Un nouveau départ

Un nouveau départ

UN NOUVEAU DÉPART

 

Moi, je ne suis rien qu’un pauvre balletringue. C’est du moins ce que tout le monde raconte derrière mon dos. Ça fout les boules, mais, quand je suis lucide, j’admets que c’est pas complètement faux. Petit, moche, basané et répondant à un nom exotique, j’ai tout pour plaire ! Dans la bande de cailleras où je zone, on me supporte parce qu’on me trouve futé. Enfin, c’est l’impression que j’ai, mais je n’en suis pas si sûr. J’essaie bien de faire marrer mes potes, mais ils trouvent mes blagues pas drôles. Et pour ne rien arranger, je suis handicapé. Physique. Pas mental quand même. Et pas de naissance. Il me manque la main gauche…

Et là, c’est une drôle de saloperie d’histoire. Il faut dire que j’ai toujours vécu à la coule, à la marge, d’un tas de trucs pas vraiment honnêtes. Et même que j’ai commencé très jeune. Comme petit chouf. C’est-à-dire guetteur. Dès qu’un blaireau inconnu pointait sa gueule sur notre territoire, je devais siffler ou lancer des « Teuss, teuss… » discrets pour prévenir tout le monde. Et toutes les semaines, j’avais mon petit billet. Je le transformais vite fait en bonbecs, coca, barres Mars ou chips. Résultat, au CP, j’étais déjà un mini caïd…

Ensuite, je suis passé « petite fourmi ». Je planquais les sachets de poudre blanche et les barrettes de merde dans les recoins les plus improbables. Comme je n’avais que huit ans, je ne risquais strictement rien si je me faisais gauler avec la marchandise. Qu’est-ce que les flics et les juges pouvaient bien faire d’un gentil minot comme moi ? Que dalle ! Juste me raconter que c’était pas bien et qu’il fallait pas recommencer si je voulais devenir un honnête citoyen. Tu parles, Charles. Moi, j’en avais rien à battre de leurs conneries. Je voulais juste ramasser de la thune sans me casser le cul. Beaucoup, beaucoup de thune. Et vite, très vite, le plus vite possible…

J’ai vraiment commencé à dealer vers mes quatorze ans quand j’ai commandé à quatre fourmis et à une douzaine de choufs. Et c’est là que ça a commencé à merder. Je voyais que le boss, le gros Kaddour, que tout le monde appelait respectueusement « Le Pharmacien », s’en fourrait plein les fouilles. Il se pavanait dans sa grosse Béhème je ne sais plus combien de litres. Pleine de chromes, vitres fumées, sièges en cuir blanc et mini-bar à l’intérieur. La totale frime. Fringues de stars. Ray-bans miroir. Rolex et gourmette en or. Et surtout tout un troupeau de pétasses roulées au tour à le cajoler comme s’il était le khalife de Bagdad en personne. La grande classe… Enfin, faut le dire vite. Même sapé Armani et chaussé Weston, il restait un gros plouc, moche, méchant et prétentieux. Il se la pétait d’autant plus grave que personne ne la ramenait devant lui. Pas une rayure n’apparaissait sur son carrosse de richman. Tous les mômes qui cramaient les bagnoles des bolos, ils auraient astiqué sa foutue Béhème, même gratos, rien que pour se faire bien voir du Parrain…

Au début, il m’avait à la bonne. Il payait, disons quatre fois plus que si j’avais taffé chez MacDo ! J’aurais dû m’en contenter. C’était quand même pas mal du tout ce qui rentrait ! Mais, quand on est jeune, on est con et même très con. Je bossais toute la journée et une partie de la nuit pour lui vendre sa merde. Je me faisais chier grave dans les caves et les halls d’immeubles de la Grande Terre. Toujours dans la crainte d’une descente des schmitts… J’arnaquais bien un peu les pigeons qui venaient se fournir chez nous. Sur chaque dose, je prélevais une petite topette pour ma conso perso, mais ça n’allait pas bien loin. Et j’aurais dû m’en tenir à ça. Mais j’ai voulu passer à la vitesse supérieure. J’avais trop kiffé « Scarface ». J’ai essayé de passer à la vitesse supérieure. Voler de mes propres ailes, monter mon petit bizness à moi. J’aurais pas dû. Maintenant, j’en ai une de rognée ( d’aile ! )…

Pour faire court, voilà ce qui m’est arrivé. Avec quelques complicités, j’ai réussi à m’introduire dans la baraque du Pharmacien. Baraque, c’est pas du tout le mot qui convient. Je dois dire « Palais, Château, Palace », au choix. Dalles de marbre au sol, tapis persans aux murs et pièces grandes comme des halls de gare. Faut que ça douille salement dans la came pour qu’un tel pourceau puisse se payer des trucs pareils. Des écrans plats géants, des robinets en or, une piscine olympique, un grand jacuzzi bouillonnant et un garage avec une douzaine de bagnoles toutes plus classieuses les unes que les autres. Il a tout, le Kaddour, des Mercédès, des BMW, des Porsche, des Ferrari, des 4X4 et même un gros Hummer blindé…

Donc, je m’introduis chez lui un soir de fiesta. Personne ne me repère et je lui rafle un gros sac de coke qui devait bien peser son petit kilo. Il en a un plein hangar. Je me disais que sur la quantité, il ne s’en rendrait même pas compte ! Eh bien, je m’étais fourré le doigt dans l’œil jusqu’au coude ! Le lendemain soir, trois de ses keums m’ont ramassé sur le trottoir en train de fourguer de la blanche pour mon compte. Ils m’ont embarqué fissa dans leur 4X4 Toyota à vitres fumées. Et je me suis retrouvé tout couillon face au Pharmacien.

— Alors, p’tit con, qu’il m’a dit, on ose venir chourrer de la marchandise jusque chez moi ?

— J’ai rien volé, M’sieur Kaddour, je vous le jure sur la tête de ma mère…

— Jure pas, minable balletringue ! Un kilo de cocaïne a disparu comme par enchantement de mon stock avant-hier… Tu sais ce que ça représente comme pognon ?

— C’est pas moi ! Risquai-je en y mettant toute ma force de conviction et en le regardant avec les yeux innocents de l’agneau qui vient de naître.

— Mais quel crétin, ce môme ! A lancé le Pharmacien en rigolant et en se tapant les cuisses. Et menteur en plus, la schlah ! T’as été filmé, pov’ pomme ! Et t’as même pas été foutu de repérer les caméras planquées…

J’ai été bon pour me recevoir une sacrée raclée. J’ai juré de rendre le sachet, mais ça n’a pas suffi à le calmer.

— Petit merdeux, tu m’as manqué. Et faut pas qu’ça recommence.

— J’le f’rai plus jamais, que je lui jurai sur le Coran.

— Ça suffit pas. Faut un truc qui te marque et qui t’empêche de jamais repiquer au truc. Quelque chose qui te rappellera toute ta vie que personne ne touche au stock de Monsieur Kaddour. Qu’on n’entourloupe pas le Pharmacien sans que ça coûte un max… Tu devines pas ce qui va t’arriver ?

— Non, M’sieur Kaddour.

— Tu sais à quoi la Sainte Loi condamne les voleurs ?

Quand il m’a sorti ça, j’ai tout de suite flippé. Je savais très bien de quelle Loi il parlait. C’était la sienne, la vieille loi tribale, ancestrale. Celle de la jungle, des frères et des truands. Pas œil pour œil, dent pour dent, mais pour un œil, toute la gueule ! Rien à voir avec le Code Pénal et les petites lois qu’appliquent ces lopettes de juges…

— Les voleurs, on leur coupe la main. Et on commence toujours par la gauche, c’est la moins handicapante. Et s’ils récidivent, on passe à la droite. Mais je ne m’inquiète pas pour toi. Tu n’es pas idiot. Ça va te mettre du plomb dans le crâne et après ça, tu fileras droit, abruti !

J’eus beau tomber à genoux, m’humilier, le supplier, il resta de marbre. Sur un simple signe de lui, ses gros bras m’embarquèrent et me descendirent à la cave. Ils me firent poser le bras sur un billot de boucher et le maintinrent bien à plat. Un des keums leva un grand sabre courbe qui avait l’air salement tranchant. Je vous raconte pas le carnage. Ce crétin me rata et la douleur fut tellement terrible que je tombai dans les pommes. Quand je sortis des vapes, j’avais plus de main gauche, juste un gros pansement pour cacher un moignon qu’ils avaient cautérisé je ne sais pas trop comment. Sans doute au fer rouge. Pendant des semaines, ça m’a fait un mal de chien. Sûr que j’en ai salement dégusté !

Encore aujourd’hui, il m’arrive de ressentir des trucs au bout de mon bras alors qu’il n’y a plus rien… Enfin si, maintenant j’ai un gros crochet comme celui du Capitaine du même nom, mais en moins tordu et en plus pointu. Je le planque dans la poche de mon pantalon en espérant que les gens ne le remarqueront pas. Pour le combat rapproché, c’est une arme terrible. Ça craint pour celui qui vient s’y frotter. Là, je peux dire que je me fais respecter. Mais y a bien que là et nulle part ailleurs…

En effet, depuis mon « accident », je passe encore plus qu’avant pour un naze, une truffe, un nullard. Il y a même des crétins qui se sont demandés pourquoi j’avais pas porté plainte pour « mutilation volontaire » et autres « coups et blessures entraînant un handicap permanent ». Je suis pas débile au point de m’embarquer dans les conneries de la justice. Moi, j’ai pas moufté. Je tiens à rester en vie, même avec une paluche en moins…

Le Pharmacien m’en voulait à mort de l’avoir trahi. Mais il a été correct quand même. Entre frères de deal, on ne se lâche jamais quoi qu’il arrive. À la vie à la mort qu’on est tous. J’avais déconné avec la coke, j’étais tricard alors plus question d’y toucher. Il m’a recyclé ailleurs. Je suis passé homme de main, enfin de seconde ou troisième main. Garde rapprochée, racket, intimidation en tous genres, mais toujours en binôme au minimum. Le plus souvent, je m’appuie la tournée des commerçants. C’est chiant, mais pas mal jouissif. Faut les voir commencer à se pisser dessus et à chier dans leur froc quand je leur balance mon gros crochet bien lourdement sur le comptoir… Les plus récalcitrants crachent illico au bassinet tellement ils se voient avec une grande balafre en travers de la gueule, le nez écrasé, les yeux crevés ou le bide ouvert par cette foutue lame qui est fixée à mon poignet. Et là, je vous prie de croire qu’ils la sortent fissa d’en dessous du comptoir leur foutue enveloppe bourrée de biffetons !

Finalement, il n’y en a pas tant que ça à dérouiller vraiment. Alors, avec le temps, j’ai fini par m’ennuyer un peu. Me trouvant pas assez motivé, ce salaud de Pharmacien a réduit mon cachet de moitié. Moi, depuis que mes rêves de Béhème, de pognon à gogo et de pétasses faciles sont partis en fumée, j’ai laissé le shit et la coke pour le crack, une merde qui peut te flinguer complètement la cervelle. J’essaie d’être discret là-dessus. Mais j’ai bien l’impression que ma tronche déglinguée et mes yeux bizarres ne font pas illusion. Je me défonce parce que je n’arrive à rien. Et comme je me retrouve nulle part, je me came de plus en plus. Le parfait putain de cercle vicieux de merde…

Enfin, il me reste quand même quelques rares petits bonheurs. Quelquefois, quand j’accompagne les meufs du Pharmacien. J’assure leur protection rapprochée. En fonction de la cote des filles, on est plus ou moins nombreux, plus ou moins chargés. C’est Kaddour qui décide. Ça peut aller du poing américain à la kalach…

Tiens, aujourd’hui, par exemple, j’escorte la Ludmilla, une Biélorusse qu’a plus vraiment le ticket. La preuve : ils m’ont laissé seul avec elle, ce qui est ultra-rare et presque louche. Et, à part ce foutu crochet, pas d’arme, rien, même pas un opinel ou un couteau suisse sur moi ! Pas « chargé » dans tous les sens du terme. Clean depuis hier soir. Un exploit pour moi. Je veux donner bonne impression, même si ça cogne un peu fort sous la cafetière, même si je tremble comme un parkinsonien en prenant mon verre de morito au comptoir du Club 69.

Une petite after sympa. J’ai pas grand-chose à faire. Juste surveiller la poupée russe. Empêcher qu’un bolo, un blacko ou un frérot vienne l’emmerder. Pour l’instant, elle danse, enfin, elle se trémousse, elle exhibe ses rondeurs. Carrossée comme un top-model, la belle blonde aux yeux bleus en intéresse plus d’un. Alors je m’approche, je la prends par la taille et je l’entraine un peu à l’écart de la piste de danse.

— Quel plaisir de vous tenir comme ça, Ludmilla. Je suis charmé de vous sentir tout contre moi, vous la gazelle si belle…

Elle ne répond rien. Est-ce qu’elle pige ce que je lui raconte ? Pas sûr. Est-ce qu’elle se la joue princesse lointaine dans la débine ? Impossible de savoir. Son visage si fin est totalement inexpressif. Et pourtant, elle se colle à moi, lascive, chaude comme la braise. Je suis troublé et certain qu’elle s’en rend compte. Nous sortons sur le parking. C’est peut-être le moment de passer aux choses sérieuses. Sur un malentendu, ça peut fonctionner, comme dirait l’autre.

— Ludmilla, lui dis-je, je vous trouve si belle, si charmante. Vous me troublez grave… J’aimerais vous connaître un peu plus intimement…

Elle ne répond toujours pas. Boude-t-elle ?

— Kaddour compte-t-il encore pour vous ?

Là, j’aborde un sujet épineux. Elle parle enfin : « Kaddour méchant ! Kaddour fini ! »

Dans la Mini Cooper que le Pharmacien a offerte à la Biélorusse, je tente de l’embrasser. Elle détourne la tête, me refuse ses lèvres, mais me laisse son cou, sa gorge et le reste. Ma main baladeuse part en exploration. La belle se laisse faire avec une passivité étrange. Je découvre qu’elle ne porte aucun sous-vêtement. Mon excitation n’en est que plus terrible. Avec douceur, elle repousse ma main et enclenche le démarreur.

Dix minutes plus tard, nous nous retrouvons devant la propriété du Pharmacien. Portail automatique hermétiquement clos. Pourquoi m’amène-t-elle ici ? Je l’interroge. Elle me répond : « Moi, partir avec toi. Moi, juste prendre affaires. »

Elle présente la paume de sa main devant une sorte de lecteur laser qui vire aussitôt au vert fluo. Les vantaux s’ouvrent en grand, tout doucement, sans un bruit. La voiture s’avance dans l’allée. Connaissant les tendances paranoïaques du maître des lieux, je me demande où sont planqués les gorilles, et la meute de dobermans qu’il utilisait autrefois pour sa protection. Mais il y a si longtemps que, tombé en disgrâce, je ne suis pas venu ici, que je ne sais plus. Sans doute a-t-il tout misé sur l’électronique et la haute technologie. Le Pharmacien doit savoir vivre avec son temps. Ce foutu parc doit être truffé de caméras, de capteurs thermiques et rempli de pièges de toutes sortes. C’est pas possible autrement…

Ludmilla arrête la Mini juste devant le perron. J’hésite à sortir de la caisse. Elle me prend par la main. On a à peine posé un pied sur la première marche que l’horreur se déchaîne. Une attaque silencieuse, vicieuse, venue des airs. Une demi-douzaine de rapaces, vautours, aigles ou éperviers, je sais pas trop, foncent vers nous avec l’intention évidente de nous attaquer. Je les laisse venir à ma portée. Puis, à grands moulinets de mon crochet gauche, je les zèbre, je les fouette, je les pique, je les transperce de la pointe acérée de ma prothèse. Un à un que je les abats, ces oiseaux de malheur. Pas un seul qui réussit à nous balancer un coup de bec ou à nous griffer avec leurs puissantes serres…

Quand ils sont tous au sol, j’en retourne un avec le pied puis je l’écrase d’un coup de talon rageur. Un craquement métallique. Putain, ces rapaces sont en fait des drones camouflés en volatiles ! La dernière trouvaille ou le dernier gadget de protection domestique high tech. On l’a échappé belle. Mais c’est pas fini. Une sirène se met à hululer… De petits guichets s’ouvrent dans le mur de façade. Le canon de plusieurs armes de gros calibre apparaît. Nous nous rabattons fissa vers la bagnole. Une fusillade nourrie se déchaîne dans notre direction. Ludmilla écrase la pédale d’accélérateur et fait vrombir le moteur. La Mini fonce vers le portail d’entrée. En haut d’un des piliers, une lampe orange se met à clignoter. Putain, les deux battants bougent déjà… Ils vont se refermer et nous serons piégés comme deux crétins !

Je hurle : « Plus vite, Ludmilla, plus vite ! Fonce, bordel ! »

Le petit bolide passe juste à temps. À moins d’un centimètre du lourd vantail blindé…

Maintenant, nous roulons dans la nuit sans nous dire un mot. De temps en temps, je caresse sa blanche cuisse. Elle ne me repousse pas. J’ai besoin de me rassurer. La chance va-t-elle enfin tourner ? Vais-je enfin m’arracher de ma gangue de poisse maudite ? Est-ce que cette beauté va m’accepter dans son pieu ? Est-ce qu’elle va daigner écarter les cuisses et me laisser faire ? Difficile à dire…

Tiens, la voilà qui s’arrête sur le parking d’un hôtel First Class. Un de ces lieux glauques, impersonnels, sans âme, sans vie, sans rien. Il suffit d’introduire sa carte de crédit dans une fente pour récupérer une piaule. Pas très glamour… Mais je suis tellement chaud bouillant qu’un hangar, qu’une étable, qu’un simple ballot de paille me suffirait. Je pourrais même la renverser et lui régler sa petite affaire là, sur l’herbe, derrière un buisson. Mais il ne fait pas assez chaud et ça ne lui plairait sûrement pas. Et on a beau être nazebroque, con, handicapé, camé et fauché, on a toujours envie de faire bonne impression devant une dame. Surtout une belle.

Installé dans la chambre, là, je suis sûr que c’est bon. Délicatement, elle déboutonne ma chemise, me caresse les épaules et dégrafe mon futal. Mais au moment où je tente de l’enlacer, elle me repousse, s’éloigne avec une petite moue sur son joli visage et s’enferme dans la salle de bains. Encore une qui va se prendre une douche avant et un bain de mousse après. Moi, je me désape complètement et m’étends sur le lit. J’attends la suite, plutôt pépère. Cette nuit va sûrement être la plus chaude de toute ma vie de merde. Et si elle ne l’est pas, elle sera sans doute la plus marquante. Celle d’un nouveau départ. D’une renaissance… Après tout, qu’est-ce qu’il faut pour relancer un keum à la dérive ? Pas grand-chose ! Juste une fille gentille…

Dix minutes plus tard, ma poupée russe réapparait environnée d’une forte odeur de monoï. Complètement nue, à peine séchée, elle me tend un verre rempli d’un liquide ambré.

— Tiens, bois ça, me dit-elle. Ça va te faire du bien. Je l’ai trouvé dans le mini-bar. Avec toutes les émotions que je t’ai causées, tu dois avoir drôlement soif…

Je ne m’étonne même pas de l’entendre soudain parler aussi bien.

Pourquoi ai-je accepté ce foutu verre ?

J’aurais jamais dû. Le whisky avait un drôle d’arrière-goût. Vraiment amer ! Ça m’a brûlé la gorge, torturé l’estomac, cramé les boyaux. Des douleurs atroces. De plus en plus fortes. Comme si la bande de foutus vautours de tout à l’heure était arrivée à me déchiqueter le ventre, petit à petit, morceau par morceau, lambeau de chair après lambeau de chair. J’ai chaud, j’ai froid. J’ai mal. Mes yeux se troublent. La pièce tourne autour de moi. Je tombe à terre comme un pantin désarticulé. Je me tords de douleur à ses pieds. Je me ramasse en position de foetus. Ah, ça, je ne bande plus du tout… De son œil bleu et froid, la poupée russe me regarde. Toujours aussi indifférente. On dirait qu’elle attend très calmement que je passe l’arme à gauche…

Quel crétin, mais quel con je suis ! M’être ainsi laissé cueillir comme un bleu ! Le total balletringue, vous dis-je !


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