Chapitre 13

CHAPITRE 13

Alex

 

 

La Clio blanche stationne devant l’école avec Bianchi et Lequeux à l’intérieur. Quand Alex sort avec sa classe, les deux flics s’avancent et l’embarquent immédiatement. Quelques gamins braillent, des parents grommellent : « Si c’est pas malheureux d’embarquer comme ça un pauvre gosse de dix ans ! Les flics font vraiment n’importe quoi de nos jours ! »

Au commissariat, ils le laissent dans une petite pièce équipée d’un miroir sans tain. Le gamin patiente, assis sur un tabouret. On ne lui a rien demandé à part son nom et son adresse. Il a bien compris que les flics attendent quelqu’un et qu’ils ont sûrement quelque chose à lui reprocher.

Alex ne se fait pas trop de souci. Il n’a pas treize ans, il ne risque donc rien. Alors, il attend tranquillement son tour. Au bout d’une demi-heure, Bianchi le fait entrer dans un bureau où il retrouve sa mère.

— Mais qu’est-ce qu’il a fait, Monsieur l’Inspecteur ? qu’elle demande.

— Nous venons de le faire observer par un témoin oculaire qui l’a formellement reconnu. Votre fils est coupable d’avoir souillé les façades de la Cité de la Grande Terre avec des graffitis faits à la bombe de peinture, la nuit du 20 mars dernier…

— Mais c’est impossible, il ne sort jamais la nuit ! Lance Madame Rodriguès.

— Pourtant, il a été reconnu par un témoin fiable en compagnie d’une demoiselle africaine d’une quinzaine d’années.

— C’est pas possible, soupire la mère.

Le flic s’adresse directement à Alex : « Réponds-moi honnêtement… Etais-tu, oui ou non, à la Grande Terre ce soir-là, Alex ? »

— J’y étais pas, d’ailleurs j’y suis jamais allé dans c’te téci, grommelle le gamin.

— Me prends pas pour un pélican. Je sais que tu mens, tu étais avec cette fille, on t’a vu ! Qui c’est cette fille ?

— J’en sais rien, puisque j’y étais pas !

— Fais attention, Alex, tu dois me dire la vérité, sinon, ça risque d’aller loin…

Il sait bien que le loin en question c’est nulle part. Au pire, le juge pour enfants, s’il a du temps à perdre…

— Mais, Monsieur l’Inspecteur, intervient la mère, puisqu’il vous dit qu’il n’y était pas et que moi je vous assure qu’il n’a pas quitté sa chambre cette nuit-là, ça devrait vous suffire…

— Eh bien, ça ne me suffit pas, réplique sèchement Bianchi. D’autant plus qu’il y a eu également le cambriolage chez Monsieur Onagre. Pas d’effraction… Une pénétration soit par l’entrée avec la clé que vous déteniez Madame, soit par une petite fenêtre qui aurait pu laisser facilement passer un petit gabarit comme votre fils.

La mère est effondrée, voilà que ça recommence avec cette histoire ! Alors c’est le gamin qui s’exclame : « Mais on a rien volé chez ce type. Ma mère faisait son ménage, c’est tout. J’y suis jamais allé, moi ! »

— Si vous m’accusez à cause de la clé, pourquoi j’aurais eu besoin de faire passer mon fils par la fenêtre ? Hein, ça ne tient pas debout…

Starsky reste un moment silencieux. Il aimerait mieux être à cent lieues en train de siroter dans un bar une bière bien glacée, loin de tous ces cons et de leurs histoires louches. Heureusement, Hutch, muni de deux cafés, arrive pour prendre le relais…

— Jeune homme, vous feriez mieux d’avouer… Nous avons un témoin pour les tags et de lourdes présomptions pour l’affaire du cambriolage…

— Mais puisque je vous dis que j’ai rien fait…

— Non, il a rien fait, reprend la mère, j’en suis sûre, c’est mon fils, je sais bien quand il ment… Et là je vous assure qu’il dit la vérité !

Hutch s’approche du clavier de l’ordinateur et commence à taper la déposition en précisant : « Tout va être transcrit et envoyé au juge pour enfants. C’est lui qui décidera des suites à donner… Pour notre part, nous ne sommes pas convaincus du tout de son innocence. J’en ai vu de plus jeunes, faire de pires âneries. Et puis, il y a encore un fait troublant. Votre fils est accusé de dégradation de biens publics par graffitis et bizarrement, dans le cambriolage Onagre, il y a également un tag que notre collègue a remarqué… »

Une demi-heure plus tard, la mère et le fils quittent le commissariat.

— Tu me le dirais si c’était toi, hein Alex ?

— Bien sûr, Maman…

La mère ne comprend rien à toutes ces accusations d’autant plus qu’elle-même se sait parfaitement innocente. Elle remonte tout raconter à son mari. Alex reste à jouer devant le B4. Abdoulaye, Gatta et quelques autres ne tardent pas à rappliquer et à emmener Alex dans la cave.

— Alors, blaireau, tu t’es fait embarquer par les keufs ?

— Oui, mais j’ai rien dit…

— Qu’est-ce qu’y savent, ces cons ?

— Presque rien, juste qu’un mec nous aurait vus là-bas.

— Qui c’est ce mec, qu’on lui éclate la chetron ?

— Je sais pas, il m’a regardé sans que je le vois, dans un miroir bricolé comme dans les films.

— Arrête, tu me prends pour une daube… Ils t’ont cogné ?

— Non, y avait ma mère et on a rien dit.

— J’espère que tu racontes pas de conneries et qu’t’as pas balancé, sinon, t’es un portos mort et ta putain de famille avec !

Soudain, un jeune black intervient : « Abdou, tu sais ce que je viens de voir en passant devant la baraque du vieux ? »

— Raconte eh, Ducon !

— Ils ont marqué le mur avec un gros « GT en FORCE », mais on le voit pas bien parce qu’ils l’ont mis assez bas, presque au ras du sol…

— Putain de bordel, c’est ces salauds de la Grande Terre ! Ils viennent se servir sur notre territoire, faut faire quelque chose…

— Mais on avait eu le dessus, intervient Gatta. Pour un tag on leur en a balancé dix !

— Oui, mais fallait s’attendre à la contre-attaque avec tag plus fauche dans un de nos pavillons.

— On n’a qu’à leur en faire le double. Deux pavillons et deux tags !

— Qu’il est con cui-là, y a pas de pav’ dans leur coin pourri, rien que des immeubles… Aller faucher là-dedans, c’est une autre paire de manches.

Du coup la bande en oublie Alex et se perd en discussions sans fin sur la possible réplique des Faux As à la Grande Terre. L’apprenti-griot de la bande commence même à improviser un rap vengeur qui devrait leur foutre totalement les boules et les rendre ridicules à tout jamais.

« Enflures, raclures et pourritures

pourris de merdeuses nourritures

la grande terre je l’enterre

l’emmerde et la ré-enterre

pas foutue de montrer

sa gueule d’enfoirée

on va les éclater, les écraser

leur foutre une branlée

leur péter leur gueule

leur piquer leurs meufs

leur chourrer leurs meules

en s’foutant des keufs… »

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