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La fabuleuse histoire de Tante Marie

Par Claire Billaud

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 22 février 2013 à 9h28

Dernière modification : 1 octobre 2013 à 19h24

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La fabuleuse histoire de Tante Marie

Les livres de cuisine. Qui n’en a jamais vu un rayonnage entier dans les librairies, en particulier en période de fêtes de fin d’année ? Les références sont pléthore, entre les « Cakes de Sophie », les « Verrines de Cyril Lignac », la « Sushi Party Box » ou tous les mini-livres de recettes au Nutella ou à la Vache qui rit …

Mais parallèlement à ces livres de cuisines spécialisés, marketés et finalement vite oubliés, il y a le livre de cuisine familial, celui que maman, mamie, tante Josiane – oui, la cuisine reste encore une affaire de femmes, même s’il y a du progrès – et les autres ont toutes utilisé, qu’elles vous recommandent et qu’un jour, vous aurez aussi chez vous, si ce n’est pas déjà le cas.

Tante Marie, justement sous-titré « La véritable cuisine de famille », fait partie de ces livres-là. Aussi loin que remontent mes souvenirs, quel que soit le lieu de résidence de ma famille, je l’ai toujours vu dans la cuisine, dans le tiroir réservé au stockage des recettes, bien protégé des taches de graisse par sa couverture en plastique – la même qu’on utilisait dans la grande opération, traditionnelle aussi, de « couvrir des livres » à la rentrée. Et le poids de l’héritage a fait que depuis peu, un exemplaire du livre se trouve dans ma cuisine, dans une édition récente et commandé sur Internet – les nouvelles technologies au service de la tradition.

Le succès de Tante Marie tient sans doute au fait que contrairement à certains livres ultra-spécialisés, il couvre tout un repas et tous les repas. Y figurent tous les éléments d’un repas complet, de la salade de tomates en entrée à la tarte au chocolat en dessert, et les plats présentés couvrent tous les niveaux de difficulté, des très basiques pâtes au beurre aux raffinés pigeons en compote. Contrairement aux ouvrages modernes, les plats ne sont d’ailleurs pas classés par ordre de difficulté. Mais un rapide coup d’œil aux ingrédients ou au temps de préparation permet de s’en faire une idée, même en n’étant pas très doué.

Mais qui est Tante Marie ?

Difficile à dire. Derrière ce nom qui évoque la « bonne vieille tante » attachée à son terroir et sa cuisine traditionnelle, se cache sans doute un collectif d’auteurs ayant compilé des recettes traditionnelles françaises pour l’éditeur parisien A. Taride, fondé en 1852 et spécialisé dans les guides pratiques et les cartes.

La première édition de ces recettes date de 1925, sous une couverture typique de l’époque. Le livre se nomme alors : La Véritable cuisine de famille par Tante Marie.

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Cette première couverture représente un intérieur bourgeois où « Tante Marie », avec sa coiffe en dentelle, s’apparente aux bonnes bretonnes du début du XXe siècle, sorte de mélange entre Bécassine pour l’origine, et Maïté pour les rondeurs et les occupations culinaires.

Tante Marie se vante d’être le « seul ouvrage contenant 500 menus et la manière d’utiliser les restes » ; on remarquera cette ancienne préoccupation toujours d’actualité à notre époque, où sont régulièrement dénoncés les gaspillages de nourriture par les magasins et les restaurants, mais aussi chez les particuliers.

En revanche, ce n’est évidemment pas le seul ouvrage des éditions Taride, comme le montre ce quatrième de couverture d’une ancienne édition, où sont présentés d’autres ouvrages des « éditions Taride d’utilité pratique » (on pense tout de suite à « utilité publique ») :

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– Guide pratique du Jardinier français, Traité complet d’horticulture

– Guide vétérinaire du cultivateur

– Le Secrétaire pratique, ou Traité complet de la correspondance

– La Véritable médecine de famille de l’Oncle Paul

– Le Véritable guide du pêcheur par l’Oncle Pierre

On remarquera au passage que les tâches sont bien réparties : ce sont les « oncles » qui se chargent de la pêche et de la médecine, mais quand il s’agit de passer derrière les fourneaux, c’est forcément pour Tante Marie. Elle aura cependant sa revanche sur tous ces messieurs, puisque leurs ouvrages tomberont dans l’oubli tandis que Tante Marie, forte de ses millions d’exemplaires vendus, traverse les décennies.

Mais les modes changent et dans les années 1950-1960, Tante Marie s’offre un petit lifting. Fini le lettrage gothique, et Tante Marie prend de l’assurance en s’affichant désormais seule et en couleurs dans une cuisine carrelée de jaune, plus proche des nouvelles architectures intérieures. Et pour s’adapter aux progrès de l’électroménager, elle fait sa cuisine sur ce qui ressemble à une plaque électrique…

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Rompant avec les gravures élaborées des décennies précédentes, cette couverture fixe l’image de Tante Marie qui sera réutilisée totalement ou partiellement dans toutes les éditions suivantes. À part cela, les ingrédients qui ont fait son succès sont conservés : Tante Marie annonce toujours fièrement – désormais dans un plus moderne macaron – ses 500 menus et sa manière d’utiliser les restes.

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À la même époque apparaît un autre livre se présentant comme le complément du précédent, venant étoffer une section « Pâtisserie » un peu courte : Les pâtisseries de Tante Marie, la pâtisserie des familles. Le livre n’a probablement pas le même succès que son aîné.

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Une nouvelle édition de Tante Marie dans les années 1970 change radicalement la couverture. Beaucoup de texte, dans une sorte de retour modernisé aux éditions d’origine, vantant « la véritable cuisine de famille » mais aussi « la bonne et vieille cuisine française ». Si le nom de Tante Marie apparaît en grosses lettres, en revanche son image s’éclipse pour se réduire à sa tête, en noir et blanc. Notons que l’éditeur reste le même, mais qu’à chaque nouvelle couverture, il change d’adresse !

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Puis Tante Marie atteint enfin le XXIe siècle sans avoir pris une ride. Sa version des années 2000 remet son image au goût du jour, au détriment du texte de la couverture qui se résume désormais à Tante Marie : la véritable cuisine traditionnelle. Toujours édité par Taride – désormais une filiale de l’éditeur français Ulisse – le livre reprend le texte de l’édition précédente, avec quelques pages de photos de plats en couleur. Elles ne sont pas nombreuses, et la différence est marquée avec les livres de cuisine contemporains regorgeant de photos.

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Profitant du succès actuel des livres de cuisine, l’éditeur ressort également l’ouvrage consacré à la pâtisserie sous le titre Tante Marie : La pâtisserie traditionnelle, avec une couverture presque identique au point qu’on pourrait le confondre avec son aîné.

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Son succès ne se démentant pas avec les décennies, on voit Tante Marie approcher lentement mais sûrement du siècle d’existence. Gageons que cette immortelle diva des fourneaux a encore de beaux jours devant elle, et qu’elle fera encore aimer à de nombreux foyers une certaine idée de la cuisine familiale française, à la fois traditionnelle et abordable.

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