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Journal de Brawne Edwards - 6 - De Lausanne à Berne

Par Aquilegia Nox

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 16 septembre 2013 à 16h27

Dernière modification : 16 septembre 2013 à 16h37

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12 février 2010

18h. Alors alors alors…. Quel est le programme aujourd’hui ? Aller affronter sa majesté des cons, pour recevoir de nouveau son royal avis au sujet des meurtres dans sa ville ? On a une longueur d’avance sur lui, dans le sens où il ignore que l’on sait qu’il nous a caché, à nous mais aussi aux autorités vampiriques, la réelle étendue du carnage. Deux stratégies s’offrent à nous : la confrontation ou la finesse. J’ai dans l’idée que la première option sera plus riche d’enseignements. Si on en sort vivants.

Tiens, j’ai reçu par email deux SMS, qui viennent de chez Kaleb… Le premier :

« L’enquête avance ? »

C’est sa grand-mère qui lui envoie des petits mots doux ? Et la réponse :

« Oui, je vous envoie les infos. Apparemment, certains soupçons se tournent vers le Prince de Fribourg. Je vous tiens au courant. »

On vouvoie sa mamie chérie ? Et on lui parle en anglais ?

Par contre, mes mouchards dans sa chambre n’ont rien enregistré sauf deux pets.

J’appelle la cours de sa majesté des mouches. Il pourra nous recevoir dans trois heures. Ah et puis je barricade bien ma porte avant de partir.

En attendant, je bosse un peu.

 

21h. Le Prince a fait sortir toute sa clique de serviteurs et lèches cul de son bureau. Ce coup-ci il ne nous a pas reçus sur son trône mais dans sa salle de travail. Des montagnes de paperasseries s’amoncellent sur la vaste table de bois old school. Quand j’ai produit devant lui la copie de la carte trouvée chez Karl, ses yeux se sont agrandis. Il voudrait que l’histoire de ne sorte pas des murs, mais je pense qu’au fond de lui, au moment même où il prononçait ces mots, il avait conscience de leur extrême vanité. Ça serait tellement dommage de priver le monde de cette croustillante petite chose.

 

Donc, voilà sa version des faits : bien sûr qu’il était au courant des morts de Fribourg. Mais à l’époque, bien qu’il s’en défende (« je ne m’en vante pas, je sais que c’était pas bieeen… »), il n’en avait rien à carrer. Parce que s’il en avait vraiment eu quelque chose à foutre, peu importent les ordres que le prince de Berne aurait pu lui donner, il aurait fait poursuivre l’enquête.

Bref, il devait un service au prince fédéral (quel drôle de titre) et a noyé le poisson sur sa demande, laissant l’affaire sortir de la Suisse et envahir le monde. Well done.

« Et vous n’aviez pas peur que le tueur se mette à tuer autre chose que des loup-garous ?

– Hum… Non. Nous savons que la créature doit se régénérer en tuant, mais ça ne fonctionne que si elle tue des créatures de la nature de celles qui ont causé sa mort en premier lieu. »

 

En fait, ce n’est pas très étonnant qu’il nous raconte tout ça. Contrairement à ses dires, je suppose même qu’il souhaite que nous ne taisions rien. Nous représentons une autorité supérieure à celle de Berne. En se déchargeant de sa responsabilité sur son supérieur, vu qu’il ne peut pas simplement nous faire disparaître, il se protège si celui-ci vient à tomber.

 

22h. Elias est prévenu. Rapport crypté envoyé. Attente de sa réponse.

 

22h02. « Vous avez bien travaillé. Mais maintenant vous allez rentrer à Lausanne, et je vais faire le nécessaire pour s’occuper du Prince de Berne.

– On rentre à Lausanne ? On rentre à la maison tu veux dire ? C’est fini là, affaire close, case classed !

– Euh… Non, vous n’avez résolu que la moitié de votre mission. Ou alors tu sais aussi ce qu’est le « grand coup » ?

– Quoi ? Le quoi ?

– Tu te souviens de la vente aux enchères ? »

Ah merde. Ça m’était complètement, mais alors complètement sorti de l’esprit. Ce grand con de mec en armure à la Siegfried, blondinet de mes deux, chez qui on a trouvé une carte avec Lausanne entouré de rouge, au Canada.

J’en ai marre, je veux ma maiiiiisonnnnn… Mes ordis, mes serveurs, ma connexion internet mega haut débit et un épisode de True Blood…

 

23h. Évidemment, convaincre les hot dogs qu’on n’avait plus besoin de rester à Fribourg, juste alors qu’ils venaient de se faire chier avec les formalités, ça a valu le coup d’œil. Leur gueule surtout. Maintenant, la voiture roule tranquillos vers Lausanne. Avec un peu de chance, je vais quand même pouvoir passer la nuit à bosser à mes affaires.

 

23h15. Fuck Fuck Fuck !!!!!!!

 

Un connard a percuté notre voiture sur le côté. On est sortis de l’autoroute, la voiture a été projetée au milieu d’un champ. Le chauffeur est mort. Phobos a été éjecté du véhicule, mais il me semble qu’il se relève. La voiture est renversée sur le côté. En bourrinant la porte, on arrive à sortir.

Putain ! C’est un monstre d’apocalypse haut de trois mètres qui est responsable du carnage. Ce connard à la peau grise se déhanche en s’approchant de Phobos. Décharné, troué au milieu du cœur, il se penche pour flairer l’homme groggy.

Je sors mon flingue et tire. Rate. Kaleb a plus de succès et le touche à la jambe. L’autre se redresse et nous regarde. Il fonce sur nous ! Sven dégaine son katana et se fonce de face. Il se fait éjecter comme un fétu de paille. Je sens qu’on va morfler.

Je tire de nouveau. Touché ! Entre les deux yeux ! Mais ça lui fait ni fou ni fa. Fuuuck… Il faudrait des balles en argent…

« Sveen ! »

Une voix pas très sûre me répond, loin à droite. Je roule-boule vers lui dans l’herbe grasse et mouillée. Manquerait plus qu’il y ait des bouses de vache.

Ça hurle du côté de la bestiole. Merde, c’est Phobos ! Il fait très très noir, mais une fraction de seconde une scène d’une beauté cauchemardesque se découpe sur le ciel étoilé. La bestiole l’a choppé et le broie par les épaules.

Sven me passe cinq balles.

J’arme, je lève, le vise, je tire. Et je loupe. Déjà on y voit rien, mais en plus j’ai bien l’impression qu’il a bougé. Fuck !

Je cours pour m’approcher, freine à quelques mètres, vise, Phobos décoche une ruade d’étalon dans l’estomac du monstre qui le laisse tomber. Il s’écroule comme une poupée de chiffon, je tire. La créature se jette sur Phobos et ma balle siffle au-dessus de sa tête. Putain, si je continue à avoir autant de chance, autant rentrer me coucher.

Une autre ombre géante arrive sur ma gauche. Une autre ombre géante ? Une autre créature ? Non… Des oreilles velues, des crocs dégoulinants…

« Kaleb… ? »

Évidemment, il ne va pas me répondre dans cet état.

Le corps de Phobos s’agite de spasmes. Il se transforme aussi. Punaise, les deux loups sont plus grands que la créature. À ce stade, je pourrais juste m’asseoir pour mater le spectacle, non ? Qui a amené du pop-corn ?

 

Phobos frappe, Kaleb frappe. La bestiole craque. Si sa colonne vertébrale lui servait à autre chose qu’à soutenir sa carcasse, c’est mal barré pour elle. Elle essaye de faire demi-tour. Si seulement nos deux brutos pouvaient penser que la laisser fuir pourrait nous conduire à son créateur… Mais autant essayer d’apprendre la neuvième symphonie à des balais.

Pan !

Kaleb tombe sur un genou. On lui a tiré dessus ? D’où ça vient ? Il y a encore un faisceau rouge. Putain ! Je cours dans sa direction. De toute ma vitesse de vampire. Jusqu’à tomber nez-à nez avec un hurluberlu en noir. Je lui saute dessus. En deux coups il est au sol, un flingue sous le nez. Ça sent la goule.

« T’es qui ? Tu fais quoi ? Ils sont où tes potes ? Réponds ou je t’éclate ! »

Il ne bouge pas. Très bien. J’ai soif d’avoir couru si vite. Sa jugulaire bat follement. J’étanche ma soif sur lui. Quand je me redresse, je plante mes yeux dans les siens.

« T’es qui ? Tu fais quoi ? Ils sont où tes potes ? Réponds ou je t’éclate ! »

Il ouvre grand la bouche. Putain il a pas de langue ! C’est sûr qu’il va pas me répondre. Bon, avisons. Suffit de poser les bonnes questions.

« Vous êtes combien ? »

Il lève un doigt, faiblement. Puis se désigne. Tout seul ? J’ai du mal à y croire.

« Tu es envoyé par Berne ? »

Il hoche la tête.

« Et la bête là-bas, elle est avec toi ? »

Il agite faiblement la main. Ça veut dire quoi ? Il se fout de ma gueule ou il ne la maîtrise pas ?

« Tu sais comment l’éteindre ? »

Il secoue la tête.

Bon. Je crois que j’en ai tout tiré. Personne ne m’a tiré dessus dans l’intervalle, c’est peut-être vrai qu’il est tout seul.

« Tu viens avec moi. »

Il ne bouge pas.

« Une balle dans la tête maintenant ou tu te lèves. Ton choix. »

Il me regarde fixement. Les pointes extérieures de ses sourcils s’inclinent vers le bas. Putain de goule. Il sait trop bien ce qui l’attend.

« De toutes façons, le Prince de Berne va tomber, tu as tout intérêt à venir avec nous. »

Même tête de chien battu. En plus il ne doit plus avoir l’ombre de la moindre énergie avec tout ce que je lui ai pris. Très bien. Il est hors de question qu’il retourne chez son maître. Je le charge sur mes épaules. On arrivera peut-être à en tirer d’autres infos.

J’émerge de sous les arbres, avec mon fardeau, juste à temps pour voir la créature s’effondrer. Les deux loups ont réussi à en venir à bout ? Kaleb est brun, peut-être un tout petit peu plus fin que le blanc Phobos. À moins que ce soit un effet de longueur de fourrure. Mais surtout, Kaleb grogne comme un chien enragé même si la créature qui les attaquait a cessé d’être. J’espère qu’il n’a pas perdu son calme…

Je m’approche encore. Sven est là aussi. Il se dirige vers la créature au sol, qui a pratiquement disparu dans les hautes herbes. Quelqu’un a retrouvé sa forme humaine ? Sven s’agenouille. Les grognements de Kaleb s’intensifient. Quels cons ces loups-garous ! À tous les coups, il prend la créature pour une proie, et Sven pour un idiot qui voudrait la lui prendre.

« Sven, gare ! »

Sven fait un roulé boulé et esquive de justesse un coup de patte monstrueux. Quelle merde ! Non seulement on doit se farcir des ennemis, mais en plus on doit se coltiner les membres de notre propre bande. C’est ça ou ils déchiquettent les indices. On me refilera encore des équipes d’enquêteurs pareils…

 

1h. Bon, loups calmés, goule saucissonnée, taxi appelé et arrivé, sous la forme d’une fourgonnette bien achalandée en types armés jusqu’aux dents et matos divers. On part.

 

1h20. Deux voitures noires nous encadrent. Une vitre s’abaisse et un blond sort une plaque. Il se croît aux States ? Notre taxi suit les instructions des connards et s’arrête sur l’aire d’autoroute la plus proche. Pas de lumières, pas du tout glauque comme truc.

« Nous avons un pli pour un certain Phobos. Il est là ? »

Je me penche.

« Non. Mais on le connaît bien, on lui transmettra. »

Une enveloppe atterrit dans mes mains. Du papier craft jaune.

« Ça doit pas être tellement important s’ils le donnent à un tiers. »

Je hausse les épaules. Il semble qu’il y ait un CD là-dedans. Je tends l’enveloppe à Phobos, qui l’ouvre et en extrait… Un CD. Sans surprise.

« J’ai un portable, là, on regarde ce que c’est si tu veux ? »

Phobos hoche la tête.

CD dans la boîte, ordi en marche… Une vidéo s’ouvre. C’est flou. Une voix… Un gamin…

« Papy, papy, c’est bon, on voit là ? »

D’un geste vif, Phobos rabat l’écran du portable.

« Ouais, t’as raison, on verra ça plus tard. »

Je range le portable dans mon sac, en prenant bien soin de ne pas l’éteindre. Et puis je me rencogne dans mon coin avec mon téléphone portable.

« Tu fais quoi ?

– J’écris à mon sire pour lui dire ce qui s’est passé. »

L’a bon dos mon sire… Par la magie du ssh, je contacte mon ordi dans le sac. Je lui donne l’ordre de copier le CD. La réponse ne tarde pas. Il est protégé. Il faut le cracker. Quelle merde. Bon, le temps qu’on arrive à Lausanne, j’aurai peut-être trouvé un truc qui marche.

 

2h. « Bon, tu me rends mon CD, maintenant ?

– Ah oui, pardon, j’avais oublié, il est dans mon sac avec l’ordi. »

Je récupère l’ordi et sors le CD. Ce con d’appareil n’a bien voulu en extraire qu’une image. Une seule. Et je n’ai même pas eu le temps de la voir, si ça se trouve c’est juste un fond noir…

Nous voilà au Lézard Bleu. Il y a encore un peu de monde, passer avec une goule groggy attachée n’est pas des plus discrets, mais nos cerbères s’y entendent assez. Personne ne nous remarque.

 

Dans le complexe, ce sont Elias et un grand type à l’air louche… Ah oui, c’est le sire de Sven… Qui nous accueillent. Ils tirent une drôle de tronche pour des mecs à qui on vient de livrer le fin mot de l’enquête. Elias nous fait entrer dans une petite salle de réunion, Sven et moi. Les loups sont invités à aller voir ailleurs. Probablement des assiettes bien remplies, braves bêtes…

Après nous avoir invités à nous poser, Elias s’assied sur un fauteuil élimé, au bout d’une longue table noire, suivit par l’autre cosaque. Il joint les bouts de ses doigts, et soupire. C’est rare de lui voir les traits tirés à ce point.

« Toutes nos félicitations, nous venons de recevoir un message de Berne, l’affaire est close.

– Ils ont fait tomber le Prince de Fribourg à la place de celui de Berne ?

– La goule que vous avez capturée est le responsable des meurtres.

– QUOI ?! »

Je n’en crois pas mes oreilles.

« Alors ils avouent avoir été tenus en échec depuis des années, par une simple goule ? Une goule de merde aurait tué tous ces puissants loups-garou ? »

Elias hausse les épaules.

« Pas entièrement. Les loups ont aussi leur part de responsabilité dans cette version officielle.

– Quoi ? Ce sont les victimes ! »

Alors celle-là c’est la meilleure. Mon regard passe d’Élias, les mains dans les cheveux, à Sven les sourcils levés par la surprise et son sire impassible. Je me lève.

« Mais c’est dégueulasse !

– Je sais. C’est pour ça que je voulais vous parler avant tout le monde. Donc félicitations, l’affaire est close. »

Je tourne les talons et claque la porte. Il est hors de question que cette affaire ne s’ébruite pas.

Chapitre suivant : 13 février 2010

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Table des matières
  1. Préambule
  2. 07 février 2010
  3. 08 février 2010
  4. 10 février 2010
  5. 11 février 2010
  6. 12 février 2010
  7. 13 février 2010
  8. 14 février 2010
  9. 15 février 2010
  10. 16 février 2010
  11. 17 février 2010
  12. 18 février 2010
  13. 19 février 2010
  14. 20 février 2010
  15. 21 février 2010
  16. 22 février 2010
  17. 23 février 2010
  18. 24 février 2010
  19. 25 février 2010
  20. 26 février 2010
  21. 27 février 2010
  22. 28 février 2010
  23. 1er mars 2010
  24. 2 mars 2010
  25. 3 mars 2010
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