Chapitre 36

CHAPITRE 36

Le député Oussmane

 

 

Depuis quelques jours, Jean Edouard Oussmane, député sortant de la circonscription de la Plaine, est au bord de la crise de nerf. Il a eu beau harceler le préfet qui a immédiatement répercuté sur toutes les forces de police disponibles, rien n’y a fait. Son magnifique 4X4 Toyota est encore et toujours introuvable. Il en a été réduit à se déplacer dans la voiture de son assistante, une minuscule Fiat Panda, puis à louer une Peugeot 106, seul véhicule disponible chez Hartz. Cela représente déjà beaucoup à avaler pour un élu du peuple à la dignité bafouée. Il est même allé frapper aux portes de divers hauts fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur et il a bien senti que le vol de sa voiture était le cadet de leurs soucis…

— Avez-vous une idée, mon cher, lui répondit un des chefs de cabinet du Ministre, du nombre de véhicules qui sont volés chaque jour ?

Il sait qu’un jour on finira bien par retrouver sa voiture. Par exemple, quand les voleurs s’en seront lassés ou auront eu un accident par exemple. Mais ce qui le rendit quasi-hystérique fut de lire un article d’Arsène Furet paru dans « L’Echo de la Plaine » et intitulé : « Des jeunes improvisent un imposant défilé à la mémoire de leur ami Redouane… » Il débutait par : « C’est dans une atmosphère empreinte d’une grande dignité que plusieurs centaines d’habitants de la Cité des Asphodèles ont envahi les rues du centre-ville, banderoles au vent et klaxons tonitruants. Le cortège était composé d’un nombre impressionnant de véhicules entraînés par un gros 4X4 Toyota couvert d’une grappe humaine gesticulante… » Et il y avait une photo sur laquelle Oussmane était certain d’avoir reconnu son propre véhicule. Il composa immédiatement le numéro du commissariat et demanda à parler à Neuville…

— Commissaire, où en êtes-vous avec le vol de ma voiture ?

— Un peu toujours au même point. Mes hommes ne l’ont pas encore retrouvée, mais il ne faut pas désespérer !

— Vous m’aviez promis de faire diligence, de mettre un maximum de monde sur l’affaire…

— C’est ce qu’on a fait, Monsieur le Député. Mes hommes ont fouillé partout, passé toutes les rues au peigne fin. Cela n’a encore rien donné. Je suis vraiment désolé…

— Pas autant que moi ! D’autant plus que je viens de recevoir le journal de ce matin et que je suis certain qu’ils s’en sont servis pour leur défilé ! Vos hommes y étaient en force, pourquoi n’ont-ils pas interpellé les voleurs ?

— Ils n’en avaient pas reçu l’ordre. Il faut que vous compreniez que devant un fait de ce genre, avec un nombre aussi important de manifestants, nous ne pouvons pas intervenir. Ce sont des consignes venues d’en haut. Il faut laisser faire, car nous pourrions aggraver la situation, créer les conditions d’une bavure qui pourrait être utilisée contre le pouvoir en place.

— Je suis au courant de tout cela, vous ne m’apprenez rien ! Mais dans ce cas précis, on s’en est pris à un élu de la nation, bon sang ! Comment l’Etat peut-il se faire respecter si les services de maintien de l’ordre restent inertes alors qu’ils devraient agir ?

— La procédure veut que l’on surveille, l’on contienne la foule, qu’on la calme par notre simple présence et notre sang-froid…

— Foutaises ! hurle Jean Edouard. Et qu’est-ce que vous ferez quand tous ces sauvages viendront botter le cul de vos flics ?

— Gardez votre calme, Monsieur le Député et restez respectueux… Je vous redis que nous avons la situation bien en main, que nous poursuivons les recherches et que j’ai bon espoir que nous aboutissions.

— Et peut-on raisonnablement espérer qu’un jour vous serez en mesure d’arrêter mes voleurs et agresseurs ?

— Certainement, force doit toujours revenir à la loi ! affirme Neuville, péremptoire.

— L’ennui c’est que vous les aviez à portée de main et que vous n’avez rien fait.

— J’ai déjà répondu à votre question. J’ajouterai simplement qu’ils s’étaient revêtus de bonnets, de foulards, de capuches et de keffieh, donc qu’il était impossible de les identifier et qu’en conséquence, nous ne disposons d’aucune preuve matérielle qui nous permette d’incriminer qui que ce soit…

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