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Guerre contre les Majors V 1.9913

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 25 février 2013 à 21h02

Dernière modification : 7 avril 2013 à 20h23

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Les horreurs de la guerre

13/06/2006, 23:02

Avertissement avant lecture

Un sujet un peu dur proposé ce soir-là.

On plonge dans le passé de l’homme à la sucette.

Ne pas oublier qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Mélange historique avec souvenirs et contexte personnellement vécus mais en aucun cas une histoire pouvant en rappeler une réelle. Mon but n’est pas de prendre parti car les guerres ne sont pas celles qu’on croit (ou qu’on nous montre). Donc, j’ai essayé de respecter les deux camps en espérant qu’aujourd’hui ils parviennent à vivre en paix.

Bosnie, août 1995.

L’ex-Yougoslavie attend un nouveau belligérant annoncé‭ :‭ La FRR (Force de Réaction Rapide).

Cette force multinationale européenne va tenter de pacifier le pays. Car la politique d’interposition de l’ONU ne fonctionne plus et l’affaire des quatre-cents casques bleus otages, entre autres « péripéties » en a montré les limites.

Quelques postes de commandement se sont montés en précurseurs. Des forces présentes sur le théâtre d’opération ont changé la couleur de leurs casques et sont susceptibles de mener des opérations offensives. Les forces anglaises, françaises, italiennes et espagnoles sont les plus concernées. Des observateurs américains s’invitent aussi. Néanmoins, l’ONU reste en place.

Il n’est pas vraiment possible de prendre parti et de faire de grandes opérations d’envergure sans risquer compromettre les efforts de paix, la sécurité des casques bleus répartis en petites unités isolées très nombreuses et des nombreux civils (ONU, ONG) qui apportent médiations et soutiens aux populations locales.

Enfin, le pays, montagneux, dispose de nombreux sites inexpugnables qui pourraient permettre une résistance efficace en cas de conflit majeur. Il faut aussi compter avec les capacités de résistance légendaires à travers l’Histoire depuis le Moyen-Âge pour tous ces peuples qui se sont entre-mêlés au cours du temps sans parvenir à se comprendre au hasard des guerres, des envahisseurs et du relief…

Les soldats de la FRR, par contre, sont aptes à effectuer des actions de représailles. Ils disposent d’une rapidité d’intervention et de la maîtrise du ciel, mais les quelques véhicules blindés légers sont insuffisants pour l’attaque massive. Des chars lourds sont attendus.

En attendant, les troupes se retranchent derrière des sacs de sable. L’aéroport de Sarajevo est tenu mais des tirs d’armes légères perturbent les décollages et atterrissages.

Souvent, les avions se posent après un pilonnage d’une zone de tir adverse afin d’égayer les braconniers, et les passagers qui en descendent ont les vingt kilos de « peau de locomotive‭ » sur le dos, plus un « bonnet renforcé‭ ».

L’internationalité du conflit se complexifie encore plus quand on prend en considération les mercenaires volontaires d’origine slave pour un camp, et les envoyés d’Allah pour l’autre.

Au centre du conflit, une population victime, apeurée, objet de pression de toutes les factions pour l’inciter à tout et à son contraire, qui tente de fuir, de se protéger ou de survivre. Elle vit au jour le jour dans la précarité permanente, à se méfier de tout le monde. Elle est prise pour cible par des snipers, elle est sur contrôlée par les forces militaires en place à chaque check-point, elle est harcelée par les diverses propagandes, elle est l’objet de toutes les défiances…

Très souvent, on ne voit pas les hommes, mais on croise le regard des femmes, des vieux, des enfants… Ce sont ses regards tristes et accusateurs en bloc qui choquent le plus les soldats occidentaux venus ramener la paix. Ce sentiment d’impuissance à arrêter ces violences malgré leurs efforts et leur implication personnelle les rongent. Ce n’est plus des images d’actualités. C’est la réalité, dans toute son horreur. C’est le corps de cette femme, sans vie, à côté de son enfant qui pleure sans comprendre, alors qu’elle traversait innocemment la rue dix secondes avant. C’est celui de ce vieux qui est mort alors qu’il a crût à la fin de la barbarie en 1945. C’est celui de ses gens qui traversent le pays à pied portant des ballots hétéroclites en espérant trouver la sécurité chez un parent dans une zone plus sûre.

Yves est capitaine. Il est l’adjoint d’une compagnie de parachutistes en France. Il est venu en individuel pour renforcer le PC du détachement de la 11° D.P. à Sarajevo. Il est de toutes les petites missions qui nécessitent la présence d’un officier. Ainsi, les officiers venus en unité constituée ne quittent pas leurs hommes.

Marié, trente ans, deux enfants en bas âge, passionné par son métier, il est heureux. Volontaire pour cette mission, il se démène dix-huit heures sur vingt-quatre au profit de tous, et se débrouille bien. Il a retrouvé ici un camarade de promo, déjà commandant, appartenant au COS (Commandement des Forces Spéciales). Celui-ci lui a assuré, après s’être renseigné, que son futur temps de commandement serait en Cote d’ivoire.

Il a le vent en poupe comme on dit. Et aujourd’hui, il a une mission plutôt sympa à accomplir‭ :‭ apporter sur le mont Igman du matériel de confort pour les troupes françaises qui l’occupent afin d’éviter que Sarajevo soit bombardée. Ce devrait être un boulot de lieutenant, mais au vu du nombre de véhicule, et pour lui offrir une sortie du bunker, son chef a préféré le choisir. C’est quand même mieux qu’une précédente mission, où il s’agissait d’un échange de morts entre belligérants…

La rame de véhicule, arrivée hier de Zagreb (Croatie -Base arrière Onusienne), se prépare au départ au pied de PTT Building. PTT Building, c’est le surnom donné à l’ancienne poste centrale de Sarajevo, mise à disposition par le gouvernement bosniaque, au bénéfice de l’ONU pour stationner des troupes. La grande avenue qui passe au -devant, à quatre voies, et avec au centre deux voies de tramway a été rebaptisée « Sniper Alley‭ ». Car de nombreux immeubles donnent sur cette route et il est impossible de pouvoir surveiller toutes les fenêtres. De nombreuses victimes banlieusardes ont été assassinées alors qu’elles se rendaient à leur travail en ville (ou en revenaient). On se promène peu par plaisir en ces temps troublés à Sarajevo.

L’adjudant chef a fait du bon travail. Tous les conducteurs sont à l’heure. Les véhicules ont été vérifiés. Yves rappelle quelques consignes de sécurité, et routières, et quoi faire en cas de problème. Ces consignes sont archi connues, et d’autant mieux écoutées et appliquées qu’il y a risque d’en avoir vraiment besoin. Elles rassurent aussi. Convaincu qu’il ne manque pas un bouton de guêtre et que chacun sait ce qu’il y a à faire, Yves s’installe dans son VBL (une sorte de jeep blindée) et prend la troisième place du convoi. Un élément précurseur roulera cent mètres devant pour « ouvrir‭ » la route. De même, Yves est en contact radio avec un élément de queue, qui pourra l’informer en cas de problème pour suivre la tête du convoi.

La route est pénible jusqu’au sommet. Elle est étroite et très encombrée, dans les deux sens.

C’est pour cela qu’entre le haut et le bas, il y a formation de convoi, et il n’y a qu’un sens de circulation entre les deux check-point. Ainsi, personne ne se croise en sens inverse, et en cas d’attaque, on peut intervenir en partant des deux côtés à la fois sans être gêné Elle peut être minée, et il y a des risques de tir. Les serbes ont dû quitter les positions sous la pression internationale. La FRR interdit à l’autre camp de l’occuper.

Igman est une ancienne station de ski, et elle n’est plus que l’ombre du temps de sa splendeur, quatre ans plus tôt, pour les jeux olympiques. Les soldats français sont heureux de voir enfin arriver des tentes collectives et des équipements de cuisson supplémentaires supérieur au petit bleuet individuel.

On décharge aussi beaucoup de boîtes de ration. Elles sont bien accueillies quand il y a du choix. Car il leur est arrivé de manger du porc lentilles plusieurs repas de suite. (Boite n° ?). les rations françaises sont bien côtées et on peut les échanger avec des rations anglaises ou américaines. Les français y perdent au change, bien qu’ils y trouvent une variété plus étendue de menus. Parfois, quand ils ont réussi à acheter avec leur argent personnel des vivres frais à la population locale, les soldats français, en plus des bonbons et des biscuits (pain de guerre) qu’ils gardent pour les enfants, donnent carrément des rations complètes à une famille sur la route, un vieux dans un village, un enfant à un carrefour…

Il y a aussi quelques remontants alcoolisés. Yves partage donc une bière avec un jeune lieutenant bloqué ici depuis un mois. Le stress est fort. Parler fait du bien. Et lui pourra être l’ambassadeur de ces soldats qui ont l’impression d’être oubliés, par un commandement qui en bas, dispose, en comparaison, d’un confort et d’un luxe pharaonique‭ :‭ des douches chaudes, des toilettes à chasse d’eau, un lit picot avec un petit matelas de mousse, un foyer où acheter des revues et des articles de confort et d’hygiène, un accès téléphone très cher, mais possible avec la famille, et surtout des murs, qui protègent des balles, qui permettent de se déplacer sans avoir vingt kilos sur le dos en permanence, qui permettent de ne pas penser à la balle fatale, qui permettent enfin d’être un peu seul un moment aussi…

Et puis, c’est le retour vers Sarajevo. Yves reconstitue les drames dont les lieux traversés ont gardé la trace. Dans la campagne, ce sont des maisons isolées, sans toiture et les murs fissurés. C’est l’œuvre d’une bonbonne de gaz. Les habitants ont déserté la maison. Leurs voisins, d’une autre ethnie, et souvent sous la pression des plus excités du coin, sont alors entrés en effraction, se sont servis, puis ont mis une bougie a la bonne hauteur dans une pièce fermée, avec une bonbonne de gaz ouverte. Quand le gaz arrive à la hauteur de la flamme (ont-ils poussé le vice à calculer le temps nécessaire, et la descente de la bougie qui s’est consumée), le mélange air gaz est dans les proportions optimales pour l’explosion. Les toits sont soufflés. Les murs ébranlés. Ensuite, le bois des charpentes a été récupéré pour le chauffage. Les hivers sont rudes dans ce pays montagneux.

Ailleurs, c’est un mur qui a gardé les traces d’impact des balles, ou la suie d’une grenade. Et souvent, les gens malheureux alentours sont des coupables qui regrettent ceux qu’ils ont fait fuir par peur, par représailles, par manipulation…de leurs propres dirigeants.

Un quartier qui a énormément souffert à Sarajevo, c’est le quartier qui borde l’aéroport. Des batailles rangées y ont eu lieu, où chaque maison, chaque mur a été pris et repris plusieurs fois. Il existe encore quelques habitants qui ne savent où aller, mais sinon, ce champ de bataille, aujourd’hui nocturne à cause de la présence internationale qui le traverse chaque jour, porte les stigmates d’une vrai guerre.

C’est la première chose que voient les nouveaux arrivants et les cous se raccourcissent comme si les têtes pouvaient rentrer dans les gilets de plomb.

À son retour, Yves croise le vaguemestre.

Le vaguemestre, c’est le copain à tout le monde. C’est celui qui distribue le courrier qui arrive par avion. Il doit savoir où vous êtes pour ne pas mettre l’enveloppe ou le colis dans la mauvaise boîte aux lettres. Parfois, il se fait aider par les secrétaires des compagnies qui connaissent leurs personnels. Une fois arrivé, le courrier est distribué le plus vite possible. Indispensable au moral, un vaguemestre qui boit une bière au retour de l’aéroport avant d’avoir fini le tri se fait lyncher. Les vols étant irréguliers, les horaires de travail pour lui le sont aussi. C’est un travail très prenant, avec une grosse responsabilité, mais finalement très gratifiant quand on le fait bien.

Il sert aussi à un petit trafic. Le tabac étant détaxé en Bosnie, les fumeurs s’envoient des cartouches de cigarettes à leur domicile pour le retour. Leur « avance de solde‭ » y passe pour certains. Les non fumeurs envoient aussi pour quelques copains. Il doit donc respecter ses horaires d’ouverture et être rapide pour l’enregistrement des colis.

— Vous avez du courrier, mon capitaine

— Merci. Mets-le avec celui des gars. Qu’ils sachent qu’on m’écrit à moi aussi‭.

La solitude du commandement… surtout quand on vient en individuel. Yves ne commande pas ici. Mais en tant que cadre, il jette un coup d’œil sur les secrétaires du PC, mal encadrés d’avoir trop de chefs, et aucun pour s’occuper de leurs problèmes.

En plus, ils sont en 36/12, à savoir trente-six heures de présence pour une nuit tranquille. Bien sûr, dans leur nuit de « permanence‭ », ils peuvent dormir deux à quatre heures mais pas d’affilée. Si un message urgent tombe aux transmissions, c’est eux qui vont le chercher et qui contactent le commandement. Mais personne ne fait l’effort de demander un troisième personnel. Et puis, sur le terrain, c’est garde des quartiers, reconnaissance, garde des check-points sept jours sur sept.

Dans l’action, personne ne se plaint. De plus, tout le monde sait qu’« il va se passer quelque chose‭ » à un moment ou à un autre, car la montée en puissance de la FRR se précise de jour en jour et chacun est fier d’être là pour un moment important.

Diplomatiquement, les officiers qui parlementent pour renouer le dialogue entre serbes et bosniaques font bien valoir qu’il y aura neutralité, mais que s’ils ne prennent pas des choix concertés, ce seront les Européens qui « feront au mieux‭ » avec les exigences de chaque camp et qui imposeront la solution qui leur semblera, à eux, le plus juste.

L’ami de Yves quant à lui sillonne la région afin de mettre des cartes à jour pour évaluer les forces en présence, la qualité des axes de déplacement etc. etc.

Sur le terrain, des équipes du COS, du 1° RPIMa, du 13 RDP assistée de personnels spécialisés eux aussi en poste dans d’autres régiments, et de quelques spécialistes de l’armée de l’air font le même travail.

Leur lieu de recoupement des informations locales est à côté du centre de transmissions et nombre de messages cryptés partent sur paris, reviennent, sont expédiés aux équipes « enterrées‭ ».

Celles-ci disposent de petits portables pour décrypter. Les équipes ne disposent pas vraiment d’informaticiens. Il s’agit de personnels ayant un peu appris de la bureautique, appelés « bureauticiens‭ ».

Alors, il y a un informaticien ici, sur place, qui dépanne comme il peut, les PC qu’on lui ramène. Parfois, il est obligé de se déplacer.

Lui aussi à une vie de taupe. En effet, dans ce haut bâtiment, toutes les fenêtres sont condamnées avec du contreplaqué. Et que ce soit en intérieur ou en extérieur, il y a des sacs de sable au moins à hauteur d’homme. Au rez-de-chaussée, comme tous les bâtiments exposés, quand il y a une galerie, elle est occultée par des tôles qui interdisent la visée.

Car les snipers veulent toucher ce qu’ils visent. Il est hors de question pour eux de rafaler au hasard. Ils veulent tuer sur le coup, si possible en visant la tête. Sinon, ils jouent pour les hommes valides, à viser le bas ventre, pour humilier et torturer. Dans Sarajevo, il y a de vrais tunnels pour piétons…

Yves se dirige vers le « Bar Officier‭ ». Chaque catégorie de personnel dispose ainsi d’un lieu pour « décompresser‭ ». En cas d’excès, l’entourage est au courant, et les personnels alcooliques sont repérés. Lorsque c’est occasionnel, la personne est moralement soutenue. Lorsque c’est chronique, la personne peut être rapatriée. Hors de question que l’alcool tue en handicapant les hommes durant le combat. Et dans les limites du raisonnable, c’est bien agréable de poser une fesse dans un canapé ou de discuter « entre copains‭ ».

Son pote y est déjà. Il était parti depuis trois jours et il prend un verre avant d’aller prendre une douche et dormir. Il a les traits tirés, une barbe naissante, un treillis qui pue, même si ses rangers ont été sommairement nettoyées pour ne pas mettre de boue partout. Il a dû juste passer à son dortoir pour poser le sac. Et il est en train de lire son courrier.

Il pourra y répondre tout à l’heure grâce à internet. Son service dispose d’un des rares abonnements en 56 k payés à prix d’or. Yves en a déjà bénéficié et c’est vraiment bluffant. Il avait passé deux heures à écrire sur son PC et donné une disquette. Le lendemain, sa femme avait donné une réponse, le sergent informaticien en avait imprimé le texte et il lui l’avait reçu comme un « courrier officiel‭ » avec une enveloppe « Secret Défense‭ ». Sinon, il faut attendre une éventuelle réponse plus d’une semaine alors que Paris est à trois heures de Transall C130. Et le téléphone, par satellite américain, coûte plus de trente francs la minute…

— Alors, vieux frère, les nouvelles sont bonnes ?

— Les enfants grandissent. La mère se plaint… tout va bien

— Tu prends la même ?

— Laisse-moi d’abord t’en offrir une. J’ai envie de prendre le temps d’apprécier celle-là.

— OK !‭‭‭ Je ne suis pas pressé non plus. La journée fut longue.

— Pour moi aussi.

— Comme d’habitude tu ne peux rien dire.

— Oh si, je peux, mais je devrais te tuer après.

— Je ne suis pas pressé, je préfère entretenir ma cirrhose.

— Moi, je stimule mon cancer du poumon gauche. Le droit me sert à faire de la trompette.

— Je vais cumuler les risques. Rien ne sert de vivre très vieux.

— Fumer et boire, ce n’est dangereux qu’en voiture.

— En moto encore plus. Faut pas avoir de casque.

— J’en connais même un qui téléphonait en voiture. Il s’est planté parce qu’il y avait un faux contact dans le fil au niveau du combiné.

— Ça devrait être interdit de téléphoner en voiture.

— À quinze patates le combiné satellite c’est rare d’en croiser un qui téléphone.

— s’il a le combiné, il a le bar en plus du cendrier. Il peut se payer un chauffeur.

— Il ne lui manquerait plus que la télé…

— Avec magnétoscope

— Le luxe…

Un sergent-chef entre précipitamment en ce lieu habituellement « interdit » pour lui.

— Mon commandant, l’équipe « D‭ » qui rentrait en escortant un convoi a sauté sur une mine il y a un quart d’heure. Un VAB médical les a récupéré. Ils semblent bien amochés. Ils seront dans cinq minutes à l’infirmerie.

— Bon sang. J’y vais.

— Je te suis‭, décide Yves.

Descente au pas de course dans les escaliers raides et étroits jusqu’au rez-de-chaussée. L’infirmerie occupe deux grandes salles et dispose en bout de couloir d’une porte double de sécurité, qui sert d’entrée spéciale. Lorsque le VAB est garé devant en marche arrière, les infirmières ouvrent les portes tandis que les infirmiers se saisissent des brancards. Deux hommes ensanglantés gémissent tandis qu’on les emmène en salle d’opération. Leur commandant croise à chacun leur regard, se retenant de les toucher pour leur transmettre une onde de sympathie supplémentaire.

Puis ils attendent, dans le couloir, en faisant les cent pas, le rapport du médecin-chef. Yves n’ose rien dire et son camarade est fermé comme une huître. Il sent qu’il préférerait être à la place de ses hommes plutôt que de leur laisser toute la douleur. Sa mission est de les commander dans l’action, mais son devoir de chef est aussi de les ramener indemnes, dans la mesure du possible. Néanmoins, on peut vivre la perte d’un homme comme un échec personnel même si on y est pour rien.

Le médecin revient. La mine a explosé sous le côté droit du véhicule. Le plancher a un peu protégé les hommes, mais le pare brise qui a volé en éclat leur a grêlé le visage et les bras. Heureusement, ils avaient leurs gilets pare-éclat. Néanmoins, le conducteur a perdu l’œil droit et tout deux auront des cicatrices au visage durant longtemps, même si les chirurgiens militaires font des miracles pour les « gueules cassées‭ ».

Par contre, le passager avant a subi un choc sur les jambes et sous les fesses, choc qui a brisé une vertèbre et endommagé le nerf sciatique. Il risque ne jamais remarcher. Il pourra en dire plus après une radio et il demande pour lui surtout une EVASAN (évacuation sanitaire) sur la métropole.

Yves est un peu soulagé, malgré la sévérité de la blessure du passager. Ils sont tirés d’affaire. Il propose une cigarette à son camarade.

— Pas ici, allons dehors, j’ai besoin de respirer. Je n’aime pas l’odeur du formol‭.

Yves acquiesce. Une fois dehors, il allume la cigarette de son camarade, s’en allume une…

Une détonation, sèche. Yves s’immobilise un instant. Un instant qui semble une éternité à son vis-à-vis qui jette sa cigarette en un éclair. Le bras tenant le briquet retombe le long du corps. Les jambes s’affaissent. Yves tombe sur les genoux, puis tête en avant. L’arrière de son crâne n’est plus qu’un creux qui se remplit de sang noir. Les os du crâne ont explosé, le cerveau a giclé contre le mur.

Le commandant rampe à terre tirant Yves derrière lui. Il frappe à la double porte en criant « Éteignez les lumières. Ouvrez-moi. Attention sniper.‭ »

Les consignes sont respectées. Ce sont même ses hommes qui ouvrent, car ils étaient descendus pour prendre des nouvelles de leurs deux camarades blessés.

Yves est étendu sur un lit roulant. Il est immédiatement recouvert d’un drap blanc. Le commandant fouille sa poche, en extrait son paquet de cigarettes. Il va pour en prendre une, puis réalisant l’horreur de la situation et de ce qu’il allait faire, il broie le paquet dans sa main avant de le jeter dans la poubelle murale.

Son adjudant-chef vient le trouver

— Mon commandant, les hommes viennent de boucler l’usine derrière « PTT‭ ». Personne ne peut en sortir sans être vu. On vous attend pour y aller‭.

Le commandant prend l’arme que lui tend l’adjudant-chef. Un des fusils à lunettes empruntés aux snipers locaux qui n’en avaient plus besoin. Il y a aussi quelques munitions et un dispositif de vision nocturne.

Il a une dernière chose à faire avant de pouvoir prendre sa douche et dormir‭ :‭ ré-équilibrer les comptes.

Le sergent informaticien arrive.

— Sergent, confirmez un troisième blessé pour l’EVASAN. Pas la peine d’annoncer la mort du capitaine de suite. Ils le découvriront à Orléans. Et sa femme ne sera prévenue que demain. C’est préférable.

— Bien mon commandant‭.

Le sergent repart. Un frisson lui parcourt l’échine. « Mourir ainsi d’une balle dans la tête…c’est horrible‭ ». C’est malheureusement le sort qui l’attend, bien plus tard… le 2 mars 2015 exactement, tout ça à cause d’une photo prise quelques mois plus tard quand il avait été désigné pour infiltrer l’état-major de la DMNSE afin d’espionner les Américains détachés.

— Allons-y mon adjudant-chef. On va leur montrer que le prix du schtroumph a augmenté.‭

(Le bruit court qu’une prime est donnée à un sniper pour chaque casque bleu abattu)

Le lendemain matin, les ouvriers de l’usine trouvèrent les corps des trois snipers en divers endroits de l’usine. La police conclut à des « affrontements inter ethniques‭ » puisque aucune preuve ne pouvait accuser les forces onusiennes.

Le 30 août 1995, la force de réaction rapide et l’OTAN attaquèrent conjointement des objectifs serbes en Bosnie. La communauté internationale put alors imposer un règlement du conflit. Les accords de Dayton furent signés le 21 novembre 1995‭ :‭ la Bosnie devenait alors indépendante et comprenait une fédération croato-musulmane et une république serbe de Bosnie.

Bernard, le passager blessé, put compter sur son commandant par la suite. Mis à la retraite militairement, engagé comme civil dans les bureaux de la DGSE, il put rendre encore de nombreux services, malgré son « accident » en service.

Puis, il fut sollicité pour être mentor…

Le commandant s’en tint à sa décision d’arrêter de fumer. Le stress ne l’aidait pas à se débarrasser des habitudes du tabac. Il en prit donc des nouvelles. Chewing-gum et bonbons n’occupent pas les mains. Le commandant passa donc à la « sucette‭ » les jours suivants.

Habitude contre habitude, pour ne pas penser au côté sombre de son travail, toujours bien fait…

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Table des matières
  1. Préface de Jack Minier
  2. Présentation par l’auteur (mars 2013)
  3. D. Day Two
  4. Veille d’élection
  5. Un enlisement perceptible
  6. Fuite à Varennes
  7. L’Appel du petit Kaporal
  8. La Net Révolution
  9. La cache aux serveurs
  10. La Campagne de France
  11. Franck
  12. Manifestation tragique
  13. Une défaite sans combat
  14. Contre-Attaque
  15. Brian
  16. Chantage en chanson ou ratage en rançon ?
  17. Véra S.
  18. Nuit d’amour
  19. L’homme de l’ombre
  20. Le Site Assassiné (Elsa et Christian)
  21. Fusions chaudes
  22. 14 juillet en berne
  23. Expulsion
  24. Fils de héros
  25. Prise du Net pouvoir
  26. Épuration idéologique
  27. Supra Net
  28. Enrôlé
  29. Derrière les barreaux
  30. Alain
  31. Puces motos à Niort
  32. Bienvenue Major DAD
  33. Camps de redressement
  34. Les DRM passent dans les mœurs
  35. Honneur et décadence
  36. Manifestations
  37. Dure journée
  38. Triste conjoncture
  39. Captivante captivactivité
  40. Die Hard 2
  41. Un scénario pour l’été 2007
  42. Avis de tempête
  43. La voiture qu’il nous faut
  44. Installation
  45. Le mariage d’Elsa et Christian
  46. Jasmine
  47. Souriez, vous êtes filmés
  48. Die Hard 3
  49. Night hard too
  50. Rafle au réveil
  51. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Préambule
  52. Escapade
  53. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ D’est en Ouest
  54. Incarcérations
  55. Palpitations
  56. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Bombannes
  57. Le Pouilleux
  58. Interrogatoires
  59. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Promenade au bord du lac
  60. Contre espionnage
  61. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Tourisme
  62. La plus belle des prisons ?
  63. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Commando malgré lui
  64. Cœurs froids banlieues chaudes
  65. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ retour précipité
  66. Les horreurs de la guerre
  67. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Dernier jour de plage
  68. Au bout du monde
  69. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Odyssée Épilogue
  70. Un nouveau départ
  71. La Boite de Nuit‭ :‭ Acte 1
  72. Sombres prémices
  73. La Boite de Nuit‭ :‭ acte 2
  74. Pour toujours
  75. Musique de guerre
  76. Postface
  77. Les Bonus
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