Atramenta

Retour à l'accueil Atramenta

Journal de Brawne Edwards - 6 - De Lausanne à Berne

Par Aquilegia Nox

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 16 septembre 2013 à 16h27

Dernière modification : 16 septembre 2013 à 16h37

Vous êtes en mode "plein écran". Lire en mode normal (façon ereader)

13 février 2010

17h30. Elias demande à nous voir. Pour nous donner nos billets de retour à la maison cette fois ? Si nos enquêtes sont ainsi détournées, à quoi sert de continuer ? Notre hôtel est à 300 mètres du Lézard Bleu. Le temps de se préparer et nous sommes tous dehors. Deux vampires, deux loups, quatre mines dépitées. Le ciel est froid et gris. Pas un étoile ne luit. Personne ne pipe mot, tout le monde marche en silence.

 

Tout à coup, une voiture se gare en crissant des pneus, en double file. Je rêve ou quoi ? Il est pas encore 18h et voilà une dizaine de gus armés jusqu’aux dents qui débarquent dans la banque la plus proche. Rafales. Des gens hurlent. Des gens courent. Deux loups-garou et deux vampires se planquent derrière un coin d’immeuble.

Je dégaine mon téléphone pour appeler les flics. Phobos m’envoie un coup de coude.

« Moi j’ai une plaque.

– Ok, mais seul contre douze, tu vas juste te faire buter ou kidnapper. »

Les flics me font répéter trois fois l’adresse. Quand je raccroche, il y a eu tellement de coups de feux que c’est un putain de miracle si personne n’a choppé de balle perdue.

« Ils sont super rapides pour des humains… » remarque Sven.

Je m’approche en catimini. La rue est presque déserte maintenant. La double porte est complètement explosée. Je passe la tête par la porte. Un canon entre dans mon champs de vision sur ma droite.

Bouger !

La balle est passée assez près pour que je sente le choc. Mais je m’en fous, hein, je suis déjà morte. Je frappe le gars, il esquive et se fait cueillir par Sven. Les autres sont en train de gueuler au comptoir, mais les guichetiers sont planqués derrière leurs vitres pare-balle.

Phobos débarque et les lumières s’éteignent. Coups de feu. Un cri. Merde, un gros asiatique a pris un pruneau en pleine poire. Phobos lance un couteau. Je fonce et en assomme un. Vu comme il fait noir, personne n’aura vu que je me déplaçais un tout petit peu plus vite qu’un humain vivant.

Finalement, les flics arrivent, et je reconnais une tête familière dans le lot. Ces gars là sont de chez nous. Ils embarquent facilement les trois survivants que nous avons maîtrisés avec euh… brio. Par contre, il y en a un qui s’est barré… Ce qui est bizarre, c’est qu’ils ont tous l’air stone. Ils répètent un mot en boucle : « Lothos. »

Phobos examine une flaque de sang. C’est le sang de celui qui s’est enfui. Si j’en goûtais une goutte, j’en saurais peut-être plus, histoire de nous aider pour le retrouver. Oh putain…

 

18h45. Putain, j’ai mal aux cheveux. Et la gerbe. Et je hais ma vie. Je veux rentrer chez moi. Sven m’aide à m’asseoir su un tabouret. On est où ? Je fais quoi là ? À quoi bon ?

Sven me propose un… un quoi ? Un verre ? Comme si ça pouvait servir à quoi que ce soit.

Je sens le goût de l’alcool. C’est la première fois que je sens le goût d’une nourriture humaine depuis… Merde, je sais plus. Comme si ça pouvait servir à quoi que ce soit.

Elias arrive. J’entends à peine ce qu’il dit. Je crois qu’il me prend dans ses bras. Mais je m’en fous.

« Bon, vous êtes maintenant quatre, Kaleb va intégrer votre coterie.

– Qu’est-ce qui a changé ?

– On a reçu quelques coups de téléphone qui montrent que Kaleb a patte blanche. »

Je m’éloigne de quelques pas. Ils me font tous tellement chier. Je suis tellement fatiguée… Je veux juste rester là et mourir.

 

19h. C’est une espèce de grande bibliothèque sombre et gothique. Il y a un Nosferatu dans un coin. Et ce n’est pas celui qui nous a accueilli et m’a dévisagée avec ses yeux noirs de corbeau confit. J’ai l’impression de sortir d’un brouillard épais. Qu’est-ce qu’on fout là ? Où sont partis les autres ? Merde, y a que Sven, et j’ai pas du tout écouté où partaient les autres.

Je me souviens vaguement de ce qui s’est passé. Ce sang. Cette volupté. J’ai senti mon cœur battre. Mon cœur battre ! Je n’arrivais plus à me maîtriser. Je me souviens vaguement d’avoir reçu un coup, de m’en être prise à Sven, Élias qui me serre dans ses bras… Dans quel ordre ?

Putain… Un flash de moi-même léchant du sang au sol… Et j’ai rien mais rien suivi des discussions, des décisions… La honte…

« Bon, j’appelle HK ?

– Quoi ?

– Les Nosferatu ne veulent pas nous permettre de voir leurs bouquins gratuitement…

– Euh, mais on cherche quoi ? »

Sven lève les yeux au ciel, brièvement.

« Les fleurs de Lys, le Lothos, ce que tu as bu…

– Ah… Bah chez HK, tu auras une dette aussi. Et tu connais la mentalité des magos…

– On n’a qu’à aller chacun d’un côté ?

– Mouais. Tu crois que la dette sera plus petite si on est tous seuls ? »

Du coup, je reste. Et le corbeau confit m’explique en long, large et travers, m’emmerde avec ses explications, qu’il faudra que je leur rende un service… Mais j’ai ma petite idée pour avoir quand même plus que mon compte. Quelques photos de bouquins…

 

Les fleurs de Lothos poussent dans des corps humains jeunes et vierges. Elles redonnent « goût à la vie » à un vampire, en lui rappelant les plaisirs charnels. C’est comme si son cœur se remettait à battre. Mais c’est temporaire et ça entraîne une dépendance. La drogue reste dans le sang des vampires qui consomment le sang de l’humain contaminé par la fleur de Lothos (qui meurt quand la fleur éclot, au niveau de son cœur).

 

J’ai bien essayé de demander aux Nosfé de me filer des renseignements sur l’usage de la magie en info, mais rien à faire.

« Il faudrait nous donner un autre petit quelque chose. Par exemple, le disque dur que vous avez récupéré au Canada. »

Non mais comment il sait ça, la chauve-souris ?

Hors de question que je le lui file, j’ai déjà mis plein de trucs sur mon site… Autant lui donner l’adresse et lui dire que c’est moi…

 

20h. Le Lézard Bleu n’est pas encore bondé, mais toute mon équipe est là. Sven et Kaleb ont récupéré à peu près les mêmes infos que moi chez HK… C’était super utile de faire deux groupes et de se farcir deux dettes.

 

Du côté des loups, Phobos a retrouvé Fred son super indic clodo et l’a envoyé enquêter sur les dealers pas trop nets, contre un paiement en nature, sous forme de bouffe à volonté. « À discrétion », plutôt, comme on dit en Suisse. L’a peur de rien, le morfale. Ou plutôt, il ferait tout pour un cuissot de sanglier.

Kaleb se tourne vers moi.

« Brawne, comment tu ferais si tu devais procurer ce genre de dope ?

– C’est un piège ? Tu essaies de savoir si je suis déjà accro ?

– Euh, mais non… Mais… Oui, en fait, tu ne connais pas beaucoup mieux Lausanne que moi…

– Bravo Einstein.

– Oui, ben, vue la façon dont ut as réagi à cette drogue, on peut se poser des questions, hein… Oh, ça va, si on ne peut plus plaisanter. »

Je le fusille du regard. Kaleb se racle la gorge.

« Bon, on peut aller voir les endroits où il y a des dealers de trucs pour humains… À la gare de Lausanne peut-être ?

– Oui, soupire Phobos, c’est ce que fait Fred.

– Ou alors on peut aller chercher des vierges.

– À la gare de Lausanne ? »

 

Le téléphone de Phobos sonne.

« C’est Fred, il a trouvé un contact, près du Flon. »

 

Le Flon est assez différent du reste de la ville. Très en contrebas, c’est une rangée de deux immeubles très modernes, avec un cinéma, des boîtes et de nombreuses boutiques de fringues pour djeunses, séparés par une grande place en terre battue. Il y a même des chiottes publiques, transparentes, qui s’opacifient quand quelqu’un rentre. Faut avoir confiance quand même.

Fred est là, avec son look de croisement entre un chien et un punk à chien. Bon, quand il est avec des humains, c’est surtout le côté clodo qui se voit. Comme les clodos m’ont toujours inspiré plus confiance que les pingouins, c’est pas moi que son odeur de crasse dérange. Par contre, son contact est un type tout ce qu’il y a de plus banal. Grand brun, pour un Spike, il n’a pas la moitié du charisme de celui de Buffy.

Mais ce n’est pas lui qui vend de la dope aux vampires. Par contre, il connaît un gars qui connaît un gars, etc. qui connaît un blond en costard blanc nommé Boris lequel, vers cette heure, bouffe dans un resto mexicain du coin.

« S’il est vampire, qu’est-ce qu’il va foutre dans un resto ?

– Il est peut-être accro à cette drogue ?… »

Pas con, Sven.

 

Le resto est au sous-sol d’un bâtiment un peu miteux. À l’entrée, ça ne paye pas de mine, mais en dessous, c’est classieux. On se croirait en plein far-west, il y a même une tête d’orignal empaillée au-dessus de la cuisine. Des billards, un grand bar, des télévisions branchées sur Eurosport, une scène… Je viendrais bien boire un verre ici, le jour où on aura inventé le True Blood.

Le Boris est attablé.

« Bon, on fait quoi ? On va peut-être pas y aller tous ensemble. »

Kaleb dit :

« On peut y aller à deux, et les deux autres vont au billard surveiller de loin. »

 

Je vais au billard avec Phobos, après qu’il eut commandé une bière. Quand Kaleb revient, il a la gueule de celui qui a à moitié réussi son coup.

« Bon, le gars n’est qu’un intermédiaire… Il travaille pour un type qui est le consommateur. Mais récemment, il a dû aller chercher un paquet dans le cimetière de Corsier sur Vevey, à la tombe de Charlie Chaplin.

 

22h. Le cimetière est clair et bien entretenu. C’est la première fois que je vois la tombe de Charlot. J’ai dû voir une bonne dizaine de fois le Dictateur, et autant les Temps Modernes. Pour l’instant, il n’y a aucun paquet. Sven et moi nous mettons en planque. Les louloups nous relayerons la journée. Heureusement j’ai pris mon laptop.

 

5h. RAS. Dodo maintenant.

Chapitre suivant : 14 février 2010

Couverture
Couverture de "Journal de Brawne Edwards - 6 - De Lausanne à Berne"
Etat
Cette oeuvre est complète, mais a besoin de relecteurs.
L'auteur vous invite à lui signaler les éventuelles fautes ou passages à retravailler.
Mode d'affichage
L'avis des lecteurs
  • 1 lecteur aime
Fond : Aucun avis
Forme : Aucun avis
Table des matières
  1. Préambule
  2. 07 février 2010
  3. 08 février 2010
  4. 10 février 2010
  5. 11 février 2010
  6. 12 février 2010
  7. 13 février 2010
  8. 14 février 2010
  9. 15 février 2010
  10. 16 février 2010
  11. 17 février 2010
  12. 18 février 2010
  13. 19 février 2010
  14. 20 février 2010
  15. 21 février 2010
  16. 22 février 2010
  17. 23 février 2010
  18. 24 février 2010
  19. 25 février 2010
  20. 26 février 2010
  21. 27 février 2010
  22. 28 février 2010
  23. 1er mars 2010
  24. 2 mars 2010
  25. 3 mars 2010
Que pensez vous de cette oeuvre ?