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Le Pouvoir des runes

Par Aneirin

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 21 décembre 2013 à 14h09

Dernière modification : 21 février 2014 à 15h40

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La rage du Loup

D’un homme mauvais, si tu en fais ton ami,
Tu recevras le mal pour tout bien.

 (Le Havamal, 117)

Royaume du Raklein.

A genoux dans la neige, l’homme hurlait de douleur et de chagrin, tel une bête blessée. Son visage était couvert de sang, ses longs cheveux noirs lui tombaient devant les yeux. Tout autour, des corps sans vie gisaient en désordre, mutilés et démembrés, tous découpés de sa propre hache. Il les avait massacrés avec une sauvagerie impitoyable. Thorkin avait envoyé plus de dix hommes… mais auraient-ils été cent que cela n’eut rien changé. Il s’était battu avec fureur, il avait vaincu ses ennemis et vengé la mort des siens, pourtant tout le sang versé n’avait pu assouvir sa soif de vengeance. Il n’y avait plus en lui à présent qu’un chagrin atroce, insupportable, une douleur si intense qu’il avait l’impression que son âme allait basculer dans un abîme.

— Bjorn ! cria-t-il. Bjorn, immonde traître, soit maudit…

Ses lèvres se retroussèrent sur ses crocs en un rictus hideux. Des cadavres se balançaient au dessus de sa tête, suspendus par les pieds au grand chêne qui se dressait à coté de la maison qui avait jadis été la sienne. Deux corps noircis et sanglants, méconnaissables, deux formes d’épouvante sur lesquelles il n’osait qu’à peine lever les yeux.

Guerwolf hurla de nouveau. Les orbites vides du plus petit des deux cadavres semblaient le regarder d’un air de reproche. Il tendit la main vers lui, sans pouvoir l’atteindre, et vit avec horreur la bouche s’animer et se tordre en un rictus de mépris.

— Pourquoi n’étais-tu pas là ? Pourquoi nous as-tu abandonné ?

Etait-ce la réalité ou une illusion engendrée par son esprit torturé ? Il n’aurait su le dire. Les yeux morts le toisaient d’un air accusateur. Le cri du guerrier s’acheva en une longue plainte pitoyable, et il enfouit son visage dans la neige. Où étais-tu Guerwolf le Loup, lorsque le chaos s’abattait sur les tiens ? Quelle folie t’a saisi ? Pourquoi as-tu abandonné ta famille ? Les loups les plus sauvages et les plus féroces défendent leurs portées et leurs femelles lorsqu’elles sont vulnérables. Pourquoi as-tu été incapable d’en faire autant ?

Il resta prostré un moment, immobile, laissant le froid l’envahir peu à peu. Il serait peut-être resté ainsi jusqu’à ce que les ténèbres le recouvrent, mais un bruit de cavalcade le tira de sa stupeur.

Guerwolf se dressa sur ses pieds, pris d’une rage incoercible. Il aperçut les cavaliers à travers ses larmes et il se mit à rire, d’un rire de dément. Sans attendre l’arrivée de ses ennemis, il courut à eux, impatient d’engager le combat. Peu importait combien ils étaient, peu importait qui ils étaient, il voulait tuer ! Mais les chevaux l’évitèrent avec aisance et sa hache ne rencontra que le vide. Il rugit de frustration et se lança à leur poursuite en titubant dans la neige poudreuse.

— Guerwolf ! Guerwolf ! cria une voix. C’est moi ! Araldr !

Le guerrier ne s’arrêta pas. Il percevait les sons mais le sens des paroles ne pouvait pénétrer son cerveau que la douleur avait coupé de la réalité. Il se sentait comme un fauve blessé, aveuglé par la souffrance. Il voulait tuer. Il avait soif de sang. Soif de revanche et de carnage. Les cavaliers s’écartèrent, pris d’épouvante, les chevaux eux-mêmes hennirent de terreur. Il les pourchassa en criant comme un dément, glissant dans la neige pourpre, balayant vainement l’air de sa hache.

— Guerwolf ! Tu ne me reconnais pas ? Je suis Araldr ! Bjorn  nous a trahis ! Il s’est rangé du coté de Thorkin et l’a laissé franchir le Lorvan. Il est avec lui maintenant. Il faut fuir !

L’homme vit le cavalier sauter à bas de son cheval et courir dans sa direction.

— Guerwolf, mon ami… Ecoute-moi…

Un rugissement effroyable monta des lèvres du guerrier. Sa hache s’anima toute seule dans sa main, la lame fendit l’air. Quelqu’un poussa un hurlement d’épouvante.

— Nooon !!!!

Le silence retomba. Guerwolf sentit brusquement toute sa rage et sa folie le quitter. Il tomba à genoux sur le sol, hébété, et lâcha son arme qui tomba à plat dans la neige, sans un bruit. La tête d’Araldr vint rouler à ses pieds et s’immobilisa juste devant lui, les traits figés dans une stupeur horrifiée.

Chapitre suivant : Le loup solitaire

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Table des matières
  1. Prologue : le monastère
  2. Le siège
  3. A l’approche de l’hiver
  4. La lignée de Beorc
  5. La première attaque
  6. A la poursuite du monstre
  7. L’ombre se répand
  8. Le massacre de Roche Noire
  9. Ogar se rend au lac noir
  10. L’arrivée du Gardien
  11. La rage du Loup
  12. Le loup solitaire
  13. L’ermite
  14. Leif révèle son secret
  15. Dans le tombeau du Veneur
  16. Le survivant
  17. Le ménestrel
  18. Le miroir d’Erioch
  19. Leif s’empare de l’épée runique
  20. Les seigneurs de la plaine
  21. Leif fait une étrange rencontre
  22. De retour à Erda
  23. Guerwolf fait une promesse
  24. Les trolls
  25. Gunnar parle de sa jeunesse
  26. Horik rencontre Erioch
  27. Le lac noir
  28. Wyrid prend sa revanche
  29. Les chroniques des intendants
  30. La tour d’Assaréel
  31. Leif fait la connaissance d’un maître des runes
  32. Où on l’apprend ce qu’il est advenu de Finn Argenson
  33. La nuit sanglante
  34. Le dieu noir
  35. Leif est de nouveau prisonnier
  36. La vérité
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