Chroniques de l'immortalité. Livre 1 : le livre de...

Vers un autre monde

 

Suite au séisme de la Révélation, les citoyens brisèrent pour un temps toutes les alliances qui maintenaient fermement les nations au sein des deux blocs pour légiférer à leur niveau sur l’octroi de l’immortalité pour tous.

L’Europe croulait sous le nombre de chômeurs non indemnisés et de tout âge. Les états à nouveau surendettés pour avoir tenté de sauvegarder leur cohésion sociale malgré les désordres trouvaient toujours crédit auprès des spéculateurs avides de s’enrichir pour payer leur sauf-conduit pour Le Centre, l’île hôpital seule dépositaire du savoir-faire, protégée par toutes les forces de marine dronique du monde contre toute intrusion. Cela avait coûté la vie de 772 passagers d’un Airbus A480 imprudent qui avait survolé la zone à moins de 10.000 mètres, sans que cela donne prétexte à la moindre plainte nationale ou privée.

La Paciamérique, après la Révolte Hispanique qui avait réduit des trois quarts la population n’était plus que déserts, ruines et cités autonomes. L’Oligarchie en p

L’oligarchie en profita pour y installer les nouveaux centres industriels technologiques et les camps d’entraînement d’une armée à vocation mondiale pour lutter contre les hordes de pillards.

En effet, la Chine s’était atomisée suite à la dissolution du Parti Unique, dont les dirigeants avaient fuit, certainement dans une oasis pour immortels. La Russie s’était déchirée, de sécessions multiples durement matées par les militaires pratiquant la terre brûlée en partitions ethniques, religieuses ou nationalistes basculant dans la guerre civile et le massacre des populations mixtes.

Le Moyen Orient passa sous domination sioniste, par une implantation en quadrillage de colonies fortement armées dominant les résidents arabes, rares survivants des guerres ethnie-coraniques, entre les obédiences qui voulaient l’éternité et celles qui l’avaient décrétée impure décidant d’exterminer leurs contradicteurs. En Inde et en Malaisie, les deux camps se menèrent une guerre fratricide totale qui désertifia de nombreuses îles, dont Bornéo, qui ne conserva comme grands primates que la bagatelle d’une petite centaine d’Orangs-Outangs.

Les grands singes africains profitèrent aussi des massacres inter-ethniques et de l’épidémie généralisée d’une nouvelle souche d’Ebola pour laquelle, non seulement ils s’avérèrent porteurs sains, mais qui les vaccina contre les autres souches.

Le Japon et les îles attenantes disparurent, à cause de l’explosion en profondeur du Fuji-yama suite à des infiltrations d’eau de mer. Elle provoqua un tsunami et une pollution radiologique immense suite à l’explosion par sympathie des dernières centrales nucléaires qui n’avaient pas encore été démantelées.

En Polynésie, les blancs furent contraints de se faire accepter par des tribus qui retombèrent dans leurs structures, traditions et mode de vie antérieurs à la visite de Cook.

Nouvelle-Zélande et Nouvelle-Calédonie se rallièrent à l’Australie ruinée pour préserver une certaine civilisation autonome.

L’Europe aussi bascula dans le chaos. Le sud et l’est se balkanisèrent mais quelques pays eurent des destins différents. La Hollande disparut en tant que pays suite à l’écroulement des digues et à la montée des eaux dues au réchauffement climatique. Au Danemark, les plus de cinquante ans choisirent de mourir de nuit sous la neige pour permettre aux jeunes de devenir immortels sans être démographiquement gênés, et pour ne pas avoir à se procurer des organes jeunes avant l’administration du sérum.

En Suisse, les autorités chassèrent les étrangers, fermèrent les frontières puis confisquèrent les trois quarts du contenu des coffres pour payer à ceux qui restaient les soins nécessaires à l’immortalité, et une place « éternelle » dans une société démocratique. En Belgique, Wallons et Flamants se déchirèrent en cœur pour alimenter le marché noir international des organes.

Le plus surprenant fut la stabilité du trio anglo-franco-allemand. Le flegme anglais, la discipline allemande et la passivité française, très certainement.

Partout où elle le pouvait, la nature reprenait ses droits, y compris dans les océans, enfin libérés de la dîme colossale que les humains leur imposaient.

En France, la décroissance se poursuivait, sœur du chômage, de la déflation et de la pauvreté. Les oligarques ne pratiquaient plus la concurrence mondiale, ils avaient imposé la division du travail et modelaient le futur de l’homme par petites touches sur ce qui restait d’humanité à travers le monde. La population d’immortels augmentait, d’heureux élus quittaient chaque jour les implantations des mortels pour gagner les nouvelles cités. Parfois, c’était ceux qui n’avaient pas été sélectionnés qui étaient chassés de la cité après l’avoir reconstruite et fortifiée.

Le Centre ne pratiquait plus les opérations et l’administration du sérum. Il était seulement devenu le seul producteur mondial de sérum et disposait d’un régiment de soldats immortels et très bien payés pour convoyer le produit et les médecins sur les lieux de « vaccination ? »

Facebook avait perdu beaucoup d’adhérents, et ne permettait aucune communication entre mortels et immortels. Même internet était bridé pour éviter ces contacts potentiellement dangereux.

Filtré, géré, policé par le COSMETIQUE (Centre Opérationnel des Systèmes et Méthodes d’Éradication des Trolls Infiltrés et de Questionnement en Usage Équitable), il ne bruissait plus que de doux cui-cui et de petits buzzies autour des web-réalities. L’info-center, seul site légal d’informations remplaçait de nombreux sites plus ou moins miroir d’antan et de nombreux blogs personnels furent perdus à jamais dans le formatage des serveurs qui les hébergeaient après l’abandon de leurs propriétaires quand les taxes d’hébergement augmentèrent dans de dantesques proportions, avec l’avènement de la taxe média sensée financer le COSMETIQUE, mais aussi les majors du disque et du cinéma comme les droits collectifs reversés à « la création » pour ne pas avoir à donner des miettes à chaque artiste ou ayant droit en activité.

A soixante-sept ans, Fred, un ex-blogueur, ne parvenait plus qu’à décrocher des jobs temporaires. Pénibles et mal payés, ils lui permettaient cependant, grâce au complément de sa petite retraite militaire, de vivre un peu mieux que la majorité des très pauvres, étant cependant bien loin de la paie des techniciens supérieurs, des gestionnaires généraux, des scientifiques et des meilleurs artistes. Cet après-midi, il jouait son avenir lors d’un entretien pour un poste de logisticien de seconde classe chargé du dispatching des colis sur palettes en provenance des producteurs vers les destinataires. Un travail qu’il avait maintes fois réalisé, virtuellement quand il manipulait des fichiers en tant que programmeur, et après avoir quitté l’armée, physiquement sur les quais de quelques transporteurs aujourd’hui disparus, entre fusions puis choix de sociétés étrangères sur le sol français par les clients.

Deux personnes pour l’entretien : un homme d’une quarantaine d’année et une jeunette, jolie mais agressive. À ce niveau-là, elle n’évalue plus, elle juge Fred.

— Vous me dites que vous avez des qualifications informatiques, mais elles ne figurent pas dans votre C.V.

— C’est parce que c’est le C.V. de l’agence, destiné à l’aider dans la recherche de personnes disponibles pour des emplois manuels. C’est bien marqué informaticien militaire, mais c’était il y a si longtemps que mes connaissances datent trop pour que je sois efficace dans l’heure. Néanmoins, à l’époque, j’aurais été capable de vous programmer un automate pour faire le travail que vous me demandez. Enfin, je postule bien pour un poste de manuel.

 

Elle pince les lèvres. C’est une cadre-élite. Elle sait, comme je le sais moi-même, que le nouveau système ne peut s’encombrer de trop de machines, sujettes à panne, donc ayant besoin de techniciens intermédiaires, les plus dangereux pour les cadre-élite. Alors qu’un homme immortel qui en plus peut rajeunir sous l’effet du sérum, et bien, il s’entretient tout seul. Mais il a commis une « faute de goût ». il a répondu en me défendant envers une supérieure au lieu d’adopter une attitude repentante.

 

« Comment alors peut-elle me mettre dans une place de manuel, si je représente la même menace qu’un niveau intermédiaire ? » réalise-t-il.

 

— Selon vous, quels sont vos défauts ?

Il en connaît bien un, qu’elle a déjà constaté, il parle trop. Cela ne se remarque pas toujours, car il commence à avoir le souffle court, et il serre les dents parfois, pour ne pas hurler quand la charge est trop lourde, que la journée s’éternise et que son dos me brûle. Il brode sur un état d’usure qui se ressent actuellement pour les postes qu’il occupe, mais qui sera, espère-t-il, sans conséquence sur son emploi futur grâce à l’effet du sérum. Bien au contraire, dur à la peine, il pourra alors donner au maximum.

 

Mais en sortant, il sait que c’est cuit. Plus de la logique qu’un mauvais pressentiment. Avec ses gens, il ne laisse rien passer de sa vraie personnalité. Normal, il les hait pour le mal qu’ils font depuis toujours et qu’ils comptent figer pour l’éternité. Il les hait pour leur prétention d’être « supérieur » alors qu’ils ne sont que le résultat logique d’un milieu de naissance, comme la plupart des gens, des gens ordinaires, prisonniers de leurs certitudes qui les dispensent d’apprendre, de regarder objectivement, de revenir sur la primo-impression d’un cliché, de ne pas contester ce qu’on présente comme vérifié par un organisme certifié. Comme beaucoup d’autres, ce ne sont que des copier-coller d’une époque vers une nouvelle soumis à une eau qui ne varie pas trop d’une génération à l’autre, quoique depuis sa première heure d’homme libre et responsable à dix-huit ans, il s’en est passé des choses !

 

Il y avait trois tas de dossiers/profils sur le bureau. Un est isolé. Les deux autres sont presque accolés, et il y en a un gros et un petit. Le sien passe au sommet du gros. C’est confirmé, il ne va pas tarder à mourir.

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