Atramenta

Retour à l'accueil Atramenta

Guerre contre les Majors V 1.9913

Par Fredleborgne

Œuvre publiée sous licence Licence Art Libre (LAL 1.3)

Date de publication sur Atramenta : 25 février 2013 à 21h02

Dernière modification : 7 avril 2013 à 20h23

Vous êtes en mode "plein écran". Lire en mode normal (façon ereader)

Derrière les barreaux

17/03/2006, 21:05



14 juillet 2014 (suite)

Elsa n’en croit pas ses yeux. Le commissariat est ouvert. Mais il n’y a plus de police depuis 2012 !‭‭‭ En effet, depuis la création des centres de rééducation en pleine campagne, commissariats et prisons insalubres, contre-indiqués pour parvenir à la rédemption des délinquants, ont été abandonnés.

Ce commissariat sent le neuf. Il a dû être rouvert depuis peu. Mais quel français accepterait aujourd’hui de remettre un képi ?

L’homme de l’accueil a le regard fuyant. Son manager sait-il qu’il est là ? Comment espère-t-il être payé ? Sa carte de crédits euros ne peut accepter d’argent extérieur. La masse monétaire globale a été établie cette année et ne peut varier. Elle est sensée limiter l’inflation mais elle progresse en correspondance avec les volumes de services accessibles et de la prévision de production.

Ses « guides‭ » la mènent en cellule. Elsa veut protester. Les seules personnes encore enfermées sont considérées comme potentiellement dangereuses pour les autres. Sinon, tout le monde sait que la fuite est inutile. En dehors de la France, personne ne prend les crédits euros. Il faut pouvoir changer ses unités en billets pour pouvoir voyager à l’étranger. Mais la mine peu engageante des molosses la dissuade de discuter. Le choc métal contre métal l’ébranle. La voilà bouclée et la peur la saisit. Les gens ne s’enferment plus de nos jours. Il y a toujours une alarme pour le faire automatiquement en cas de danger.

Manifestement, elle inaugure le produit. Le mur sur lequel le banc est fixé est d’un blanc parfait. Personne ne s’est encore assis là. Elle s’allonge, la tête appuyée sur son sac, ferme les yeux et tente de s’endormir pour oublier ce triste lieu. La lumière blanche rend encore plus nette cette petite femme brune toute de noir vêtue qui semble flotter allongée dans un nuage.

Elle est réveillée en sursaut par l’arrivée d’un autre pensionnaire. Et ils l’enferment avec elle.

À sa vue, l’homme sourit gentiment

— Bonsoir zoulie madam. Est-ce vous qui allez me torturer ?‭

Elsa rit.

— J’ai oublié mon fouet à la maison‭.

L’homme a un peu bu. Il s’en excuse, se présente.

— Enchanté de vous rencontrer, même en ce lieu sinistre. Bonsoir, je m’appelle Henri. Vraiment. Mais Tournel est mon nom de scène, vous vous en doutez. Auteur, compositeur, interprète. Je faisais seulement mon boulot, et je vous promets que je ne joue pas si mal de ma guitare. Mais ils ont préféré me mettre au violon.

— Moi, c’est Elsa, et je suis accordéoniste.

— Et vous jouez si mal ?

— J’ai surtout joué le morceau d’un autre sans son autorisation.

— Morceau qui vous fera cracher petite madame. L’amende est salée de nos jours.

— Ils acceptent les euros-crédits selon vous ?

— Je crois qu’ils vont avoir la surprise de constater qu’eux seuls ont des billets.

— C’est incroyable cette histoire. J’en suis toute retournée.

— C’est la guerre, il faut s’attendre à tout. Mais je suis prêt à vous protéger de mon corps en cas de besoin, même si je ne suis pas un héros.

— Vous feriez mieux de garder vos distances, sinon vous pourriez constater que je n’ai nul besoin de protection.

— Ne vous méprenez pas. Je suis un gentil. Juste un peu dragueur mais correct. Puisque vous me renvoyez si promptement dans les cordes, j’arrête la flûte.

— Vous avez déjà abusé du champagne.

— Normal, j’étais sur scène et le haut boit.

— Et pourquoi êtes vous ici ?

— J’ai adapté une chanson d’un ancien chanteur français, aujourd’hui en green card à propos des Américains, mais moins gentille que l’original…

Si les Ricains n’étaient pas là

Nous serions tous en Piraterie

À parler musique ou cinéma

Et sans payer de royalties.

Bien sûr les alliés sont dépassés.

Les milis sont montrés du poing.

Est-ce une raison pour oublier

Qu’un jour on les renverra au loin ?‭

— C’est malin ! Taisez-vous ! Nous ne devons pas les provoquer.

— Je crois que je vais encore aggraver mon cas‭.

Un gars venu de Géorgie

Qui se foutait pas mal de toi

Est venu se divertir à Paris.

Les putains ne parlent que d’ça.

Bien sûr les alliés sont dépassés.

Ils sont devenus des pantins.

À l’Amicale des Flibustiers

On dit qu’ils s’enfuiront un matin.‭

‭‭‭‭‭‭‭‭‭Allez Elsa, à deux.

Si les Ricains n’étaient pas là

Nous serions tous en Piraterie

À parler musique ou cinéma

Et sans payer de royalties.‭

Le fou rire les prit tous les deux. Durant une heure, ils échangèrent des banalités, parlèrent beaucoup de leur vie, oubliant l’odeur entêtante de peinture fraîche, les grilles et leurs gardiens.

Le petit matin les trouva endormis l’un contre l’autre comme deux enfants. Les grilles s’ouvrirent bruyamment et ils furent brutalement tirés de leur sommeil. Séparés dans le couloir, chacun fut conduit devant un responsable, dans des pièces différentes.

L’homme en face d’Elsa lui rappela un professeur de maths qu’elle n’avait pas apprécié. Petit, gras, les cheveux rasés, le visage rougeaud, de vilains petits yeux marrons, il semblait jubiler intérieurement.

— Madame, votre cas est grave.

Je peux constater ici de nombreuses interpellations par la police durant les années 2007 à 2011. Manifestations hostiles au gouvernement, à la World Company et aux lois de protection des droits d’auteurs principalement. Droits que vous avez à nouveau bafoués hier au soir.

— Mais enfin qui êtes vous ?

— Commissaire Senventa, brigade numérique. Chargé de la lutte contre la copie, la contrefaçon et la reproduction non autorisée par l’auteur. La création de la section française de cette brigade, découlant de la Loi Européenne a été votée hier et ses règles ont été publiées.

— Un 14 juillet ? Mais je travaillais…

— Nul n’est censé ignorer la Loi.

— Et puis, je n’ai rien copié ou enregistré…

— Vous avez joué un morceau à l’identique de celui de l’auteur. Vous l’avez donc reproduit et diffusé.

— Et le décret d’application ne peut avoir été…

— Procédure d’urgence. 5 ans de retard, c’était trop. On a appliqué la loi dès le vote dépouillé.

— Ce gouvernement n’a pas été élu.

— Il s’est substitué au gouvernement fantoche qui a quitté un peu précipitamment le pouvoir.

— Vous n’êtes pas français vous ?

— Madame, je ne vous permets pas. Ma famille est française de père en fils depuis cinquante générations. Mas ancêtres ont été de toutes les batailles pour défendre ce sol sacré. J’ai dû, comme mon grand-père, faire un séjour en Angleterre avant de pouvoir à nouveau, fouler le sol de ma terre natale. J’ai perdu cette oreille en débarquant, à cause d’un imbécile maladroit qui avait mis sa baïonnette au canon.

J’étais prêt à me battre pour ce pays.

— Maintenant, tout s’explique. Vous êtes un traître et un collabo.

— Insulte à un représentant de l’ordre. Avec votre infraction d’hier et votre passé, votre compte est bon.

— Mais qu’allez-vous me faire ? Il n’y a plus de prison.

— La Santé a été la première préoccupation du gouvernement. Elle a conservé tout son charme d’antan, alors que ce commissariat lui, a été rénové.

— Relâchez-moi. Je connais du monde. J’ai droit à un procès.

— Défavorable. Vous restez en garde à vue. Séance suspendue. Je vous revois cet après-midi.‭

À 15 heures, sans explication, les deux américains en civil lui rendirent son accordéon et la firent sortir en lui conseillant d’être plus prudente à l’avenir.

Le bureau du commissaire était inoccupé. Le commissariat était vide. Les américains le fermèrent. Pas de traces d’Henri. Il ne l’avait pas attendue ?

Elle devait apprendre, bien plus tard, un peu après la libération, de la bouche d’un de ses amis, lors d’un repas après un concert, le destin d’Henri.

Il était mort, durant l’interrogatoire. Il se serait débattu alors qu’il était menotté les mains en arrière. Il aurait glissé et serait tombé, se cognant la tempe contre un coin de bureau. Elle raconta alors cette nuit, où Henri et elle s’étaient rencontrés. Lorsque elle parla de la tentative de séduction, certains sourirent. Elle comprit alors que manifestement, elle n’était pas son genre.

Elle continua cependant sans tiquer. « C’était un homme, et son courage m’a rassurée‭ »

Elle ne sut jamais, par contre, que les deux commissaires avaient disparu durant la pause de midi. Nul ne les avait revus et personne n’essayait de les rechercher.

En sortant du commissariat, elle vit de l’autre côté de la rue un homme tirer une sucette de sa poche. Elle pensa qu’elle avait faim, n’ayant rien mangé depuis la veille et soulagée, s’offrit un petit steak frites dans un restaurant voisin qui se fit un plaisir de la servir.

Chapitre suivant : Alain

Couverture
Couverture de "Guerre contre les Majors V 1.9913"
Etat
Cette oeuvre est complète, mais a besoin de relecteurs.
L'auteur vous invite à lui signaler les éventuelles fautes ou passages à retravailler.
Mode d'affichage
L'avis des lecteurs
  • 2 aiment
Fond : 3 coeurs sur 5
Intéressant : 1 lecteur
Forme : 3 plumes sur 5
Correcte : 1 lecteur
Table des matières
  1. Préface de Jack Minier
  2. Présentation par l’auteur (mars 2013)
  3. D. Day Two
  4. Veille d’élection
  5. Un enlisement perceptible
  6. Fuite à Varennes
  7. L’Appel du petit Kaporal
  8. La Net Révolution
  9. La cache aux serveurs
  10. La Campagne de France
  11. Franck
  12. Manifestation tragique
  13. Une défaite sans combat
  14. Contre-Attaque
  15. Brian
  16. Chantage en chanson ou ratage en rançon ?
  17. Véra S.
  18. Nuit d’amour
  19. L’homme de l’ombre
  20. Le Site Assassiné (Elsa et Christian)
  21. Fusions chaudes
  22. 14 juillet en berne
  23. Expulsion
  24. Fils de héros
  25. Prise du Net pouvoir
  26. Épuration idéologique
  27. Supra Net
  28. Enrôlé
  29. Derrière les barreaux
  30. Alain
  31. Puces motos à Niort
  32. Bienvenue Major DAD
  33. Camps de redressement
  34. Les DRM passent dans les mœurs
  35. Honneur et décadence
  36. Manifestations
  37. Dure journée
  38. Triste conjoncture
  39. Captivante captivactivité
  40. Die Hard 2
  41. Un scénario pour l’été 2007
  42. Avis de tempête
  43. La voiture qu’il nous faut
  44. Installation
  45. Le mariage d’Elsa et Christian
  46. Jasmine
  47. Souriez, vous êtes filmés
  48. Die Hard 3
  49. Night hard too
  50. Rafle au réveil
  51. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Préambule
  52. Escapade
  53. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ D’est en Ouest
  54. Incarcérations
  55. Palpitations
  56. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Bombannes
  57. Le Pouilleux
  58. Interrogatoires
  59. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Promenade au bord du lac
  60. Contre espionnage
  61. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Tourisme
  62. La plus belle des prisons ?
  63. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Commando malgré lui
  64. Cœurs froids banlieues chaudes
  65. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ retour précipité
  66. Les horreurs de la guerre
  67. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Dernier jour de plage
  68. Au bout du monde
  69. Du rififi dans le Médoc‭ :‭ Odyssée Épilogue
  70. Un nouveau départ
  71. La Boite de Nuit‭ :‭ Acte 1
  72. Sombres prémices
  73. La Boite de Nuit‭ :‭ acte 2
  74. Pour toujours
  75. Musique de guerre
  76. Postface
  77. Les Bonus
Que pensez vous de cette oeuvre ?