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Poupée psychotique

Par Claire Billaud

Œuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 21 octobre 2012 à 12h52

Dernière modification : 1 octobre 2013 à 19h25

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VII

« Qu’as-tu fait… »

La voix était si douce, et pourtant, elle n’annonçait que le plus terrible des malheurs.

« Je t’avais dit que rien ne devait changer. Et voilà que je te retrouve avec une de mes poupées brisée. Tu as osé le faire… abîmer cette belle maison sans tache…

– Pardonnez-moi… c’était un accident… »

Elle sentait l’aiguille à quelques millimètres de son cou. La terreur était si grande qu’elle arrivait à peine à parler. Même si elle avait voulu donner le nom du vrai responsable, elle en aurait été incapable.

À quoi bon donner son nom, d’ailleurs ? Ce jeune homme n’était pas responsable non plus. Personne n’était responsable, et pourtant quelqu’un allait payer.

Au lieu d’être évasive, elle aurait dû en parler franchement. Raconter à ce garçon ce qui était réellement arrivé dans cette chambre. Comment la mère d’Alice, qui était folle, avait rapporté au manoir Rochelune le cercueil de l’homme qu’elle avait aimé et avait tenté de le cacher dans la chambre d’Alice. Comment son père l’avait appris et avait voulu faire enlever immédiatement cette chose, comment une violente dispute s’était produite entre le mari et la femme en pleine crise de démence, et comment le cercueil s’était ouvert dans la bagarre, révélant aux yeux d’une Alice encore enfant le cadavre dont la décomposition avait déjà commencé. Comment Alice avait hurlé, jusqu’à ce qu’on parvienne enfin à enlever le cercueil malgré la résistance de sa mère.

Peu de temps après cela, la mère d’Alice s’était suicidée, et son père, qui se sentait responsable, n’était plus le même homme. Il était mort d’une crise cardiaque, ses nerfs à bout, seulement quelques années plus tard, laissant leur fille unique à la tête de la famille Rochelune.

Mais la folie de la mère avait atteint la fille. Chez les domestiques, en particulier les anciens comme elle qui connaissaient cette histoire, c’était un secret de polichinelle. Alice s’était isolée dans un monde qu’elle voulait idéal, beau et paisible, comme une sorte de maison de poupée géante. Et tous les domestiques faisaient leur possible pour ne rien perturber dans ce monde idéal, sous peine de voir la folie d’Alice refaire surface…

Elle aurait dû parler de tout cela à cet homme. Malgré son apparence rude, c’était un gentil garçon. Trop gentil pour Alice. Tôt ou tard, il allait subir le même sort qu’elle.

Chapitre suivant : VIII

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Table des matières
  1. I
  2. II
  3. III
  4. IV
  5. V
  6. VI
  7. VII
  8. VIII
  9. IX
  10. X
  11. XI
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