Chapitre 10

CHAPITRE 10

Paméla

 

 

Chez les Sanson, on sonne à la porte. Comme ça insiste, Pierre, qui est seul dans l’appartement, se décide à aller ouvrir. Il se retrouve face à une fille blafarde, aux cheveux crasseux, aux habits froissés. Elle a dix-huit ans, mais on lui en donnerait facilement dix de plus. Ses traits, qui avaient dû, autrefois, être agréables, sont tirés, des poches sombres marquent ses yeux. Quelque chose de pas net se dégage de son allure…

— C’est toi, Paméla ? Demande Pierre.

— Ouais, c’est moi, ducon ! Chuis dans la merde, y m’faut de la tune et vite fait !

— Moi qui croyais que tu revenais habiter ici… soupire Pierre en la laissant passer.

— Tu te gourais, blérot. Plus rien à foutre de vous tous … Juste du blé qu’y me faut, merde.

— Tu connais le chemin, j’ai pas besoin de te montrer !

Effectivement, Pamela va directement vers le buffet de la salle à manger. Elle ouvre la boîte de biscuits que sa mère utilise comme cachette pour l’argent des courses. Elle l’ouvre et n’y trouve que quelques piécettes de cuivre orange.

— Merde, il y a rien, même pas un bifton de cinq euros, bordel !

Elle s’effondre dans le canapé, la tête penchée en avant, les cheveux lui tombant devant les yeux. Pierre, en entendant son cri, s’approche et voudrait bien la consoler.

— Tu sais pas où il y a des ronds ailleurs, dans l’appart ?

— Non, je sais pas. Je crois qu’y mettent toujours le fric dans la boîte métallique où tu as déjà fouillé…

Il la sent prête à chialer et se creuse la cervelle. Non, le pognon ne traîne pas partout dans la baraque.

— Mais qu’est-ce que je vais devenir ?

— Et pourquoi qu’t’as besoin d’ce fric, frangine ?

— Pour m’acheter ma dope pov’ naz’ !

— Et celle de ton mac peut-être ?

— Sûrement pas. D’ailleurs, j’ai pas de mac. J’suis pas une pute, glandeur de merde.

— Si tu le prends comme ça, démerde-toi.

Et il fait mine de retourner dans sa piaule.

Paméla réfléchit un peu puis revient à la charge.

— Tu pourrais pas faire quelque chose pour me sortir de là ?

— Arrête de te camer, reviens à la maison…

— Facile à dire et qu’est-ce que je vais raconter au paternel ?

— La vérité… Ils sont cons, mais sympas, ils te laisseront pas tomber et moi non plus, tu comprends.

— Eh bien, trouve une solution pour me récupérer de la tune, c’est simple !

— Et pourquoi que tu vas pas carrément en demander au père ou à la mère…

— C’est ça, Dugland, pour que je me ramasse une beigne dans les dents. Tu l’ouvres pour raconter vraiment n’importe quoi !

Les voilà un peu à court d’arguments. Le frère et la sœur se regardent et ne se trouvent pas bien formidables.

— Y a pas un truc qu’on pourrait vendre chez Taxe & Converters ?

— Tu vois où t’en es avec ta merde… soupire Pierre.

— Et toi avec tes jeux vidéos et ta parano. T’es rien qu’une autre sorte de junky toi aussi.

Là, elle marque un point. Pierre ne sait pas trop quoi répondre, il sait bien qu’il est complètement accro à ses conneries.

D’ailleurs, il en a marre. Il n’a qu’une envie repartir sur « Soldier’s duty » pour déquiller des centaines d’affreux nazis à grands coups de mitraillettes et de grenades.

— Je sais pas moi, j’ai surtout vendu des jeux vidéos. Ils les reprennent pour quasiment que dalle…

— Et là, le radiocassette, il est pas à toi ?

— Non, il est aux vieux, mais ils s’en servent pas…

Paméla ne fait ni une ni deux, elle attrape l’appareil et déclare : « Eh bien, il sera pas perdu pour tout le monde. Allez, je l’embarque… »

Elle quitte les lieux en claquant la porte. Pierre retourne à ses jeux. L’ennui c’est que chez le repreneur d’objets d’occasion, elle aura beau gueuler, elle n’en tirera pas assez…

Elle regagne la cité à pied en commençant à terriblement ressentir le manque qui déjà la taraude. Elle monte dans la tour jusqu’aux étages squattés. Le dealer, un grand black de Centrafrique surnommé Willy Boy, ne veut rien savoir.

— Tu peux aller te faire foutre, t’as pas de quoi te payer une dose, alors deux, même pas en rêve !

— Je t’en supplie, Willy, file-les-moi, je te rembourserai, bordel…

— Pas de crédit, rien que du cash, tassepé…

— J’te donne ce que j’ai et le reste demain…

L’autre ne veut toujours rien savoir.

— Mais Karim va m’éclater la teuté si je reviens pas avec la dope, merde !

— Rien à foutre, c’est ton problème…

— Je pourrais être sympa avec toi, te faire des trucs…

— Allez, casse-toi, connasse, j’attends pas après toi. Des meufs babtou, j’en ai autant qu’je veux et des plus propres et des plus belles que toi.

Il ne reste plus à Paméla qu’à se barrer en tremblant et en chialant.

Taille du texte
Police
  • Avec empattement
  • Sans empattement
  • Adaptée aux dyslexiques
Mise en forme
  • Littérature *
  • Littérature, alternatif
  • Poésie
  • Poésie, alternatif

*  choix de l'auteur