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Guerre contre les Majors V 1.9913

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 25 février 2013 à 21h02

Dernière modification : 7 avril 2013 à 20h23

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Sombres prémices

04/07/2006, 19:22

Février 2016 Un nouveau roman sur le Supra-Net sème la confusion dans l’esprit patriote des Français, encore sous occupation américaine. « Le cercle sombre‭ », œuvre présentée comme une fiction, s’appuie sur la réalité du système politique clandestin français pour « inventer‭ » le complot sinistre d’une organisation sectaire.

Plus grave, il montre du doigt certaines faiblesses, anticipe sur le retour de la cupidité des professionnels de la politique et imagine certaines dérives, dont les prémices seraient déjà perceptibles.

Dans le livre, les dirigeants de ce cercle seraient prêts à pactiser avec l’ennemi pour en tirer un bénéfice personnel. C’est pour cela que la riposte française à la présence américaine n’est pas déclenchée, alors qu’elle entraînerait leur défaite.

En moins d’une heure, le livre peut ‭‭‭être retiré de la circulation ou bien réécrit et amputé de certaines parties. Un cercle a été créé pour l’occasion. Le texte incriminé a été soumis à l’ensemble des membres de la vidéo conférence. Un logiciel de reconnaissance de la voix transpose en texte au fur et à mesure les interventions sonores et les personnes connectées sur le Supra-Net peuvent suivre les débats et répondre au sondage. Celles-ci sont censées avoir lu le livre et peuvent en direct répondre par oui ou par non aux questions soulevées par les membres du cercle. L’avis du « public‭ » peut ainsi être pris en compte par les intervenants du cercle. Mais il arrive que les décisions prises aillent à l’inverse des premiers sondages.

En effet, lorsque une réponse ne leur semble pas viable, les intervenants du cercle argumentent et reposent la question…

Le cercle est composé de deux écrivains de l’Académie Française, d’un ministre délégué à la culture, d’un politologue du CNRS, d’un statisticien en relation avec son service, de deux militaires de l’état-major des forces armées, d’un agent de sécurité du territoire, d’un politicien pour chacun des trois partis les plus importants, de trois citoyens volontaires choisis parmi les premiers connectés, de l’homme à la sucette avec une fonction non définie et de l’auteur. Le public compte pour une voix. On obtient un nombre premier supérieur ou égal à sept. Le cercle de décision est validé. Le président sera le ministre délégué à la culture.

L’auteur prend la parole. Son œuvre est une œuvre de fiction. La secte de type maçonnique n’existe que dans son imagination. Le recours à l’actualité est voulu pour donner des accents de réalisme dans le nouvel espace littéraire que permet la nouvelle culture française. Même si son roman est très critique sur certaines décisions prises par des cercles de compétence, il n’en est pas moins pour ce système. Pour terminer, il remercie ses lecteurs et se félicite de l’impact de son œuvre.

L’agent de sécurité du territoire demande le huis clos. Il voudrait supprimer l’accès du public à ce qu’il considère comme des informations vitales autour du moral des Français. Le compte est fait. Les trois citoyens volontaires moins la voix du public. On retombe à treize. Il n’est pas superstitieux. Le cercle serait valide.

Les deux militaires le soutiennent du regard. Un premier vote est effectué. 5 pour, 12 contre. Le débat reste public.

Un premier écrivain prend la parole. Il modère tout d’abord la valeur de l’œuvre, écrite à la va-vite, ne respectant pas les règles classiques d’un roman équilibré. Selon lui, il faudrait aussi réécrire la scène de sexe pour qu’elle se passe plus en milieu de roman qu’au début, ce qui différencierait déjà un peu ce roman d’un quelconque « bouquin de gare‭ ».

L’homme à la sucette se dit qu’effectivement la réforme des institutions comporte encore quelques faiblesses et qu’il reste encore des archaïsmes à gérer. L’académie Française en est un bon exemple. Nommer des « immortels‭ » à vie n’est pas spécialement un facteur d’évolution viable, surtout qu’ils occupent la fonction tardivement dans leur carrière. Et manifestement, il faudra quelques décennies pour que cet esprit brillant il y a encore quelques années puisse à nouveau rayonner comme alors, enfin débarrassé des scories de la vieillesse qui lui ont quand même fait perdre le contact de la réalité du commun des mortels. Dommage que le livre n’en parle pas. Il faut dire que l’auteur, très ambitieux, affectionnerait peut-être un jour un siège au sein de cette docte assemblée. Puisant dans ses souvenirs de lecture, l’homme à la sucette sourit malgré la gravité de la situation. Il retrouve les mots « nouveaux‭ » d’un certain commissaire, dont le créateur refusait de son vivant de faire partie de l’Académie qui « épingle‭ » les mots dans un gros livre en leur ôtant toute vie.

Le politologue reconnaît quelques défauts, comme la désignation des membres de cercle qui parfois se fait sur l’initiative d’un seul homme pas toujours défini. Remettre cette charge à un président serait aussi museler l’initiative. Le débat public par contre s’impose toujours, surtout que l’audience est bien plus élevée qu’autrefois grâce aux infos « éducation civique‭ ». Des lois comme la DADvSI en 2006 ne pourraient plus passer inaperçues du grand public. L’accusation d’une possible confiscation du système par une entité sectaire ou un seul parti politique est aujourd’hui impossible, car les cercles changent souvent et le programme de l’instruction d’état nécessaire pour en faire partie est discuté en public. Enfin, les horaires de vote sont définis à l’avance afin de permettre la plus grande participation possible.

Le militaire le plus gradé (avec pleins d’étoiles sur son béret) prend la parole. Selon lui, une fois que la composition d’un cercle est terminée, il y a mise en comparaison des dossiers sur le parcours éducatif et professionnel des intervenants. Il ne peut y avoir de copinage excessif.

Un citoyen demande alors pourquoi chaque individu est si lourdement fiché par le système informatique d’état et si une tyrannie pourrait opprimer ses concitoyens avec ces données.

C’est le statisticien qui répond.

— Pendant des années, nous avons pensé que la dispersion des données d’une personne sur des bases différentes limitées au strict usage nécessaire par l’organisme de gestion concerné était un moyen de préservation contre la tyrannie. En fait, c’était la porte ouverte à des abus non constatés car disséminés un peu partout. Il y avait aussi redondances d’information d’où perte de temps et risques d’erreurs.

De nombreux courriers papiers donnaient lieu à des corrections aléatoires et finalement, la méthode empirique profitait au désordre. Les données conservées sur des serveurs Supra-Net sont accessibles par l’intermédiaire de masques de saisie ou de lecture avec identification et traçage de l’information. Ces masques sont vérifiés et validés avant chaque mise en service. Il est impossible d’utiliser des requêtes non autorisées sur les bases. S’il faut créer des champs de données spécifiques, ce sont les informaticiens d’états qui s’en chargent. La vitesse des échanges sur le Supra-Net permet aux organismes de n’utiliser que des navigateurs pour traiter les bases de données. La maintenance du système est effectuée par des hommes de confiance dont la probité et les euros-comptes sont vérifiés périodiquement. Les données de chacun sont donc bien protégées et les fonctionnaires autorisés ne peuvent consulter que la part qui leur revient. La police et l’Intérieur peuvent utiliser l’ensemble des données pour faire un recoupement, mais cette fois ce sont les hommes de direction et les fonctionnaires responsables qui sont sur-contrôlés. Dans les équipes, il faut toujours un pourcentage minimal de personnels de chaque parti déclarés supérieurs à 10% du vote de la dernière consultation nationale. Aux citoyens ensuite de s’exprimer et de donner leur voix à tel ou tel parti.

Mais un parti ne peut seul utiliser ces données contre la population. Pour terminer, chaque champ de donnée a fait l’objet d’une étude, d’une demande, d’une vérification de pertinence, et d’un vote durant la tenue d’un cercle spécialisé…‭

Un passage du « Cercle sombre‭ » retient l’attention d’un politicien. C’est celui qui suppose la trahison de trois membres du Premier Cercle, ainsi que la menace pesant sur deux de ces membres. Ainsi, une fraction de cette importance peut influencer le vote de la légalisation de l’emploi des drogues douces dans la quête de la vérité et de la foi. Il y a là suspicion éhontée sur des citoyens au-dessus de tout soupçon et aisément identifiables.

C’est cette fois le politologue qui répond.

— Ce ne serait pas la première fois que dans une œuvre de fiction, les personnages aient de hautes fonctions, voire la plus haute fonction. Nous sommes au début d’un nouveau système politique et social. Il est normal que le premier mandaté soit aussi « suspecté‭ » qu’un ancien président pour rendre la fiction compatible avec la réalité. Néanmoins, la subornation de cinq membres du Premier Cercle ne peut permettre de grosses réformes. Le vote public sera toujours utilisé. Le renversement du Premier Cercle de l’exécutif par le Cercle de Mécontents Notoires est de plus toujours possible et les lois des trois derniers mois sont réexaminées dans ces cas-là. N’oublions pas aussi l’obligation de vulgarisation des textes qui en permet la lecture par le citoyen lambda.‭



Le délégué à la Culture, président de séance prend alors la parole.

— Ce passage sera donc épargné ainsi que celui ayant attrait à…, horreur, ma propre fonction. Vouloir m’ériger ainsi comme un infâme censeur… comme au plus mauvais temps de la mise en place de lois censées protéger la culture du piratage numérique. Je devrais en être vexé et non, mon cher auteur, aujourd’hui, comme demain j’espère, Culture ne rimera pas avec censure puis déconfiture…‭

— Monsieur le Président, plaide alors le second militaire, ce livre s’attaque à la légitimité de notre constitution, de nos infrastructures… Il s’en prend à notre politique de défense, à la conduite des opérations et enfin à notre compétence à traiter le conflit en cours. Les citoyens font de gros efforts pour supporter cent cinquante mille soudards sur leur territoire. Nous-mêmes aimerions les balayer d’un revers de la main, mais nous savons combien leur contre-attaque nous coûterait en vies humaines et cette fois en civilisation perdue. Ce livre est un danger, car il prétendrait utiliser l’orgueil national pour nous lancer dans une guerre plus classique et oh combien hasardeuse…‭

— C’est votre opinion. Mais est-ce celle des citoyens ? Cette fois, nous posons bien la question « Après lecture du ‘cercle sombre’, pensez- vous qu’il faille écraser les Américains tout de suite dans leurs cantonnements. Dix minutes de réflexion. Nous relèverons ensuite les compteurs favorables, défavorables, ne savent pas, s’en moquent, proposent une autre solution.‭

Dix minutes plus tard

« Une nouvelle question sondage. ‘Après lecture du ‘cercle sombre’, pensez-vous que nos institutions soient en danger, qu’elles doivent évoluer, qu’il faille les abandonner, ne savent pas, s’en moquent, proposent une autre solution‭ » Attention, cette inspiration doit être une conséquence de la lecture de ce roman, pas être un avis précédent…‭ »

Encore dix minutes plus tard.

— À la lecture des résultats, nous pouvons constater que le livre pose problème à 30% des personnes interrogées qui ont répondu. C’est un résultat qui effectivement impose de prendre certaines mesures‭.

L’homme à la sucette demande la parole et l’obtient.

— Bonjour Messieurs. Comme vous pouvez le constater, mon visage est brouillé et ma fonction dans ce cercle comme au-delà n’est pas indiquée. Je peux vous dire sans devoir vous faire assassiner ensuite que mon travail est très lié avec la présence des Américains chez nous.

J’ai lu ce roman avec attention. Comme le faisait remarquer monsieur l’académicien, ce n’est pas un chef d’œuvre littéraire. Mais ce livre a un très grand mérite selon moi et fera date historiquement. Il est le premier du genre.

Il accuse notre système de trahison. Il « démonte‭ » le mécanisme des cercles de compétences pour mieux y placer le grain de sable ou la bombe. Il provoque sciemment l’autoritarisme présumé de notre société numérique. Ne lui donnons pas cette censure si ardemment recherchée. Donnons-lui les arguments cités pour sa défense afin de se préserver d’un jugement qui le ferait s’élever au rang de martyr de la littérature et de la liberté.

Et puis, à part des raisons de sensationnalisme, l’auteur peut être réellement de bonne foi. Certaines remarques sont d’ailleurs pertinentes et je pense que la lecture de ce roman par le plus grand nombre peut nous aider à valider des solutions pour faire face à certaines faiblesses.

Nous sommes en guerre. Faisons preuve d’intelligence. Après une petite préface de notre cercle indiquant que nous avons lu ce livre, qu’il a été qualifié de roman remue-méninges, et que nous l’acceptons tel quel comme délassement culturel avec des remarques pertinentes.

À la fin du livre, répétons notre message justifiant notre politique vis-à-vis de l’envahisseur et mettons en avant les éléments non développés par l’auteur, éléments dont l’absence peut permettre un avis erroné.

Enfin proposons le même vote que précédemment avec les auditeurs d’aujourd’hui. Nous pourrons ainsi être en phase avec notre population, garder sa confiance dont nous avons besoin pour pouvoir sereinement agir pour le bien de tous.

Nous ne devons pas museler l’opposition, mais en tenir compte pour ne pas qu’elle nous gêne comme pour ne pas nous tromper. Nous devons rappeler que nous ne sommes pas au pouvoir pour nous en conserver la jouissance personnelle, mais pour le conserver pour tous dans toute son efficacité, sa justice et sa clairvoyance.

Ce que je dis est un peu pompeux et maladroit, mais si le fond vous convient, faisons confiance à notre délégué à la culture, aux académiciens et même à l’auteur pour apporter tout le soin nécessaire à sa rédaction.‭

La tenue du cercle fut donc reportée au lendemain avec proposition d’une préface et d’une postface. L’auteur aurait voulu « adoucir‭ » certains traits grossiers de sa caricature, mais il ne fut autorisé qu’à les critiquer lui-même en fin de livre. En effet, même s’il restait maître de son texte, comme c’était son droit le plus absolu, compte tenu du fait qu’il avait été publié une fois tel qu’il l’avait voulu, sa modification ayant pu être considérée comme un acte de censure contredisant la préface. Il fut obligé de s’abstenir de le modifier pour une période de dix ans. Sa sanction fut donc de voir son œuvre polémique réduite à sa valeur intrinsèque au lieu de se gonfler d’une importance conjoncturelle et artificielle. Il aurait dû y penser plus tôt et s’appliquer un peu plus avant la diffusion.

Malheureusement, cela ne l’empêcha pas d’avoir eu raison sur certains points… ce que la suite des événements prouva mais c’est déjà une autre histoire.

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Table des matières
  1. Préface de Jack Minier
  2. Présentation par l’auteur (mars 2013)
  3. D. Day Two
  4. Veille d’élection
  5. Un enlisement perceptible
  6. Fuite à Varennes
  7. L’Appel du petit Kaporal
  8. La Net Révolution
  9. La cache aux serveurs
  10. La Campagne de France
  11. Franck
  12. Manifestation tragique
  13. Une défaite sans combat
  14. Contre-Attaque
  15. Brian
  16. Chantage en chanson ou ratage en rançon ?
  17. Véra S.
  18. Nuit d’amour
  19. L’homme de l’ombre
  20. Le Site Assassiné (Elsa et Christian)
  21. Fusions chaudes
  22. 14 juillet en berne
  23. Expulsion
  24. Fils de héros
  25. Prise du Net pouvoir
  26. Épuration idéologique
  27. Supra Net
  28. Enrôlé
  29. Derrière les barreaux
  30. Alain
  31. Puces motos à Niort
  32. Bienvenue Major DAD
  33. Camps de redressement
  34. Les DRM passent dans les mœurs
  35. Honneur et décadence
  36. Manifestations
  37. Dure journée
  38. Triste conjoncture
  39. Captivante captivactivité
  40. Die Hard 2
  41. Un scénario pour l’été 2007
  42. Avis de tempête
  43. La voiture qu’il nous faut
  44. Installation
  45. Le mariage d’Elsa et Christian
  46. Jasmine
  47. Souriez, vous êtes filmés
  48. Die Hard 3
  49. Night hard too
  50. Rafle au réveil
  51. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Préambule
  52. Escapade
  53. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ D’est en Ouest
  54. Incarcérations
  55. Palpitations
  56. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Bombannes
  57. Le Pouilleux
  58. Interrogatoires
  59. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Promenade au bord du lac
  60. Contre espionnage
  61. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Tourisme
  62. La plus belle des prisons ?
  63. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Commando malgré lui
  64. Cœurs froids banlieues chaudes
  65. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ retour précipité
  66. Les horreurs de la guerre
  67. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Dernier jour de plage
  68. Au bout du monde
  69. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Odyssée Épilogue
  70. Un nouveau départ
  71. La Boite de Nuit‭ :‭ Acte 1
  72. Sombres prémices
  73. La Boite de Nuit‭ :‭ acte 2
  74. Pour toujours
  75. Musique de guerre
  76. Postface
  77. Les Bonus
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