce que tu aimes mes pieds, Luìs ? » dis-je, en imprimant à ma cheville droite un mouvement des plus gracieux, afin de mettre en évidence ma merveilleuse gourmette en or tressé. J’aime montrer mon corps enrichi, non pour m’affirmer, mais pour démontrer que je suis libre dans mes choix. Beaucoup d’hommes n’aiment pas qu’une belle femme n’attende rien d’eux ; mais je n’ai que faire de ceux-là, tout simplement parce que je ne suis pas qu’une « belle femme », mais un cadeau de la nature que l’on aura eu l’honneur de remarquer. Mais bien plus encore, puisque chez moi l’intelligence avait fusionné avec la beauté et la perversion, dont les échos refroidis vous parviennent encore. Ma gourmette d’argent met toujours mon pied en évidence : c’est encore trop peu de l’honorer, car il m’a fait gagner beaucoup d’or. Il suffit que je les montre, ces pieds-là, et les chaussures se vendent jusqu’en Chine. Voilà pourquoi j’aime livrer mes pieds à qui s’apprête à me prendre. Mais en les révélant à Luìs, en lui avouant qu’il allait pouvoir profiter de moi morceau par morceau, je sus lire non sans quelque angoisse une certaine prémonition : la gourmette ne trahissait-elle pas depuis longtemps mon goût pour les chaînes ?

Je m’étais donc enrichie à l’uranium médiatique, mais j’aimais aussi cette pensée, que n’importe qui puisse enfin profiter de moi. Je repensai machinalement au Turc et à la chaîne que je lui avais laissée, et mon cul s’ouvrit. Je connus alors que l’homme saurait me traiter tout autrement que Luìs s’apprêtait à le faire ; mais j’aimais aussi cette occasion, qui me permettait de jouir devant témoin. J’aimais l’idée que Luìs se faisait de moi à partir de mes défilés et de mon image qui courait sur les magazines ; mais aussi bien cette pensée que le Turc allait pouvoir tout baiser après avoir choisi les meilleurs morceaux sur catalogue. Derrière mes images le goût de la chair devaient déjà animer son désir, en attendant que j’accoure vers son bar comme une mouche vers la toile.

Je répétai donc ma question (mais cette fois sur un ton mystérieux) car Luìs ne m’avait toujours pas répondu : « Est-ce que tu aimes mes pieds, Luìs ?

— J’aime tout de toi, Sonia. Tu es parfaite des pieds à la tête, jusque dans le moindre détail ; c’est ça qui est intimidant.

— Qu’est-ce qui est intimidant ? Que je sois parfaite, ou bien que je le sache ?

— Sans doute les deux à la fois.

— Ne t’inquiète pas, Luìs, et surtout ne sois pas intimidé : je ne suis tout de même pas identique à celle que tu as pu apercevoir dans les magazines ! Mais réponds-moi, est-ce que tu aimes mes pieds ? »

En répétant ma question comme une obsessionnelle je comptais bien l’amadouer, afin qu’il me rassure à propos de mon Turc : était-il bien la bonne porte de l’underground ? Et si Luìs m’avait raconté n’importe quoi, pour tromper ma curiosité envahissante ?

« Oui, Sonia, bon sang, j’aime tes pieds. Je les aimerais jusqu’au Népal, si tu voulais. »

Me voilà rassurée, pensai-je froidement, pendant que j’imaginais mes pieds bloqués par les fers, et subissant successivement d’insidieuses chatouilles et des aiguilles chauffées à blanc.

« N’est-ce pas à cause de ma dernière pub de bas résille ?

— Je ne sais pas.

— Et mes mollets, et mes jambes, est-ce que tu les aimes, Luìs ?

— Oui, et aussi tes cuisses, Sonia.

— J’aime que tu dépendes de moi, Luìs.

— Oui, Sonia, tout ce que tu veux.

— Maintenant, Luìs, dégrafe mon chemisier, dégrafe mon soutien-gorge ; mets-moi les seins à l’air, ajoutai-je, en regardant l’autre homme qui nous regardait.

— Il va nous voir, Sonia, me dit Luìs en chuchotant, manifestement bien plus ému par moi qu’intimidé par la présence de l’homme.

— Ça ne fait rien, Luìs. Tu aimes aussi mes seins, n’est-ce pas ?

— Oui, Sonia. Tu ne vas pas tarder à t’en apercevoir. »

Je le guidai alors, dans mon dos, pour lui aider à dégrafer la boucle de mon corsage. Mes seins apparurent de toute évidence, et je sentis les chauds rayons du soleil qui à travers le pare-brise venaient darder mes pointes excitées.

« Sonia, je ne sais pas si je vais pouvoir…

— Ne t’inquiète pas, Luìs, lui répétai-je pour la énième fois, presque lassée, je ne vais pas te demander de me faire ça dans ta voiture. »

Le Turc l’aurait certainement fait, lui, sans me demander le moindre avis : démarre-moi. Cette idée m’excita tant, que je ressentis sur ma langue le passage d’un courant électrique. Mais actuellement mon propos était de me venger de ce damné Turc en déchargeant la tension avec Luìs en présence de notre voyeur.

« Tu trouves sans doute que je ne suis pas assez viril pour ça, n’est-ce-pas ?

— Ce n’est pas ce que j’ai dit, Luìs. »

En effet, je pensais au Turc, certes à ce qu’il me démarre, mais en de toutes autres circonstances que je ne parvenais pas encore à définir. Je réalisais doucement que d’être baisée dans une voiture sous le regard d’un voyeur n’est pas vraiment excitant. Mais je me gardai bien d’insinuer cette réflexion dans le rétroviseur de Luìs. Je voulais seulement qu’il me branle, pendant que je penserais tranquillement à ce que m’eût infligé l’autre dans cette situation. Mais j’en voulais au Turc, de me connaître déjà aussi bien ; ce qui lui donnait un pouvoir sur moi malgré son absence, ou peut-être grâce à elle. En fait je sentais que je lui appartenais déjà, et il y allait de ma faute, puisque je lui avais sacrifié en libation ma chaîne d’or.

 

 

 

Luìs, qui n’avait jamais eu l’occasion d’examiner mes seins d’aussi près, me fit remarquer combien il les trouvait beaux, avec le ton ému d’un collégien qui consulte un magazine sans oser se branler, mais avec cette angoisse que seules savent provoquer les images fixes.

« Ils sont presque trop parfaits », dit-il, comme s’il venait d’être déçu par je ne sais quelle prédiction ; mais il s’aperçut que je ne portais plus ma chaîne – curiosité qui de sa part était la preuve de son intérêt pour moi jusque dans les détails.

« J’ai dû la perdre, déclarai-je, en m’entraînant à lui mentir.

— C’est tout ce que ça te fait ?

— J’en achèterai une autre. Ne t’en préoccupe pas, Luìs, contente-toi de ton trésor. J’aime, quand tu me déshabilles. » 

Non sans quelques hésitations il dégrafa ma jupe, et je levai mon cul pour qu’il la fasse descendre. Aussitôt il remarqua l’autre chaîne qui cerclait mon ventre.

« Est-ce que mon ventre te plaît, Luìs ?

— Oui, Sonia, il est parfait, comme tout le reste.

— Le reste ? Comme tu y vas ! »

Reste qu’à l’exception du chemisier grand ouvert, qui protégeait mes seules épaules, j’étais complètement nue.

« Maintenant, Luìs, branle-moi doucement, et regarde-moi jouir.

— D’accord, Sonia, mais l’autre va te voir aussi.

— Je sais, Luìs, tant pis pour lui, il n’avait qu’à ne pas nous épier. »

En fait je me préparais à me venger sur celui-là de la possession que m’infligeait déjà le Turc. Dès que je me titillais les tétons, alors que Luìs commençait son travail mon cul s’ouvrit, et je me concentrais pour faire reparaître le visage du Turc. J’imaginais sa queue entrer en moi – ou plutôt je ne parvins pas à m’empêcher de l’imaginer. Ce salaud me tenait déjà, mais je n’avais plus envie de me défendre. Dès demain, je me confesserai à ton dieu.

 

D’ailleurs, plus je me vengeais grâce à Luìs de l’ascendance que le Turc prenait sur moi, et plus je tombais sous sa coupe. Plus Luìs me branlait, plus je commençais à jouir de l’autre. Mais paradoxalement j’aimais savoir que ce faisant j’allais être plus disponible pour Luìs ; je pourrais tranquillement lui apprendre à jouir de moi et lui donner le mode d’emploi de la pinup livrée clefs en main pour un accouchement probable. Mais, tout aussi bien, plus il me branlerait, plus croîtrait ma détermination de me donner à l’autre. Il pourrait faire de moi tout ce qui lui semblerait bon, et j’en éprouvais déjà d’autant plus de plaisir que j’imaginais ce qui est bon pour un Turc.

Sans doute me trompais-je complètement, mais il s’agissait bien là de réaliser mes fantasmes, et pas de satisfaire les désirs des autres. Je quittais les flashs et les projecteurs de mon studio pour aller éclairer mon cul avec les néons du charcutier. L’important restait que Luìs puisse prendre ses aises avec moi, qu’il cesse d’être fasciné par ma beauté à gros tirage et qu’il me baise tranquillement par la voie royale des papas. Ainsi l’idée que j’entretenais à propos du Croissant lui permettrait de retrouver ses Évangiles.

Dès demain, me dis-je alors, je mettrai tout en œuvre pour que le Turc prenne possession de moi, que cela plaise ou non à Luìs. En fait mon désir d’être humiliée dépassait de loin celui d’être aimée ou engrossée, qui au fond était resté pratiquement nul, tellement j’avais été adulée déjà toute petite par voie de presse. L’amour ne touchait que l’autre, celle que tout le monde avait déjà eu l’occasion de voir, et pas moi. Mais, pour le dire vraiment, étais-je moi-même si différente de cette autre, sublimée sur papier glacé et vendue par tranches de films ? Je finis par me demander si le désir de soumission n’avait pas remplacé en moi le désir d’amour que les femmes sont tenues d’éprouver, pour être honnêtes avec le mari et délivrer leurs chiards. À moins, me dis-je pour mieux me défendre, que leur discours ne soit que mensonge et leurs actions lâches. Ainsi pensais-je, pendant que Luìs me branlait avec assiduité, alors même qu’il savait que je devais penser à mon Turc.

 

Je fermai les yeux, comme pour cacher mes fantasmes à Luìs, et surtout pour me concentrer sur mon plaisir, isoler la scène, m’entraîner par simulation tout en faisant confiance au rythme imposé. Parce qu’il était attentif à mon expression je parvenais à accorder ma vision au plaisir que je tirais de lui. Je ne sais s’il se figurait ce que je fantasmais à propos de l’autre ou s’il se contentait de la satisfaction où il était, d’être la cause mécanique de mon plaisir : toujours est-il que je parvins à ouvrir mon cul sur un sexe imaginaire, pendant que les doigts nerveux de Luìs me fouillaient sans concession.

Dans un spasme je me dis que le Turc ne serait pas le seul à pénétrer mon derrière, et j’étais prête à beaucoup payer pour ça. Sous le coup de l’excitation ma bouche s’ouvrit aussi. Déjà, au-delà du plaisir évident que me donnait la seule pensée du Turc, j’estimais la dimension de son sexe, de son ardeur lorsqu’il serait en moi. Vu la corpulence de notre homme, et surtout ses façons de me regarder, j’estimais déjà son croissant bien plus long que la croix de mon saint Luìs ou le stupa de mon Jaïn ; peut-être que les deux pris ensemble ? Comment donc accueillir de telles proportions ? Maintenant que ma décision était prise je devais m’entraîner à recevoir cette queue vulgaire. Décidément, il me faudrait penser à m’enfiler plusieurs suppositoires avant de venir.

Voilà, déjà le Turc se présentait aux portes, et m’enfonçait doucement. Surtout ne pas me contracter, afin de mieux me préparer à l’impact. Je faisais déjà comme si, pour mieux le voir venir. Je tentais de visualiser ce sexe comme dans le X, pour m’y acclimater : le moment venu j’en serais ainsi moins effrayée. Peut-être pourrais-je faire la fière. Oui, je saurais prendre cette queue à ma façon, malgré ce que l’on voudra me faire subir. Je l’avalerai jusqu’à la garde. Ce devait être possible, puisque j’étais une grande fille ; oui, il fallait que ça soit possible, et enfin vrai, l’Apocalypse au fond de moi.

 

Ma bouche s’ouvrit sous le coup du plaisir ; l’orgasme pointait sans que j’aie achevé mon travail de préparation à destination du Turc. Les doigts de Luìs me subjuguaient et j’ouvris grand les yeux afin d’apercevoir notre voyeur, qui manifestement me voyait jouir. Je pensai alors que je ne serai pas seule avec mon bourreau, le jour prochain où il me prendrait par derrière. Je devais donc me préparer à cela, et la situation actuelle me semblait idéale pour tenter une simulation. Je reconnus soudain ce besoin, d’avoir des témoins anonymes à ma déchéance, du moins dans un premier temps. Puis je pourrais peut-être me venger de mon mari et de Luìs en me faisant prendre sous leurs yeux. Bien fait pour eux. Assurément, Luìs n’imaginait pas le sort que je lui réservais. En effet le Turc ne me verrait pas de face, comme ce stupide voyeur qui maintenant me regardait à la manœuvre. Il me baiserait sans doute devant témoins, comme la jeune fille que j’avais toujours été sous les aiguilles des habilleuses, bien à couvert dans sa robe de création qui brillerait au soleil pour la première fois, et qui finirait à demi démodée dans les plus beaux magazines. Je me dis que Luìs était bien dupe, d’aimer pareille garce. Sur le coup cette seule pensée faillit m’arracher tout mon plaisir, qui curieusement revint d’autant plus fort une fois cet aveu assimilé. Je me repris, sous le regard du voyeur, en pensant à la satisfaction d’être prise par un homme si intelligent, presque vice-consul ; prise pour celle que l’on n’est pas vraiment, tout idéale, qui certainement flottait dans l’éther de sa belle tête d’hidalgo ; celle derrière laquelle je me cacherai afin que le Turc n’aperçoive pas mon lac natal.

Cependant la présence de Luìs ne me ramenait nullement à la honte de vouloir être montée par le Turc ; tout au contraire, je n’avais pas le sentiment de tromper l’espagnol, puisque j’avais tout de même prévu sa mine fermée. Lentement je m’entraînais, je me préparais au pire. Ne rien concéder, utiliser tous mes fantasmes, non pour seulement jouir, mais pour simuler la scène à venir, la préparer, la remplir avec la réalité de ce que j’étais enfin, et qui devrait correspondre à ce que le Turc pensait de moi. Je m’entraînais aussi à effacer la moindre trace de honte en présence de Luìs, bien assurée qu’il n’en resterait goutte une fois cette purge accomplie en présence du Turc. Il me suffirait alors de me présenter à lui telle qu’il m’imaginait sans doute depuis son bar ou déjà dans son refuge d’ogre de l’Helvet, en train de taquiner ma chaîne en or ou de respirer l’odeur de ma peau mêlée au parfum de mon foulard. Lui, feuilletant mon magazine stérile avec les nombreuses vues de Moi. Lui ne fantasmait pas, j’en étais bien sûre ; il ne faisait qu’estimer la valeur de sa proie : une covergirl de Zürich qui allait tomber de tout son cul entre ses pattes. Un rêve inconsistant, voilà ce qu’auraient été ses visions, si je ne lui avais laissé en gage ma chaîne et mon parfum.

Non, il ne fantasmait pas vraiment, cet homme, mais j’étais sûre qu’il s’apprêtait à prendre le contrôle de mon corps et de mes pensées, et de leur synthèse sur papier glacé ; dominer enfin celle qui faisait semblant de penser en prenant la pose avant le clic. Lui seul pouvait m’aider à me débarrasser de moi, à ne plus prendre de fausses initiatives, à cesser de faire semblant de séduire. Il devait être revenu à l’état brut en suivant l’armée de Soliman, pris dans la ligne de mire de la bourgeoisie zurichoise. Mais il était aussi, pour celle qui restait sauve au fond de moi, intelligent selon sa culture très psychologue, puisqu’il m’avait devinée malgré mes belles apparences. Je me dis alors qu’il est difficile de jouer la star avec un byzantin, culturellement maître des icônes. Une fois que celui-là aura giclé derrière mes pages je ne serai plus du tout la même. Rentre ton dieu en moi. Rien qu’à l’idée de sa décharge tout au fond de mon corps je jouis tant, à la fois des doigts de Luìs et du regard de notre voyeur, que je fus secouée par des spasmes qui m’emportèrent depuis le sexe jusqu’à la bouche, loin des fauteuils de cuir rouge, pendant que par petits cris en pensant à mon voyeur je déchargeais sans vergogne mon plaisir à travers le rétroviseur, sur la route déserte de mon avenir.

Chapitre suivant : Chapitre 3

Couverture
Couverture de "Underground"
Etat
Cette oeuvre est en cours d'écriture (incomplète)
Mode d'affichage
L'avis des lecteurs
  • 4 aiment
Fond : 4 coeurs sur 5
Très bon : 1 lecteur
Forme : 5 plumes sur 5
Exceptionnelle ! : 1 lecteur
Table des matières
  1. Chapitre 1
  2. Chapitre 2
  3. Chapitre 3
  4. Chapitre 4
  5. Chapitre 5
  6. Chapitre 6
Que pensez vous de cette oeuvre ?