Chapitre 16

CHAPITRE 16

Madame Sanson

 

 

Plus le temps passait, plus l’état de santé de Madame Sanson empirait. Ce n’était presque plus tenable pour son mari qui trouvait de plus en plus souvent refuge au café. Il ne supportait pas de voir souffrir et se déglinguer aussi vite sa fidèle compagne.

L’hématologue ne leur avait pas caché que maintenant la situation était plus que sérieuse. Elle fit procéder à des transfusions sanguines à répétition… Une fois par mois environ, Madame Sanson se présentait à l’hôpital régional, accompagnée de son mari et restait plus de trois heures avec la seringue dans le bras à attendre qu’avec les poches de sang neuf, un peu de vitalité revienne dans son organisme délabré. Quelque temps après, elle commençait à ressentir un léger soulagement. Elle se traînait un peu moins, mais ce n’était qu’un répit de courte durée. Les douleurs et la souffrance revenaient inlassablement au point qu’elle commençait à réaliser qu’elle ne s’en sortirait pas.

Le moindre coup se transformait en hématome, lui laissant de grandes taches violacées sur le corps. Les blessures les plus bénignes ne cautérisaient plus. En plus de la chimio, l’infirmière devait venir tous les jours pour changer ses pansements et tenter de cautériser ses plaies avec des pommades bactéricides et cicatrisantes.

Le calvaire dura quatre mois, puis la situation empira encore, les examens devenaient catastrophiques. Il fallait maintenant emmener Madame Sanson en ambulance pour les transfusions et le soulagement apporté était de plus en plus fugace.

Un jour de juin, l’ambulance qui l’emmena à l’hosto ne la ramena pas à la maison. Son état était trop critique. Sanson resta avec elle jusqu’au soir. Elle ne lui semblait pas trop mal. Les perfusions et les calmants avaient fait effet et elle s’était même endormie.

Quand il revint le lendemain matin, l’interne le prit à part.

— Votre dame ne va pas vous reconnaître, lui dit-il. Elle a eu une attaque au cerveau dans la nuit. Elle a le côté droit totalement paralysé, mais elle ne souffre plus…

Quand il entra dans la chambre, cela lui fit un choc. Elle avait les yeux à demi fermés et quasiment plus de regard. Il ne put s’empêcher d’y voir celui d’un oiseau mourant. Ses joues étaient creuses, sa peau jaunâtre. Du sang s’était coagulé à l’intérieur de ses lèvres. Elle respirait très difficilement et de temps en temps, elle s’agitait en levant convulsivement le bras gauche.

— Elle veut dire quelque chose, se dit-il en lui tenant la main droite et en lui parlant pour essayer de la rassurer et surtout de se rassurer lui-même.

Les infirmières revenaient à intervalle régulier pour remettre des perfusions d’antidouleurs et de tranquillisants. La journée passa et le lendemain, vers six heures, le cœur s’arrêta. Madame Sanson quittait ce bas monde discrètement, humblement, exactement comme elle avait vécu. Son fils n’était jamais venu à l’hôpital, sa fille non plus. Personne ne savait où elle traînait.

On plaça sa dépouille à la morgue de l’hôpital et quelques jours plus tard, elle fut enterrée au cimetière communal après un vague service religieux devant la petite dizaine de personnes que comptaient la famille et les amis.

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