Atramenta

Retour à l'accueil Atramenta

Guerre contre les Majors V 1.9913

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 25 février 2013 à 21h02

Dernière modification : 7 avril 2013 à 20h23

Vous êtes en mode "plein écran". Lire en mode normal (façon ereader)

Escapade

19/04/2006, 19:12

Véronique a le sourire aujourd’hui. Elle a une surprise pour Brian, dont c’est l’anniversaire. C’est dur d’offrir quelque chose à un prisonnier. Heureusement, Brian est un prisonnier modèle.

Cet américain l’a d’abord séduite par son physique sympa. Elle qui n’est pas grande a une préférence pour les hommes à peine plus grand qu’elle. C’est un des rares Gi à être taillé comme un chat sauvage. Tout en finesse, des muscles longs, et pourtant il ne mesure qu’un mètre soixante-douze.

Ensuite, par ses études. Brian est un littéraire. Elle se demande ce qu’il fait à l’armée. Pour lui, c’était un job qui lui permettrait de voyager. À part pour le débarquement, où il aurait dû faire « le coup de feu‭ » comme les autres, il a un travail de stratif. L’armée lui apparaît même plus juste que le reste du monde du travail, où il faut trimer au rendement pour un salaire de misère. En plus, il est payé pour faire du sport et des stages. Il a même son permis de conduite de char de combat. Elle lui a demandé d’en ramener un perso, mais il n’a pas saisi l’allusion.

Enfin pour son humour. Mais ça, c’est elle qui l’inspire. Brian est du genre réservé. Mais Véronique est bon public et il invente un tas de petits trucs pour la faire rire. À cause de sa connaissance partielle du français, il est tombé au début dans des quiproquos équivoques. Mais aujourd’hui, il en joue avec finesse.

Ce midi, donc, elle lui a dit de s’offrir une tenue civile correcte pour sortir. Elle lui offre le resto en ville. Chemise et cravate obligatoire, même si le style est cool. Elle n’a pas dit pourquoi.

Brian joue le jeu. Mais il n’y croit pas. Il pense plutôt à un dîner en tête à tête dans un coin du réfectoire avec une petite amélioration qu’elle aura réussi à organiser. Il apprécie tout de même l’attention. Cela fait six mois environ qu’il est prisonnier. Une éternité qui lui pèse tout d’un coup. Malgré le sport, malgré le net, malgré les sorties sur le toit, malgré le foyer et son mini-marché, malgré Véronique, il est tout de même un prisonnier. Et pour s’évader, ce soir, ce sera avec un peu d’alcool et beaucoup de nostalgie, quand Véronique sera rentrée chez elle et l’aura laissé seul dans sa chambre.

Mais à dix-huit heures, Nathalie entraîne Brian dans un autre secteur.

Là, ils ont rendez-vous avec un « haut responsable ».

— Brian, à la demande de Mademoiselle, j’ai étudié votre dossier. Et j’émets un avis favorable à un essai. Il va s’en dire que vous portez sur vous la responsabilité du futur de certains de vos camarades. Nous allons vous laissez sortir pour une permission ce soir.

— Thank you, euh merci, merci monsieur.

— Il y a quand même des restrictions assez draconiennes.

— Je me doute Monsieur.

— Vous allez devoir porter un dispositif assez contraignant sur vous. Une sorte de dispositif anti-évasion.

— Oui Monsieur.

— Le voici‭.

L’homme sort alors une sorte de collier métallique, assez lourd.

— Voici ce que vous devrez avoir sous le col de votre chemise. Il s’agit d’un collier étrangleur. Il se déclenche quand il est éloigné de plus de dix mètres de ce collier-ci‭.

Il en ressort un autre, très fin.

— De plus, si ce collier est arraché et que le fil cède, l’émetteur cesse son émission et votre collier se déclenche. Il y a aussi un petit bouton ici, qui éteint l’émetteur. Dans les deux cas, c’est la mort par asphyxie et vous ne pourrez pas parler durant votre agonie‭.

Brian est stupéfait. Sa vie ne tiendrait vraiment qu’à un fil ce soir. Mais la tentation est forte. Il accepte alors les conditions. Il ne doit pas tenter de courir vers des soldats américains, de laisser un message par terre…Et il lui faudra se retenir pour les toilettes…car Véronique au moindre doute devra actionner le collier.

À peine la porte franchie, Brian oublie le collier. Sa main serre celle de Véronique quand il respire l’air de la liberté. Elle le tire un peu pour l’encourager à avancer. Ils sont dehors, ils ne doivent pas paraître suspects.

La première chose qu’ils font est d’aller boire un verre. Brian découvre qu’il n’est plus à Paris, ce dont il aurait dû s’apercevoir sur le toit, mais qu’il n’avait pas pensé à vérifier. Il préfère ne pas poser de questions, afin que Véronique ne se méprenne pas.

Il regarde passer les patrouilles régulières mais ne compte pas trouver un visage connu. Celui-ci pourrait signifier une mort atroce. Véronique est un peu tendue, et c’est à lui à la rassurer. Il se lève à moitié et l’embrasse par- dessus la table. Il parvient ainsi à lui faire revenir un petit sourire.

— Dont worry dear… je n’essaierai pas de m’échapper. Je suis si bien avec toi.

— Tu ne m’en veux pas trop ?

— Tu fais ton devoir non ?

— Seulement mon devoir tu crois ?

— Tu joins l’agréable à l’utile ?

— Prétentieux !

— Oui maîtresse !‭ »

Elle pouffe. Lui aussi préfère en rire. Et puis, elle s’est mise en quatre pour lui. Elle a mis un jean, des petites bottines noires. Elle porte aussi un trench-coat en cuir noir et dessous, une chemise brodée largement ouverte. Même si les filles en uniforme peuvent avoir l’air sexy quand on y regarde à deux fois avec un peu de dérision, rien ne vaut une fille qui sait s’habiller.

Et même se maquiller. En la dévisageant, Brian voit ce fil si fin à son cou gracile. Elle l’a caché avec un autre collier. Plaqué ou massif, il lui va bien. Lui aussi aurait envie de lui faire un cadeau. Mais ce genre d’articles n’existe pas au foyer et son argent n’est pas disponible à l’extérieur du « centre‭ ».

Il pose quand même anodinement la question.

— Supposons que je veuille acheter quelque chose à l’extérieur, ou t’offrir des fleurs, pourrai-je le faire la prochaine fois ?‭

Véronique se sent gênée. Il n’est pas encore question de prochaine fois. Elle est seule, avec le concepteur du collier, un simple technicien bossant pour Quentin, le grand chef de la cellule équipements spéciaux, à savoir que Brian est dehors ce soir. S’il arrive quelque chose, elle risque gros. Elle a trafiqué le contrôle des sorties qui aurait dû déclencher l’alarme quand la mini-puce injectée sous la peau de Brian (implantée à son insu lors de sa capture) a franchi le portique de sécurité de l’entrée. D’une certaine façon, elle l’a fait réellement s’évader ce soir.

Elle préfère détourner la conversation. Avec un léger voile devant les yeux, elle le regarde langoureusement.

— Tu m’offrirais des fleurs ?

— Tu préférerais des bonbons ?

— Des chocolats alors !‭

Un ange passe. Brian sent bien l’étrangeté de la situation. Son collier le serre tout d’un coup. Il n’a pas envie de s’évader, pas envie de trahir son amie. Mais son devoir serait de le faire. Après tout, il est très bien ce collier qui lui évite de céder à la tentation.

— La gourmandise est un mauvais défaut. Et si nous allions manger ?

— Tu préfères quoi ?

— Je suis sûr de la haute qualité gustative des plats français, mais j’ai envie de hamburgers et de muffies.

— Depuis votre arrivée, il y a plein de QuickMac ouverts exprès pour vous. Tu euh… c’est plein d’américains.

— Où tu veux alors. Un coin tranquille.

— Un resto italien ?

— OK, j’adore les pizzas.

— Et moi les spaghettis‭, répond la Belle.

La soirée se passe merveilleusement bien, romantique à souhait. Et c’est l’estomac bien calé et amoureux que les deux tourtereaux reprennent la direction du centre, sans un mot. Ils marchent côte à côte à la lumière blafarde de l’éclairage public. De l’autre côté de la rue, une patrouille américaine regarde Brian avec envie et poursuit son chemin.

Au carrefour, un gamin d’une douzaine d’année surgit de l’ombre et arrache le collier en or de Véronique. Ce faisant, il brise le fil de l’autre. Véronique est d’abord choquée par ce vol. La délinquance avant l’invasion avait été réduite à zéro. La réintroduction d’argent liquide à cause des Américains a fini par la faire renaître de ses cendres.

Mais Brian se tient le cou, désespéré. Son visage tourne au cramoisi. Véronique le jette à terre, le met sur le ventre, dégrafe une attache dissimulée à l’arrière de son collier, tire sur une goupille et celui-ci se détache du cou de Brian. Il était temps. Alors qu’il se relève péniblement, la patrouille a fait demi-tour et vient vers eux. Brian leur fait face, avance.

Dans son dos, Véronique à mis la main dans la poche droite du trench-coat. Sa petite main serre la crosse d’un pistolet automatique de 9 mm. Il est chargé, sécurité ôtée.

Après avoir sauvé la vie de Brian, elle va devoir l’abattre.

Les secondes s’étirent. Elle hésite. Elle a des flashes de cette soirée. Brian si attentionné. Brian heureux. Brian qui l’embrasse. Sans quitter sa poche, sa main dirige le canon vers le dos de Brian à cinq mètres devant elle.

— OK OK All right for me. But this boy has stolen my girl friend. Quick, run after him !

— We aren’t here for this. Sorry. Good evening.

Brian se tourne vers Véronique. Elle a les bras ballants. Elle est en larmes. Il la serre contre lui, lui chuchote à l’oreille.

— Rentrons. J’ai eu mon lot d’émotions pour ce soir‭.

Couverture
Couverture de "Guerre contre les Majors V 1.9913"
Etat
Cette oeuvre est complète, mais a besoin de relecteurs.
L'auteur vous invite à lui signaler les éventuelles fautes ou passages à retravailler.
Mode d'affichage
L'avis des lecteurs
  • 2 aiment
Fond : 3 coeurs sur 5
Intéressant : 1 lecteur
Forme : 3 plumes sur 5
Correcte : 1 lecteur
Table des matières
  1. Préface de Jack Minier
  2. Présentation par l’auteur (mars 2013)
  3. D. Day Two
  4. Veille d’élection
  5. Un enlisement perceptible
  6. Fuite à Varennes
  7. L’Appel du petit Kaporal
  8. La Net Révolution
  9. La cache aux serveurs
  10. La Campagne de France
  11. Franck
  12. Manifestation tragique
  13. Une défaite sans combat
  14. Contre-Attaque
  15. Brian
  16. Chantage en chanson ou ratage en rançon ?
  17. Véra S.
  18. Nuit d’amour
  19. L’homme de l’ombre
  20. Le Site Assassiné (Elsa et Christian)
  21. Fusions chaudes
  22. 14 juillet en berne
  23. Expulsion
  24. Fils de héros
  25. Prise du Net pouvoir
  26. Épuration idéologique
  27. Supra Net
  28. Enrôlé
  29. Derrière les barreaux
  30. Alain
  31. Puces motos à Niort
  32. Bienvenue Major DAD
  33. Camps de redressement
  34. Les DRM passent dans les mœurs
  35. Honneur et décadence
  36. Manifestations
  37. Dure journée
  38. Triste conjoncture
  39. Captivante captivactivité
  40. Die Hard 2
  41. Un scénario pour l’été 2007
  42. Avis de tempête
  43. La voiture qu’il nous faut
  44. Installation
  45. Le mariage d’Elsa et Christian
  46. Jasmine
  47. Souriez, vous êtes filmés
  48. Die Hard 3
  49. Night hard too
  50. Rafle au réveil
  51. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Préambule
  52. Escapade
  53. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ D’est en Ouest
  54. Incarcérations
  55. Palpitations
  56. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Bombannes
  57. Le Pouilleux
  58. Interrogatoires
  59. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Promenade au bord du lac
  60. Contre espionnage
  61. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Tourisme
  62. La plus belle des prisons ?
  63. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Commando malgré lui
  64. Cœurs froids banlieues chaudes
  65. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ retour précipité
  66. Les horreurs de la guerre
  67. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Dernier jour de plage
  68. Au bout du monde
  69. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Odyssée Épilogue
  70. Un nouveau départ
  71. La Boite de Nuit‭ :‭ Acte 1
  72. Sombres prémices
  73. La Boite de Nuit‭ :‭ acte 2
  74. Pour toujours
  75. Musique de guerre
  76. Postface
  77. Les Bonus
Que pensez vous de cette oeuvre ?