Chapitre 38

CHAPITRE 38

Pierre

 

 

Pierre marchait dans les rues. Seul, abandonné, pas un rond en poche, il avançait sans savoir où il allait. En dehors des habits qu’il avait sur le dos, il ne possédait strictement rien. Il finit par se retrouver dans le centre-ville. Il y rencontra trois clochards qui l’emmenèrent au Refuge Social, organisme subventionné par la Mairie, qui prodiguait une douche, un repas et un lit aux SDF qui se présentaient. Une seule règle : dégager avant neuf heures le lendemain matin. Bien sûr, il lui fallait arriver dans les premiers, vers cinq heures de l’après-midi, car les portes ouvraient à six et il n’y avait pas de place pour tout le monde. En plus, on ne pouvait pas y rester plus de trois soirs consécutifs. Alors, Pierre devait soit dormir dehors, soit tenter sa chance à l’Accueil Chrétien, centre d’hébergement situé à l’autre bout de la ville. Il n’appréciait pas du tout l’ambiance de ces asiles, la promiscuité avec tous ces damnés de la terre, le bruit, les ronflements, les odeurs, la crasse, les vols et les puces. Il devint également client des Restos du Cœur pour la nourriture et du Secours Catholique pour les vêtements. Sa vie était jalonnée par la visite de ces endroits. Le reste du temps représentait une sorte d’éternité, de durée élastique, inutile et sinistre où il n’était rien, au point que les gens qui passaient à côté de lui ne semblaient même pas le voir. Mais cela lui était indifférent. Il restait en ville, car il ne voulait pas trop s’éloigner de l’hôpital. Il y allait de temps en temps. Monsieur Sanson était enfin sorti du coma, mais il semblait très amoindri. Il ne parlait presque pas. Pierre ne lui raconta rien au sujet de l’expulsion, ni de la vie de sans domicile fixe qu’il menait maintenant. Quelques semaines passèrent. Son état physique et mental se dégradait. Il pensait de plus en plus à en finir, rôdait le long du canal et sur les ponts enjambant les voies de chemin de fer. Il était justement sur l’un d’entre eux en train de se demander quel pourcentage de chance il avait d’en réchapper s’il sautait juste avant le passage d’un gros train de marchandises, quand il entendit une voix connue crier : « Pierre ! ». Il se retourna. C’était Awa. Elle courut vers lui et se jeta dans ses bras. Dans le grondement du train qui passait, ils s’embrassèrent longuement.

— Je t’ai cherché partout, lui dit-elle. Et enfin je t’ai trouvé…

— Juste à temps, murmura Pierre juste pour lui-même.

Quelque chose en lui le persuada qu’enfin, il apercevait le bout du tunnel et qu’une nouvelle vie allait peut-être commencer…

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  • Littérature *
  • Littérature, alternatif
  • Poésie
  • Poésie, alternatif

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