Chapitre 9

CHAPITRE 9

Starsky et Hutch

 

 

Starsky et Hutch sont arrivés aux Asphodèles. Les sifflements ont retenti d’un bout à l’autre de la Cité. Les choufs ont bien fait leur boulot cette fois… Quand la Clio blanche banalisée s’arrête devant l’ancienne cité commerciale, à part quelques derniers « Teuss, teuss » chuchotés de-ci, de-là, tout a l’air calme, paisible.

— On se demande vraiment ce qu’on vient foutre ici, marmonne Lequeux, y s’y passe que dalle !

— Eh, c’était ton idée au départ, suite à l’histoire du rodéo et des permis-cité…

Persuadés de passer pour des clients ordinaires, ils pénètrent chez Ozgun, s’installent au bar et essayent d’entreprendre le Turc. Mais autant causer à une porte de prison. Et c’est là que JMP alias Postier intervient.

— Z’en êtes encore au café à c’t’heure ? Devez pas être bien matinaux dans la police.

— Ecoute, Postier, lâche-nous un peu…

— Ce que je disais… Vu que vous avez l’air de chercher des infos sur le quartier et qu’les gens ici y sont pas très causants…

— Eh bien, qu’est-ce que tu sais, toi au sujet du rodéo ? demande Bianchi.

— J’ai mon idée, mais pour causer, faut pas avoir la gorge sèche comme la mienne…

Starsky est bon enfant, il fait signe à l’Ottoman de remplir le verre de l’Antillais qui carbure au rosé et attend que l’autre lâche le morceau.

— Pour moi, inspecteur, ce sont pas des gars du quartier qui ont fait le coup. D’ailleurs, j’ai tout vu de ma fenêtre. Leurs caisses, c’étaient des bagnoles avec des ailerons, des petites lumières qu’on met pour décorer les arbres de Noël. J’ai repéré une Subaru Impreza bleue et jaune avec des flammes sur la portière…

— Ça serait des gugusses qui se la rejoueraient « Fast and Furious » ?

— Moi, je vois que des Portos pour un coup comme ça, conclut l’homme du tri postal d’un air sûr de lui.

— Et les permis-cité ? continue Lequeux.

— De la connerie de journaliste… Les jeunes y traînent, bien sûr, ils se font chier, mais de là à conduire sans permis…

— Tu es sûr ?

— En tout cas, j’en connais pas et y en aurait que je le saurais… Toujours à l’affût, le JMP ! ajoute-t-il en vidant d’un coup le verre offert par l’administration.

— Tu vois bien, fait Bianchi à son collègue. Le singe s’est encore excité pour rien.

La voiture blanche maraude un peu autour de l’école. Il est onze heures et demie maintenant. Les élèves sortent en braillant ou en se bousculant. Tout a l’air normal. Les flics disent un mot au dirlo qui surveille la sortie depuis le portail.

— Rien à signaler, Monsieur le Directeur ?

— Non, tout va bien, mais nous attendons toujours que le commissariat nous remette un îlotier devant l’école aux heures d’entrée et de sortie pour aider les enfants à traverser…

— Ils ont été retirés pour « optimiser les ressources humaines »… en fait par manque de crédits… À propos de circulation, vous avez entendu parler du rodéo de l’autre nuit ?

— Non, fait l’autre qui n’a pas envie de prolonger la conversation.

Etape suivante : l’épicerie Brahim. Le vieux se la joue bonhomie obséquieuse ce qui ne fait pas illusion aux keufs.

— Qu’est-ce qu’il y a pour votre service, Messieurs ?

— Nous menons une petite enquête de voisinage sur l’autre soir… les voitures, le tapage nocturne, les dérapages contrôlés ou pas…

— Vous voulez dire le rodéo ? Mais c’est pas des gens du quartier ! Des jeunes qui voulaient sans doute se faire remarquer. Oh, ils ont pas fait de mal, ils ont juste voulu s’amuser, c’est tout…

De l’arrière-boutique, sortent la femme et les deux fils de l’épicier.

— Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est, c’est la police ? Mais on a rien fait de mal, on est des gens honnêtes, nous ! s’exclame la moukère. Un rien et ils sentent qu’elle va se mettre à crier.

— Ferme-la, maman, fait Slimane. Vous devriez plutôt aller voir ailleurs pour votre enquête. À part que c’est pas des gens du quartier, nous on sait rien…

La Brigade ressort et trouve Abdoulaye et trois de ses acolytes nonchalamment assis sur le capot de leur Clio banalisée. L’attitude est moqueuse, quasi agressive.

— Alors, les Starsky et Hutch, encore à traîner dans le coin pour nous chercher des embrouilles ?

Plus diplomate, Lequeux décide d’attaquer poliment. Il a remarqué que d’autres Jeunes commencent à arriver et à les entourer.

— Nous venons simplement pour nous renseigner sur le rodéo de l’autre jour. Vous voyez que nous nous intéressons à vous, que nous ne vous abandonnons pas comme ça peut se dire ici ou là…

— Ça pour pas nous lâcher la grappe, vous nous la lâchez pas ! En tout cas, dans cette affaire, on est les victimes, vous entendez les keufs, les VICTIMES !

— Dans ce cas, reprend Lequeux, passez au commissariat et portez plainte…

— …Et les coupables, tout le monde sait qui c’est ! Suffit de lire ! Mais vous savez p’t’êt pas. Ça ricane de partout. Avec de grands gestes des bras, tout le monde désigne le gros tag qui s’étale sous celui qui incite à sodomiser la police.

Finalement, il faut que les deux Brahim interviennent pour que Starsky et Hutch puissent remonter dans la Clio et regagner leur commissariat.

— Alors ça serait la Grande Terre qui viendrait mettre le souk aux Asphos, conclut Bianchi.

— T’emballe pas, c’est pas prouvé. Le graffiti a pu être dessiné un autre jour. Il a même pu être fait par quelqu’un d’autre pour semer la zizanie…

— T’es pas con, Hutch…

— Eh, pour être un bon flic, faut y aller dans la déduction.

Ils sont à peine de retour à la Brigade, que le patron les fait monter.

— Ah, vous voilà enfin… Où donc étiez-vous fourrés ?

— Aux Asphos pour l’histoire du rodéo…

— Bon sang, mais vous avez toujours un train de retard, c’est pas possible, des bras cassés pareils ! C’était à la Grande Terre qu’il fallait aller !

Stupéfaction sur les visages des deux policiers.

— Oui, j’ai eu une plainte du directeur de l’OPHLM pour dégradation de biens publics immobiliers.

— C’est-à-dire ? s’étonne Bianchi.

— C’est-à-dire que vos petites saintes nitouches des Asphodèles en plus de faire des rodéos, de brûler les boîtes aux lettres et les bennes à ordures, en sont à aller tagger la cité adverse… Vous vous rendez compte ! Ils auraient salopé une dizaine d’immeubles !

— Et comment on peut être sûr que c’est eux ?

— Parce qu’il y a un témoin, un assistant d’éducation qui travaille à l’école des Asphodèles et qui habite à la Grande Terre. Il les a vus faire. Une blackette de quinze ans environ et un gamin de type européen nettement plus jeune, vous vous rendez compte ?

— Vous nous l’apprenez, Monsieur le commissaire…

— Retrouvez-moi ces deux-là et vite fait !

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