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Journal de Brawne Edwards - 6 - De Lausanne à Berne

Par Aquilegia Nox

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 16 septembre 2013 à 16h27

Dernière modification : 16 septembre 2013 à 16h37

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19 février 2010

21h : Eh ben voilà, il suffisait de reprendre le boulot après une bonne nuit de sommeil. Le site du MI5 n’a plus de secrets pour moi, et me voilà sur leurs serveurs. Easy-peasy.

Bon, n’exagérons rien, il y a encore des parties bien protégées. Mais nevermind, nous avons trouvé l’info : l’adresse de monsieur Charles Stowe, au nord de Londres.

 

21h30. Les taxis londoniens sont vraiment impressionnants. En vingt minutes, le nôtre a trouvé la bonne rue, et même la bonne maison. Juste à côté d’une maison en flammes, dont le jardin est envahi de pompiers. Si mon cœur avait fonctionné, il aurait manqué plusieurs battements. Nous sommes souvent dépassés de très peu par nos ennemis, ça ne m’aurait tellement pas étonnée que notre cible nous passe in-extremis entre les griffes…

Je sonne.

Un très vieil homme glisse un œil derrière un rideau.

« Pourquoi sonnez-vous à ma porte ?

– Monsieur Charles Stowe ? Nous aimerions vous parler. »

 

IllustrationL’appartement est luxueux. Il sent la naphtaline, mais les fauteuil de cuir sont extraordinairement confortables. Charles n’a probablement pas souvent d’interlocuteurs, parce qu’à peine le mot « Stances de Dzyan ».

Son grand-père a laissé un document qui « permettrait de retrouver le livre ». Il nous tend une feuille, qui comporte 4 chiffres et une adresse, et une clef.

« Et vous n’avez jamais essayé ?

– Non. Mon père est mort dans des circonstances étranges, de même qu’un autre de ses possesseurs. Mais je vous avoue que surtout, ce livre ne représente rien pour moi. Il contient un tissu de mensonges.

– Vous avez entièrement raison. Mais il a une valeur historique. Personne jusqu’à nous ne s’est intéressé à cet ouvrage ?

– Jamais. D’ailleurs, je ne sais pas comment vous avez fait pour me trouver, je suis protégé. »

Mina, occupée à regarder les photos encadrées au mur, intervient :

« Excusez-moi… Qui est sur cette photo ? »

Le vieil homme se lève douloureusement et clopine jusqu’à elle.

« Oh, ça… C’est mon oncle, d’Amérique John Stowe-Mead. Je n’en ai pas entendu parler depuis bien des années…

– La photo date de quand ?

– Environ une cinquantaine d’année…

– Dans ce cas, pourquoi a-t-il une réplique d’avion furtif dans les mains ?

– Oh… Vous croyez ? Il travaillait à la NASA, à réaliser des prototypes, c’est probablement une coïncidence. »

Je me penche. Coïncidence, my ass. Ça ne ressemble pas du tout à un modèle d’il y a une cinquantaine d’année. Mina chouine.

« Mais… Impossible de prendre une photo, c’est toujours flou…. »

Tiens tiens, ça me rappelle quelque-chose…

 

23h40 : Canary Wharf est un quartier vraiment spécial, tout en tours, bâtiments flambants neufs, verre, miroirs, high tech et design, pas très loin de la Tamise. Aucun rapport avec un truc jaune plus ou moins fluffy.

« Les entreprises Novatis construisent votre avenir. »

Ok. Donc la question est « Comment arriver aux fondations, et trouver où utiliser la clef ? »

Ma suggestion d’aller dans les égouts éliminée comme un étron au fond des toilettes, deux groupes se séparent : un (Phobos et Sven) attaquera par-devant, l’autre bande de fourbasses s’infiltrera par-derrière.

 

Trouver une porte de secours facile à forcer est étonnamment facile. Mais à l’intérieur, trouver une porte avec un escalier qui descend prend quelques minutes. Ça nous conduit au parking du douzième sous-sol (le troisième parking), pratiquement désert, où l’on retrouve les autres.

Pas moyen de descendre plus bas.

Après quelques minutes de fouille brouillonne, chacun dans son coin, Sven appelle. Un rat crevé l’a mis sur une piste : des sigles de protections sont gravés sur un des murs du fond. Le rongeur aurait-il touché quelque chose d’interdit ? Tous ses organes ont l’air liquéfiés…

 

1h. Alors là, ça me dépasse. Rien. Nada. Rien ne bouge. Rien ne s’ouvre. Que dalle. Tout ce qu’on a trouvé, c’est que les trois niveaux de parking portent les mêmes symboles. Finalement Phobos remet en marche l’ascenseur, pour voir s’il ne débouche pas sur des niveaux secrets, mais non.

Tout ce que ça nous amène, c’est un groupe de trois gardes, armés, et pas contents.

Je me jette sur le plus proche, et in extremis dévie son arme pour qu’il arrose le plafond, et le bouscule pour l’assommer, sans succès. À ma gauche, une tête vole et s’explose contre le plafond dans une gerbe rouge. Bravo Phobos. Mina est traumatisée maintenant.

 

2h. On remonte. Pas la peine de traîner ici, il n’y a rien dans ce parking. Ce que l’on cherche est sans doute ailleurs dans le bâtiment. Direction un cyber café pour aller faire un tour sur le site de la société. Des fois que.

 

Il y a trente ans, il y avait une gare à la place du bâtiment, eux étaient situés à l’endroit des consignes. La société a fait un grand bond dans le commerce quand elle s’est installée à cet endroit. Ils auraient trouvé le bouquin ? Le PDG se nomme Henri Verne. Si quelqu’un est au courant de quelque chose, c’est lui.

 

Bien. Alors bilan : on a laissé deux cadavres, des beaux clichés de loups-garous et d’une humaine sur les caméras de surveillance dans le bâtiment qui contient le bouquin qu’on cherche (sinon on suppose que les fondations ne seraient pas si bien protégées magiquement). Si on veut y retourner, il s’agirait de faire vite. Et cette fois, c’est « vampires only », histoire d’éviter aux lourdeaux de se faire filmer encore.

 

Le couloir est vide, mais allumé. Je le sens super mal. Le bureau du directeur est au bout, y a son nom dessus. Je parie qu’il y a un comité d’accueil. Tant pis, hein, on n’est pas venus jusque-là pour rien.

La porte est ouverte. Six mecs nous menacent. avec des flingues et des lance-flammes. Derrière, le dirlo, un jeune homme bien trop fringant pour être honnête.

« Vous, vous êtes bien trop jeune pour votre âge.

– Je savais que ça arriverait. Vous êtes là pour le livre, n’est-ce pas ? »

Il sourit.

« En ce moment même, une voiture quitte le bâtiment avec le livre à son bord.

– Vous ne verrez donc aucun inconvénient à ce nous fouillions la pièce ?

– Aucun soucis, après que nous vous ayons tués. »

Dans ce genre de situation, il ne faut pas réfléchir. Le blabla m’a permis de mettre au point une stratégie. Maintenant, il faut l’appliquer, se lancer à fond. Je cours, des canons se tournent vers moi. Je saute. Tends les mains vers l’avant pour m’équilibrer lors de ma chute sur le bureau et…

Le choc.

Blam !

Contre un mur invisible. Le con est protégé par un champ de force. Je me retourne pour faire face à un type avec un lance flamme. La chaleur de la flamme me lèche le visage. Putain, que j’ai soif !

« Empalez-les ! »

Nope. Pas moyen.

« Grenade ! »

Ça c’est Gus.

Je saute vers l’extérieur. Un éclat touche mon postérieur et ma dignité alors que je roule en dehors de la pièce.

Le couloir est encore vide, mais maintenant il faut courir vite. Gus se précipite vers l’ascenseur, dont il force la porte. La cage est cinq ou six étages plus bas, on saute. Je soulève la trappe. Personne. On saute. On force. On ouvre. On court. Merde, des volets d’acier descendent sur les fenêtres. Gus se court. « Il faut qu’on saute, pas le choix ! »

Ok. Je retiens un volet, il pète la fenêtre. On saute. Je m’accroche sur la façade. C’est difficile avec cet éclat dans le cul. On saute. On court. Et le téléphone sonne. Les autres nous donnent rendez-vous à l’hôtel. Même sans rendez-vous, c’est là qu’on va, les enfants, no matter what.

 

4h. Ma dignité sera beaucoup plus longue à soigner que mon postérieur, pour lequel quelques gorgées de sang ont suffit.

Les autres nous ont rejoint, et leur chasse a été infiniment plus fructueuse que la nôtre. En raid chez le directeur de la boîte pendant qu’il s’amusait à nous truffer de plomb, ils y ont déniché des dossiers, et, rien que ça, le livre. Ce con l’avait envoyé livrer chez lui-même.

Seul problème, la boîte qui contient le livre est high-tech et si j’ai bien analysé le modèle, on n’aura vraiment le droit qu’à trois essais avant que tout se bloque ou s’autodétruise. En prime, il y a un émetteur pour localiser l’engin.

Moralité : il faut brouiller le GPS, donc emmener la boîte, et un coffre en plomb pour l’y cacher quand on sera au bout de la ville. Comme ça, hop, plus moyen de trouver le bouquin.

 

J’appelle les flics humains. Et puis les flics vampires. Faut pas faire chier quoi, merde.

 

Notre chauffeur est bon. Même un hélico au-dessus de sa tête ne le fait pas paniquer. Y a pas, il est bon. Il choisit même une sortie qui mène par un tunnel, pour s’en débarrasser quelques minutes. Histoire de donner le temps à la cavalerie d’arriver.

Un de nos poursuivants n’arrive pas suivre le rythme et s’emplafonne dans le tunnel. Un de moins.

De grosses voitures rugissantes ne tardent pas à arriver, la cavalerie. On prend une sortie sur les chapeaux de roue, et on s’engouffre en ville. L’hélico suit toujours.

« Et si on s’engageait dans un arking souterrain, qui donne sur un sentre commercial ? Comme ça, on achète une valise – suffit de trouver un endroit ouvert 24/24. Et puis on rentre en métro ? Adios hélico, non ? »

Ça m’est venu comme ça. S’ils n’ont pas nos visages, on peut espérer les semer comme ça, qui sait ?

 

5h. Et merde, panne de métro. En plein dans un tunnel. Coïncidence ? J’y crois pas une seconde. Pis j’ai raison, y a des lampes frontales qui rappliquent. Phobos, c’est le moment d’utiliser ton super pouvoir pour éteindre tous les appareils électriques.

Je hurle « Couchez-vous ! » aux gens.

Regards bovins.

Ok. C’est Je sors un flingue.

« Couchez-vous, bordel ! »

« Calmez-vous madame, l’équipe de secours va arriver, ce n’est pas la peine de tirer sur les gens. »

Merde, un héros.

« T’as raison, mec. Sauf que là, c’est pas moi la méchante. »

Je lui balance un coup de poing, qui l’étale pour le compte. Tout le monde s’applatit.

« On fait quoi ? »

Les lampes ont disparu, bien joué Phobos. Des lumières vertes les remplacent. Merde.

« On se casse ! Tu peux courir vite ?

– En loup, oui.

– Alors go !

– Mais si on nous voit dans la station ?

– On s’en fout, tu seras mon chien. Un chien-loup tchèque, c’est super. »

Je casse une vitre, prend la valise, et on saute. Et on court. Vite. Les balles sifflent à nos oreilles, mais aucune ne touche. À l’entrée de la station, odes flics. Again ? Putain, qu’il fait soif ! On traverse à fond de train. Ils ne nous verront pas à cette vitesse. On sort par une entrée de service dans le tunnel suivant.

 

Ouf. Putain, il fait soif, je suis crevée, le soleil va se lever, vivement l’hôtel.

« Dis, tu trouves pas qu’il y a beaucoup de voitures de flics ? »

Quoi ?

Il a raison. On nous cherche encore ?

« Tu crois qu’il peut y avoir une balise magique ? »

Merde merde merde.

On court.

Ruelle. À droite.

« Par là ! »

Y a personne.

« On éclate cette saloperie de boîte ?

– Ok. »

Phobos change de stature. Une fourrure dense couvre son corps, et il abat un poing griffu sur la boîte qui cède avec force éclats.

Le livre est là, plus une énorme quantité de feuillets. Des fiches sur Elias, Sven, Kaleb. Je prends quelques secondes pour les regarder et je les fourre dans mon sac. Phobos reprend forme humaine et on sort en catimini. Phobos balance la boîte sur un camion de poubelles qui passe.

Mon téléphonne sonne. C’est au moins la cinquième fois depuis qu’on est sortis. C’est Sven. J’appelle d’abord un taxi-goule. Le soleil ne va pas tarder à se lever, j’en peux plus.

Sven appelle encore.

« Quoi ?

– Vous êtes où ?

– On arrive, on a le bouquin, on prend un taxi.

– Prenez pas le taxi goule !

– Quoi ?

– Le Prince est pourri ! On doit quitter Londres tout de suite !

– Quoi ? Mais le soleil va se lever, Sven !

– Des potes à Kaleb ont mis un avion à notre disposition, on doit mettre les voiles maintenant ! Et ne prenez pas ce putain de taxi ! »

Les bras m’en tombent. On doit courir, encore. Jusqu’à un taxi humain, dans un quartier moins surveillé, quelques rues plus loin.

Partout, des barrages se mettent en place. Je glisse deux cents livres au chauffeur pour qu’il prenne les ruelles pour les éviter.

Phobos rappelle Sven.

« Vous êtes où ? On embarque où ? »

Il indique quelques rues au chauffeur, toujours en ligne avec Sven. Puis il désigne une voiture garée sur le côté d’un imposant building.

« Garez-vous là ! »

Je lui glisse un autre billet.

On s’engouffre dans la voiture noire. Le ciel s’éclaircit dangereusement.

Kaleb démarre. Il faudra vraiment qu’il nous explique des trucs, lui.

« Il y a un accès direct aux pistes près de l’autoroute. Il y aura juste un mur à passer. »

Comment Mina sait ça ? Nevermind, il faut qu’on atteigne cet avion avant que le gros lumineux passe de notre côté du monde.

Crissement de pneus. On s’arrête. On sort. On saute. On court. Plus vite !

Kaleb désigne un petit jet sur un piste. Loin. Tellement loin !

On court. La tête me tourne. J’ai tellement soif !

Des jeeps arrivent vers nous. Le jet se met en marche. Il faut encore sauter pour monter à bord. Phobos me tend la main. Je roule sur le plancher du petit avion. Tout le monde est là. Mina, l’air hagard, fixe devant elle. Pourquoi est-elle avec nous ? Elle a sa vie ici. Une veine bat à sa tempe. Que j’ai soif…

Kaleb est encore au téléphone. « Payerne ? Pourquoi ? »

Je serre le sac contre moi. Les voix me parviennent de plus en plus loin. Il fait tellement clair…

« … Explosé… Lézard Bleu… Tous les vampires… »

Chapitre suivant : 20 février 2010

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Table des matières
  1. Préambule
  2. 07 février 2010
  3. 08 février 2010
  4. 10 février 2010
  5. 11 février 2010
  6. 12 février 2010
  7. 13 février 2010
  8. 14 février 2010
  9. 15 février 2010
  10. 16 février 2010
  11. 17 février 2010
  12. 18 février 2010
  13. 19 février 2010
  14. 20 février 2010
  15. 21 février 2010
  16. 22 février 2010
  17. 23 février 2010
  18. 24 février 2010
  19. 25 février 2010
  20. 26 février 2010
  21. 27 février 2010
  22. 28 février 2010
  23. 1er mars 2010
  24. 2 mars 2010
  25. 3 mars 2010
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