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Le Pouvoir des runes

Par Aneirin

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 21 décembre 2013 à 14h09

Dernière modification : 21 février 2014 à 15h40

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Prologue : le monastère

Il est préférable pour beaucoup d’hommes d’être modérément sage,
Pas trop rusé ni trop adroit :
La vie la plus agréable est souvent menée par ceux
Qui n’en savent pas plus qu’ils voudraient connaître.

(Le Havamal, 54)

Monastère d’Holmlund, deux ans avant le Long Hiver.

            Il était très inhabituel de voir un homme solitaire emprunter la route que suivait Erioch, surtout par un automne aussi froid et pluvieux. Le pays aux alentours était particulièrement sauvage, avec des forêts impénétrables grouillantes de bêtes féroces. Rares étaient les marchands qui se risquaient à traverser ces régions inhospitalières et ils ne le faisaient pas sans une bonne escorte.

Les moines d’Holmlund n’attachaient pas d’importance à leur isolement. Mieux encore, s’installer à l’écart des villes et des grandes routes avait été un choix délibéré de la part des fondateurs de leur ordre, dont la création remontait à l’époque de trouble et de chaos qui suivit l’Armageddon. Leur repaire se dressait au sommet d’une colline, dominant les forêts et les champs des alentours. C’était une bâtisse sinistre, entourée de hautes murailles grises destinées à tenir à distance les pillards à demi-sauvages qui rodaient parfois dans les environs en quête d’une proie facile. La seule route qui y menait était de terre battue et creusée de profondes ornières. Elle décrivait des lacets sinueux entre des bosquets décharnés puis longeait des chaumières et de vastes champs boueux pour venir enfin se lover autour de la colline.

A voir le monastère se dresser devant lui, Erioch sentit les battements de son cœur s’accélérer. La fin de son interminable voyage était proche. Il avait fallu bien des jours pour arriver jusqu’ici, des journées harassantes de marche solitaire à travers les terres sauvages, à dormir dans le froid et l’humidité, à affronter les bêtes féroces et les bandits, à se nourrir de baies et de racines voire à jeûner lorsqu’il ne trouvait rien à se mettre sous la dent. Ses vêtements étaient déchirés et éliminés, ses bottes usées jusqu’à la corde protégeaient mal ses pieds meurtris, son estomac gargouillait.

            Rien de tout cela n’avait d’importance à ses yeux. Il ne ressentait qu’une détermination farouche, qui s’était muée peu à peu en une rage sourde couvant lentement au creux de son ventre. En dépit de la fatigue, son pas s’accéléra sans même qu’il en eut conscience lorsqu’il entama son ascension. Les paysans qu’il croisait lui jetaient des regards suspicieux, des chiens grognaient et aboyaient sur son passage, mais il n’avait d’yeux que pour la bâtisse qui se dressait au dessus de sa tête, et plus il avançait dans son ombre, plus il se sentait impatient.

Venir ici était dangereux, mais le péril lui semblait moins grand qu’à Ingünn, car les prêtres d’Holmlund n’avaient pas été entraînés à détecter et à combattre les seigneurs runiques. Contrairement aux Gardiens, ils ne savaient pas tracer les runes, ils ne savaient pas non plus s’en protéger – tel n’était pas leur rôle. Erioch entendait bien profiter de cette chance.

            Une petite pluie fine se mit à tomber, mais le voyageur, sous l’abri précaire d’une cape à capuchon, ne le remarqua même pas. Le feu intérieur qui le brûlait était tel qu’il ne ressentait même plus le froid. Le soleil avait disparu et le ciel était plus sombre que jamais. Il parvint sans peine aux portes et fut introduit dans la cour intérieure. Il échangea quelques mots avec le moine qui l’accueillit et lui souhaita la bienvenue, sans parvenir à dissiper la tension qui l’habitait.

Une statue de Voden écrasait la petite cour de sa haute stature. L’étrange regard sans pupille du plus puissant de tous les dieux de la Montagne des Brumes semblait scruter le voyageur et percer comme une lance les tréfonds de son âme impie. Le visage de pierre ne reflétait qu’une indifférence glacée. Erioch se hâta de détourner les yeux. A présent qu’il était dans la place, le mépris qu’il éprouvait envers ces divinités distances et cruelles se teintait d’un vague sentiment de crainte. Sa main droite aux ongles longs comme des griffes était crispée sur son bâton de marche. La gauche farfouilla dans sa poche et se referma sur le médaillon d’or dont jamais il ne se séparait. Il le serra pour y puiser force et assurance, mais ne pouvait s’empêcher de se sentir inquiet. Il ressentait de manière confuse le pouvoir qui habitait ce lieu reculé, hors du monde.

Le bijou était son unique héritage, le seul cadeau qu’il avait reçu des mains de sa mère mourante. Elle avait vécu toute sa vie dans la misère, alors que l’objet valait à lui seul une fortune. Lorsque, dans son dernier souffle, elle lui avait expliqué la raison pour laquelle elle l’avait conservé, il avait cru qu’elle avait basculé dans la folie. A présent qu’il savait, il comprenait mieux que personne pourquoi elle avait jugé ce médaillon plus précieux que toutes les richesses. Il sentait le pouvoir de l’objet, même s’il n’était pas capable de le maîtriser. Sur ce point au moins, le récit était véridique et dans ce cas pourquoi n’en serait-il pas de même de la seconde partie, celle qui le concernait de façon plus intime et qui bouleversait tout ce qu’il croyait savoir de lui même ? Lorsque, penché sur le lit de mort de sa mère, il avait entendu les paroles qu’elle lui susurrait au creux de l’oreille, il n’avait pas douté de leur véracité. La rage lui avait tordu les entrailles. Il s’était senti prêt à courir jusqu’à Galadhorm, à plonger son poignard dans la poitrine des fils de Beorc, à les traquer jusqu’au dernier pour nettoyer le monde de leur sang corrompu. Mais à présent, il n’était plus sûr de rien. Les implications étaient si immenses, si inconcevables… Elles ne concernaient pas seulement Erioch et sa famille, ni même uniquement les seigneurs des runes. Si ce que lui avait révélé sa mère était exact, alors Galadhorm abritait une puissance venimeuse et malfaisante qui pouvait resurgir à tout instant et bouleverser l’équilibre du monde. Chacun des royaumes en serait affecté, et jusqu’aux Gardiens eux-mêmes. Il lui fallait une certitude… Il devait savoir.

            Il savait que venir à Holmlund était une folie. Mais il s’était senti attiré comme un papillon par un feu de camp. Les rumeurs prétendaient que le monastère abritait des milliers d’ouvrages accumulés depuis la création de l’ordre. Les moines les conservaient jalousement loin du monde, hors de portée du commun des mortels. Il n’y avait qu’ici qu’il avait une chance d’obtenir les certitudes qui lui manquaient. Cependant, il risquait gros à se mettre à la merci de ses ennemis les plus irréductibles. Les prêtres le livreraient aux Gardiens s’ils s’apercevaient de ce qu’il était réellement. Les runes suffiraient-elle à le protéger ? Rien n’était moins sûr. Dans son impatience, Erioch s’était convaincu qu’il n’avait absolument rien à redouter de ces moines retirés hors du monde. A présent qu’il était au pied du mur, il ne se sentait plus aussi sûr de lui. Il avait peur, mais ce qui le poussait en avant était une force beaucoup plus puissante que la peur : la curiosité, ou plutôt un besoin irrépressible de savoir, une quête éperdue de vérité qui l’avait toujours poussé en avant et qui n’était au fond rien d’autre que de l’orgueil.

            De toute manière il était trop tard pour reculer. Il ôta sa cape humide en pénétrant dans la vieille bâtisse. Ses mains étaient moites malgré le froid, et son cœur battait avec force. Des moines passèrent près de lui sans même lui jeter un seul coup d’œil. Erioch se sentait en ce lieu tel un étranger dans une halle hostile. Des torches crépitaient, et à l’extérieur, le rideau de pluie s’intensifia. Il attendit quelques longues minutes, puis un jeune novice vint le chercher et il y fut reçu par le Grand Prêtre en personne. C’était un homme rabougri, au seuil de l’autre monde, mais Erioch perçut sans peine toute la force dissimulée derrière son visage usé comme un parchemin trop gratté.

— Sois le bienvenu à Holmlund, dit le prêtre d’un ton neutre. Que Voden te bénisse.

Son regard avait gardé toute son acuité. L’homme portait une robe de bure grise très simple, exactement semblable à celles qui vêtaient les autres moines et, hors le bijou brillant qui ornait son index, rien ne trahissait son statut.

— Je lui suis reconnaissant de m’avoir guidé jusqu’ici, répondit aussitôt Erioch, d’une voix rauque et angoissée qu’il ne reconnut pas. Et je te remercie, seigneur, d’avoir bien voulu me recevoir.

— Le portier m’a dit que tu avais une lettre à me remettre ?

Erioch inclina la tête. Il sortit de sa besace un parchemin cacheté à la cire et le tendit au vieil homme. Sans se hâter, celui-ci brisa le sceau et parcourut la missive du regard. Erioch contenait à grande peine son impatience, tordant ses mains aux longs doigts maigres. Au bout d’un moment, le vieux leva la tête et le regarda avec une expression méfiante.

— C’est une étrange et inhabituelle requête…

— Le livre est bien ici ? interrogea Erioch d’une voix qui cachait mal son trouble.

— Naturellement. Nous gardons tout, jusqu’aux archives les plus insignifiantes. Nous avons conservé le manuscrit de Vermon, bien que nous n’en ayons parlé à personne hors de notre ordre. J’ignore même comment tu es au courant de son existence… Nous n’avons pas pour habitude de partager notre savoir avec des étrangers, qui plus est des laïcs

— Je suis recommandé par Baldur, le prêtre de Danelor, rappela Erioch, désignant de son index la lettre que tenait son interlocuteur.

Il pria pour que celui-ci n’apprenne jamais la façon dont il avait extorqué ces quelques lignes au vieillard.

 — C’est Baldur qui m’a parlé de ce livre. Il m’a dit que vous pourrez m’aider.

— Tu n’as pas été initié et tu n’as pas prêté serment aux dieux de la Montagne des Brumes.

Le prêtre n’ajouta rien. Il ressentait de la méfiance envers cet étranger au visage mince, à la maigreur squelettique, aux yeux brûlants comme des braises. Parvenu au terme de sa longue vie, il avait appris à juger rapidement le cœur des hommes, et ce qu’il lisait dans celui de ce voyageur ne lui disait rien qui vaille. Erioch s’efforça de maîtriser le tremblement de sa voix.

— Baldur m’a assuré que tu pourrais accéder à ma requête. C’est dans cet espoir que j’ai entrepris ce si long voyage…

— A Danelor ils ont leurs usages et ici nous avons les nôtres. Nos archives sont plus anciennes et contiennent des secrets qui ne doivent pas être mis entre toutes les mains.

— Je suis venu de très loin spécialement pour consulter le manuscrit de Vermon, les dernières lignes qu’il a écrites avant de passer dans l’autre monde. J’ai marché pendant des jours et enduré les fatigues et les dangers d’un long voyage. Veux-tu me renvoyer chez moi les mains vides ? Me réduire au désespoir ?

— Pourquoi tiens-tu à ce point à lire ce livre ?

— Vermon est mon lointain aïeul. Je suis le dernier héritier de sa lignée. Ma mère est morte l’année dernière. Elle m’a révélé que notre ancêtre était venu terminer ses jours entre ces murs, après son échec à Galadhorm. Blessé et brisé par sa défaite, il a passé les derniers moments de son existence à servir Voden. Avant que les dieux ne le rappellent à eux, il a eu le temps de consigner sur le vélin l’histoire de sa vie et les détails de la guerre qu’il a menée contre Erda. Cette histoire est aussi mon histoire. Elle m’appartient. J’ai le droit de la connaître.

Le grand prêtre le fixa avec étonnement.

— Je connais bien les évènements auxquels tu fais allusion, mais je n’avais jamais entendu dire que Vermon avait engendré une lignée. Je croyais que son sang s’était éteint avec lui. Vermon n’a jamais été marié…

Erioch crut lire du mépris dans le regard du vieux et une vague de fureur menaça de le submerger. Vermon n’avait jamais eu d’épouse… mais il avait connu bien des femmes lors de ses campagnes. C’était de l’une de ces filles sans pudeur, que les hommes traînent derrière eux pour se distraire entre les batailles, qu’avait surgi sa lignée. Il sentit le rouge de la honte lui monter au front. Telle était la fange dont il était issu. Il se mit à haïr intensément ce prêtre qui se permettait de le juger.

— Cette histoire est très vieille, presqu’autant que l’Armageddon, continuait le prêtre. Vermon a entraîné tout le pays dans une guerre terrible. Son armée n’était rien d’autre qu’une horde de bandits sans foi ni loi et de mercenaires. Elle a mis le pays à feu et à sang.

— On ne lui avait pas laissé le choix, gronda Erioch. Personne n’avait accepté de l’aider. Tous ses alliés se sont détournés de lui.

— C’est compréhensible. Nul homme sensé ne chercherait à prendre Galadhorm. Perdue dans les montagnes, la forteresse est presque inaccessible. Et il y a d’autres défenses… Des forces indicibles protègent la vallée d’Erda.

Erioch sentit son cœur se mettre à battre plus vite. Si le prêtre avait lu le livre de Vermon alors il savait lui aussi…  et dans ce cas, sa remarque prenait tout son sens. Il se pencha légèrement en avant.

— Que veux-tu dire ?

Le vieux parut ne pas entendre, ou bien choisit d’ignorer sa question.

— Après avoir été vaincu par Afgar, ton ancêtre est venu se réfugier ici. Cependant, il ne l’a pas fait pour honorer les dieux et racheter une vie dédiée à la violence, mais plutôt pour échapper à la vengeance de son ennemi ! Le livre qu’il laissé ici, il l’a écrit pour sa gloire et non celle des puissances.

A l’entendre ainsi parler, Erioch se redressa brusquement, maîtrisant à grand peine un sursaut de rage. Le prêtre continua.

— Pourquoi veux-tu réveiller le passé maintenant ?

Les yeux d’Erioch brillaient littéralement, tels deux braises rougeoyantes.

— Pour moi, cette histoire est récente. Ma mère est morte en me révélant une partie de la vérité, et à présent je dois savoir si ce qu’elle m’a dit est vrai ou s’il ne s’agissait que des divagations d’une mourante.

—  Quelle importance tout ceci peut-il avoir ? Tant d’années se sont écoulées…

—  Vermon a tout sacrifié pour s’emparer de Galadhorm.  Il s’est brouillé avec ses alliés, il s’est acoquiné avec des bandits et a dilapidé tout l’or que ses précédentes campagnes lui avaient rapporté. Tout cela pour s’emparer d’un royaume perdu au cœur de montagnes inaccessibles… Je veux savoir ce qu’il était venu chercher à Erda et pourquoi il haïssait autant les fils de Beorc. Quels griefs avait-il contre eux ? Quels étaient ses motifs pour déclencher cette guerre désespérée où il a tout perdu ? Je veux savoir la vérité !

            Il regardait le vieux droit dans les yeux comme s’il avait voulu lui imposer sa volonté et serrait le médaillon de toutes ses forces. Il fallait qu’il lui donne cette autorisation. Il devait absolument déterminer si ce que sa mère lui avait révélé était la vérité ou si elle avait définitivement basculé dans la folie. Le médaillon était réel, mais ses allégations insensées n’étaient peut-être que des chimères engendrées par un esprit malade, dévoré par la rancœur, au terme d’une vie de souffrance et de misère. Il lui fallait une confirmation, une preuve.

            — Et que feras-tu lorsque tu le sauras ? Vas-tu raviver un conflit vieux de plusieurs siècles ?

            — Ce n’est pas mon intention. Je veux simplement savoir.

            Dans le cœur d’Erioch l’angoisse atteignait un paroxysme insupportable. Si le prêtre refusait, oserait-il tracer les runes ici, dans ce temple dédié au plus puissant des seigneurs de la Montagne des Brumes ? Jusqu’où était-il prêt à aller pour apprendre la vérité ?  Il se dit qu’il aurait dû attendre avant de venir ici, attendre d’avoir acquis plus de puissance, d’avoir trouvé le moyen de libérer la magie enfermée dans le médaillon que sa mère lui avait laissé. Pour obliger les serviteurs de Voden à se plier à sa volonté, il avait besoin de tout le pouvoir du dieu noir ! Sans lui, il n’était pas complètement impuissant mais il était vulnérable. Il s’était montré impatient, allait-il à présent payer le prix de son erreur ? Possédait-il assez de pouvoir en lui même pour s’emparer du grimoire par la force ?

— Galadhorm est un endroit dont il vaut mieux se tenir à l’écart, dit le moine. C’était vrai du temps de Vermon, cela l’est encore plus aujourd’hui et tu ferais mieux de garder cela en tête. Ingünn surveille la forteresse de près. Erda elle même est une terre étrange – c’est le domaine d’Assaréel. C’est là qu’elle a trouvé refuge après avoir quitté le pic des brumes. C’est grâce à sa présence que la vallée a été l’un des rares endroits au monde à avoir été épargné par l’Armageddon.

            Il hésita, relut la lettre et réfléchit un moment. Il se sentait mal à l’aise devant l’insistance dont faisait preuve le visiteur. Il percevait en lui une rage intense et froide, une ombre haineuse qui planait au dessus de lui. Son instinct lui soufflait de refuser et de le chasser d’Holmlund. Mais il connaissait l’histoire de Vermon. Il comprenait aisément pourquoi Erioch avait fait tant d’efforts pour arriver jusqu’ici et pourquoi il tenait absolument à lire le récit de son ancêtre. Avait-il le droit de lui cacher la vérité ? Le voyageur était recommandé par Baldur qu’il savait sage et pieux. Il était tenté de se fier à son jugement. L’homme était venu de très loin spécialement pour consulter ce livre, le lui refuser aurait été cruel. D’autre part, bien que le manuscrit révèle qui étaient les fils de Beorc et comment ils avaient acquis leur pouvoir, ces informations n’étaient pas de nature à compromettre l’équilibre précaire que les Gardiens avaient su faire perdurer depuis l’Armageddon. Le livre ne dévoilait aucun des secrets que son ordre avait été chargé de protéger.

Pourtant, le vieillard avait la sensation qu’accéder à la requête du voyageur aurait été une terrible erreur – la dernière et la plus grave de toutes celles qu’il avait commises dans sa très longue vie. Il ouvrit la bouche, prêt à prononcer les paroles qui crucifieraient Erioch et anéantiraient ses espoirs. Mais, tout entier tourné vers ses pensées et son être intérieur, il ne vit pas l’éclair de fureur qui illumina l’œil de son hôte, ni le tressaillement convulsif de sa mâchoire crispée, tandis que d’un ongle de sa main droite, il traçait rapidement quelques motifs sanglants au creux de la paume de sa main gauche. Les Runes répondirent aussitôt à l’appel désespéré de leur serviteur. Une vague de confusion recouvrit le vieux prêtre, emportant sa volonté, et sa décision bascula brusquement.

— Soit, dit-il sans mesurer la portée de ces paroles. Je te laisserai consulter cet ouvrage. J’informerai le maître bibliothécaire de ma décision. Mais je doute que tu apprécies ce que tu liras dans le livre de ton ancêtre.

La lueur de triomphe qui passa dans les yeux d’Erioch n’échappa pas au prêtre qui se rembrunit aussitôt, sentant s’ouvrir l’étau qui enserrait son esprit. Ses craintes se rallumèrent immédiatement.

Réjouis-toi donc, se dit alors celui-ci en lui même. Mais ne crois pas que tu pourras m’abuser ! Tu liras ce livre, puisque je t’ai donné l’autorisation. Je ne veux pas me dédire. Mais tu ne quitteras pas Holmlund avant que je sois absolument sûr que tu ne représentes aucun danger. Les Gardiens seront prévenus, ils sonderont ton esprit, mettront la moindre parcelle de ton âme à nue… ils l’étaleront devant nous comme une carcasse au soleil. Malheur à toi si ce qu’ils découvrent ne nous satisfait pas ! Si tu as essayé de nous tromper, alors tu devras payer le prix de ton sacrilège.

 Ingünn était loin et Erioch s’était cru à l’abri, mais le danger était plus proche qu’il le croyait, car il existait des connections secrètes entre Ingünn et Holmlund que le commun des mortels ne pouvait même pas imaginer. Le vieux prêtre eut un mince sourire. Il n’aimait pas les runes et il avait la magie du sang en horreur, mais il ne pouvait nier qu’elles étaient utiles parfois. Si Erioch avait l’intention de le tromper, alors son destin avait été scellé à l’instant même où il avait franchi les portes d’Holmlund.

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Table des matières
  1. Prologue : le monastère
  2. Le siège
  3. A l’approche de l’hiver
  4. La lignée de Beorc
  5. La première attaque
  6. A la poursuite du monstre
  7. L’ombre se répand
  8. Le massacre de Roche Noire
  9. Ogar se rend au lac noir
  10. L’arrivée du Gardien
  11. La rage du Loup
  12. Le loup solitaire
  13. L’ermite
  14. Leif révèle son secret
  15. Dans le tombeau du Veneur
  16. Le survivant
  17. Le ménestrel
  18. Le miroir d’Erioch
  19. Leif s’empare de l’épée runique
  20. Les seigneurs de la plaine
  21. Leif fait une étrange rencontre
  22. De retour à Erda
  23. Guerwolf fait une promesse
  24. Les trolls
  25. Gunnar parle de sa jeunesse
  26. Horik rencontre Erioch
  27. Le lac noir
  28. Wyrid prend sa revanche
  29. Les chroniques des intendants
  30. La tour d’Assaréel
  31. Leif fait la connaissance d’un maître des runes
  32. Où on l’apprend ce qu’il est advenu de Finn Argenson
  33. La nuit sanglante
  34. Le dieu noir
  35. Leif est de nouveau prisonnier
  36. La vérité
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