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Meules et moulins à eau en pays basque

Par Jean-Pierre Duhard

Oeuvre publiée sous licence Creative Commons by-nc-nd 3.0

Date de publication sur Atramenta : 25 août 2011 à 8h03

Dernière modification : 13 mai 2013 à 16h25

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les meules de grès d'Artzamendia par J.-P. Duhard

I - Généralités

 

Présentation de l'Artzamendi

 

            Géographiquement, Artzamendia doit être envisagé comme un haut plateau relevé aux Pics Iguski (844 m) et Artzamendi (926 m) et s'abaissant par le Pic Malda au nord (585 m), le Plateau Vert au nord-est (590 m) et le Pic Gakoeta à l'est (579 m). Il s'inscrit dans la boucle de la rivière Nive et se trouve limité latéralement par les deux affluents qu'elle reçoit, le ruisseau Laxia, au Pas de Roland et le torrent Baztan, à Bidarray (voir carte IGN 1345 OT/TOP 25, Cambo Les Bains Hasparren au 1/25.000°).
 

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vue depuis l'Arzamendi sur la vallée de la Nivelle (jpd)
 

 

            Géologiquement, l'essentiel de son substrat est constitué de grès permotriassique, également retrouvé à Ossés, Suhescun et Iholdy. On sait que le grès est un sable cohérent aggloméré par un ciment, présentant de multiples variétés suivant la nature des grains et celle du liant. Le grès molaire est celui convenant pour tirer des pierres meulières (ou moulières), employées en construction (moellons) et en meunerie (meules). Celui de l'Artzamendi a eu les deux destinations, puisqu'on en trouve l'usage dans l'édification des quais du port de Bayonne et dans la fabrication de pierres meules.

 carte au 1/25.000° Cambo

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L'utilisation des grès locaux

 

            De tout temps serait-on tenté de dire, ces grès ont été exploités par les hommes, que ce soit pour dresser des monuments, bâtir des abris pour eux-mêmes ou leurs animaux ou établir des clôtures. Les plus anciennes traces de cet emploi des grès de l'Artzamendi sont les cercles de pierres (cromlechs) et les pierres dressées (menhirs), dont le Dr Blot a fait l'étude exhaustive en Pays Basque de France (Blot, 1978, 1988, 1995). Les plus récentes sont les bordes, utilisant des dalles plates pour les murs, la toiture et les enclos, et dont les poteaux de support des poutres faîtières reposent sur des assises de pierre de forme discoïde. Dans leur cas, il est évident que le matériau utilisé est d'origine locale, ce que confirme l'existence de petites carrières d'extraction de pierres à proximité.

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borde bâtie en pierres de grès, en face de Kamchokoborda

           
     Mais ce grès a été utilisé pour d'autres usages, notamment la confection de meules à grain, d'usage soit domestique, soit artisanal. Les premières apparaissent dès le Néolithique un peu partout dans le monde, sous forme de concasseurs à percussion posée, écrasant le grain sur une pierre dormante à l'aide d'une molette. On en a trouvé, taillées dans le grès basque, dans la région de Saint-Jean-de-Luz (Blot, 1988 : 22, photo 4). Un autre modèle, composé de 2 pierres superposées, la supérieure tournant sur l'inférieure autour d'un axe grâce à un manche excentré, a également existé en Pays basque, et G. Desport rapporte dans une maison de Sare l'observation d'un exemplaire en grès de 50 cm de diamètre (Antz, 1993 : 299).

            Les meules artisanales apparaissent plus tard et utilisent d'abord la force humaine ou animale dans des moulins à bras ou à chevaux. En Pays basque de France, il existe en 1634 un moulin à cheval rue Pannecau à Bayonne et en 1636 on en bâtit deux autres, actionnés par 6 chevaux, travaillant jour et nuit par paire, de 2 heures en 2 heures (Broca, 1996 : 53). Certains de ces animaux sont aveugles, comme le cheval du moulin à huile de lin de la rue des Cordeliers en 1724 (ibid.    : 53). L'usage de ces moulins hippomobiles s'est poursuivi assez longtemps, conjointement à celle des moulins hydrauliques.

            Les premiers moulins fluviaux sont signalés en Europe à la fin du VIII° siècle, en 732 en Allemagne et en 798 en France, selon Sorondo (1987 : 153) et leur activité est attestée en Pays Basque dès les XIIème et XIIIème siècle (moulin à marée de Balichon, signalé en 1125 ; moulin de Hausquette, à Anglet en 1256). Ces moulins à eau sont mus par le courant d'un ruisseau ou d'une rivière (moulins fluviaux) ou le flux de la mer (moulins à marée) et fonctionnent soit au fil de l'eau, quand le cours d'eau a un débit important, soit par retenue (la plupart), en cas de faible débit ou dans les systèmes à marée, possédant alors un bassin ou étang en amont, obtenu par édification d'une digue.

            Les moulins à vent, en nombre très restreint, ne sont apparus que vers la moitié du XVIII° siècle, lors d'années d'exceptionnelle sécheresse paralysant totalement la pratique des moulins à eau (Sorondo, 1987 : 160). On en signale en 1718 à Hurlague (Biarritz) et en 1783 à Saint-Pierre d'Irube (Haize Eyhera). Aucun ne subsiste (Broca, 1996 : 54-55).

            On sait que les montagnes de Sare et de La Rhune ont livré des pierres meules, un texte de 1847 écrit par un certain Vedel, tailleur de meules, précisant que cette dernière fournit une pierre de grès très dure, très compacte dans laquelle on fait des meules très estimées, préférées à celles de Bordeaux, car s'usant moins vite. On ignorait jusqu'alors qu'Artzamendia avait été le siège d'une importante exploitation, permettant de parler de véritable industrie meulière sur cette montagne.
 

II - Elaboration des meules

 

            Les renseignements obtenus par l'étude des sites de fabrication et des éléments en place permettent de reconstituer assez exactement la chaîne opératoire (clichés 1-8). Ce qui reste encore à préciser c'est l'identité de ceux qui y ont travaillé, carriers professionnels ou occasionnels, comme le berger tailleur de pierre de La Rhune signalé par M. Duvert.

 

1°- Outillage :

 

            Outre la pelle et la pioche et les leviers de fer ou de bois, les outils de taille devaient être ceux des carriers, ce que laissent supposer les traces de leur emploi sur la roche .

outils de carrier sculptés sur la tombe d'un ancien artisan

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            C'est avec un marteau dit testut, avec une extrémité pointue, et l'autre tranchante, que sont fracturés les dalles ou blocs selon la ligne choisie, après creusement d'un sillon rectiligne ou curviligne.

            Des massettes à plan de frappe arrondi ou plat permettent une "chasse" directe des éclats, pour obtenir une forme discoïde. On en relève la présence autour de ces pierres taillées, avec des dimensions allant de 5 à 20 cm de long pour 1 à 4 cm d'épaisseur, et l'aspect, pour certains, de pseudo bifaces sur éclat, avec un bulbe de percussion tout à fait remarquable.

 

2°-Technique d'extraction :

 

            Pour la taille de pierres à bâtir, pierres à cromlechs ou dalles, on a recouru largement aux bancs gréseux affleurants. Pour la taille des meules, l'exploitation de la roche s'est faite, selon les cas, à partir de dalles mères ou de blocs soit gisant ou affleurant en surface, soit enfouis, en aménageant alors des fronts de taille.

a) exploitation en surface :

            Elle s'est faite à partir de dalles (cl. 1) ou de blocs (cl. 3), suivant les opportunités locales, sans à priori.

            Sur le flanc nord de l'Artzamendi, l'ébauche de meule n° 6 appartient à une dalle de 260 cm de long, soulevée par un calage, et façonnée sur les 3/4 de sa circonférence, un pédoncule reliant encore la future meule au support. Cette dernière, non perforée, présente un diamètre de 134 cm et une épaisseur de 20 cm.

            L'ébauche n° 23, non perforée, est taillée dans l'extrémité d'une dalle rectangulaire et présente un diamètre de 120 x 135 cm, avec une épaisseur de 20 cm. L'ébauche n° 24, également non perforée, est taillée aux 3/4 dans une dalle surélevée, le diamètre de la partie ébauchée étant de 150 cm, pour une épaisseur de 20 cm.

            L'important éboulis du flanc ouest de l'Artzamendi offre en abondance le matériau nécessaire pour tailler des meules, et c'est là qu'ont été relevées les pièces n° 38 et 39.

            Sur le flanc ouest de l'Iguski, et particulièrement dans le bas de la pente, c'est à partir de volumineux blocs de grès de surface que la taille a été initiée (cl. 3), les opérateurs n'hésitant pas à soulever par calage des masses importantes ayant de 60 à 80 cm d'épaisseur (n° 74, 75, 78, 79).
 

b) exploitation en carrière :

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            meule en place dans la carrière de Kamchokoborda (jpd)

        La recherche d'une matière de qualité et d'un support de dimensions suffisantes, ou le souci d'un accès facile, ont pu conduire les carriers à entamer le flanc de la montagne pour mettre au jour les couches rocheuses. Plusieurs de ces carrières d'extraction sont visibles, tant au-dessous du Pic Iguski que du pic Artzamendi.

          Il peut s'agir de "mini-carrières", d'où ont été extraits un ou deux supports (dalle ou bloc), comme celles à l'est de l'élément n°18 ou du flanc est de l'Iguski, avec les deux ébauches grossières n° 59 & 60, voisinant avec des blocs inutilisés. Il peut s'agir d'une véritable tranchée d'exploitation, comme celle offrant les ébauches n° 27 & 28 en place, côte à côte au pied du front de taille. Pour arriver aux couches de grès favorables, un travail de déblaiement de la terre et des roches superficielles devait être préalablement entrepris, avec rejet dans la pente des matériaux enlevés, formant des éboulis anthropiques.

            Il peut s'agir encore de véritable carrière, comme celle baptisée Maldabideakoharrobia (carrière du chemin de Malda), près de Xaituakoborda, où une quinzaine de meules ont été reconnues (cl. 6), l'exploitation du petit massif de grès s'étant faite à ciel ouvert, avec entame des bancs affleurant en mini-falaises. Ce site était desservi par un chemin descendant à l'est du pic Malda (Maldabidea) vers la Nive par Bitiribidartenia et Exeberriaenia, et des vestiges voisins de la carrière ont pu être les abris des carriers.

            Une fois arrivé à la bonne roche, d'épaisseur suffisante et sans refends, on tente d'en détacher un bloc ou une dalle mère par l'utilisation de coins ou leviers. Le support dégagé, il était assez généralement calé avec des pierres (cl. 2, 3, 6), remontant un bord libre, constamment celui vers la pente, de quelques centimètres à près d'un mètre suivant l'importance du support matriciel. Dans un cas, on peut parler de calage monumental, probablement dû à l'importance du pendage (Meaxe : n° 34). Ce calage a pour but tout à la fois de maintenir la pierre et la surélever, mais aussi de rendre plus efficaces les coups portés, la terre sous-jacente amortissant trop les impacts (selon M. Iharrour, ancien maçon). Il est également recouru à un calage lorsque la pierre meule mise en forme doit être retournée, comme nous le verrons.

            En cas de support de dimensions trop importantes (cl. 3), une réduction préalable est entreprise, soit pour amoindrir l'épaisseur (Iguski : n° 78), soit pour diminuer les diamètres.Dans ce dernier cas, des encoches de réduction ou un sillon de détourage sont creusés, comme on en voit dans certaines pierres meules en place (Iguski : n° 72, 81, 81).

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meule à demi ébauchée sur sa matrice rocheuse (jpd)
 

 

3°- Technique de taille

 

            L'aboutissement de la taille est l'élaboration d'une meule circulaire, avec faces et bords régularisés et perforation centrale. Une première mise en forme peut avoir lieu sur place ou après déplacement du bloc, par taille directe à la masse, véritable épannelage donnant une ébauche grossièrement discoïde et laissant autour des éclats caractéristiques. Mais, dans d'autres cas, on assiste à une véritable sculpture dans la masse (photo ci-dessus).

a) Une première technique consiste à tailler la circonférence de la future meule, avant d'entreprendre, l'une après l'autre la régularisation des faces, en même temps que la perforation. Le diamètre des ébauches mesurées (plus de 80) varie dans des limites assez étroites, de 120 cm à 150 cm pour la plupart, avec des extrêmes à 115 (Maldabidea) et 170 (Maldabideakoharrobia), et une majorité autour de 130 cm. Selon Vedel (1847), les plus grandes meules de La Rhune atteignaient 170 cm de diamètre et 33 cm à l'œillard.

            Une fois le pourtour circulaire obtenu, l'épaisseur est réduite pour atteindre 15 à 30 cm, la majorité mesurant 20 cm. La réduction peut être conséquente, certaines meules, sur blocs, ayant à l'origine une épaisseur de 45 à 80 cm (n° 78). Si l'on ne tient compte que des douze meules perforées ou en voie de l'être, et donc achevées, que nous avons mesurées, nous observons des dimensions de 115 à 150 cm pour le diamètre (moyenne : 139 cm) et de 17 à 30 cm pour l'épaisseur (moyenne : 23, 41 cm)

 

    n° 8        (perforée) :                              128 x 20 cm

    n° 9        (perforée) :                              133 x 20 cm

    n° 13      (hémi-perforée) :                      115 x 20 cm

    n° 18      (perforée) :                              130 x 20/32

    n° 33      (hémi-perforée) :                      non mesurée

    n° 34      (perforée) :                              143 x 29 cm

    n° 41      (perforée) :                              145 x 30 cm

    n° 44      (hémi-perforée) :                      145 x 25 cm

    n° 45      (hémi-perforée) :                      145 x 25 cm

    n° 46      (hémi-perforée) :                      150 x 30 cm

    n° 53      (hémi-perforée) :                      140 x 20 cm

    n° 58      (hémi-perforée) :                      145 x 25 cm

 

 

    n° 68      (hémi-perforée) :                      150 x 17/24 cm
 

meule achevée, avec son oeillard (jpd)
 

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               Il est à souligner que les 3/4 ont une épaisseur de 20 à 25 cm (21,8 cm en moy.) et 3/4 également un diamètre de 128 à 145 cm (139,25 cm en moy.)

            Dans les inventaires de moulins, l'épaisseur des meules est parfois indiquée : pour celui de Portuko Errota (Ascain), les meules à froment ont entre 16,2 et 19 cm, et celles à maïs 13,5 cm. Cette faible épaisseur peut résulter de l'usure, réduisant parfois de moitié celle d'origine.

            Les faces sont constamment planes, sauf pour la meule n° 18, dont l'épaisseur est moindre au centre (15 cm) que sur le bord (20 cm), donnant une forme convexe, mais elle n'est pas achevée.

b) Une seconde technique, semblant utilisée dans les cas de supports épais (dalles ou blocs), consiste en une préparation initiale de la face supérieure et d'une portion afférente de la circonférence (cl. 4), donnant l'impression d'une disque sculpté sur le support (Meaxe : n° 31, 32, 48).

            Il n'est pas exclu que cette variété corresponde à un usage spécial de la pierre meule, destinée à devenir une meule gisante. Ceci est corroboré par l'existence de telles meules avec cette finition, comme celle observée dans la cour d'une maison vers le Mondarrain, provenant d'un moulin, avec ses ferrures axiales encore en place.

c) Une variante intermédiaire apparaît dans des meules, épannelées, puis égrisées, et dont le bord circonférenciel est régularisé sur une moitié (cl. 5), avant que l'autre ne le soit, après retournement (Maldabideakoharrobia : n° 46 & 48).

 

4° Perforation    

       

a) Une faible proportion de meules perforées :

            Nous avons comptabilisé 13 meules perforées ou en voie de l'être (trou complet ou borgne). La perforation est intervenue soit avant réduction d'épaisseur (n° 18 : 20/32 cm) soit, plus fréquemment, après.

            Elles sont donc en minorité (13% environ) et, le plus souvent, il s'agit d'une hémi-perforation (75%). Les causes de cette faible proportion pourraient être un abandon du fait d'un avatar (bris d'un arc notamment) ou d'un projet d'achèvement ultérieur, ou toute autre explication.

b) Meules achevées, non perforées :

            Certaines pierres meules, prêtes pour la perforation, avec pourtour régulier et faces aplanies, ont été laissées en l'état, par exemple les meules n°8, n°20, n°21, n°26, n°47, suggérant un abandon définitif de cette activité de taille meulière.

c) Technique de perforation :

            On peut déduire la technique de perforation de l'observation des pierres meules. Examinant la face visible, nous avions d'abord noté qu'un petit nombre portait une orifice complet, et quelques rares un orifice borgne (cl. 6).           
           C'est à partir de l'examen de la pièce n° 58 (cl. 7) que les modalités nous sont devenues évidentes. Située sur une pente de l'Iguski, en vue du col de Meaxe, cette superbe pierre meule est pratiquement achevée.

            De 145 cm de diamètre et 25 cm d'épaisseur et calée à 60 cm de hauteur, elle présente les deux faces aplanies et un pourtour parfaitement circulaire. La première impression d'imperforation s'est vue infirmée par un examen plus attentif révélant sur la face inférieure un œillard borgne mais régulièrement cylindrique de 16 cm de profondeur et 15 cm de diamètre. La meule avait dont subi d'abord un aménagement de la face supérieure et du pourtour avec début de creusement de l'œillard, puis avait été retournée afin de perforer l'autre face, sans que l'opération n'ait abouti. Là encore on a une impression d'abandon.

            Sachant cela, nous avons reconnu des œillards borgnes sur partie non visible (face inférieure) d'autres pierres meules, notamment dans la carrière à ciel ouvert de Maldabidea, dans le pierrier près de la ligne électrique descendant du radar, près de Meaxe et sur le flanc ouest de l'Iguski.

            Toutes les meules avec perforation sont calées, et le calage après retournement semble parfois plus soigneux (Iguski : n° 58, Maldabideakoharrobia : n° 44).

            Le contour de l'orifice de perforation parait avoir été tracé préalablement par un sillon piqueté (Iguski : n° 84, cl. 5). Dans un cas, des pré-trous en "empreintes de doigts" marquent le centre géométrique de la pierre (Iguski : n° 23). A Meaxe, sur la pierre n° 33, hémi-perforée sur la face inférieure, la seconde perforation est en cours sur la face libre, mais n'a pas abouti, alors que la pierre ne présente pas de vice.

            Des accidents, fracture d'un arc exclusivement, conduisent à interrompre le travail de perforation, après hémi-creusement (n° 11), ou après creusement complet (Artzamendi : n° 8, n° 9, Meaxe : n° 34, Maldabidea : n° 41).

 

5° Transport et diffusion des meules

 

a) mode de transport

            Ces meules d'un poids d'environ 400 kg posent de sérieux problèmes de transport. Faute d'avoir pu recueillir de témoignages probants, ni trouver de publications sur ce sujet, on ne peut qu'émettre des hypothèses et imaginer l'utilisation de rouleaux ou de plans inclinés, plutôt que d'un roulement de la pierre après mise en place d'un axe dans l'œillard.

            La manipulation de ces masses pesantes n'est pas sans risques, comme le montre l'existence de meules achevées, perforation comprise, mais amputées d'un ou deux arcs ou ayant perdu un éclat sur une face. Il se pourrait que la meule n° 41, achevée et perforée mais fracturée en deux, ait été endommagée pendant son transport, car c'est la seule gisant près du chemin de Malda.

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une "lera" chez un collectionneur d'Ascain (jpd)

           
           D'après un renseignement fourni au Gl Gaudeul par un paysan autochtone, les meules étaient descendues sur des traîneaux au moyen d'attelage de bœufs (comm. orale). Parmi les solutions avancées, le traîneau ou "lera", sorte de plate-forme en bois de forme carrée sur patins (qui fut utilisé à Itxassou pour le transport des cerises), paraît effectivement la moins improbable. Plaide en cette faveur la constatation de traces parallèles de frottement sur des dalles affleurantes sur le chemin de Malda, évoquant des rayures provoquées par le traînage d'un masse lourde, peut-être sur des patins de traîneau.

            Un intérêt de la perforation in situ, outre l'utilisation possible d'un axe pour faire rouler la pierre, mais avec le risque d'un bris sur le bord, est aussi la possibilité de passer des cordages dans le trou pour l'amarrer au support de transport.

            Il serait intéressant de savoir comment l'indélicat surpris par Edouard, ancien maire d'Itxassou, s'y était pris pour enlever la meule pour laquelle il dut payer une forte amende.

b) chemins d'accès

            A 575 m à vol d'oiseau au sud-ouest de l'ensemble de bordes situées à l'ouest du Col de l'Ane, sur une portion de chemin encore visible sous l'herbe, au pied d'un petit relief coté à 657 m, à proximité des vestiges d'un abri bâti contre le rocher, existe une rampe dont le flanc a été renforcé d'un aménagement fait de dalles empilées pour former un mur de soutènement. A peu de distance, vers l'ouest, subsistent les vestiges d'une autre borde. Le chemin oblique ensuite sur la gauche (Est), pour remonter la pente.

accès de Maldibidea (jpd)

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            Sur le chemin de Malda les aménagements sont beaucoup plus évidents, avec mise en place de dalles en contre-pente, étayées de murets au besoin. Ce chemin part de Betiribidartenia et remonte en direction sud, se terminant au travers est du pic Malda. Comme dit plus haut, près de ce chemin a été découverte la meule perforée brisée en 2, chaque moitié étant séparée de quelques mètres.

            Il paraît probable que cette voie dallée, dite romaine, comme tous les vestiges non datés, était destinée à la descente des meules élaborées sur le flanc nord de l'Artzamendi et particulièrement celles provenant de la carrière décrite (Maldabideakoharrobia).

c) Diffusion des meules d'Artzamendia

            On entre là dans le domaine des hypothèses, faute de précisions : s'il existe des personnes ayant remarqué la présence de quelques meules sur ce massif (3 ou 4, disent-elles au mieux), aucune n'a pris conscience de l'existence d'une véritable exploitation, et il est amusant de noter que le dernier meunier d'Itxassou, qui a pourtant travaillé une cinquantaine d'années au moulin près de chez lui, en ignore tout, comme un berger familier des lieux, venu nous accompagner.

            Un indice nous a été fourni par M. Pierre Ipuy, d'Hasparren, ayant fait une étude sur les moulins de cette commune : des meules étaient achetées à Louhossoa et acheminées par des attelages de bœufs. On ne sait pas d'où elles provenaient, peut-être de Louhossoa ou d'Ossès, mais il n'est pas exclu que ce fût aussi de l'Artzamendi.

 

6° Extinction de l'exploitation

 

            La méconnaissance qu'ont les autochtones de ces carrières d'extraction de pierres meules laisse penser que l'exploitation s'est éteinte depuis longtemps, au-delà de la mémoire des précédentes générations.

            L'explication pourrait être trouvée dans l'introduction de meules d'autre provenance, de meilleure qualité. En effet, seules les meules de pierre blanche ou de silex donnent une farine immaculée, les meules de pierre colorées ou sableuses, dont celles en grès, souillant la farine.

            On peut supposer que les exigences de qualité de la clientèle ont conduit les meuniers à remplacer les meules en pierre locale par des Barcelone ou, surtout des meules Françaises, beaucoup plus cotées, car de grande longévité (50/60 ans) et donnant une très belle farine.

            La réduction des coûts de transport, la mécanisation de l'extraction (pelleteuse, locotracteur, wagons plats) et la mise au point de la technique composite ont favorisé la concentration des industries de carriers, comme à la Ferté-sous-Jouarre, en Eure-et-Loir (Société Générale Meulière, fondée en 1880 et fermée dans la fin des années 50) et sonné le glas des meules de l'Artzamendi, tombées dans un oubli total.

 

recherches sur le flanc nord de l'Artzamendi en juin 1994
(ici un menhir dégagé - cliché jpd)

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Table des matières
  1. Préambule
  2. les meules de grès d'Artzamendia par J.-P. Duhard
  3. l'artisanat lapidaire sur le massif d'Artzamendi par C. Dendaletche
  4. la meule dans le moulin par J.-P. Duhard
  5. pour en savoir plus
  6. bibliographie
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