Chapitre 21

CHAPITRE 21

Samira

 

 

Après avoir un peu erré dans la cité, Pamela se retrouve devant le C3. Elle monte chez Samira, une de ses copines de lycée. Elle la trouve dans sa chambre en compagnie d’Awa, une blackette aussi délurée qu’elle est décrêpée.

— Qu’est-ce qui t’arrive, ma chérie, s’exclame la beurette. T’es tombée dans les escaliers ?

— C’est ça, t’as tout juste, fait Paméla d’un air sombre.

Samira est la cousine de Karim alors pas question de se plaindre à elle.

— T’as une tête à faire peur, lance Awa. Tu veux pas qu’on t’arrange un peu ? Elle pense maquillage, poudres et onguents divers, tout l’appareillage indispensable aux fantasmes des mecs.

— Je suis mal foutue, c’est tout… T’aurais pas quelque chose à me donner d’abord, Samira ?

— J’ai du thé à la menthe. Si tu veux, j’appelle ma mère, elle t’en amène. Il est délicieux, il vient de chez nous.

— Tout à l’heure, on verra… Il me faudrait quelque chose de… comment dire ? Plus fort ou plus calmant…

— Demande pas d’alcool, y en a pas ici, tu le sais…

— Non, t’aurais pas quelque chose, quoi ? Quelque chose…

Samira observe les yeux pochés, le regard fiévreux, les mains qui tremblent et enfin, elle comprend…

— Tu as une sacrée veine, toi, je crois qu’on peut se faire une petite ligne…

— Youpee ! exulte Awa.

Et les trois filles se retrouvent dans la salle de bains avec une paille dans le nez à aspirer chacune un trait de la magique poudre blanche. Paméla, d’un seul coup se sent mieux, ses douleurs disparaissent comme par enchantement. Ses copines en profitent pour la maquiller, la coiffer. Ça leur prend une bonne heure. Elles retournent dans la chambre de Samira pour admirer le travail.

— T’es quand même mieux comme ça, fait Awa.

— Quand je pense que tu te laisses aller à ce point… C’est pas croyable. Bien arrangée, tu pourrais être canon et alors je te dis pas…

Pour Samira et Awa, vingt et dix-neuf ans, seule l’apparence compte. Depuis la première « Idole Académie » et autres « Recherche de la nouvelle étoile », leur vie a totalement changé. Elles ont commencé par remplir des cahiers de photos découpées dans des magazines people et suivi frénétiquement les carrières aussi météoritiques qu’artificielles de leurs nouvelles stars.

— Quand tu penses que Radhia a fait 300 000 exemplaires de son tube et qu’elle a même pas remporté le dernier « Idole » !

— Et Hussein, c’est bien pire… Il chante comme une brêle, danse comme un nul, arrive à 500 000 et c’est l’émeute partout où il passe.

— Oui, mais c’est parce qu’il chante le tube du dernier Disney…

Après la béate admiration, elles sont passées au stade supérieur. Elles aussi, elles veulent devenir des stars. Elles se préparent des books, s’inscrivent pour toutes sortes de castings.

— Tu sais que j’en ai un pour après-demain dans la capitale. C’est pour le fameux producteur Gérard Bourrin. Celui-là je le sens bien, je vais me le mettre dans la poche.

Samira connaît ses atouts. Physiquement, elle est jolie, la plastique est impeccable. Elle est mince, elle a de la poitrine. Elle entretient tout cela en s’affamant littéralement et en faisant de la gym trois fois par semaine. Elle est teinte en blonde et comme ses traits ne sont pas trop épais, elle pense avoir ses chances comme mannequin. Mais elle peut aussi bien être chanteuse, car elle pousse la chansonnette quelquefois dans les karaokés du samedi soir. Awa serait plus intéressée par la danse tout en sentant le mannequinat à sa portée.

— Et toi, Pam, pourquoi que t’essaies pas ? T’es mignonne et t’as déjà le prénom…

— Tu crois…

— Moi, va falloir que je change le mien. J’ai envie de prendre Samantha, Qu’est-ce que t’en penses, Awa ?

— C’est pas mal. Moi, c’est pareil Awa, c’est à ch… comme prénom, ça fait marque de hifi. J’ai envie de prendre Julia.

— Ah, c’est bien ça. Ça fait romantique, dit Samira.

Elles se plongent dans leurs books respectifs et s’esclaffent devant Paméla. La plupart des photos sont suggestives, aguicheuses.

— Quand je pense que c’est Mahmoud qui les a faites ! C’est pas mal du tout pour un amateur…

— Oui, mais dis donc, il est d’accord pour que tu t’installes dans la capitale si tu es prise dans un de tes castings ?

— Bien sûr… D’ailleurs, lui, il est dans le foot. Il veut aussi devenir star. Il dit qu’il est pas plus nul qu’Enalko. Alors…

— Quand tu penses que ce baltringue collectionne les Ferrari, soupire Awa.

— Mahmoud a quand même réussi à se faire sélectionner pour faire partie de l’équipe première du club de la Plaine…

— Mais, c’est un club minable…

— C’est qu’un début, attend qu’il marque des buts et qu’il se fasse repérer… En tout cas, déjà comme ça, il ramène plus que moi avec mon CDD dans cette saloperie de poissonnerie de chez Rond Point !

— Oui, mais on ramasse pas mal dans les soirées du « Whisky à Gogo »…

— Arrête avec ça, le « Whisky », c’est juste en attendant. Les billets glissés dans le soutif et les mains baladeuses de tous ces frustrés du samedi soir, ça me fait chier grave…

Une rumeur s’élève de la rue. Les filles s’approchent de la fenêtre. « Ça doit être à cause de Rédouane… dit Samira. C’est dégueulasse… Ce pauvre gamin… »

— Arrête, fait Awa, tu sais bien que s’il avait pas été faire le con à essayer de chourrer la bagnole du vieux dingue, ça serait pas arrivé…

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