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Guerre contre les Majors V 1.9913

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 25 février 2013 à 21h02

Dernière modification : 7 avril 2013 à 20h23

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Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Odyssée Épilogue

27/06/2006, 23:53

Il va pouvoir sortir ce soir du trou dans lequel il se cache depuis plus de vingt-quatre heures.

À peine débarrassé du binoclard, il a marché le long de la piste qu’il avait empruntée à l’aller. Et de temps en temps, il est sorti de la piste sur une centaine de mètres puis a fait marche arrière à reculons dans les traces. À la cinquième fois, il est revenu en arrière, a repris une des escapades dans les pas et à la moitié, il a sauté dans les fourrés souples le plus loin possible. Deux ou trois bonds plus loin, à l’abri des regards, il a creusé un trou et s’est ensablé, sa serviette le protégeant du sable dont il s’est recouvert. Il a quand même une entrée d’air qui passe par la bouteille en plastique dont il a crevé le fond. Elle est cachée par des mousses sèches, des brindilles et un panicaut séché.

Il a entendu les hélicos, les chiens, les patrouilles. La soirée, la nuit. Les hélicos devaient avoir des dispositifs de vision nocturne et des détecteurs de chaleur, mais à travers le sable, ceux ci ne fonctionnent pas.

Il sait que sa chance, c’est ce soir, à la tombée de la nuit, à couvert, quand les détecteurs ne peuvent pas fonctionner à cause du sable encore chaud de la journée.

Quant aux patrouilles terrestres, les hommes doivent penser qu’il est loin et que c’est peine perdue de grenouiller dans le coin.

Enfin, il ne va pas retourner vers Bombannes à l’est, mais vers le fond de la nasse, le nord, car la logique voudrait qu’un fuyard à pied passe vers le sud, vers Carcans Océan, pour ensuite descendre vers Bordeaux.

Par le nord, la Gironde gêne tout véhicule automobile pour quitter le Médoc.

Ce que ne sait pas l’homme à la sucette, c’est que la densité américaine est plus importante au nord de Bombannes. Sa chance, c’est que les Américains pensent que justement, il va aller au sud pour contourner le lac puisque ils sont au nord. C’est d’ailleurs là que vont patrouiller les hélicos cette nuit-là.

L’homme à la sucette a fini toutes ses maigres provisions. Il conserve néanmoins son sac et il a laissé au fond du trou tout le poids inutile. Il a ensuite rebouché celui-ci à moitié, afin qu’il se remarque moins.

Il avise un pare-feu assez fréquenté dans les dernières heures. Il y a des traces de pneus dans les sillons du chemin, et les herbes centrales sont cassées en maints endroits. Il part en footing en courant au milieu. Ainsi, il ne laisse pas de traces visibles flagrantes. Au bout d’un quart d’heure, il rejoint précipitamment le couvert. Une patrouille motorisée passe. Les hommes sont loin d’être attentifs.

Même chose dix minutes plus loin. Il a été averti de la présence du check-point par les palabres entre deux soldats. Dans une vraie guerre, ils seraient déjà morts. L’homme à la sucette se demande combien de temps il faudrait pour se débarrasser des troupes sur le sol français.

Il y aurait surtout beaucoup de victimes avec des armes légères, mais une attaque simultanée de toutes leurs implantations est déjà prévue pour le cas où la situation deviendrait insupportable. Seulement, il y aurait un deuxième débarquement. Les américains ont assez de troupes pour ça, et cette fois les combats seraient très meurtriers, surtout pour la population.

Il les contourne donc, puis tombe dans un no man’s land. La forêt a brûlé dernièrement ici. Il n’y a plus de fourrés au sol et les arbres sont noircis à la base. Leur cime doit encore être verte pour certains, mais aucun ne survivra. Il remarque les lumières vives à l’est, et les ombres des patrouilles et des sentinelles fixes.

« Mieux vaut ne pas traîner dans le coin, c’est une base‭ » pense-t-il. Encore une heure, et il tombe sur la route conduisant à Hourtin plage.

Encore une fois, il peut constater le passage de patrouilles de trois véhicules. Les américains sont quand même sur les dents.

Il ne sait pas que ces patrouilles sont en place pour dissuader une action de même type que la veille, et non pour le rechercher. Sinon, il aurait droit à un filet aux mailles serrées, comme au sud. Mais pas à ce niveau. Il l’aurait rencontré plus tôt. Seulement les effectifs de la base ne pouvaient assumer à la fois des patrouilles bien armées pour faire face à une vingtaine d’incendiaires saboteurs et une chasse à l’homme sur des dizaines de kilomètres carrés.

Pour l’homme à la sucette, cela veut dire dix kilomètres à pied en plus.

Mais cette fois, plus d’américains, sauf sur la route entre Hourtin plage et Le Pin Sec. Car les pare-feu sont bloqués par des barrières dont seuls les pompiers ont les clés. Mais si ces barrières arrêtent des 4x4 et « préviennent‭ » quand elles sont relevées, elles n’empêchent pas le passage d’un homme.

Une heure et demie plus tard, l’homme à la sucette arrive au camping du Pin sec. Il est deux heures du matin. Bonne heure, pour boire un coup et prendre une douche. D’ailleurs, un campeur indélicat a laissé sa bouteille de gel douche quasi vide. Un peu d’eau à l’intérieur, on secoue, et les dernières molécules de savon tonifiant au citron revigorent l’homme à la sucette, en le débarrassant de sa sueur et des grains de mica qui encombrent ses pores et ses cheveux. Il a à nouveau l’impression de respirer même par la peau.

Son estomac crie famine. Il y a quelques campeurs. L’homme à la sucette fait taire quelques principes et s’introduit sous une tente quatre places, équipées de deux chambres indépendantes avec moustiquaire et porte zippée.

Il subtilise rapidement dans le tas de « victuailles‭ » présent une boîte de chocolat en granulés et deux boîtes de biscuits au chocolat. Il n’a pas envie de cuisiner à cette heure. Les locataires continuent de ronfler du sommeil du juste.

Afin de ne pas s’acharner sur une seule victime, l’homme à la sucette « emprunte‭ » une voiture louée à la collectivité pour la durée des vacances. C’est d’autant plus facile qu’il sait activer le circuit de démarrage parallèle, qui évite d’avoir la clé de contact. Ce circuit est justement prévu pour les agents en mission ayant « perdu‭ » leur véhicule initial. À son retour, il s’arrangera pour qu’ils soient dédommagés.

Il y a aussi un système wi-fi pour pouvoir communiquer mais celui ne sert que lorsque il est en contact avec les bornes de circulation. Mais le Médoc n’est pas équipé.

Il prend alors la route de Montalivet. Il échange sa voiture avec une autre, repart sur Vendays puis prend la route de Lesparre. À son arrivée vingt minutes plus tard, il trouve la ville endormie et déserte. Elle lui semble petite pour une ex sous-préfecture. Maintenant, elle est la capitale officielle du Médoc, même si Pauillac dispose de plus d’industrie. Il prend justement la direction de Pauillac. La ville a un petit port avec des barques. Il peut y avoir des contrôles, justement parce qu’il y a possibilité de traverser, comme au Verdon. Avec une voiture « de touriste‭ », de nuit, il n’y échappera pas.

Il avise un château au milieu des vignes. Dans la cour, il y a une fourgonnette. Il va se garer dans un petit bois plus loin, puis revient vers le château.

Une ombre noire accourt lourdement à son arrivée. L’homme à la sucette sort son couteau. Sa main se crispe. Un doberman se précipite sur lui manquant presque le renverser. Il appuie frénétiquement ses deux pattes sur son torse en gémissant.

— Du calme le chien, du calme‭.

Il le caresse et range son arme. L’animal, assez jeune, n’est pas dressé pour être gardien. Et il est plutôt sociable. En fait, il a fortement envie des biscuits qu’il a encore dans son sac à dos.

L’homme à la sucette fait donc ami-ami avec lui grâce à eux et le fait monter dans la fourgonnette. Elle est pleine de caisses de vin. La tentation est forte. Boire ou conduire, soit, mais juste un petit coup, c’est agréable. Une silhouette bouge au loin. L’homme à la sucette se crispe. Mais celle-ci semble bouger, mais ne pas se rapprocher. C’est donc lui qui va à sa rencontre. Il s’agit d’une salopette suspendue à un fil. Elle est encore un peu humide, mais elle fera l’affaire. Car pour l’instant, l’homme à la sucette est toujours en short. Elle est un peu grande, mais de nuit, personne ne le remarquera.

Deux fils tranchés. Zut. Un autre. OK, le moteur démarre. Tandis qu’il s’éloigne, une lumière s’allume derrière les volets clos du premier étage. Trop tard pour le propriétaire.

Encore dix minutes. Et c’est un check-point à l’entrée de Pauillac. L’homme à la sucette renverse un peu de vin dans la fourgonnette, puis s’en envoie une rasade. Il a beau boire un bon château, l’américain ne retiendra que son odeur de vinasse.

— Bonsoir Monsieur, papers please

— Euh ouais on peut plus rentrer chez soi tranquille maintenant ?

— Papers Monsieur…

— Oui, un instant mon gars. Pff il est tard. Et ben merde, j’retrouve plus mon larfeuille dis donc.

— Descendez Monsieur

— Oui, oui, je descends, vous fâchez pas.‭

L’homme à la sucette descend lourdement, l’air très fatigué. Le chien aboie. Les américains relèvent leur canon.

— Eh, zallez pas tuer mon chien. Ta gueule max‭.

Le chien aboie de plus belle.

L’homme à la sucette passe à l’arrière, ouvre les portes. Le chien approche. Il le caresse énergiquement et lui tient la gueule pour le faire taire.

— Tais-toi, max. Tu vas nous faire arrêter. Oui, c’est bien. Brave chien‭.

Un gradé rejoint les deux soldats.

— Mon capitaine‭, dit l’homme à la sucette au nouveau venu, caporal de son état, je vas vous esspliquer‭…

Celui-ci lorgne sur le chargement.

— Mon capitaine, j’ai pas mes papiers. J’ai suis allé chez Francis et on a pris l’apéro après avoir chargé le fourgon. Et après, on a mangé, et puis il s’est fait tard et il est bien tard, mais on n’a pas que bu. Je suis pas saoul‭.

— Je vois que vous être très content‭.

— Ah oui, j’ai pu acheter ce lot de bouteilles pour un bon prix. Il vieillira bien, si on lui laisse le temps‭.

— C’est de la contrebande‭.

— Ah non, j’ai les papiers pour le vin, même si j’ai oublié mon blouson chez Francis‭.

— Je vais avoir à confisquer ce vin‭.

— Attendez de voir les papiers… mais, pour mes papiers que j’ai oubliés‭.

— Je vais avoir à vous enfermer‭.

— On peut s’arranger. Allez, je vous donne une caisse.‭

Joignant le geste à la parole, l’homme à la sucette tire une caisse vers l’extérieur et la laisse tomber. Le verre brisé lui arrache alors quelques larmes.

— désolé mon capitaine, prenez-en une vous-même. J’ai les bras en coton‭.

— Grrr ouah ouah‭.

— Max, tais-toi, mon chien.‭

Les deux soldats rigolent. L’homme à la sucette attrape le chien, le fait descendre.

— Allez-y. Une caisse chacun. Je le tiens‭.

Les trois hommes profitent de l’aubaine en riant.

L’homme à la sucette ramasse la caisse aux bouteilles brisées et la recharge maladroitement dans la fourgonnette.

— J’ai pas loin à faire pour dormir. Je vais dormir au bar de la place de la mairie. C’est pour lui le vin‭.

— OK go away‭.

— Merci les gars. Heureusement vous êtes très sympas. Dites, vous n’auriez pas une casquette que je pourrai mettre pour aller à la chasse ?‭

— Fuck. Go away‭.

— OK OK Tant pis. Bonne nuit les gars‭.

L’homme à la sucette entre dans Pauillac avec sa fourgonnette aux couleurs d’un excellent château. Il la gare devant un bar proche des quais, caresse une dernière fois le brave chien et se dirige vers les quais.

Ceux-ci sont déserts. La Gironde est assez large à traverser. Mais il a une sécurité. Il y a en effet une île au centre. Il peut traverser droit vers elle, puis la longer en suivant le courant, et enfin rejoindre l’autre rive.

Les bateaux sont verrouillés, mais il y a une barcasse avec le 9,9 de secours en place. C’est assez culotté de traverser avec ça, mais il n’a pas l’intention de remonter le courant. Il dérivera donc durant la traversée.

Il y a assez de mélange dans le réservoir, enfin il l’espère. Un petit coup sur la poire, contact, et le moteur démarre à la troisième sollicitation du lanceur.

Il n’y a pas de problème même s’il n’avance vraiment pas vite. Il décide pour ne pas perdre de temps, de viser directement l’extrémité de l’île de Patiras. La Garonne se fait se fait Gironde quand les eaux séparées par la terre se mêlent à nouveau.

L’homme à la sucette regarde maintenant la rive opposée, celle de la délivrance. Il voit un ensemble de lumière assez vive au loin.

« Doivent pas payer l’électricité dans ce patelin‭ » est sa première réflexion. Puis il réalise en réfléchissant, qu’effectivement ils ne manquent pas de courant à cet endroit-là. C’est la centrale nucléaire de Braud Saint Louis.

Il espère que les légendes de requins qui remonteraient les eaux plus chaudes de la Gironde sont infondées.

Mais ce qu’il voit alors le terrifie, de surprise et parce que de nuit, c’est assez impressionnant. Il doit y avoir encore cent cinquante mètres avant d’atteindre la berge. Et un mur d’eau de presque un mètre, venant de la mer, vient à sa rencontre. Le mascaret. Dans un dernier réflexe, il tente de pointer l’avant de la barque vers la vague. Mais il est trop tard.

Il chavire.

Il se débarrasse de son sac et parvient à se dégager de la salopette.

Puis il nage vers la berge. L’eau est fraîche et boueuse. Mais elle est beaucoup moins polluée que quelques années auparavant. Il atteint enfin la berge, épuisé. Celle-ci en cet endroit est assez ferme. Il faut se méfier. À certains endroits, il peut y avoir des sables mouvants, mélange de grains très fins et de vase.

Le coin n’est pas très peuplé, mais à la première maison qu’il trouvera, il y aura le supra net. Il va pouvoir prévenir ses services qui s’occuperont de venir le récupérer.

Les vacances sont terminées.

Chapitre suivant : Un nouveau départ

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Table des matières
  1. Préface de Jack Minier
  2. Présentation par l’auteur (mars 2013)
  3. D. Day Two
  4. Veille d’élection
  5. Un enlisement perceptible
  6. Fuite à Varennes
  7. L’Appel du petit Kaporal
  8. La Net Révolution
  9. La cache aux serveurs
  10. La Campagne de France
  11. Franck
  12. Manifestation tragique
  13. Une défaite sans combat
  14. Contre-Attaque
  15. Brian
  16. Chantage en chanson ou ratage en rançon ?
  17. Véra S.
  18. Nuit d’amour
  19. L’homme de l’ombre
  20. Le Site Assassiné (Elsa et Christian)
  21. Fusions chaudes
  22. 14 juillet en berne
  23. Expulsion
  24. Fils de héros
  25. Prise du Net pouvoir
  26. Épuration idéologique
  27. Supra Net
  28. Enrôlé
  29. Derrière les barreaux
  30. Alain
  31. Puces motos à Niort
  32. Bienvenue Major DAD
  33. Camps de redressement
  34. Les DRM passent dans les mœurs
  35. Honneur et décadence
  36. Manifestations
  37. Dure journée
  38. Triste conjoncture
  39. Captivante captivactivité
  40. Die Hard 2
  41. Un scénario pour l’été 2007
  42. Avis de tempête
  43. La voiture qu’il nous faut
  44. Installation
  45. Le mariage d’Elsa et Christian
  46. Jasmine
  47. Souriez, vous êtes filmés
  48. Die Hard 3
  49. Night hard too
  50. Rafle au réveil
  51. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Préambule
  52. Escapade
  53. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ D’est en Ouest
  54. Incarcérations
  55. Palpitations
  56. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Bombannes
  57. Le Pouilleux
  58. Interrogatoires
  59. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Promenade au bord du lac
  60. Contre espionnage
  61. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Tourisme
  62. La plus belle des prisons ?
  63. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Commando malgré lui
  64. Cœurs froids banlieues chaudes
  65. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ retour précipité
  66. Les horreurs de la guerre
  67. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Dernier jour de plage
  68. Au bout du monde
  69. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Odyssée Épilogue
  70. Un nouveau départ
  71. La Boite de Nuit‭ :‭ Acte 1
  72. Sombres prémices
  73. La Boite de Nuit‭ :‭ acte 2
  74. Pour toujours
  75. Musique de guerre
  76. Postface
  77. Les Bonus
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