Chapitre 14

CHAPITRE 14

Madame Sanson

 

 

Quand elle se réveilla ce matin-là, Madame Sanson ne se sentit pas comme d’habitude. Elle avait l’impression d’être déjà épuisée, terrassée par une fatigue étrange. Elle posa un pied par terre, essaya de se lever, mais la tête lui tournait, elle se sentait vraiment très mal. Elle se traîna en chemise de nuit jusqu’à la cuisine où son bonhomme préparait le café du matin.

— Comment te sens-tu, chérie ? lui demanda-t-il.

— Ça ne va pas du tout… J’ai des sueurs chaudes, puis froides, je ne suis pas bien dans mon assiette.

Elle essaya d’avaler un peu de café et un bout de pain, mais rien ne passait. Elle avait même l’impression d’avoir envie de vomir.

— Tu devrais aller te recoucher et te reposer plus longtemps…

— Je me sens mal, j’ai l’impression d’avoir chaud, puis froid…

— Tu as peut-être de la fièvre. Je vais te chercher un thermomètre.

Comme elle avait un bon 39,5, il lui proposa d’appeler un toubib. Elle n’accepta pas disant que ça allait sûrement passer, que ça devait être un virus, une saleté quelconque, qu’il lui suffirait de dormir et que ça passerait sûrement. Le lendemain, ça n’allait pas mieux, le surlendemain non plus. Alors Sanson fit venir un médecin qui l’examina, lui trouva une tension tout à fait normale et un cœur en bon état. Il prescrivit des analyses d’urines qui ne donnèrent rien d’intéressant.

— Ils ne savent pas vraiment ce que tu as.

Une semaine passa. Comme elle avait pris pas mal d’antibiotiques, la fièvre se calma un peu, mais les symptômes ne disparaissaient pas. Un autre médecin ordonna des analyses de sang où l’on découvrit un manque de globules rouges et de plaquettes. Le généraliste ne voulut pas encore se prononcer et envoya simplement les Sanson chez une spécialiste, une hématologue. Les Sanson ne savaient même pas que ça existait, ce métier-là. Ils apprirent que ce médecin s’occupait des maladies du sang et de la circulation. Madame Sanson avait bien quelques varices comme toute femme d’un certain âge, mais elle ne voyait vraiment pas ce qu’elle pouvait avoir à faire avec une hématologue.

Comme elle souffrait encore beaucoup, ils finirent par prendre rendez-vous. L’auguste spécialiste les fit attendre trois semaines et les reçut dans un cabinet ultramoderne tout meublé Ruche et Bambois, une marque de meubles pour riches. Les Sanson furent très impressionnés par le décor.

— Madame Sanson, vos analyses de sang ne sont pas bonnes. Je diagnostique une petite leucémie…

— C’est grave docteur ! s’exclama Madame Sanson, dites-moi tout de suite pour combien de temps j’en ai, je préfère savoir…

— Je vous ai dit une PETITE leucémie. Elle va être prise à temps et vous allez pouvoir facilement vous en sortir. Il n’y a aucune raison de prévoir le pire. La leucémie peut très bien se soigner. À condition de faire ce que je vais vous dire.

Elle lui ordonna de prendre un traitement et leur donna rendez-vous dans les trois semaines.

— D’ailleurs fit-elle, nous nous verrons toujours à peu près sur les mêmes périodes, il faut que les traitements agissent. On leur laisse le temps et on voit.

Ils rentrèrent chez eux, un peu rassérénés, mais pas trop. D’autant plus que le traitement calma apparemment les symptômes alors que les analyses suivantes étaient encore plus catastrophiques.

L’hématologue ne se démonta pas : « Je vous prescris deux injections deux fois par jour pendant une quinzaine, avec une période de latence de dix jours et on se revoit, j’espère avec de meilleures analyses la prochaine fois… »

 

*

 

La pauvre Madame Saison dût subir ses deux piquouzes par jour. Une infirmière venait matin et soir les lui faire. Elle finit par comprendre qu’il s’agissait d’une chimiothérapie assez lourde, car elle se sentait de plus en plus mal, n’avait aucune force, aucun appétit, mais plutôt des nausées permanentes, une envie de vomir tenace, tout juste si elle pouvait avaler un petit bol de soupe par jour. Elle se traînait du lit au fauteuil et du fauteuil au lit.

Sanson était très gentil avec elle, il s’occupait de la maison, faisait les courses et préparait les repas, n’oubliait pas d’amener quelque chose à l’enfermé de la chambre du fond, qui avait à peine réalisé à quel point sa mère était malade.

— Ça pue là-dedans ! Tu pourrais faire ta chambre, lui dit son père. Et aérer un peu, bordel…

Comme ça venait de son vieux, il grommelait mais le faisait quand même. Jamais, il ne sortit pour voir sa mère souffrante. Son esprit halluciné devait traîner quelque part entre les donjons et les dragons, les Galaxy Warriors et la dernière bataille des Ardennes…

Le vieux soupirait, la vieille souffrait mais demandait toujours où en étaient ses enfants. Le temps était triste et moche, le printemps tardait à venir…

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