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C'est long une vie pour se souvenir de tout

Par Jean-Pierre Duhard

Oeuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 30 mars 2014 à 16h54

Dernière modification : 17 avril 2015 à 16h45

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La Grande Guerre (1914-1918)

 

C’est la guerre !

 

Ceux de Chierzac ou de Saint-Aigulin avaient bien appris l’assassinat le 28 juin 1914 à Sarajevo de l’archiduc héritier d’Autriche François-Ferdinand et de son épouse, mais ne se sentaient pas très concernés. Pour eux, c’était un été difficile qui s’annonçait, avec des foins coupés, mais rentrés mal séchés et des raisins à la maturité compromise par le mauvais temps. Les articles des journalistes dans La France, La Charente Inférieure ou Le Matin évoquant des tensions entre différents pays de l’Europe Centrale et de l’Est ne parvenaient pas à inquiéter vraiment les gens.

Malgré les ordres de mobilisation générale en Russie le 31 juillet 1914, et le lendemain, 1er août, en Belgique, en Allemagne et en France, la guerre paraissait impossible à beaucoup. « Si cette maudite guerre se décide, Alfred doit être à La Rochelle dans les 24 heures », écrivait sur une Postkart d’Oberels en Alsace allemande le 31 juillet, une certaine Aline Moinard à sa sœur demeurant à Aytré en Charente-Inférieure. 

« Quand elle a été déclarée, racontait René Duhard trois-quarts de siècle plus tard, ce fut vraiment une surprise. Je m’en souviens bien, le 1er août 1914, un samedi après-midi, les cloches ont sonné le tocsin et, c’est le garde champêtre qui est passé l’annoncer, car il n’y avait pas de radio et peu de gens savaient lire. Dès ce samedi, un Appel à la Nation française avait été placardé dans tous les bureaux de poste, annonçant l’imminence de la mobilisation générale. On a appelé les classes jusqu’en 1904, tous les moins de 30 ans mobilisables, et ils devaient partir dès le lendemain. Et c’est plein d’optimisme qu’ils l’ont fait, comme pour une courte promenade, écrivant sur les wagons : en route pour Berlin ! »

 

Camille Duhard, son père, mobilisé dans la Territoriale en 1914

 

René Duhard, un poilu de la classe 1917 (cliché de musée)

Une guerre meurtrière

Une tranchée vue par Poulbot (coll. jpd)

 

Roger, engagé volontaire pour 4 ans en juillet 1918 dans les Cuirassiers

 

Livret militaire

 

La mobilisation générale prit effet dès le lendemain, le dimanche 2 août et concerna tous les hommes non présents sous les drapeaux appartenant à l’armée de terre, y compris les troupes coloniales et les hommes des services auxiliaires, et à l’armée de mer, y compris les inscrits maritimes et les armuriers de marine. Il n’est pas fait mention de l’armée de l’air, inexistante à cette époque. D’autres affiches avaient fleuri sur les murs concernant la formation de la classe 1914, la conscription des chevaux, le classement des voitures automobiles, etc..

C’est en effet le 3 août 1914 que commença la Première Guerre mondiale, ou Grande Guerre, l’Allemagne ayant déclaré la guerre à la France et à la Belgique. Pour beaucoup d’historiens, c’est à cette date que s’acheva en fait le 19e siècle, avec une guerre qui allait déterminer de nombreux changements, dont le moindre ne sera pas la souffrance de la paysannerie française.

« La guerre sera fraîche et joyeuse », aurait déclaré l’empereur Guillaume II ; elle fut tout le contraire, barbare et sanglante. Au mépris des traités garantissant sa neutralité, la Belgique fut envahie par les Allemands, qui investirent Liège dix-huit jours plus tard. La neutralité de la Belgique n’ayant pas été respectée, l’Angleterre déclare à son tour la guerre à l’Allemagne.

L’annonce de ce nouveau conflit avec le vieil ennemi fut plutôt accueillie avec enthousiasme par l’opinion publique, y voyant une occasion de revanche morale après la défaite humiliante de la guerre éclair de 1870 où Napoléon III avait perdu le 2 septembre à Sedan sa liberté et sa couronne impériale, et la France, l’Alsace et la Lorraine. En septembre 1914, l’offensive allemande fut stoppée sur la Marne grâce au transport rapide des troupes dans des taxis réquisitionnés par Galliéni, le gouverneur militaire de Paris.

 

Quelques dates de la guerre 1914-1918

1914 : 28 juin : assassinat de l’archiduc François-Ferdinand

à Sarajevo – 3 août : déclaration de la guerre – 28 août : défaite russe

à Tanenberg – 5 septembre : début de la bataille de la Marne

1915 : 7 mai : Lusitania coulé par un sous-marin allemand –

1er juin : première attaque des zeppelins sur Londres – 5 août entrée

des Allemands dans Varsovie

1916 : 9 février : service militaire obligatoire en Angleterre –

21 février : début de la bataille de Verdun – 24 octobre : contre-offensive française à Verdun

1917 : 16 mars : abdication du tsar Nicolas II – 6 avril : entrée en guerre

des USA – 24 octobre : le front italien est rompu à Caporetto

1918 : 8 janvier : propositions du président Wilson aux belligérants –

15 juillet : seconde bataille de la Marne – 8 août : début de l’offensive des alliés à Amiens – 9 novembre : abdication et fuite du kaiser – 11 novembre : signature de l’armistice

 

La victoire

La victoire et ses commémorations

 

Volontaire pour le Maroc

« Je veux nous faire aimer de ce peuple », répétait Lyautey. Le projet de Lyautey, pour réduire la « poche de Taza », était d’entamer au printemps de 1922 une nouvelle campagne, en faisant partir deux colonnes, l’une du sud, l’autre du nord (depuis Fès) avec pour objectif d’opérer leur jonction au niveau de Skoura, sur l’oued Guigou.

Pour cela il y avait besoin d’hommes et il fut fait appel à des volontaires. Roger Duhard fit partie de ceux-là. Le jeune volontaire avait en poche son ordre d’affectation (par décision du maréchal de France commandant en chef des T.O.M) : le 1er régiment de chasseur d’Afrique, à Rabat. Cette ville impériale était alors la capitale administrative du pays et abritait le siège du Résident général de la République française au Maroc, le maréchal Lyautey.

Sur le bateau, outre des militaires rejoignant leur poste, il y avait des fonctionnaires, des commerçants et des voyageurs. Le pays était suffisamment pacifié pour permettre le développement du tourisme dans le « bled el-Maghzen » (la région administrée) et l’on pouvait même disposer d’un Guide, rédigé par M. Prosper Ricard, Inspecteur des Arts indigènes à Fès. « C’est une chance appréciable pour un pays destiné à un tel avenir touristique que l’édition d’un Guide Bleu du Maroc » écrivait Lyautey en préface avec une étonnante prémonition, « et je suis heureux d’en exprimer à la librairie Hachette toute ma gratitude. »

 

Boujad

 

Sidi Lamine : maréchal des logis Duhard à l’abreuvoir

Sidi Lamine, en patrouille avec le 3e goum mixte et l’adjudant Rapsillers

Partie de chasse au Madjibat

 

Sidi Lamine, le jour du souk

***

Lyautey avait prévu une nouvelle campagne pour le printemps de 1922. Le but de la campagne était d’élargir le couloir d’Azrou à Midelt, en occupant le pays Ichkern jusqu’à la Haute Moulouya, une des régions dont le relief tourmenté et l’ardeur des tribus furent une des plus difficiles du Maroc. La mission du Groupe Mobile de Tadla, aux ordres du colonel Freydenberg, était d’occuper Ksiba et le pays Ichkern. Al-ksiba-n-Mohha Ou Said (en berbère) est située dans la région de Tadla-Azilal au centre du Maroc entre les villes impériales, une zone liant le moyen Atlas avec le Haut Atlas, dans une région montagneuse. La plus grande tribu de la région était celle des Ait Ouirra, commandée par le qaïd Moha-ou-Said Ouassou, un grand résistant intraitable qui avait déclaré en réponse aux propositions de soumission : « même si vous me donnez la lune de ce côté et le soleil en face, je ne vous laisse pas El-Ksiba ; on résistera jusqu’au dernier souffle du dernier combattant Ait Ouirra. » (…)

 

 

 

Une colonne vers Ksiba

Le ksar de Ksiba

 

Dans cette première confrontation au corps à corps avec l’adversaire, il avait failli perdre la vie et fut sauvé par un de ses goumiers, qui parvint à abattre le chleuh s’apprêtant à le poignarder. Il récupéra l’arme, une lame grossièrement emmanchée de bois, ainsi qu’une chevalière enchâssée d’un rubis de Fès qu’il portait au doigt. Il gardera précieusement ces deux reliques qui témoignaient de cette glorieuse journée. Le jeune maréchal des logis avait été fidèle à la devise des Goums marocains, toujours en avant !

Le lendemain, le colonel vint féliciter le goum qu’il proposa, ainsi que le maréchal des logis Duhard et l’adjudant Rapsillers, pour une citation à l’Ordre de l’Armée. Immédiatement rédigée, elle fut confirmée le 15 septembre 1922 (Ordre général n° 334) et lui valut la croix de guerre avec palmes des T. O. E. (théâtres d’opérations extérieures) :

« Le 9 avril 1922, lors de la marche sur Ksiba, chargé de la défense d’une hauteur, a brillamment soutenu une section du 3e goum qui se repliait devant la soudaineté d’une attaque des Chleuhs, s’est élancé à la baïonnette à la tête de son peloton sur l’ennemi et l’a décimé dans un violent corps à corps, par sa présence d’esprit a redonné confiance aux éléments en repli et rétabli une situation difficile. » (…)

Le 1er mai, le 3e goum au complet rendit les honneurs au maréchal Lyautey, venu inspecter le secteur. Il devait y venir la veille, mais la pluie avait fait repousser la visite au lendemain. Les effectifs comprenaient le lieutenant Pérès, commandant du poste, le lieutenant Schweitzer, chargé du Bureau de Renseignements, l’adjudant Rapsillers et les maréchaux des logis Delahouillère, Duhard, Grack et Delaunoy (promu le 15 mars). Ils étaient assistés d’un encadrement indigène, comme le 147, Si-Ahmed, brigadier.

 

 

Lyautey et son escorte du 3e goum mixte après la prise de Ksiba

 

L’automobile du Maréchal Lyautey

***

(…) Parti à Tadla, Roger ne manqua pas d’aller saluer le capitaine René Fonck, le pilote vosgien comptant, juste derrière le « Baron rouge », Manfred von Richthofen, le plus de victoires de la Première Guerre mondiale, devançant largement Guynemer, pourtant plus connu. Incorporé dans le Génie en 1914, Fonck devint élève pilote en février 1915 et breveté 4 mois plus tard. Il fut affecté à l’escadrille SPA 103 du Groupe de Chasse n° 12 des Cigognes en avril 1917. Tireur exceptionnel, ne lâchant que de courtes rafales dirigées sur le seul pilote ennemi, il revendiquera 127 appareils allemands abattus dont 75 furent officiellement reconnus. Le 30 septembre 1917, il avait vengé son capitaine, Georges Guynemer qui avait été abattu par Wisseman lors d’un combat aérien au-dessus de la Belgique.

Contrairement à la plupart des pilotes, Fonck était très soucieux de sa forme physique, ne buvant ni fumant, pratiquant le yoga et ne fréquentant pas les « créatures ». Il réglait lui-même le moteur et les mitrailleuses de son Spad XIII, avion au moteur surpuissant, et avait adopté une stratégie personnelle : montant le plus haut possible, il cherchait le meilleur angle et plongeait alors sur sa victime, généralement le dernier appareil de la formation. Si les circonstances étaient favorables, il remontait vivement et abattait ensuite l’avion de tête et profitait de la panique pour s’enfuir. Cet excellent pilote n’avait que peu d’amis, ses camarades le jugeant déplaisant et vantard, car il déclarait beaucoup plus d’avions abattus que ceux retenus officiellement.

L’aviateur Fonck à Meknès

Au retour du Maroc, avec la Croix de guerre

 

 

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Table des matières
  1. Prologue
  2. Né avant le siècle (Roger 1900-1914)
  3. La Grande Guerre (1914-1918)
  4. Roger, le civil entre deux guerres (1923-1935)
  5. Une famille modeste (Germaine 1916-1936)
  6. Germaine, l’école de la vie
  7. Le temps des fiançailles (Roger et Germaine)
  8. Le deuxième conflit mondial
  9. Notre enfance à l’Usine de Soubie
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