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Guerre contre les Majors V 1.9913

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 25 février 2013 à 21h02

Dernière modification : 7 avril 2013 à 20h23

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Musique de guerre

31/07/2006, 18:53



Avertissement avant lecture

Pour la première fois dans ma politique fiction, je fais de l’extrapolation à rebours.

Je rappelle que j’ai aussi choisi la solution du pamphlet pour ma « guerre » contre les majors.

Si certains se sentent offusqués par mon interprétation d’événements récents, qu’ils m’en parlent sur Odebi. Mon interprétation est bien sûr BIDON, mais pas plus que les raisons « officielles » avancées pour les derniers événements.

Même chose pour ma suggestion de mondial truqué. C’est pas des renseignements que j’ai, c’est de la plaisanterie.

Les buts d’aujourd’hui sont multiples. Pour mon histoire, il s’agit d’expliquer comment un de mes personnages a dévié de son métier initial, et retrouver une prisonnière récurrente.

Octobre 2006.

— C’est quoi encore cette histoire ?‭

Un jeune colonel de la DGSE vient de recevoir un ordre « étonnant‭ ».

Il en a déjà reçu beaucoup, des ordres tordus. Mais d’habitude, c’était des ordres où il risquait sa peau, type mission impossible et « Si vous vous faites prendre, on ne vous connaît plus‭ ».

Il a servi sur tous les fronts de l’armée française depuis 1988. Il revient d’une mission pourrie au Moyen-Orient. Et on lui demande d’enquêter sur « ça‭ ».

— Calmez-vous mon cher‭, lui répond le « dabe‭ ».

Le « dabe‭ », c’est un hommage à San Antonio, bien que le chef soit plus rasé que boule de billard. On aurait plutôt dû l’appeler « La brosse‭ » plutôt que le Boss, ne serait-ce que pour sa facilité à accepter n’importe quoi du pouvoir politique.

— Mon général. Depuis quand devons nous nous occuper à la place de la gendarmerie d’une histoire de petits casseurs ?‭

— Vous revenez du Liban, où vous avez découvert l’usine de fabrication souterraine de faux CD et DVD qui inondait le marché européen de contrefaçons. Cette usine comme vous le savez a été la vraie cause du bombardement du Liban, et au lieu de rapporter des millions d’euros au hezbollah, elle a amenée la désolation dans le Liban Sud‭.

— Il n’y avait pas besoin de bombarder pour autant un pays souverain‭.

— Pour travailler chez nous, il faut savoir faire taire certains sentiments fort louables pour être plus efficace et ne pas être encombré de préjugés pour remplir la mission. Bien sûr, celle-ci doit être conforme à nos convictions, mais ensuite il faut savoir relativiser.

Israël effectivement n’a pas trop apprécié le coup de boule de Zidane qui a fait perdre la coupe du monde aux Français. Cette coupe devait « récompenser‭ » le gouvernement français pour la mise en place de DADvSI, qui doit permettre à l’industrie du divertissement et aux médias de pouvoir dégager assez de bénéfices pour payer les guerres « puniques‭ ».

— Pardon ?‭

— Oui, c’est le nom de code des guerres israelo-américaines en référence aux guerres entre Rome et Carthage. Donc, puisque l’usine restait introuvable, il a fallu bombarder les routes du Liban afin que sa production ne puisse plus quitter le pays. En effet, via la Turquie, c’était ensuite toute l’Europe qui était alimentée.‭

— À part qu’après trois semaines de bombardement, l’usine fonctionnait toujours car les civils n’avaient pas quitté la région malgré le risque.‭

— Oui, et pour que la force d’interposition puisse s’implanter, il a fallu leur livrer l’usine, ce que vous avez su faire avec succès‭.

— Le Mossad aurait très bien pu y arriver‭ seul‭.

— Trop sollicité ces derniers temps, il n’est plus aussi efficace qu’avant. Les musulmans se sont mis aux techniques informatiques et les disques durs que vous avez ramenés contiennent des éléments intéressants. Ils ont développé un système pour craquer les habituelles protections du Net et pour s’implanter via celui-ci sur des machines distantes sans que la cible ne se doute de quelque chose. C’est très rudimentaire encore, mais nos meilleurs spécialistes planchent dessus. Nous avons aussi ramené deux de leurs programmeurs qui aujourd’hui travaillent pour nous.

— Mais cette histoire de casseurs ?‭

— Nous l’avons étouffée dans la presse. Elle semble être plus importante qu’il n’y paraît. Ce que je viens de vous apprendre est classé top secret. Et si c’est vous que j’ai choisi, c’est parce que vous savez aujourd’hui qu’on est capable de tuer pour des CD et des DVD, car le marché est énorme, et que le contrôle du Net est indispensable car il est capable de menacer le monopole actuel des médias traditionnels dans notre société occidentale.

Il est possible que ce genre d’action risque se multiplier les prochains mois, et il faut donc traiter le problème à la racine avant que l’incendie ne s’étende.‭ »

— Et pourquoi nous plutôt que les RG ?‭

— Les RG sont au courant que nous prenons cette affaire en main. Ils sont prêts à collaborer, mais ils savent que nous risquons découvrir des racines internationales. Alors, ils nous laissent la main avec plaisir. C’est une affaire qui pue, et il y a en plus tous les problèmes liés à la campagne électorale…‭

— Bien mon général. Je comprends mieux maintenant. Mais si c’est une histoire de quelques sales gosses ?‭

— C’est encore pire…‭

À peine sorti du bureau, le jeune colonel prit une sucette pour se calmer. Il allait plonger dans le milieu internaute, et finalement ce n’était pas pour lui déplaire. La mort récente de son frère et de son neveu abondait dans le sens d’une guerre pour le contrôle du Net. Mais ses premiers suspects, au vu de l’enquête de gendarmerie qu’il avait pu lire il y a un mois étaient des néo-nazis, pas des Américains ou des Israéliens.

Une heure plus tard, il souriait en lisant le rapport de gendarmerie.

Ils étaient cinq. De jeunes internautes de seize à vingt-trois ans. Ils avaient fait preuve d’une organisation sans faille, sauf pour la sortie de secours. Ils avaient donc, malgré leurs piètres précautions, été rattrapés au bercail, alors qu’ils avaient réussi à fuir les lieux de leur forfait.

À midi, à l’heure de la débauche prandiale, ils étaient entrés dans une surface de vente exclusive de « produits culturels‭ ».

Suite à un épandage de clous sur la chaussée, deux d’entre eux avaient bloqué la circulation sur l’avenue d’en face. À l’intérieur, avec une bombe anti-agression, les trois autres avaient neutralisé les deux vigiles et pris leurs armes. Même s’ils ne braquaient personne, aucun client ou employé ne s’interposa à leur action. Trois d’entre eux saccageaient le magasin et la marchandise tandis que deux en sortaient une partie et encourageaient automobilistes et passants à se servir. La sirène d’alarme hurlait, mais les policiers ne pouvaient venir à cause de l’embouteillage. À pied, il leur fallait au moins dix minutes.

Ils avaient tous les cinq des cagoules jaunes, qui représentaient cinq smileys différents. Ils avaient amené avec eux des tracs anti DADvSi et des jeunes de passage dans la rue entraient se servir dans le magasin eux-aussi. Les caméras filmaient mais ils n’en avaient cure.

Ils s’enfuirent en deux-roues 125 avant l’arrivée des forces de l’ordre. Leur coup avait été bien préparé et diverses scènes furent diffusées sporadiquement sur internet, alors que les RG tentaient d’effacer ces images à chaque fois qu’ils le pouvaient.

C’est à cause de ça qu’ils se firent prendre. Parce que leur serveur perso était mis à jour trop vite après l’effacement des RG.

L’homme à la sucette comprit la dernière remarque de son chef. Si ce genre d’opération commando médiatique à la portée de quelques-uns devenait populaire, elle se généraliserait et il était impossible de contrôler ce genre d’« attentat‭ ».

Le mot lui-même sonnait trop fort, et pourtant…

Les internautes risquaient pour de simples téléchargement ou la copie d’un CD ou d’un DVD de lourdes peines‭ :‭ amendes et même prison. Comme pour les touristes ramenant des faux en matière de bijoux, de maroquinerie ou de vêtements.

Malgré ce risque, ceux-ci niaient nuire à l’industrie du disque et du DVD. Les résultats de celles-ci étaient supérieurs à ceux de l’époque où le Net n’existait pas. La crise économique les avait à peine touchés mais ils « pleuraient‭ » leurs anciens taux de croissance à deux chiffres. Le Net permettait selon eux de consommer ce qu’ils n’auraient pas acheté de toute façon. N’empêche que n’importe petit jeune ne devait pas se transformer en robin des bois. Cette fois, ils avaient attaqué un magasin réel.

Les professionnels de la vente demandaient un policier ou un gendarme en faction devant chaque lieu de vente afin de les protéger. Et pourquoi pas la même chose devant une boucherie ? Quelques lieux dans la capitale les avait obtenus par copinage, tandis que d’autres avait triplé d’ores et déjà le nombre de leurs vigiles, et surtout s’étaient équipés de chiens. Oui, il valait mieux savoir à qui ils avaient à faire.

L’homme à la sucette regarda les cinq visages. De bons petits français pur jus. Pas de ces banlieusards bariolés, mais des jeunes de bonne famille, classe moyenne, assidus à l’école et tous passionnés du Net. Un visage attira son attention.

Une gamine qu’il avait vue, il y a quatre mois, chez son frère… Elsa, et son petit ami bien sûr.

Tout d’un coup, cette affaire lui sembla encore plus difficile. Il devait se grimer et modifier son apparence pour qu’elle ne le reconnaisse pas. Il était officiellement mort depuis trois mois. Elle ne devait pas le savoir, mais au cas où, il ne fallait pas prendre de risques.

Deux heures plus tard, il menait donc l’interrogatoire, habillé en capitaine de gendarmerie, avec une barbe courte et des cheveux bouclés.

— Mademoiselle, vous êtes aujourd’hui accusée de braquage. Depuis deux jours que vous êtes en prison, vous nous prenez pour des demeurés. Votre histoire de flibustier anti DADvSI est à dormir debout. Je ne vais pas vous demander qui vous a fourni les clous, qui sont en vente libre, mais qui vous a organisés pour vous permettre une telle action.

— Monsieur, c’était tout simple. Le coupable, c’est le cinéma et la télévision. Depuis toute petite, j’assiste à dix braquages et une cinquantaine d’homicides par semaine. Nous n’avons tué personne…‭

— Mademoiselle, j’aime bien la plaisanterie, mais là vous exagérez. Il m’est avis que vous n’avez pas reçu assez de corrections de la part de vos parents étant petite.‭

— Ça vous plairait de m’en mettre une, n’est-ce pas ?‭

L’impudence de la jeune fille faillit le faire rougir. Vraiment, il n’y avait plus de jeunesse dans ce pays. Peut-être bien effectivement que c’était la faute des médias ça aussi. Mais il ne se voyait pas mettre ça dans son rapport pour le général.

— Nous ne sommes pas des tortionnaires, vous avez pu le constater. Je vous trouve cependant bien insolente. Je vois que vous connaissez la musique, et j’attends de vous une autre chanson.

— vous connaissez « Le chant des internautes‭ » sur l’air de celui des « partisans‭ » ?

— je vois que votre iconoclastie n’a pas de limite.

— Le chant des partisans serait-il protégé à la Sacem ?

— Mademoiselle, je vous en prie. Votre cas est grave. Si vous êtes sincère, vous devez être manipulée par des individus sans scrupules qui vous laissent faire le sale boulot à leur place. Vous êtes jeune, mais majeure, donc considérée comme responsable de vos actes à 100%. Pourtant vous me semblez être une jeune fille très bien. Si vous me dites quels sont les instigateurs de votre coup d’éclat, je pourrai intercéder en votre faveur par la suite.

— Monsieur, les internautes s’organisent mais personne ne fait rien pour l’instant. Des flash-mob que les médias ne relaient pas, parce qu’ils sont pourris. Des manifs qui rassemblent peu car tout le monde à un boulot dont il a besoin ou parce qu’ils en recherchent un et ne veulent pas se compromettre. Bref, il ne reste que les étudiants pour s’impliquer contre. Nous avons voulu prouver qu’on pouvait agir.

— En vous comportant comme des casseurs et des voleurs ?

— Nous n’avons rien volé. Quant aux dégâts dans le magasin, ça a été quelques slogans sur les murs, des tracts par terre et dans la rue, quelques CD sur le trottoir pour être distribués et de la peinture sur les pochettes en exposition. C’est invendable, mais le CD à l’intérieur n’a rien.

— Mademoiselle, les dégâts se montent à des dizaines de milliers d’euros et le nombre de CD et DVD volés est énorme.

— Monsieur, nous avions de petits sacs qui nous ont servi pour les bombes de peinture. On voit bien qu’ils sont vides quand nous partons. En plus, nous étions en moto. Nous n’aurions pas pu transporter tout ça. Les responsables sont les dizaines de gens qui ont ensuite investi le magasin.

— Vous savez bien que sans vous, ces événements n’auraient pas eu lieu.

— Si tant de gens ont réagi ainsi, c’est que la conjoncture s’y prêtait. Moi, je n’aurai jamais voulu être considérée comme une voleuse pour un CD ou un DVD pourri. C’est la publicité à outrance et la diffusion tout azimut qui leur donne de l’importance. La foule a été attirée par ces produits parce qu’elle a été conditionnée ainsi et que ses revenus ont baissé. Elle a profité de l’aubaine parce qu’elle n’a pas réfléchi, comme le public d’un stade ou d’un concert. Mais c’est la publicité et les radios qui sont responsables de cette folie collective, pas nous.

— Le responsable, c’est celui d’entre vous qui a fait rentrer les gens de la rue. Lequel c’était ?

— Dites, vous me prenez pour une imbécile. Vous voudriez que je vous donne un de mes camarades. Personne n’a encouragé la foule à saccager le magasin. Et vous n’avez aucune preuve, aucun témoin pouvant nous discréditer.

— Si, le personnel du magasin.

— Qui est resté à l’intérieur, donc qui ne pouvait voir ce qui se passait dehors.

— Le directeur a été agressé.

— Il a juste été renversé par quelques-uns quand il a voulu s’interposer. C’était de la folie. Et puis, c’était un petit personnage horripilant. D’ailleurs, aucun de ses employés n’est venu l’aider à se relever.

— Vous avez réponse à tout.

— La réalité est assez évidente.

— Mademoiselle, mon métier est de douter des apparences.

— Oui, vous semblez ne pas être ce que vous voudriez faire croire. Votre postiche se détache au coin de votre oreille droite, et elle ne vous va pas du tout.

— J’ai dû faire vite pour m’équiper.

— Vous ne l’enlevez pas ?

— Non.

— Dommage.

— Ne jouez pas ce petit jeu avec moi. Je sais très bien que votre ami est à côté. Et je ne vais pas me laisser impressionner par un petit chat sauvage comme vous. Alors ne perdons pas de temps. Vous voyez bien que vous êtes pris au sérieux. Que recherchez-vous ?

— Un procès public, médiatisé… nous n’avons rien à perdre. Pour l’instant, les seuls qui se font prendre puis poursuivre en téléchargement illégal sont ciblés. Il s’agit de gens de la classe moyenne à qui ont va prendre leur maison et ruiner leur vie, pour l’exemple et dans l’indifférence. Un vrai voleur ne risque qu’un peu de prison, s’il y a de la place et s’il a été violent. Là, même s’il y a relaxe pénale, les dommages et intérêts coulent la vie de la personne et de sa famille, sans compter les frais pour un avocat incompétent la plupart du temps.

— Mais il ne faut pas télécharger de fichiers illégaux.

— Mais qu’appelez-vous illégal ?

— Et bien… euh, protégés par un copyright.

— Et quelle est la valeur d’un de ses enregistrements ?

— Quelques euros. Mais ceux qui en ont téléchargé des centaines, voire des milliers…

— À qui ont-ils manqué ? auraient-ils été vendus ? Le seul préjudice potentiellement exact duquel un vendeur de CD ou de DVD peut se targuer est le budget disponible pour ces achats, et la plupart du temps, le piratage n’a lieu qu’après épuisement de ce budget. Bref, il n’y a aucun préjudice.

— Alors pourquoi avoir téléchargé des milliers de titres ?

— Pour les écouter une fois. Quand on en a des milliers, on ne peut pas les écouter tout le temps. Disons qu’ils ne sont pas effacés comme ils le devraient. Et puis, avec les DRM, qui sait si nous aurons de la musique demain ?

— Pardon ?

— Les contrôleurs d’usage si vous préférez. Vous savez, ces programmes qui empêchent la copie privée.

— Non, le piratage.

— Et l’interopérabilité aussi. Non, les DRM n’empêchent pas le piratage. Les pirates disposent de crackeurs de DRM. Une fois déprotégés, ces fichiers sont mis en ligne au bénéfice des téléchargeurs. Par contre, quand un consommateur honnête achète un CD ou un DVD, il ne peut en faire une copie de sauvegarde, alors que les enfants très souvent manipulent ce support fragile. Ensuite, il est hors de question de laisser quelques centaines voire quelques milliers de francs dans une voiture. Donc il est préférable d’avoir des copies pour les lecteurs de CD et les lecteurs de DVD de voiture. Enfin, les fichiers téléchargés légalement ne permettent qu’un nombre limité de copies et ne sont pas toujours compatibles avec tous les formats lus par les lecteurs audios.

Quand on s’est fait avoir en se trompant de choix, c’est rageant. Et puis, lors du changement de matériel, que va devenir la musique achetée pour l’ancien ?

— Écoutez mademoiselle, je ne suis pas là pour juger des décisions prises par le législateur

— Vous n’êtes pas là pour comprendre ce qui pousse cinq jeunes à distribuer quelques CD dans la Rue et à distribuer quelques tracts dans un magasin de disques ?

— Vous avez crevé une bonne dizaine de pneus et entraîné du désordre sur la voie publique.

— Nous ne sommes pas responsables de tous les clous qui entravent la circulation automobile, et puis vous n’êtes pas là pour ça non plus.

— Mademoiselle, vous devez prendre conscience que vous avez commis des délits graves sur la voie publique…

— Une loi est passée, malgré des avertissements justifiés de la part des internautes et de l’opposition. Il appartient maintenant au peuple de se saisir du principe de résistance à l’oppression et de prendre toutes les mesures pacifiques nécessaires pour affirmer sa résistance à cette oppression, numérique certes, mais pourtant bien réelle. Le fondement de ce principe, consacré par l’article 2 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, repose sur le droit consacré au peuple, collectivement, par opposition à l’individu, de résister à une loi incompatible avec les principes fondamentaux de la république et de la démocratie.

— Arrêtez votre discours propagandiste. Dites-moi qui vous a manipulés.

— Allez sur le Net, vous verrez qui.‭

Estimant qu’il n’y avait rien à en tirer de plus pour l’instant, l’homme à la sucette renvoya Elsa dans sa cellule.

Il interrogea le jeune de seize ans sur le ton de la conversation. Lui ne risquait pas grand-chose, quoique que les nouvelles lois en discussion actuellement allait durcir considérablement les poursuites contre les mineurs de plus de quatorze ans, devenu l’âge légal pour travailler, donc pour aller en prison aussi. L’obtention du permis de conduire devait bientôt passer quant à elle à vingt ans. Sécurité routière oblige. Mais les lobbys de l’automobile s’y opposaient. Résultats autour du vingt décembre.

Il alla donc sur le Net. Il comprit pourquoi le ministre de la Culture, afin de protéger la qualité de l’information des citoyens, voulait terminer au plus tôt la mise au point de sa loi réglementant la presse et l’information sur Internet. Des sites « citoyens‭ » appelaient tous à la désobéissance civile. Ce n’était plus l’apanage des moissonneurs d’OGM. L’homme à la sucette à la fraise pour l’instant sourit en pensant mettre dans son rapport au général « C’est la faute à José‭ » Il en imaginait sa fureur, les yeux exorbités, le visage violacé, la bave à la commissure des lèvres, l’élocution étouffée par la rage avec un débit haché, les poings serrés.

Il se contenta d’écrire que les jeunes avaient été sensibles à la propagande sur le Net et que les moyens utilisés étaient ridicules. D’un bon niveau intellectuel, ils avaient prévu leur fuite et surtout voulaient mettre le désordre afin de passer aux infos.

Les plaques avaient été juste enlevées et le déguisement de smiley en salopette bleue se voulait être humoristique.

Néanmoins, malgré la dissimulation de l’information, et les contre-feux sur le Net pour faire de cette affaire une « légende urbaine‭ », d’autres jeunes risquaient de se lancer aussi dans ce genre d’actions. Il était étonnant que les idées de partage sur le Net prenaient une autre dimension que dans la réalité, où on sentait bien que les gens se renfermaient.

La réaction du général ne fut pas loin du résultat de son imagination. Celui-ci promit de mettre un terme aux exactions de ces petits cons et à leur révolution internaute.

En novembre, les manifestations s’intensifièrent, demandant le départ anticipé du président. Les meetings politiques furent supprimés car la sécurité de ceux-ci ne pouvait être assurée. La rue s’enflamma pour des problèmes sociaux et aucun politique ne pouvait prétendre la contrôler. Même les infos minimisaient les désordres. Médias et pouvoir se serrèrent les coudes pour l’apaisement ou la dissimulation. Les banlieues s’enflammèrent dès novembre, comme la garrigue en été.

Une pièce du tribunal de Versailles brûla avec le dossier d’Elsa et de ses camarades à cause d’un cocktail Molotov lancé de la rue avec bien d’autres. Lui avait trouvé le chemin du carreau cassé au deuxième étage. Ils furent donc relaxés. D’autres soucis attendaient les juges.

L’homme à la sucette, lui, ne perdit pas le Net de vue. En effet, les agitateurs de tout poil, se méfiant du téléphone portable, parvenaient par le Net à renseigner les GPS de voiture des militants pour leur indiquer le lieu de la prochaine manifestation. L’imagination était au pouvoir sur le Net. Certains serveurs échappaient au contrôle d’état. L’homme à la sucette se lança à leur traque, avec une certaine idée derrière la tête.

Chapitre suivant : Postface

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Table des matières
  1. Préface de Jack Minier
  2. Présentation par l’auteur (mars 2013)
  3. D. Day Two
  4. Veille d’élection
  5. Un enlisement perceptible
  6. Fuite à Varennes
  7. L’Appel du petit Kaporal
  8. La Net Révolution
  9. La cache aux serveurs
  10. La Campagne de France
  11. Franck
  12. Manifestation tragique
  13. Une défaite sans combat
  14. Contre-Attaque
  15. Brian
  16. Chantage en chanson ou ratage en rançon ?
  17. Véra S.
  18. Nuit d’amour
  19. L’homme de l’ombre
  20. Le Site Assassiné (Elsa et Christian)
  21. Fusions chaudes
  22. 14 juillet en berne
  23. Expulsion
  24. Fils de héros
  25. Prise du Net pouvoir
  26. Épuration idéologique
  27. Supra Net
  28. Enrôlé
  29. Derrière les barreaux
  30. Alain
  31. Puces motos à Niort
  32. Bienvenue Major DAD
  33. Camps de redressement
  34. Les DRM passent dans les mœurs
  35. Honneur et décadence
  36. Manifestations
  37. Dure journée
  38. Triste conjoncture
  39. Captivante captivactivité
  40. Die Hard 2
  41. Un scénario pour l’été 2007
  42. Avis de tempête
  43. La voiture qu’il nous faut
  44. Installation
  45. Le mariage d’Elsa et Christian
  46. Jasmine
  47. Souriez, vous êtes filmés
  48. Die Hard 3
  49. Night hard too
  50. Rafle au réveil
  51. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Préambule
  52. Escapade
  53. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ D’est en Ouest
  54. Incarcérations
  55. Palpitations
  56. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Bombannes
  57. Le Pouilleux
  58. Interrogatoires
  59. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Promenade au bord du lac
  60. Contre espionnage
  61. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Tourisme
  62. La plus belle des prisons ?
  63. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Commando malgré lui
  64. Cœurs froids banlieues chaudes
  65. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ retour précipité
  66. Les horreurs de la guerre
  67. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Dernier jour de plage
  68. Au bout du monde
  69. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Odyssée Épilogue
  70. Un nouveau départ
  71. La Boite de Nuit‭ :‭ Acte 1
  72. Sombres prémices
  73. La Boite de Nuit‭ :‭ acte 2
  74. Pour toujours
  75. Musique de guerre
  76. Postface
  77. Les Bonus
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