Bus Stop (Oeuvre réservée à un public adulte)

Bus Stop

 

 

 

 

 

Hier mon amie Sophie pourtant timide me dit tout de go que toutes mes histoires de trains sont bien faciles, puisqu’en belle garce j’en ai tellement pris que c’en est devenu dégoûtant. Selon elle je n’ai profité de la suite que grâce à mes bons débuts, car dans le train la situation se prête à ce genre de choses, pourvu que l’on soit bien disposé au départ. Je lui ai fait remarquer qu’elle ne voulait tout simplement pas admettre que je plais aux hommes, et que mon train n’y est pour rien, sauf à dire que l’imagination des mâles bat son plein, puisque la littérature érotique a fait largement référence à mes romans de gare.

J’ai tout de même ajouté que l’on était loin des divagations romantiques de l’Orient Express, puisque sur mes modestes rails les hommes prennent tout de même des risques. Avec un sourire en coin j’ai insinué que dans ces situations il fallait vraiment avoir envie de monter, mais Sophie n’a pu s’empêcher de contester en affirmant qu’à fumisterie égale mes prétendants se seraient déjà satisfaits avec sa prestation. Je dois reconnaître qu’elle est plutôt aguichante, avec sa bouche pulpeuse et ses seins provocants, mais son manque flagrant de technique laisse bien souvent les hommes perplexes. Je lui dis alors : « Ils savent que dans le fond tu es une hystérique qui va se contenter de les allumer, mais qui ne les aime pas vraiment ; au lieu qu’avec moi ils se rendent compte que je ne vais pas me défiler, et que tout dépend d’eux. En quelque sorte je tiens mes promesses, et ils me les rendent bien. Toi, par contre, soit tu les regardes trop timidement, soit tu les allumes avant de descendre, seulement pour qu’ils te cherchent dans tous les convois.

— Ah ! Ce serait plutôt toi qu’ils traquent jusque dans le métro, tellement ils se souviennent de ce qu’ils ont déjà fait ! Et si ce n’est pas encore le cas ils auront certainement entendu parler de tes exploits. Je suis bien sûre que ta photo doit circuler sur tous les téléphones comme un avis de recherche. Il suffit que tu ailles t’asseoir sur une banquette, pour qu’ils soient tous après ta braguette ! En fait c’est ta réputation qui l’emporte, et pas ta prétendue séduction. Tiens, je te parie que dans un bus, ça ne se passerait pas du tout de la même façon !

— Allez, vas-y, qu’est-ce que tu paries ?

— Pff, je suis sûre de gagner, puisque tu ne vas même pas essayer.

— D’accord, si je gagne, je fais tout ce que je veux avec toi.

— Ah ! Ah ! Elle est bien bonne ! Si tu veux ! Je n’ai vraiment rien à perdre, en pariant à ton petit jeu.

— Puisque tu insistes, viens donc prendre le bus avec moi, je vais te donner une belle leçon de conduite ! »

 

Nous voilà donc sur le quai de la Zürich Hauptbahnhof, et afin d’ôter mon slip dans les toilettes de la gare je demande à Sophie de découper quelques minutes dans son précieux timing, si toutefois elle daignait m’accorder pareille licence, compte tenu des circonstances spéciales. Elle me fait alors remarquer que je commence déjà à tricher, puisqu’il n’y a pas de toilettes dans les bus, mais que ça ne changerait rien à la cata. Elle allait bien s’amuser, à m’observer en dehors de mon territoire de chasse.

Donc je rentrai dans les toilettes. Tout en enlevant mon slip je prêtais une oreille amusée à Sophie, reléguée derrière la porte, qui allumait nerveusement une cigarette en maugréant. Je la devinais plutôt désarçonnée malgré sa vantardise, et je m’amusais à imaginer son visage fermé, sans aucun respect pour la zone non-fumeurs, au risque d’enflammer le gaz ammoniac des latrines.

Sa voix me parut hésitante, comme enrayée par les accents de la jalousie. La connaissant, elle devait être en train de relire mille fois sur le loquet le simple mot besetzt, écrit en rouge, en attendant qu’apparaisse frei, en bleu. Un bel exercice de lecture en allemand. Elle simulait l’inquiétude, à la pensée de ce que je pourrais lui faire subir en cas de victoire, alors même qu’elle était bien certaine de gagner son pari : « Je te trouve bien sûre de toi, Sonia. Crois-tu vraiment qu’il suffit de se montrer, pour accaparer le premier homme venu ? »

Je me surpris en train de mouiller, en l’imaginant assaillie et démontée par une meute d’hommes bien montés. « Je ne dis pas que ce sera le premier, mais ce que je te parie, tu vas voir, je vais me faire avoir dans ton satané bus, tout en respectant ta sempiternelle politesse.

— Allez, sors donc de ces damnées toilettes, Sonia, j’ai hâte de remporter ce pari !

— Dis-moi, Sophie, jure que si je gagne, je pourrais te faire tout ce que je veux, y compris par d’autres ?

— Comment ça, par d’autres ?

— Par d’autres que moi, y compris des hommes.

— Tout ce que tu veux, puisque je sais que tu n’as aucune chance dans un bus !

— Ta conviction risque de te coûter cher, Sophie. Quand le moment sera venu je te conseille de vérifier in concreto, pour qu’après tu ne t’en ailles pas dire qu’il ne s’est rien passé de grave.

— Ah ! ah ! comme tu es drôle, Sonia !

— J’espère que tu aimes les saucisses, parce que je vais t’en donner une indigestion ! » lui dis-je, en refermant la porte des toilettes derrière moi, non sans quelque autorité.

 

En sortant de la gare un léger crachin mouillait le ciel gris et les reflets lumineux sur la chaussée. Alors j’ai dit à Sophie, qui déjà se dirigeait vers notre abri, qu’avec ce sale temps j’aurais besoin d’un imperméable, qu’elle daigne m’attendre au bus stop, ça ne sera pas long, histoire de retourner sous le couvert de la gare, juste un petit magasin à Shop Ville Rail City, sur la Bahnhofplaz. En fait je ne pensais pas vraiment à la pluie, mais à m’acheter un cache-poussière qui m’éviterait le cache-sexe.

J’examinai avec attention l’assortiment de la vitrine, puis bien décidée je rentrai dans la boutique en disant simplement avec le bonjour : « Tenez, voyez celui-ci, je suis sûre qu’il me va, je le prendrais bien. Pourrais-je m’accommoder un instant en cabine ?

— Je vous en prie », me répondit la caissière, moins blonde que moi, qui manifestement estimait mon tour de poitrine à l’aune de sa queue de cheval : « Faites comme chez vous. Je suppose que vous payez par carte ? »

Je voulus lui répondre que j’allais surtout payer de ma personne, mais elle ne comprendrait pas ; aussi entrai-je directement en cabine pour bien ouvrir mon corsage jusqu’aux aréoles, que je passai au Gloss transparent. Tant qu’à faire j’en fis également profiter mes lèvres, qui aussitôt reprirent de leur éclat sous la douce lumière des projecteurs. Pour ce qui est de mes yeux je les laissai à leur bleu, sans intervenir sur les cils et les sourcils : les hommes les préfèrent blonds. Sur ma figure blanche c’est comme si je n’en avais pas. L’absence de maquillage, voilà qui les excite parfois, surtout sous les loupiotes bleues. C’est un secret, n’allez pas le répéter à tout le monde, d’autant que ce n’est efficace qu’avec les Suédoises importées en Suisse.

 

J’enfilai l’imper en le boutonnant bien au-dessus de mon pull largement déboutonné, de sorte qu’il suffirait de l’entrebâiller pour afficher ma poitrine à plein. Je sortis enfin de la cabine d’essayage pour lancer un classique : « Il fait vraiment un temps de cochon, aujourd’hui !

— Oui, vous pouvez le dire, un temps à coucher dehors ! Je vois que l’imper vous va très bien. N’oubliez pas la ceinture dans la poche, vous verrez, elle marque bien les hanches. »

En fait la caissière me regardait avec une certaine envie. Elle aurait voulu que mon imper lui aille aussi bien, et peut-être bien m’essayer carrément sur son corps. « C’est parfait », dis-je, en regardant l’effet de la ceinture dans le miroir, et celui de mon image sur la caissière. Aussitôt je ressentis comme deux mains qui enserraient puissamment ma taille pour me projeter dans le bus en pleine course.

« Vous devriez le déboutonner sur le bas, on verrait mieux vos jambes », ajouta malicieusement ma charmante hôtesse, qui faillit entamer une démo avec mon imper. Mais je n’avais pas de temps à perdre, bien que j’eusse aimé m’attarder plus avant. « C’est vrai, je vous remercie, j’espère que ma jupe ne paraîtra pas trop courte.

— Bah ! Vous avez de quoi », répondit-elle en se redressant à regret, tout en marquant du regard son insinuation, qui passa du miroir à mon corps. Je ne pus m’empêcher de ressentir les effets de sa main virtuelle entre mes cuisses, et déjà je pensais à celles des anonymes qui m’entreprendraient dans le bus. Je m’appuyai sur cette impression pour me persuader de ma victoire prochaine. Il ne restait plus à Sophie qu’à bien se tenir.

Je compris que mon étrange attitude accaparait davantage l’attention de l’hôtesse, qui avait sans doute relevé sur mes lèvres le brillant intense Iman. Je devais représenter pour elle une proie facile, et je me dis une bonne fois que je serais toujours sollicitée, que ce soit par les hommes ou par les femmes. Je m’efforçais de décourager l’entreprise de celle-ci en prenant garde de ne pas la vexer, et je lui laissai doucement entendre que pour l’heure je n’étais pas disponible. Toutefois son attitude m’encouragea plutôt, en me démontrant que dans ma nouvelle tenue pourtant assez stricte je ne manquerais pas d’être excitante. Peut-être pourrait-elle m’essayer une prochaine fois. « Merci pour le compliment, lui dis-je alors, en la regardant droit dans les yeux.

— Je vois que vous êtes pressée.

— Oui, je suis en mission.

— Dommage.

— Dommage ? »

Elle ne répondit pas, et me tendit l’appareil pour que je glisse ma carte dans le slot, comme si elle me l’offrait. Alors que je rentrais mon code elle me regarda d’un air rêveur, puis profita pour me fixer du bref moment où mon attention fut accaparée par le retrait de la carte. Quand je me décidai à vider les lieux son comportement m’avait suffisamment excitée pour me donner le courage nécessaire à mon entreprise. « Merci, lui dis-je alors, vous êtes vraiment gentille.

— Ce fut un plaisir », dit-elle, en déposant avec précaution le lecteur de cartes sur son comptoir, comme si elle m’y avait enregistrée. Je pensai alors qu’elle avait dû apercevoir mon effigie sur la couverture du magazine, à chaque fois qu’un client de sa boutique en payait un. Je sentis que mes tétons pointaient. La fille laissa ses lèvres décloses. « Bonne journée, lui dis-je, en arrangeant le col de mon imper.

— À vous aussi. Bon courage pour votre mission. »

 

Quand je sortis la pluie était déjà plus dense, de sorte que mon imper s’avéra utile pour rejoindre l’abri sous lequel Sophie commençait méchamment à s’impatienter en décortiquant le plan du réseau urbain.

« Ah ! te voilà enfin, Colombo ! »

Je ne compris pas aussitôt qu’elle me surnommait ainsi à cause de mon imper. Sa remarque attira l’attention d’un groupe de jeunes hommes qui attendaient patiemment leur transport, ou qui ne faisaient que profiter de la station pour éviter de mouiller leurs laines. Ils échangèrent aussitôt quelques regards, mais ne me reconnurent pas. Je me dis que finalement les immigrés ne s’intéressent pas beaucoup à la mode, et moins encore à nos magazines, alors que la silhouette de l’inspecteur Colombo avait déjà passé les portes de l’Orient. Voilà bien une sacrée concurrence, mais je compris que j’avais été remarquée pour ce que j’étais vraiment, sans doute à cause de mon imper inesthétique qui n’esquissait qu’à peine mes formes. Je crois surtout que mon attitude leur laissait soupçonner que je ne portais rien dessous, à moins que mon visage professionnel n’ait fait office d’ambassadeur pour le reste de mon corps.

À mon tour je les regardai en me fixant sur la pensée que je n’avais pas de slip. Je m’efforçais d’imaginer que la caissière me l’avait enlevé dans sa boutique, car il n’est pas facile de transmettre une information si dangereuse en pleine rue. Pour me décontracter je me remémorais les coulisses de mes défilés, quand je m’entraînais à présenter les maillots brésiliens que je ne portais pas encore. Je fus aussitôt assurée du succès en constatant que ces hommes-là étaient bruns, perdus parmi les étrangers que l’on ne regarde pas souvent d’un bon œil. L’avantage c’est qu’en étant très attentifs ils deviennent bien plus entreprenants, dès qu’à leur égard on se montre mieux disposée que la plupart des blondes ne le sont envers les blonds.

De fait un blondin très grand et bien bâti me fixait bravement, au point que je me demandai s’il ne m’avait pas reconnue ; mais je fis comprendre au groupe que je les préférais. À chaque fois que l’un d’eux me sollicitait, non seulement je soutenais son regard mais j’entrouvrais les lèvres, tout en pensant à mon sexe directement ouvert sur la rue. Je fis mine à plusieurs reprises de dénouer la ceinture de mon imper, et je fus rapidement encerclée. Malgré mon émotion qui devait être palpable je pris froidement conscience du danger qu’il y avait, à m’introduire ainsi dans une telle bande, mais l’idée que je puisse être forcée ne fit que transformer mes craintes instinctives en provocation lucide. C’est donc avec un aplomb qui me surprit moi-même que je signifiai à ces étrangers qu’après tout j’étais chez moi, et qu’ils n’avaient qu’à bien se tenir, s’ils ne voulaient pas se faire expulser.

« Dites donc, si l’inspecteur Colombo était aussi bien roulé, je regarderais tous les épisodes !

— Moi je me demande ce qu’il y a sous cet imper.

— Dis-moi, ma belle, t’aurais pas le feu pour un loubard de l’Est ?

— Je ne fume pas, mais je veux bien vous allumer, répondis-je gaiement, mais sur un ton agressif, en risquant une allumette à l’abri du crachin.

— Ah ! Ah ! J’ai l’impression que c’est une drôle, les gars !

— Dimitri, avec toi tous les Suisses sont drôles et gentils, au point que tu crois aussitôt l’affaire conclue.

— Est-ce que vous croyez que je ferais le poids sur le bazar ? » lançai-je, en insistant lourdement avec un long silence, pour bien leur laisser entendre que de toute façon je ne risquerais rien, compte tenu du service de sécurité de notre gare toute proche.

 

Donc je parlais tout en provoquant le plus grand d’un clin d’œil raciste, un bel homme brun aux traits assez durs, qui devait avoir la trentaine. À l’entrée du bazar je laissai mes lèvres décloses, défaisant puis renouant la ceinture de mon imper avec un sourire méprisant, comme pour lui signifier qu’il n’aurait pas le courage de me baiser. Peut-être s’imaginait-il pouvoir m’emballer comme un sac de pommes de terre ou un vulgaire quartier de viande ? De fait je pris mon petit air méchamment provocateur qui voulait dire : « Tu n’as qu’à essayer, mon salaud, et tu comprendras vite ce qui t’attend. » De fait je me le représentais déjà tout penaud, encadré par deux policiers et reconduit à l’aéroport pour être illico expulsé. Ici il faut savoir qu’à Zürich l’aéroport et la gare sont connectés par une grande ligne, de sorte qu’il suffit de grimper dans un train pour se croire déjà dans l’avion.

L’homme regarda ses acolytes d’un air entendu, comme pour leur signifier : « voyez pour qui elle se prend, on va lui faire sa fête », et j’éprouvais un grand plaisir en lui faisant comprendre que je n’étais pas de celles qui jouent les mijaurées, et moins encore l’une de ces allumeuses qui souvent en Suisse se plaisent à humilier les étrangers – mais qu’il ne serait sans doute pas à la hauteur. Reste qu’une fois confronté à sa courtisane les autres durent reconnaître que leur Soliman ne paraissait plus si magnifique. J’étais peut-être une belle salope et un joli coup, mais restait à savoir si toute cette valeur accumulée méritait que l’on coure le risque d’une reconduite à la frontière.

Je profitai de l’hésitation de mon bonhomme pour le scruter courageusement en mesurant sa poussée de colère, et je m’efforçais de jauger le liquide que son instinct escomptait m’inoculer. Je me préparais déjà à recevoir son venin sans la moindre répugnance, comme pour lui prouver que cet insigne pouvoir ne m’était rien.

En observant le cercle qui se refermait sur moi je compris soudain comment j’allais me faire avoir dans le bus : il y avait là cinq hommes, dont trois au moins pourraient former une haie opaque devant moi en attendant leur tour, pendant que les autres seraient à la manœuvre pour répondre à ma provocation. Puisque j’étais raciste et que je les prenais pour des incapables, on allait bien voir ça !

J’estimai froidement qu’il faudrait au moins deux hommes pour me manipuler comme un vulgaire quartier de viande, car j’étais bien décidée à ne pas trop les aider. Comme je sentais mon courage s’enfuir à grands pas je me mis à espérer qu’ils sauraient me contraindre, et je pris un air assez méchant pour leur signifier quelque chose comme : « montrez-moi que vous êtes des hommes, et pas des lopettes paumées entre deux banques ! »

 

Tout me donnait de bonnes raisons d’espérer, car je ne pouvais déjà plus apercevoir Sophie, ignorante de mon stratagème, reléguée au-delà d’une menaçante haie d’honneur. Si les hommes saisissaient la chance de leur vie ils pourraient en se déployant me protéger contre la curiosité des passagers, et peut-être me baiser à tour de rôle. Mais je n’en espérais pas tant, puisqu’un seul me suffirait pour gagner mon pari. À cette pensée je ressentis agréablement la bonne disposition de mon sexe, et je regardai chacun des hommes avec insistance, pour bien leur faire comprendre qu’au besoin je descendrais avec eux au coin d’un bois. Encore fallait-il me prouver qu’ils étaient capables de remporter leur lot, car j’insinuais méchamment que je n’allais tout de même pas me faire baiser par des sans-papiers de bas étage.

Je me décontractais doucement face à leurs insinuations méchantes, en espérant des actes, et en trompant mon dégoût je parvins à laisser leurs pensées sournoises pénétrer mon ventre. Enfin, tout en fixant le grand brun au risque de le débouter, je dégrafai trois boutons sur mon imper, non sans jeter un œil sur la cravate de l’un des Turcs, qui était vêtu d’un magnifique costume anthracite. Je suivis ses vicieuses intentions jusqu’en moi, pendant que je le regardais sans le provoquer. Je voulais lui signifier que tout en les détestant j’avais la ferme intention de les prendre tous, à condition de me mériter, et qu’en cela il n’avait rien de particulier, hormis son nœud de cravate. J’étais certaine qu’en me devinant il me verrait comme une salope, et s’exciterait au point de ne plus pouvoir débander.

Je le regardai froidement rajuster sa cravate en se rengorgeant, puis je posai mon regard sur la braguette du grand brun, en lui laissant entendre que je ne le faisais ni par inadvertance, ni par provocation. Il me regarda fixement, sans doute pour s’assurer de ma muette proposition, et en guise de réponse j’arrangeai le col de mon imper afin de mieux exposer ma gorge soumise.

L’homme regarda son camarade en costume, non pour lui signifier qu’il avait « un ticket » avec moi, mais que j’étais sans doute un bon coup pour la bande. Prenant prétexte de ma chaîne en or il osa enfin porter la main sur moi et frôla mon oreille. Puis il se permit de dégager d’entre mes seins mon camée d’anniversaire, qui représentait un castor avec ses grands yeux endiamantés. « C’est très joli », dit-il, en me regardant droit dedans, alors que j’ouvrais largement la bouche en pensant au dernier fiancé qui m’avait offert le bijou. Je ne baissai pas les yeux et me contentai de répondre « oui », mais en laissant entendre qu’au lieu de mon camée je pensais surtout à mes seins, déjà tout excités. « J’imagine le reste », ajouta mon bonhomme sans se démonter, en reluquant les pointes, alors que sans le provoquer je gardai décidément la bouche entrouverte, histoire de suggérer grassement que mon sexe était bien disposé, mais qu’il leur faudrait s’en venir le chercher.

 

L’un des hommes me demanda de lui allumer sa cigarette, et en profita pour se pencher sur mon corsage. En m’inclinant davantage je m’exposai jusqu’aux aréoles à sa vue plongeante, en lui laissant tout le temps nécessaire pour apprécier mon corps de péché. Le grand brun que j’avais baptisé Soliman saisit cette occasion pour passer un bras autour de ma taille. Je feignis de me dégager, puis je le laissai faire. Il n’insista pas, puisque son geste n’avait été lancé que pour vérifier son hypothèse de chasseur. Un autre dénoua rapidement le ruban de velours noir que je portais discrètement autour du cou. Je ne protestai pas, bien au contraire, et en pensant au collier de mon chien je le regardai avec un air de léger défi. Je sentais bien qu’ils anticipaient le point où je commencerais à me débattre, tout en les mettant en demeure de me forcer.

« Et où allez-vous donc, chérie ? » demanda le Turc d’âge mûr, plutôt trapu, mais que j’estimai très nerveux.

« Jusqu’au bout », lui répondis-je, en déportant discrètement ma main vers l’entrejambe, et en le regardant d’un air chargé de sous-entendus. Je ne crois pas qu’il les comprit tous, mais il me laissa entendre que je ne ferai pas la maligne bien longtemps.

Puis je me tournai vers Soliman, qui regarda l’homme au costume anthracite d’un air complice, comme s’ils étaient certains de me baiser. Celui qui m’avait ôté le collier de velours me fit un signe pour que je baisse la tête, et il le replaça sur mon cou. Je sentis ses doigts épais sur ma nuque. La signification du bandeau avait changé : on me tenait en laisse. Pendant que l’homme évaluait le contenu de mon corsage je sentis mes pointes durcir. « Il vous va très bien », dit-il fort à propos, tout en lissant le velours sur mon cou. Puis il me flatta d’une pichenette sous le menton, un peu comme on fait à un gentil toutou pour vanter sa joliesse devant des connaisseurs. Sous le coup de l’humiliation je pris mon petit air méchant, mais sans me rétracter, de sorte que l’homme sans la moindre prévention me pinça un téton, en me signifiant qu’il saurait me mater. Comme je ne réagissais pas vraiment il continua à me tripoter pour estimer la maturité des fruits, en me signifiant que de toute façon je ne devais être qu’une putain de blondasse, pour me laisser palper comme ça.

 

Je regardai alors le grand brun, puis l’homme à la cravate, et je serrai la ceinture de mon imper jusqu’à étrangler ma taille ; puis sans cesser de les fixer je laissai tomber mon sac. Pour anticiper leur prévenance je me baissai promptement pour le ramasser, et en me cambrant je sentis que ma fesse gauche frôlait une jambe. Je m’attardai dans cette position compromettante, afin de laisser entendre que ma manœuvre ne visait certainement pas à récupérer mon sac. Je voulais que tous puissent prendre le temps d’examiner ma croupe. Cette fois-ci j’étais bien certaine que mon imper ne cacherait pas mes formes, d’autant qu’en étant bien fendu il ne manquerait pas de découvrir mes jambes jusqu’aux cuisses. Ainsi après avoir assuré mon succès je me redressai en prophétisant avec un accent local : « Ah ! que voilà un temps à manger des truites !

— Je ne connaissais pas cette expression ! » lança le trapu, tout en portant un doigt taquin sur sa braguette, qu’il commença à déboutonner d’une façon carrément obscène, en me dévisageant comme s’il allait me scalper.

Sans me démonter je lui répondis simplement qu’il s’agissait là d’une expression du canton de Vaud, en lui laissant entendre que j’avais bien aperçu son geste, et je prononçai ma phrase avec le ton de la fille qui ne tient pas vraiment à relancer une interrogation sans intérêt, mais plutôt à encourager une vicieuse suggestion. Je me sentais subtilement honorée, que ce petit curieux veuille aussi trivialement entrer en moi, comme si je valais bien moins que lui. M’aurait-il désirée autant que la caissière, s’il avait reconnu sous mon imper l’égérie du magazine ?

Je fus prise d’une soudaine envie de me dévoiler, afin d’exciter son désir, mais je craignis de l’intimider. Non, je ne le lui dirais qu’après, dans les bois, une fois la chose faite. J’anticipais non sans délice son ébahissement, lorsque je lui montrerai la pleine page du magazine affichée dans le dernier des kiosques ! Mais en regardant vers sa braguette enflée je me dis qu’on n’en était pas encore là, et que j’avais tout intérêt à bien manœuvrer mon filet, si je ne voulais pas qu’il se satisfasse en passant outre.

 

« Je crois que nous serons bien mieux dans le bus », dit le grand brun, en regardant fixement ma poitrine d’un air entendu, comme pour deviner le contenu de mes méditations. Décidément ma beauté commençait à me rendre suspecte : il ne comprenait pas comment je pouvais me montrer aussi triviale. Peut-être flairait-il un piège de la brigade des mœurs ?

« Il y fera plus chaud », dis-je, en feignant d’imaginer le confort douillet de notre bus, tout en rabattant le col de mon imper. En fait la rue n’était guère froide, mais Sophie manifestement désappointée tremblait d’indignation pour avoir été aussi cruellement reléguée. « Mince, Sonia, mais qu’est-ce que tu fais ? lâcha-t-elle en persiflant.

— Qui c’est, celle-là ? demanda mon Soliman, presque dédaigneusement.

— Ne faites pas attention, c’est une amie.

— Vous prenez le bus ensemble ? nous lança le trapu.

— C’est un beau prénom que vous avez là, Sonia », fit l’homme au costume, qui marqua les syllabes d’une vicieuse affectation, comme s’il me connaissait déjà intimement – ou me prenait pour une putain. D’une certaine façon c’était bien vrai, mais comme il n’était pas mon seul promis je devais prendre garde à ne provoquer aucune jalousie dans le groupe, et surtout à bien leur signifier que j’étais gratuite, tout à fait comme une salope indigène bien décidée à gagner un obscur pari.

J’empruntais donc un air qui leur laisserait deviner qu’en tant qu’assistante et témoin Sophie ne nous dérangerait pas. Mais les hommes comprirent aussitôt qu’ils pourraient sans doute profiter de cette gentille proxénète. Puisqu’elle se trouvait en ma compagnie ils la supposaient aussi garce que moi, en plus timide.

 

Juste à ce moment un bus s’arrêta, mais il était bondé. Je dis à Sophie que je ne voulais pas prendre celui-là, mais en fait je fis comprendre aux hommes que ma remarque s’adressait à eux. Ils se regardèrent d’un air entendu, et laissèrent partir le bus. Sophie tout en grommelant commença à comprendre mon manège, mais sans protester, car elle se doutait bien que mon entreprise n’était pas des plus faciles. En constatant que la bande n’était pas montée dans le bus je crois qu’elle commençait à craindre pour son pari.

Je me tournai alors vers les hommes pour leur décocher avec une pointe d’ironie : « Comment ? Vous ne le prenez pas ? »

Ils firent semblant de rien, et le trapu me suggéra que l’on pourrait marcher jusqu’à Talstrasse, aux abords du Zürichsee, dans une planque à eux. Je répondis que non, en insinuant que je n’aimais pas les plans fumeux, mais pour éviter de le vexer et surtout pour ne laisser flotter aucun malentendu j’ajoutai calmement : « Non merci, je préfère le bus ».

De nouveau les hommes se regardèrent d’un air complice. Je crois qu’à ce moment-là ils comprirent que je n’étais pas une vraie putain, mais que je ne leur serais pas hostile pour autant, pourvu qu’ils sachent s’y prendre. Ils regardèrent donc partir le bus, puis me fixèrent en me faisant comprendre qu’ils n’étaient pas montés à cause de moi. Je crois qu’ils avaient compris que je n’étais pas montée à cause d’eux. Dès cet instant le pacte me sembla établi : chacun commençait à cogiter la suite des opérations, et ils me déshabillèrent du regard tout en sachant pertinemment qu’ils allaient pouvoir me tripoter. Sans mot dire je les laissai prendre leur temps en évitant de les défier, et pour gagner en courage je me décidais à parier sur Soliman qui me baiserait d’entrée de jeu, au grand dam des autres.

 

Une fois scannée je crus bon d’ôter l’une de mes chaussures, en feignant d’évincer un gravier. Comme je n’avais pas de bas les hommes purent apprécier le grain de ma peau. J’en profitai pour déboutonner mon imper, tout en disant doucement : « Ouf ! c’est tout de même plus confortable ! » Pour me décontracter je fis l’effort de me rappeler la caissière de la Bahnhofplatz, combien elle serait déçue si elle apprenait le détournement de son imper.

Les hommes s’aperçurent que je portais une jupe très courte. Le plus petit osa me faire cette remarque, qui venant d’un tel goujat tout en me blessant ne fut pas sans me flatter : « Tu as une sacrée paire de jambes, Sonia. »

Je lui dis merci, en pensant qu’une heure plus tôt il n’aurait pas même espéré pouvoir un jour se payer ça, mais aussitôt je lui demandai de ne pas me tutoyer. En même temps je jubilais, à l’idée que j’allais prendre trivialement son foutre dans la plus stricte des politesses. Il souillerait ainsi mon corps en dehors de toute intimité, et j’accepterais sa semence tout en refusant ses mots câlins. Je prenais ainsi un malin plaisir à lui signifier que je ne l’aiderais pas, et qu’il ne devait s’attendre à aucune complicité de ma part. Rien à faire, il serait obligé de me saloper, et je brûlais d’envie de lui annoncer que j’étais féconde. Je mouillais déjà, en pensant qu’un de nos étrangers pourrait facilement m’engrosser en plein bus.

L’homme s’excusa de m’avoir tutoyée, mais lorsque je me redressai après avoir replacé ma chaussure Soliman passa sa main entre les pans entrouverts de mon imper, et remonta le long des cuisses. Je le laissai à sa manœuvre, en prenant garde de ne pas me faire remarquer par les passants, et je profitai de l’exercice pour mieux me disposer à tout prendre.

Comme je l’avais prévu le cercle de mes admirateurs me tenait à l’abri des importuns. Je regardai l’homme avec une sévérité feinte, pour lui lancer sur un air de reproche la formule banale : « surtout, ne vous gênez pas ! », mais en insistant, afin qu’il se permette de remonter plus haut.

Je crois qu’il reçut parfaitement le message d’ouverture, quand il s’aperçut que je ne portais pas de slip. Il parut surpris de me trouver si facile d’accès, puis me regarda d’un air complice, comme pour me rassurer sur la nature de ses intentions. Il se tourna vers l’homme au costume, qui se permit de prendre la relève et de remonter plus haut, comme pour tâter un animal de ferme. Je me dis alors qu’il serait peut-être mon champion, et je le regardai sans sourcilier en lui signifiant : « Vas-y, péquenot, assure-toi ! » Puis je baissai les yeux, afin de ne pas paraître orgueilleuse. Surtout éviter de trop provoquer ; bien leur montrer que je serais docile à la traite, à condition qu’ils sachent rester polis. Il fallait de toute force que j’évite une dispute, en leur laissant entendre que le premier venu n’aurait pas nécessairement la meilleure part.

 

Le bus arriva sur Bahnhofquai juste à point pour, si j’ose dire, me tirer d’embarras. Je craignais seulement de me « dégonfler » si la situation devait perdurer, d’autant qu’il m’eût été impossible de me débarrasser de la bande, qui de toute façon m’aurait poursuivie et horriblement tracassée. Tant qu’à faire, je me dis qu’il valait mieux aller jusqu’au bout sans créer le moindre désordre.

Je m’efforçai de regarder Dimitri d’un air engageant, mais sans sourire, tout en lançant : « qui m’aime me suive ! » En effet dès que Sophie m’eut emboîté le pas ils nous filèrent le train sans se faire prier. Je remarquai surtout le blondin, qui me regardait avec suspicion, comme si j’avais voulu l’attirer dans un piège. Après tout ce qu’il avait dû entendre je me serais trouvée assez malvenue de jouer la prude, mais en affichant ma détermination je craignais qu’il ne me prenne pour un flic. Je crois quand même qu’il avait fini par comprendre la situation, au point de se sentir frustré que je lui préfère des Turcs et un Russe. Je le regardai alors avec un air plus gentil, sous-entendant par-là qu’il pourrait m’avoir au même prix. Je ne voulais pas faire de jaloux. En échange il me regarda avec insistance, et je me demandai s’il n’était pas raciste, ou plus simplement s’il accepterait de prendre son tour parmi des étrangers. Je me surpris à entretenir de telles réflexions, comme si la situation n’était pas suffisamment complexe ! Je crois que je l’estimais déjà acquise, mais je voulais surtout me distraire de l’angoisse qui me subjuguait. Au fond je faisais la fière, mais je n’en menais pas large. Je me dis que l’essentiel restait de montrer un certain calme afin de rester séduisante, toutefois sans réfréner toutes mes émotions. J’espérais seulement qu’ils ne se battraient pas, pourvu que je leur laisse le temps de s’organiser.

Je repérai aussitôt la plate-forme arrière, et surtout les poignées de suspension qui couraient le long de la barre chromée, côté fenêtre. C’est à demi hébétée que j’entendis l’annonce « Hauptbahnhof ! » émise sur un ton très éraillé, comme si la technique de la synthèse vocale n’avait fait aucun progrès depuis le lancement de la ligne. En fait le message électronique me parut avoir été enregistré sur une vieille bande, ce qui excusait d’autant moins cette froideur convenue pour parler de notre belle gare.

Curieusement l’opératrice ne traduisit pas l’annonce, ce qui dut faire sourdement bisquer Sophie. La clique qui n’entendait sans doute que l’allemand ne releva nullement cette omission. Finalement la seule exclue du groupe n’était autre que ma chère Sophie, qui sur le coup me regarda méchamment. Mais ce n’était tout de même pas ma faute, si le haut-parleur refusait de s’adresser à elle dans sa langue ! Cette pensée m’excita, car la voix anonyme établissait entre chacun des hommes et moi cette complicité que seuls savent partager les couples sur canapé en visionnant leur film X.

 

Après maintes hésitations je rassemblai tout mon courage pour passer mes poignets à travers les boucles de cuir qui couraient sur la barre, et aussitôt les hommes firent cercle autour de moi. Quelques passagers se déplacèrent dans le couloir pour enfin se répartir sur les sièges ; mais le blondin resta debout, sur la plate-forme, juste derrière la bande. Il était manifestement curieux de voir ce qui allait se passer, et surtout si j’allais assumer toutes mes prétentions. Sa perspicacité n’en était donc plus au stade des soupçons, mais il ne semblait manifester aucune animosité envers les Turcs. Je lui jetai un bref regard, et devant les autres je jouais à la fille que l’on vient d’attacher aux suspentes de cuir, dans le but évident de la torturer.

J’écartai volontairement les bras pour mieux exposer mes seins, et je regardai effrontément les hommes. Puis très lentement j’écartai aussi les jambes, en sorte qu’au brusque démarrage du bus je ne perdis pas mon équilibre ; contrairement à Sophie, qui tomba dans les bras du Turc. Malgré son agacement elle le remercia pour son soutien, tout en me regardant avec un soupçon de reproche. Je ne faisais pourtant qu’exécuter le programme que je lui avais promis, alors que j’étais tripotée de bas en haut sans faire mine de me rebeller, avec en sus l’idée tenue secrète mais délicieuse de me faire trivialement engrosser sur la voie publique. Je crois qu’elle commençait à comprendre que cela était peut-être possible dans un bus, malgré tout.

En regardant droit dans les yeux l’homme au costume, qui sans se gêner soupesait mes seins, j’ouvris les mains, que je tenais passées à travers les sangles de cuir, de façon à ne rester suspendue que par les poignets ; puis j’écartai tous mes doigts en signe de reddition. Je sentis mes paumes se faire moites, au point que les hommes durent s’en apercevoir. Mais ils pensèrent sans doute que dans une situation pareille c’était la moindre des choses. Cette réaction leur prouvait que je n’étais pas une simple folle, trépanée au point de ne réaliser la situation que dans son film, mais qu’à l’occasion j’adorerais être torturée incognito. Ils tenaient donc la preuve que j’étais tout à fait consciente, ce qui excita d’autant leur esprit de vengeance sur toutes les Suissesses qui avaient dû se moquer d’eux.

 

Je fis mine de vouloir me débarrasser des sangles, et les mains affairées exploitèrent aussitôt à leur avantage cette simulation. Mais au lieu de les égayer mon petit jeu rendit les visages plutôt graves. Personne ne voulait prendre le risque de me rater, alors que je me montrais inquiète mais plutôt consentante. Sans compter qu’en descendant avec nous les hommes couraient le risque d’être poursuivis pour enlèvement, à moins de nous égorger halal dans les sous-bois comme des agnelles. Je pris alors le petit air menaçant de la fille qui a l’intention de porter plainte pour un simple attouchement, mais qui ne manque pas de provoquer les hommes, histoire de mesurer sa valeur à l’aune des risques qu’ils seront prêts à prendre pour parvenir à leur fin.

C’est alors qu’en repoussant les poignées le long de la barre les Turcs me mirent pratiquement les bras en croix, et en entortillant les suspentes ils firent en sorte que je ne puisse effectivement plus me dégager. Je voulus protester, mais une main se plaqua sur ma bouche, pendant qu’une autre me fouillait sauvagement. Je commençais à paniquer, mais lorsque je voulus appeler en me libérant du bâillon je sentis qu’une lame s’ouvrait sur mon ventre, pendant que des doigts serraient mon cou. Quant à Sophie, je ne saurais dire si elle était transie de peur ou se contentait de penser en bon français : « Tant pis pour toi, c’est bien fait pour tes fesses ». Au vu de mon attitude plutôt passive, comme si cette garce leur avait accordé mon consentement, les mains quittèrent ma bouche et ma gorge, non sans m’avoir promis le couteau, de sorte qu’en me tenant coite je pus facilement simuler la contrainte, tout en menaçant de dénoncer les hommes s’ils me violaient. Mais au ton que prenait ma voix ils durent saisir mon véritable désir, et ils ne se départirent pas de leur intention, qui se manifestait froidement par les mouvements de cette maudite lame.

 

Je regardai vers le chauffeur pour vérifier qu’il ne pouvait pas m’apercevoir dans son rétroviseur : non, puisque son visage n’y apparaissait pas. Il était par conséquent inutile d’essayer de capter son attention, au risque de me faire balafrer le ventre. En fait j’étais reconnaissante au couteau, de m’aider à me soumettre et à me concentrer sur ce qui désormais ne manquerait pas de venir. Seuls deux passagers assis en sens contraire de la marche risquaient de me surprendre, mais seulement par moments, selon la position que prendraient les hommes placés autour de moi. J’aurais pu appeler, maintenant que je n’étais plus bâillonnée, mais je me tus, à cause de la lame froide qui se promenait entre mes cuisses. Pendant que les langues me léchaient le visage et que les doigts palpaient mes tétins je me dis que le cas échéant les passagers importuns ne feraient qu’apercevoir mon visage, mon cou, et peut-être mon décolleté lorsqu’il serait ouvert comme je l’espérais. Mais dans le doute ils ne tenteraient rien, ou se dépêcheraient de descendre. Toutefois je demandai à Sophie de se placer de ce côté-ci, car elle était suffisamment grande pour dissimuler ma nudité aux passagers qui stationneraient dans l’allée centrale.

 

Afin de me diminuer aux yeux du plus petit des hommes, qui me semblait être le plus complexé de toute la bande, je décidai d’exposer mes jolis pieds à la tentation. Le premier escarpin enlevé ce furent mes orteils nus qui durent pousser pour enlever l’autre. Le contact du cuir froid me fit frissonner. Tous les hommes regardèrent mes pieds nus, et le petit vint me lécher en plein visage comme un chien affectueux. Pour bien montrer que je ne pouvais pas me défendre, en affichant un franc dégoût je fis comme si mes poignets avaient été vraiment attachés. Mais lorsque je tentai de me soustraire aux insinuations baveuses je ne parvins vraiment pas à dégager mes bras, de sorte que malgré mon agacement ce petit jeu se fit tellement réel que je commençais à paniquer, surtout lorsque le couteau pointa sa lame plus avant. Je compris alors que j’étais allée trop loin, et que j’allais littéralement me faire baiser.

La salive étrangère qui me barbouillait était proprement immonde, et je me dégoûtais pour avoir à supporter cet affront sans cracher toute la haine teutonne de maman sur ce beau visage turc. Mais je reconnus bien là les attentions innocentes du mâle champêtre, et mon corps ne s’y trompa guère, même si je savais que mon immigré brûlait de se venger des Suisses en injectant tout son venin dans ma modeste banque. En dépit du couteau je me sentis toute lubrifiée, et soudain malgré mon dégoût ou grâce à ma haine je ne pus réfréner l’envie de prendre le foutre de celui-ci pour jouir de mon humiliation toute maternelle, une fois qu’il m’aurait engrossée comme une vulgaire bestiasse d’Anatolie. Comme je ne pouvais rien faire il ne restait plus qu’à me laisser aller, d’autant que la crainte d’être égorgée prenait le pas sur celle d’être baisée. Non seulement les hommes m’infligeraient tout le plaisir possible, mais celui qui me léchait m’imposerait peut-être son loupiot, qui un jour lointain deviendrait notre bourgmestre.

 

Quand le bus amorça un virage l’homme dut se retenir à moi en enserrant durement ma taille, et il profita de ma surprise pour s’appuyer contre mes fesses tout en vérifiant de tous ses doigts que mes poignets resteraient pris dans l’entrelacs des suspentes. Assurément il m’aurait fallu déployer bien de la volonté pour en venir à bout, maintenant que je me sentais accaparée de toutes parts, mais je n’en ressentis plus vraiment le désir quand le tissu de l’imper entra brusquement dans mon sexe désormais libre de lame. Comme si mes concessions ne le satisfaisaient pas encore, l’étranger passa d’autorité une main, la fit glisser le long de ma cuisse droite et sembla surpris de ne pas trouver de slip. Puis sans prévention il enfonça ses doigts, non sans témoigner une certaine surprise devant ma facilité à consentir. Sans doute commençait-il à deviner que je n’espérais pas seulement être baisée en public, mais qu’en outre je méditais sournoisement son marquage génétique sur ma petite personne.

Je me cambrai en plissant les yeux, mais sans me refermer. Quand je les rouvris je vis que le blondin me regardait fixement. Il avait pour le moins deviné la situation et désirait d’autant plus me saloper que mon courage commençait à l’intimider.

L’autre n’insista pas et fit un signe d’approbation à son camarade, l’homme au costume anthracite, qui à son tour s’approcha de moi d’un air décidé. Il serra fortement mes poignets mais ne me lécha pas les joues, puis au risque de perdre l’équilibre sous les embardées du bus il dégrafa tous les boutons de l’imper situés sous la ceinture. En explorant ma taille il finit par trouver les agrafes de la jupe, me regarda pour vérifier que je ne refusais pas, puis sépara les pans. J’eus à peine le temps de me demander s’il était le propriétaire de la lame, que je sentis l’air frais remonter jusque sur mon ventre, désormais ouvert sans aucune honte sur les microbes de la ville. On me fit alors comprendre mon intérêt à rester tranquille, si je ne voulais pas être crevée, et de nouveau je sentis la froidure de la lame, pendant que les regards étrangers me pénétraient jusqu’au cœur. Assurément il ne me restait plus qu’à choisir entre le sexe et le couteau, mais je me dis que je n’avais pas parié pour me faire égorger mais pour prendre mon pied.

 

L’homme tenta de dégrafer ma jupe, sans y parvenir. Devant son échec il fit semblant de rien, mais vint sous mon imper pour s’en prendre à mon corsage. Je le défiai à peine du regard, pour voir comment il allait se tirer de ce deuxième rituel de passage. Comme il s’énervait encore de ne pas avoir supervisé son premier essai, je devais bien me garder d’humilier sa virilité en me moquant de lui. Il ne faut tout de même pas oublier que nous étions dans un bus.

Quand il se colla tout contre moi comme pour m’embrasser je sentis dans mon cou son souffle chaud et court, et ses mains dans mon dos. Je priais pour qu’il me dégrafe facilement. Heureusement que j’avais acheté ce soutien-gorge pour simuler les difficiles conditions d’une mère allaitante ! Le test fut concluant : je sentis mes seins céder sous leur masse, alors que la lisière supérieure ripait sur mes aréoles. La laine de mon pull vint se coller au galbe, et je sentis mes tétons pointer sous les mailles.

Le Turc parut satisfait, pendant qu’il faisait glisser mon soutien-gorge hors de mon imper. Je lui fis signe de le donner à Sophie, à qui j’avais confié mon sac fourre-tout. Il n’était manifestement plus nécessaire de me menacer, car j’entendis comme un déclic de fermeture de couteau suisse. Puis mon pull fut déboutonné sans précaution, et ma poitrine exposée nue. Les hommes se rapprochèrent de moi, me palpèrent, puis triturèrent mes tétons avec application. Soudain je me sentis devenir chèvre, prête à donner mon lait. Seul mon imper me couvrait encore, du moins latéralement, pendant que mon buste offert restait protégé des regards par le mur de mes admirateurs. Comme la ceinture de mon imper se maintenait serrée, ma poitrine se trouvait tout de même contenue, surtout par le dernier bouton qui s’incrustait durement dans mon sein gauche.

Je regardai tout autour de moi, puis jusqu’à l’avant du bus pour m’assurer qu’aucun parmi les passagers n’avait pu être témoin de ma reddition. Manifestement l’un d’eux était pris de doutes, mais je crois qu’il ne pouvait voir que mon visage, qui au moment de la pénétration des doigts avait dû lui paraître crispé. Les hommes devaient bander très dur, et j’en déduisis franchement qu’il valait mieux ne pas les exciter outre mesure, si je voulais les contenter et détruire l’arrogance de Sophie. Je crois qu’ils avaient deviné à mon teint que j’étais féconde, et accrochée aux suspentes je les excitais autant qu’une carcasse en chaleur. En somme plutôt que de me faire jouir contre mon gré il ne s’agissait là que d’engrosser ma viande. Se présentait pour eux la belle performance de tout m’imposer à la fois en se vengeant de nos Suissesses mijaurées, qui au fil des jours les effleuraient innocemment dans les transports.

 

Le grand brun prit le relais pour tenter de dégrafer ma jupe. Afin de lui éviter un énervement qui aurait tourné à mon désavantage, en me tenant d’une main je parvins à dégager l’autre pour guider la sienne vers l’agrafe fatidique. Ma jupe s’ouvrit, et il l’accompagna jusqu’à mi-cuisse. Je refermai mes jambes pour la laisser glisser jusqu’au sol, puis je levai un pied après l’autre. Dimitri aperçut mon manège et me regarda d’un air entendu. L’homme ramassa ma jupe et la tendit à Sophie, qui devint rouge comme une tomate mûre. Je l’entendis qui disait : « si c’est pas malheureux ! » Aussitôt je repris ma position tout en la regardant d’un air entendu, jambes écartées, les poignets de nouveau coincés dans les sangles de soutien. À ce moment-là les hommes durent comprendre que j’avais passé avec Sophie une sorte de pacte, et que je voulais me persuader d’un certain courage. Une fois le seuil critique dépassé ils ne seraient obsédés que par moi. Puisque j’étais allée jusqu’à les provoquer et que j’avais cédé sous la menace, ils comptaient à présent me pousser jusqu’à la surenchère et peut-être me vendre sur le marché. C’est donc sur le coup d’une soudaine excitation que je me demandai jusqu’où j’étais prête à me laisser aller, car manifestement les hommes étaient à présent bien décidés à ne plus me lâcher.

 

Dimitri s’approcha de moi. Alors qu’il se penchait vers ma poitrine je m’aperçus que ses cheveux étaient teints : leurs racines étaient blondes. Brusquement il se mit à me sucer et je parvins in extremis à retenir un cri de surprise. Le bus vira et les dents de l’homme faillirent m’arracher le téton droit. De nouveau je retins un cri. Je sentis que l’on dénouait la ceinture de mon imper, duquel on écarta les pans. Alors que j’étais sucée avec application je sentis des mains remonter mes cuisses. Deux doigts écartèrent mes lèvres, et je vis que le blondin me regardait de nouveau. Soudain je fus saisie par la crainte qu’il n’arrache la sonnette d’alarme. La pensée qu’il pouvait n’être qu’un flic déclencha un sursaut nerveux qui laissa entendre aux hommes que je tentais de me débattre, mais ils n’eurent aucun mal à comprendre que je me laisserais faire. Désormais je me retrouvais nue sous mon imper, à l’exception de mon pull qui avait été déboutonné, de sorte que ma poitrine se retrouvait exposée à qui voudrait la prendre. Mais je venais de comprendre qu’à l’occasion on me forcerait à descendre du bus, et que Sophie serait sans doute obligée d’en faire autant. Je réalisai soudain que nous n’étions pas à l’abri d’un mauvais coup de lame, et que j’aurais tout intérêt à me laisser glisser bien au-delà de notre pari. En effet Sophie me regarda en signifiant qu’il y allait désormais de son propre intérêt, que je me soumette sans trop râler. Manifestement elle se sentait en danger, et devant ma facilité à consentir je crus remarquer de sa part un petit air de gratitude. Assurément cette salope s’imaginait pouvoir être épargnée après m’avoir plantée là.

 

Le blondin qui n’avait pas cessé de me regarder s’avança et traversa la ligne de défense. Aussitôt le trapu sortit une lame qui jaillit d’un clic, et je me trouvai tout émoustillée de constater à la fois la témérité du blondin et l’instinct de notre Turc, tous deux prêts à se battre pour moi. J’exultais, à la pensée qu’ils voulaient à tout prix me transmettre leurs races respectives.

Le blondin écarta le couteau du Turc en disant simplement : « laissez-moi faire, ou bien j’appelle le machiniste ». Le Turc rengaina son arme et je feignis de repousser le blondin tout en fixant une braguette qui me semblait bien tendue. Puis je le regardai d’un air de reproche afin de l’exciter davantage, et je poursuivis mon petit jeu, d’être attachée sans défense sous la menace du couteau.

Aussitôt il me traita de salope et de putain, et me reprocha en bon français de me laisser tripoter par des Turcs. Au ton de sa voix je relevai, mêlée à une teinte de racisme propret, une nette remontrance pour ne pas l’avoir préféré. Loin de voler à mon secours il se baissa pour s’emparer de mon sein droit et m’appliqua un tel suçon que je faillis crier. Les autres observaient effrontément ma soumission au plaisir, et après avoir pris Sophie à témoin j’eus encore la force de solliciter le grand brun pour me faire injurier.

Soliman parut tout d’abord étonné par ma demande, puis plaça sa bouche tout contre mon oreille pour mieux y susurrer nombre de jurons rustiques que je ne compris pas, mais dont le ton m’excita d’autant qu’ils furent accompagnés par de répugnantes insinuations de langue. Au regard de ma situation l’homme avait bien raison de m’insulter grassement, et ses mots m’ouvrirent bien davantage que les seuls suçons délivrés avec feu par le blondin.

Sous l’action conjuguée des deux bouches, l’une suçant, l’autre blasphémant, je ne pus maintenir plus longtemps les yeux ouverts, pendant que je sentais monter une irrépressible envie d’être sauvagement baisée. Comme en rêve j’entendis à peine la voix de Sophie, dépitée, qui s’adressait sans doute au blondin : « Welcome on board ». J’avais de mon côté bien du plaisir à constater que ces hommes étaient prêts à se battre pour moi, pendant qu’elle se trouvait méchamment délaissée. Puis le petit demanda poliment au blondin de se pousser, avec le ton d’un passager qui est pressé d’atteindre la sortie. Aussitôt je sentis une autre bouche s’attaquer à mon sein laissé libre, et je fus sucée jusqu’à la douleur.

 

Je commençais à jouir, lorsque j’entendis le haut-parleur annoncer Hardbrücke ! Hardbrücke ! la station sur Hardstrasse. En regardant les rails défiler sous le pont je me dis que le bus avait déjà remonté la longue Josefstrasse, depuis la Hauptbahnhof et notre départ groupé. Les haut-parleurs ne traduisaient toujours pas, mais n’importe qui aurait pu comprendre que des passagers ne tarderaient pas à monter.

Mes deux nourrissons me laissèrent, et le grand brun remballa rapidement ma poitrine sous mon imper, qu’il boutonna jusqu’au col. Le blondin reprit un air impassible, bien qu’il fût surveillé par la bande qui peu à peu s’assagit. Puisqu’on disposait là de plusieurs bons morceaux il n’y avait aucune raison de se disputer la primeur, et ils commencèrent à regarder Sophie d’un air lubrique.

Je l’observais, qui tentait d’esquiver leurs regards, mais comme à chaque fois elle en revenait à ma situation, l’intérêt des hommes pour son joli minois ne cessait de croître. Je crois qu’elle commençait à se demander si je n’avais pas prévu bien plus loin que ses prétentions, et si ces mêmes hommes bien décidés à me baiser n’allaient pas s’en prendre à elle avant l’échéance du pari. De leur côté je crois qu’ils avaient deviné que son seul racisme m’avait mise en demeure de me faire prendre par des Turcs.

Je pensais que Sophie commencerait à perdre des points au Letzigrund stadium, à l’angle de Badener, et à s’angoisser vraiment tout au long de Letzigraben, pour finalement se faire dépouiller en zone pavillonnaire, sur Triemlistrasse. Je me dis qu’il faudrait changer de bus à Triemli, non loin de la Frauenklinik – où comme par hasard Sophie avait accouché – pour ensuite remonter la Birmensdorfer, descendre à hauteur des bois et emprunter à pied le Laüfweg jusqu’à se perdre dans la forêt primaire. Là je connaissais une belle planque pour faire payer son pari à Sophie et tenir mon engagement envers les hommes. Je mouillais d’autant plus fort en pensant à ce moment délicieux, où enfin apaisée je regarderais cette sotte en train de se faire sauvagement sodomiser.

C’est bien là que je voulais attirer son petit air prétentieux afin de lui clore le bec, mais elle ne s’en doutait pas et faisait toujours sa mijaurée. Il faut cependant reconnaître une parfaite probité à ses promesses : elle les tient toujours, car sa parole gouverne sa réputation. Elle n’en a jamais manqué, et une fois l’enfer promis vous pouvez être sûr qu’elle vous y retrouvera, que ce soit dans le rôle du damné ou dans celui du bourreau. Reste qu’elle ne s’était sans doute pas aperçue que j’avais judicieusement choisi la ligne de bus, car il y en a de nombreuses en face de la Hauptbahnhof, dite « Station centrale » pour les habitués du français qui héritent de cette traduction beaucoup moins érotique.

 

Quelques passagers grimpèrent lestement dans le bus, qui ne firent même pas attention à nous. Du moins ne nous remarquèrent-ils pas, perdus que nous étions au milieu d’une bande de Turcs. Dans ces cas-là on n’aperçoit que les bruns à la peau mate, et il est toujours malvenu de faire montre de curiosité à leur égard. Reste que ma poitrine était maintenant couverte, et j’estimais avoir tout de même le droit d’ôter mes chaussures pour détendre mes pieds. Seul un jeune homme les aperçut, qui me regarda d’un air étonné après avoir écarté du regard les pans de mon imper.

Comme s’il patinait le bus redémarra lentement et aussitôt le grand brun passa derrière moi, pendant que l’homme au costume anthracite, qui avait écarté le blondin, se plaçait juste en face. Je compris alors qu’il serait l’élu, et je pris sur moi de le défier. Il passa une main sous mon imper : mes cuisses, et enfin le pubis pour y écarter les lèvres et glisser un doigt, comme pour prendre ma température. Puis il se déboutonna et sans que je puisse apercevoir sa queue il dénoua complètement ma ceinture et se faufila sous mon imper. Son torse écrasait mes seins, mais comme il était plus grand que moi son sexe ne se trouvait pas à la bonne hauteur.

Au moment même où je me sentis soulevée au-dessus du sol je compris pourquoi Soliman était passé dans mon dos. Je me dis alors que l’expression « fort comme un Turc » n’est nullement privée de sens. Pour le soulager je m’aidais en utilisant les poignées de soutien comme des anneaux olympiques. Moi qui avais toujours été médiocre aux agrès, pour le coup j’étais servie, et je me dis que les exercices gymniques sont bien hypocrites, puisqu’ils avaient toujours tenu un but caché qui se réalisait ici le plus simplement du monde.

En fait l’homme dans mon dos m’avait saisie par la taille, pendant que son acolyte au costume noir soutenait l’une de mes cuisses afin de me porter à bonne hauteur pour l’estocade. Il plaça son sexe à l’entrée et je fus parcourue d’un frisson glacé lorsque je sentis que le gland s’engageait avec un soin chirurgical, pendant qu’une lame inutile m’écorchait le flanc au risque de me blesser. Je ne pus m’empêcher de penser que maman détestait les étrangers, et aussitôt je mouillai de plaisir à la seule idée de prendre leur semence sous la menace. Puis je me vengerais sur Sophie de m’avoir infligé une pareille humiliation.

 

À peine introduit l’homme s’affirma en me regardant méchamment du haut de son costume, comme pour me prouver qu’il n’avait pas besoin de papiers pour passer en Suisse. Avant de le défier de nouveau je le laissai faire trois passes pour qu’il assure sa bandaison et achève de me sonder. Je perçus son contentement, lorsque la pointe de sa queue ne détecta aucun stérilet. Après tout, j’étais peut-être féconde, et il glissa résolument un bras vengeur sous mon autre cuisse, de sorte qu’à présent il me soupesait comme de la viande morte. Il n’eut pas à faire de grands efforts, tellement sa manœuvre était aidée par son complice placé dans mon dos. Son sexe était maintenant revenu comme en attente, sans doute afin de me faire prendre conscience que j’allais non seulement me faire baiser en plein Zürich par un simple immigré, mais qu’il allait me crever en m’imposant ses gènes.

Tous les regards étaient maintenant braqués sur moi, sans doute pour voir comment j’allais réagir à cet acte de guerre. Je regardai furtivement le blondin, puis je fixai en le bravant l’homme qui m’entreprenait, dont le visage se trouvait maintenant à portée de langue. Je pris le ton de la malheureuse qui ne peut pas se défendre, comme si j’avais été attachée aux suspentes, et je lui lançai d’une voix assez forte, en prenant le ton de maman quand elle parlait des Turcs : « allez, vas-y, engrosse-moi, salaud ! » Pour mieux le provoquer je gardai les lèvres décloses, tout en essayant de décontracter mes mâchoires horriblement crispées.

Aussitôt l’homme me fit descendre lentement pour me faire éprouver la progression de sa queue, pendant que Soliman toujours placé dans mon dos me guidait dans ce mouvement. Le sexe me pénétra lentement mais sans aucune pose, de bas en haut, et je pensai au couteau. Sous le choc ma bouche s’ouvrit en grand. Bang ! en plein sur Badenerstrasse, à deux doigts du stade du Letzigrund, me dis-je alors, avec une délicieuse satisfaction. Nous étions donc dans les temps.

 

Je crus manquer d’air en constatant combien le sexe m’avait pénétrée. Je tentai de me dégager, mais sans résultat. Rien à dire, j’avais été bien ferrée, et je fermais les yeux de dépit, car je ne m’étais pas préparée à être possédée d’une façon si définitive. Mais je dus convenir que j’avais été exaucée au-delà de mes attentes, humiliée par ceux-là mêmes que maman m’avait appris à détester.

« On fait moins la fière, à présent ! » me lança l’homme, qui bougeait en moi lentement, mais si profondément que sur le coup je me sentis comme hypnotisée par sa voix mâle. En effet je faisais moins la fière, car j’avais pensé à garder le contrôle de la situation, tous les hommes pressés autour de moi en attendant que je daigne les autoriser à venir me rendre une timide visite de politesse. Certes je gardais toujours une certaine initiative, personne ne me forçait vraiment, mais les deux hommes me manipulaient à leur guise en opérant de concert. Reste que l’on me fit gentiment comprendre que je n’avais pas intérêt à broncher, autrement je tâterais du même couteau qui me faisait déjà mal comme un point de côté. Je commençais seulement à comprendre que je risquais bel et bien de me faire tuer, mais cette sensation de danger imminent ne fit que raffermir ma volonté de gagner mon pari, d’autant plus sûrement que l’on obligerait Sophie à descendre. En attendant elle avait bien aperçu le couteau qui me menaçait, et se gardait bien d’appeler au secours.

Moi qui pour gagner mon pari avais cru me satisfaire avec une probable éjaculation précoce entre deux chaos, je constatais à la fois le trajet très régulier du véhicule le long de Letzigraben et la bonne entente qui régnait entre les hommes. Je ne parvenais même plus à revenir de ma surprise d’avoir pris un tel membre étranger en plein dans le corps, et je m’étonnais de jouir sans trop de honte d’une pareille humiliation. En croyant impressionner de modestes immigrés avec mon imper à ciel ouvert, voilà que je m’étais jetée dans les bras d’une bande organisée qui comptait bien se venger des Suisses en maltraitant mon corps.

Ces deux-là me manipulaient comme une marionnette au-dessus du sexe qui me prenait en diagonale. Je n’avais qu’à m’accrocher aux suspentes pour me laisser faire : malgré l’inclinaison l’organe de l’étranger s’enfonçait sans faillir, pendant que son porteur se moquait de ma surprise. Oui, avec tout son courage de sans-papiers il venait de raser toute ma prétention de raciste en herbe. Il s’était bien aperçu que je n’avais nullement escompté me faire avoir ainsi, tellement je devais le regarder avec les yeux ahuris de la prétentieuse qui a été violemment détrompée. De fait ce salaud se préparait tranquillement à décharger en touriste au fond de moi sans demander mon avis, histoire de bien vider l’excitation que j’avais provoquée. Il avait sans doute capté mon originaire intention, comme aurait dit maman, « d’être humiliée par des métèques », mais il était encore loin de s’imaginer la satisfaction que j’anticipais à recevoir sa semence en plein bus. Je dois tout de même avouer que le plaisir qu’il me donnait dépassait déjà celui pris à ma seule imagination, de sorte que je finis par admettre ma soumission à son génome. S’il parvenait à m’enlever j’accepterais peut-être de porter son poupard jusqu’à Istanbul.

 

Je tentai de défier l’homme pour me dégager de son beau costume, mais je ne pouvais plus rien faire ; même en lâchant les poignées de mon parachute je serais restée empalée comme une boule de pâte sur un crayon. Bien au contraire j’avais tout intérêt à me hisser à l’aide des suspentes pour éviter que le membre au prochain passage ne rentre si profond ; mais encore une fois il me fit mal en glissant de travers. Il me frottait tellement que je commençais à y prendre un plaisir douloureux, pendant que la lame du couteau m’explorait depuis l’aine jusqu’au ventre.

L’homme se moqua de mon air ahuri en frottant mes tétons du revers de sa veste, et il me fit comprendre que je lui appartiendrais grâce au patrimoine qu’il allait généreusement me léguer. Sans doute me restait-il à lui dire merci pour la bonne semence, mais je pensai presque tout haut avec la voix de maman : Kameltreiber ! Kanacke ! Ficke mich doch Dreckschwein !

Tout en étant satisfaite d’avoir relevé le défi lancé par Sophie et de m’être définitivement vengée de maman, je n’admis qu’à regret d’avoir été la dupe de ces immigrés, qui désormais faisaient de moi leur mascotte. Qui plus est, comme je commençais à jouir j’essayais de toutes mes forces de ne pas afficher ma satisfaction, mais je ne pouvais pas cacher mon visage, de sorte que ma bouche ouverte et mes yeux qui s’écarquillaient à chaque poussée ne pouvaient échapper à personne.

Je voulus dégager mes poignets de ces maudites suspentes, au risque de perdre l’équilibre, mais des mains caressantes m’en empêchèrent bien gentiment, pendant que la lame me convainquait de n’en rien faire. Puis on disposa mon imper afin de laisser paraître mes seins, mais sans vouloir choquer un éventuel passager en prenant le risque de les exposer jusqu’aux bouts, si par accident le mur positionné devant moi se permettait un écart trop grand. On se contenterait de libérer furtivement l’un des jumeaux, afin de triturer grassement aréoles et tétons.

 

Lorsque le haut-parleur annonça l’arrêt « Albisrieder und Gutstrasse » quelques passagers montèrent, qui ne s’aperçurent de rien, tout simplement parce que l’homme en question avait également marqué l’arrêt devant mes seins qui étaient rentrés furtivement à couvert. Je compris que l’équipe avait enfin convenu d’une technique pour pallier le danger que pouvaient présenter les arrêts répétés de notre bus. Par ailleurs je crois que les Turcs étaient désormais convaincus que j’accepterais de descendre avec eux en prenant leur menace pour excuse, alors que je ne me sentais pas encore à l’abri d’un coup de couteau.

Cette pose m’autorisa à regarder devant moi avec un air naturel, alors que les passagers ne remarquaient même pas mes pieds nus qui ne touchaient plus le sol. En fait je ne pesais pas bien lourd entre les quatre mains des hommes, qui à cette occasion se contentèrent de me maintenir bien droite, alors que mes cuisses écartées ressortaient de mon imper entrebâillé sur mon ventre nu.

Je n’étais protégée par le tissu que sur la poitrine, pendant que les jambes de Dimitri, du blondin et du petit nerveux, plantées devant moi, constituaient pour ma nudité un excellent paravent, qui n’empêcha pourtant pas le courant d’air issu de la porte de me faire frissonner. J’étais secouée par de violentes décharges nerveuses qui remontaient depuis le sexe jusqu’à ma gorge, pour se transformer en un plaisir proche de la nausée. Le prochain arrêt c’est Fellenberg, me dis-je, histoire de rester bien concentrée sur mon écœurement.

 

Dès que les passagers furent montés, alors que le bus s’ébranlait sans à-coups le sexe me reprit décidément, et dans mon empressement à recevoir la semence je faillis lâcher un cri. Je compris que l’appel du bétail venait de détruire ma honte : sous couvert de mon ridicule pari j’étais fin prête à me faire engrosser par plusieurs immigrés sans faire d’histoires.

Comme ma langue pointait l’homme la coinça entre ses lèvres et l’aspira avidement. Quand je la retirai ce fut la sienne qui rentra dans ma bouche, pendant que son sexe me prenait jusqu’au fond. Décidément ce salaud attendait que je lui tire carrément la langue pour me rouler une méchante pelle.

Sa prétention m’eût fait sourire, en d’autres circonstances moins laborieuses, mais il laissa ma bouche pour me permettre de regarder en direction de mon ventre, et sans doute me donner ainsi la preuve formelle qu’au fond la prétentieuse c’était bien moi, qui jouait la prude alors qu’il me baisait jusqu’à l’os. Il lisait à l’évidence sur mon visage que sa queue me donnait du plaisir, et il me regarda avec l’air de dire que je ferais bien d’en profiter. Puisque je l’avais déjà accepté en moi il n’y avait aucun mal à l’embrasser sans faire de manières, même si dorénavant je n’aurais plus le choix de la situation. C’était bien eux, les Turcs, qui pour finir avaient eu raison de moi alors que je m’étais estimée suffisamment maligne pour savoir profiter d’eux.

 

L’homme me dévisagea et me fit signe d’observer attentivement mon entrejambe, en prenant un air « regarde comme je te baise, putain ! » En effet il aurait eu raison de le dire : lentement mais avec un aplomb remarquable son sexe allait et venait en moi, en me prenant de biais. Son cylindre était si épais que ma vulve s’en trouva toute congestionnée. Mon pubis glabre me semblait déchiré, enflé et brûlant sous l’effet de mes produits que le piston extrayait à chaque passage.

Je me demandai alors froidement si j’allais pouvoir tenir jusqu’à Fellenberg, mais dès que j’eus évoqué ce nom je me mis à le répéter comme une béguine obnubilée par son chapelet, en suivant le rythme du sexe qui me prenait. Sans doute la seule façon de me retenir, afin de jouir plus fort. Je finis par prononcer « Fellenberg » à haute voix, histoire de réchauffer l’annonce électronique. L’homme dut sans doute croire que j’évoquais quelque amant, et il se fit plus attentif à mon murmure quand je lâchai, en m’efforçant de bien articuler malgré mon souffle court : « Leck mich am Arsch, Blödmann ! », à quoi il me fut répondu avec un fort accent, comme je pouvais m’y attendre : « Nutte, halt die Schnauz ! »

Sur le coup de l’émotion je mouillai de honte, d’être traitée ainsi par un tel va-nu-pieds du Bosphore, et soudain le sexe de l’homme m’apparut aussi translucide qu’un pâté impérial, sans doute à cause d’un effet de lumière produit par le faisceau du plafonnier, qui se mêlait aux rayons du jour tamisé par les vitres sales. Le tube laissait apparaître les veines gorgées de sang, surtout aux abords du gland, pendant que la couleur rose de la peau semblait s’allumer sur un tableau virtuel, chaque fois que le faisceau de lumière y était porté par un chaos du bus.

Aux abords du gland la chair était d’un rouge vif, comme les ouïes des poissons garantis fraîcheur, toutefois marqué par certaines plages violacées qui me semblaient suspectes, et le bout qui ne ressortait toujours pas semblait prêt à éclater dans mon vagin comme une grosse prune. Entre le gland et le cylindre à découvert les veines avaient enflé sous l’afflux du sang, et rendaient une dominance bleutée, comme si en cet endroit le sexe était saturé de serpentins qui dessinaient sur le fond rose de la chair tendue un réseau urbain bourré de virages. Plus loin la peau du prépuce lorsqu’elle se repliait vers la racine suintait de bave sur le fond rose du membre, et formait un repli de couleur olivâtre alors que le membre mis à vif se mariait à ma chair.

 

L’homme laissa ma jambe droite, que je pus à peine reposer sur la pointe du gros orteil. Il tenait à présenter le gland à ma vue, qui m’apparut énorme, violacé et brillant, un vrai casque de guerre aux bordures relevées, d’autant mieux effilé sur la pointe qu’il était large sur sa base. L’ogive semblait porter des bajoues et une lisière enflée et dure, qui me fit aussitôt penser au vit d’un âne, tellement la chair était dense et cramoisie sur l’entournure.

Ce gland me parut si original que je l’envisageai comme un os à moelle, aussi peu repoussant qu’un bon boudin. Somme toute je n’étais pas mécontente de voir entrer en moi une telle pièce de boucherie, dont l’aspect écru ressuscitait ma viande. Mon bouton extradé me faisait mal, comme s’il eût voulu entrer en concurrence déloyale avec l’engin.

Je me concentrai sur le visage de l’homme, qui essayait encore de retenir son foutre, et je m’efforçais d’en visualiser mentalement le parcours, depuis la moelle grise de son cerveau jusqu’au mou de mon ventre. J’allais donc réaliser l’exploit de me faire engrosser par un étranger sur la voie publique, pendant que j’obtiendrais mon plaisir.

 

« Triemlistrasse ! » annonça la voix frigide des haut-parleurs, alors que je commençais à jouir sous le regard curieux des hommes, soumise au plaisir évident de mon vainqueur, qui restait bien conscient de la cuisante humiliation qu’il m’infligeait : « Schlampe ! Drecksau ! Ich hoffe es geht dir gut, Schweizefutz ! Hurentochter ! » Oui, ce salaud m’avait bien devinée et baisée, malgré mon imper made in Bahnhof et mon fin maquillage gloria, et il m’avait fait payé au prix fort le racisme de maman.

J’avais donc tenu plus longtemps, au-delà de Fellenberg, juste avant notre descente sur la Birmensdorfer, en vue du changement de bus en contrebas de la Frauenklinik où Sophie avait accouché deux ans plus tôt.

Le blondin savait que l’on me forcerait à descendre, et c’est sans doute en anticipant ce qu’il ferait de moi qu’il cracha au fond de ma gorge en signe de mépris, pendant que l’autre lâchait son foutre en me couvrant d’injures que je ne comprenais plus, tellement il avait mélangé l’allemand et le turc avec son plaisir. Avant de jouir j’eus une pensée attendrie en regardant Sophie toute pensive, rouge d’émotion et de honte, un avant-bras entre ses jambes, qui après avoir perdu son pari devait envisager sérieusement de se faire prendre dans les bois, au sortir de la ville.

 


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