BDSM (Oeuvre réservée à un public adulte)

Tracks

 

 

 

Rasmussen m’a connue grâce à son tracteur agricole, un Massey Ferguson de 1974 assez bien entretenu et relooké par ses soins. Papa en avait possédé un à l’identique, à peine plus ancien, qui finissait sa vie dans notre grange. Lui ne sentait plus rien, ni l’huile, ni l’essence, hormis la pisse de rat. Il gisait là comme un squelette de bestiasse, parmi les harnais coupés, les pneus usés, les outils cassés et les rasoirs à main. Maman m’avait expliqué avec force détails comment les vieux bonhommes entretenaient leur barbe en s’aidant d’un blaireau et de beaucoup de savon. Pratiques, ces rasoirs, qui fonctionnaient sans courant ni piles, utilisables au bord d’un lac ou en pleine forêt, à condition de savoir s’en servir.

Donc mon beau tracteur avait toujours fait partie de la famille, et papa ne manquait jamais d’en parler avec déférence : « il faudrait que je l’emmène chez Peterson », comme on dit d’un enfant qu’il devrait voir un docteur. Ou encore, au lieu de déclarer simplement : « il me faudra faire la vidange du tracteur », il s’adressait à maman en le désignant alors que nous étions attablés dans le jardin : « Fais-moi penser à changer son huile. » Le seul problème, c’est qu’il parlait de mes avantages devant les invités et de la même façon, en ne se privant pas, sinon de me montrer du doigt, du moins de pointer ma toison naissante par un signe malicieux du menton. De son côté Maman, quand j’étais plus petite, tout en me déculottant m’avait souvent répété que papa pensait presque à voix haute ; voilà pourquoi il ne serait jamais écrivain. Elle par contre écrivait des contes à dormir debout, inspirés des défilés de Vivienne Westwood, tout pleins d’ogres et de nains, qui même à dos de tracteur n’auraient jamais ému Clint Eastwood. Après avoir changé les roues, la batterie, les bougies, les durites et le carburateur, l’avoir repeint de pied en cap et nettoyé de fond en comble, le temps de notre beau tracteur était passé et papa en parlait déjà comme d’un irréparable vieillard : « Il n’est même plus capable de tirer la remorque de bois. » Bref le chouchou était devenu un handicapé moteur, et papa ne brûlait que d’une envie : en acheter un autre plus moderne qui ne lui servirait à rien.

Reste que le Ferguson était né avant moi, et au fil des ans je m’étais tellement attachée à lui que pendant son déclin j’avais failli en tomber malade au point de ne même plus savoir où commençait son corps et où s’arrêtait le mien, mélangeant dans ma fièvre veines et tuyaux, durites et boyaux. À l’époque où la sexualité se fait curieuse je me pensais en termes de pleins et de fuites, et dans mes rêves les plus fous je confondais le blanc boréal de ma peau avec la peinture hépatique de la calandre. Papa commença à s’inquiéter de moi le jour où il me surprit en plein coup de froid en train de lécher l’électrolyte de la batterie, au risque de laisser prendre ma langue dans le givre comme la queue d’Ysengrin. Ce doux renard littéraire si cher à maman avait voulu en user pour pécher les anguilles d’un étang. Piégé dans la glace en formation il avait dû se résoudre à s’arracher cet organe inutile et avait failli mourir d’hypothermie – tout comme moi dans notre beau hangar à bateaux avec ma langue de vipère à demi congelée. En fait il ne s’agissait nullement d’un renard mais d’un loup, personnage du Roman de Renart (Reineke Fuchs), que maman me lisait souvent pour m’endormir, de sorte que renards et loups avaient migré dans ma petite tête pour prendre la semblance d’un gros chien-loup dépourvu de queue mais extrêmement malin, qui dans mes rêves ne cessait de me houspiller afin que je lui cède ma culotte.

 

Au contraire du nôtre le Ferguson de Rasmussen était encore bien vivant, quoique peu chouchouté, tout prétentieux dans son rouge délavé qui commençait à tirer vers la pelure d’orange, plein d’une odeur d’huile graisseuse et de vieux skaï, avec sur ses grosses roues toujours des paquets de boue à demi séchée qui fleuraient bon l’herbe et la bouse. Mais ce que j’aimais surtout c’était, associé à la salopette crasseuse de Rasmussen et à la robe immaculée de sa fille, ce mélange tonnant d’odeur de terre et d’essence qui se faufilait en moi comme dans un carburateur.

Tout comme les vieux tracteurs ce Ferguson n’avait pas de capot ; autant dire qu’à mes yeux il était sans maillot. Je profitais de l’été quand il était abandonné en plein champ pour passer entre les roues afin d’examiner ses organes, équipée d’une lampe frontale de ma fabrication et de mon vieux rasoir pour lui trancher les nerfs à l’occasion. Je ne me privais pas pour glisser les mains entre les durites et les tuyaux, sans m’inquiéter davantage quand j’entendais crisser les graviers ou rebondir dans une gerbe d’étincelles tout près de mes pieds une cigarette à demi consumée. Oui, je savais bien qui cela pouvait être, mais j’avais toujours fait semblant de rien jusqu’à ce jour de pleine adolescence, alors que sans le moindre slip j’opérais en suivant les conseils de Liv, feignant d’avoir laissé ma robe retroussée à la suite d’un vicieux accrochage. Je finis par balbutier en boucle en entendant les mêmes pas me tourner autour pendant que je tentais de grappiller le dernier mégot avec l’espoir de le fumer à cheval sur notre Ferguson : « touche pas à mon cul ! », « touche pas à mon cul ! », allant jusqu’à écarter les jambes pour mieux solliciter la main de cette ombre chinoise que j’avais subtilement surnommée Fuchs. Manifestement la queue de ce renard-là n’avait pas été coupée, si j’en jugeais par son ombre portée sous le soleil déclinant ; de surcroît elle ne semblait pas inactive malgré l’absence de vent, surtout ce jour où après avoir reçu un mégot en plein sur la cuisse je récoltais sur mes pieds nus une laitance salace en oblation.

Puisque mon beau tracteur n’avait pas de maillot je pouvais l’explorer à loisir en exposant mon arrière-train, et quand il était à l’arrêt je me risquais parfois à branler ses tubes jusqu’à sentir passer sur ma peau nue les effluves tiédasses du moteur. Quand j’étais plus petite j’avais testé celui de papa en m’appuyant sur ses gros pneus de caoutchouc chauffés par le soleil, et dès la première fois je m’étais sentie chose en repensant à la queue d’Ysengrin, ce pauvre loup qui avait dû avoir tellement mal ! J’imaginais alors les poils de ma toison pris dans le gel, au point qu’au risque de me blesser à coups de rasoir j’avais décidé de m’en confectionner une moustache postiche qui suivrait le rythme de ma croissance. Tout de même, je me dis qu’une fois qu’on est sans queue on ne saurait se prétendre ni loup ni chien, et du coup en jouant avec mes vieilles lames de kung-fu je me mis en tête de vérifier la réalité de mon Fuchs, si on lui avait coupé ou pas sa cigarette de soldat. Oui, je dois avouer que c’est en pensant à lui comme à un grand guerrier du Saint-empire, à demi nue sous le carter de son engin, que j’ai commencé à me branler après m’être enfilé un suppositoire au camphre, tout en me disant que je n’aurais jamais le courage d’éradiquer mes poils pubiens en vue d’examiner mon sexe dans le rétroviseur.

 

Bien avant la lubie de papa j’étais tombée en admiration devant la combinaison de l’homme et des tracteurs, qui selon mon idée avaient remplacé les drakkars de nos fleuves sombres. Tout comme le tracteur s’était associé aux sapins dans mon imagination, mon désir avait fini par s’embrouiller avec la mécanique, et je bavais d’envie en entendant Liv vanter celui de son père. Toute petite j’étais déjà irrésistiblement attirée par l’odeur des durites encroûtées et des vieux tuyaux gras, qui en prolongeant mes boyaux m’avaient initiée aux mystères de la sexualité masculine, même si les poils trop clairsemés de Rasmussen ne m’inspirait que la pitié. Je l’imaginais jaloux de ma chatte si bien fournie, sans savoir si je devais le faire bisquer ou au contraire lui proposer de me raser à grand renfort de blaireau et de savon à barbe.

Dès mes premières règles je m’étais demandé jusqu’à l’obsession quels liquides devaient circuler entre les pièces détachées de mon petit moteur, et j’anticipais ce jour béni où Rasmussen viendrait m’examiner en compagnie de notre vieux docteur. Malgré les cours d’éducation sexuelle j’appréhendais l’accouplement comme la plus triviale des connexions entre des organes bien visibles, et à la télévision je restais collée devant les images d’alimentation en vol de nos rares avions de combat. Oui, les machines n’étaient pas si folles pour s’embarrasser avec des poils, et je rêvais déjà d’un accouplement où je pourrais de la même façon observer la queue qui entrerait en moi.

Un jour de plein ennui dans la grange de papa, alors que notre bon vieux tracteur agonisait dans le silence de la pluie et que je m’efforçais de ne pas penser à Rasmussen, j’avais réussi à déboulonner une durite, et en m’asseyant à califourchon après m’être déboutonnée jusqu’au bouton, le cul nu sur le skaï poisseux je n’avais pas hésité à l’introduire aussi loin que je pus remonter, jambes bien écartées, comme pour me faire avorter. Le diamètre bien sûr n’y était pas, ça me faisait dans le corps comme un vit de verrat. De plus il ne lui restait pas une goutte d’huile. Donc je ne parvins pas à jouir de notre vieux tracteur, et tout me porta à croire qu’il n’était plus qu’un robot éteint : autant baiser avec un cadavre. J’eus beau le caresser après avoir essayé de me raser ; même en faisant rentrer un gros tuyau crasseux dans mon beau cul je ne pus le faire redémarrer. Depuis ce jour je ne revins jamais dans notre grange, abandonnant ainsi notre tracteur à son triste sort, me contentant par nostalgie de regarder nos vieilles photos où l’on me voyait montée sur les garde-boues, à poil et toute souriante avec ma chatte en évidence. Il est vrai que l’aspect trop lisse de nos nouvelles voitures m’intéressait beaucoup moins, car mes fantasmes s’étaient arrêtés à notre vieille Volvo toute cabossée, reléguée dans la ruine de son garage, et qui n’avait roulé que dans les films en Super-8.

 

Petite j’avais toujours cru au sexe des tracteurs, celui-là même que je ne parvenais pas encore à concéder aux messieurs. Je ne distinguais pas encore les machines d’avec les animaux, auxquels sans trop savoir pourquoi j’avais attribué un sexe qui pourrait s’adapter au mien, car maman m’avait rassurée, en le déclarant élastique comme une chambre à air, que si l’occasion se présentait il serait capable de prendre n’importe quelle bouteille. Les années passant je ne pouvais accorder foi à un monsieur qu’à la condition qu’il fût monté sur sa machine, et puisque notre tracteur était si bien pourvu je mourais d’envie de le branler. Les hommes n’étaient pour moi que le prolongement de leurs moteurs, qui restaient la seule chance de me connecter à ces animaux qui labouraient les champs comme des buffles et ramenaient les troncs jusqu’au fleuve sur leur dos d’éléphant. Seule la trompe faisait défaut, et ce n’est que par lʼintermédiaire des médiocres queues de leurs chauffeurs que je pourrais à la rigueur me faire monter. Oui, je me souviens encore de ces rêves fous où dans ma fièvre le tracteur rouge vif entrait dans ma chambre noire et tentait de baiser avec sa vilaine durite ma chatte mal rasée. Mais je mʼéveillais toujours en sueur avant la chute du rêve, comme si un rejet absurde avait empêché la greffe du caoutchouc.

Ce qui me faisait mouiller en voyant le beau tracteur de Rasmussen c’était, avec ses durites et tuyaux, surtout la richesse de ses liquides : bleus, rouges, noirs ou glauques comme l’eau de notre lac. Antigel, liquide de freins ou de refroidissement, huile… il n’y avait que lʼembarras du choix pour se faire engrosser, et je me dis à plusieurs reprises, non sans en éprouver une jalousie aiguë, que Liv avait bien de la chance d’avoir un papa tout plein d’huile comme celui-là, qui en sus de la mécanique possédait de bonnes connaissances vétérinaires. J’avais toujours imaginé Liv assise à la droite du père, jusqu’au jour où je m’aperçus que les deux places de leur tracteur étaient disposées comme sur les pétrolettes de mes vieux camarades, dont les sièges de skaï bien trop larges et poisseux comme du tissu adhésif s’étaient fait un plaisir de m’écarter les cuisses. Non seulement je pensais toujours à cette perverse en apercevant le tracteur de son père, mais aussi au nouvel engin customisé du vilain Andréas, qui les années passant m’avait gentiment conseillé l’épilation, si je ne voulais pas dégoûter les hommes qui me dragueraient. Non, je n’avais pas oublié le serment de me faire dépuceler, ce qui pour moi revenait à accepter le foutre de ce jeunot en plein dans mon corps fertile ; mais pour mieux m’y préparer je ne pouvais guère éviter de penser au tracteur de Rasmussen et à sa queue de renard que j’avais aperçue à la sauvette alors qu’il était en train de pisser en plein dans le lac gelé.

 

Rasmussen nourrissait quelques doutes sur le genre de lien qui m’attachait à sa fille, mais il n’en voulait rien savoir malgré tous les indices accumulés. Il aurait sûrement préféré tout rejeter en vrac sur mon compte, de sorte qu’à ses yeux je me retrouverais bientôt déguisée en pute et en gouine tout à la fois. Oui, je crois plutôt qu’il voulait croire à sa garce et s’était rendu jaloux du brillant avenir qui se profilait pour moi. Je compris qu’il se vengerait sur mon cul si l’occasion se présentait, le jour où je le vis tracer sur son tracteur, à quelques pas de moi, une tête de renard stylisée qui dès lors ne cessa plus de me hanter. Tout en l’observant peaufiner son dessin je m’étais dit qu’en étant très maligne et un brin courageuse je pourrais peut-être l’encourager à me tomber dessus dans quelque coin perdu.

Sachant que je l’espionnais, une fois abandonnés peinture, pochoir et bombe spray, comme pour m’épater Rasmussen avait bravement entrepris de se raser à la mode antique en disposant mousse et miroir sur la calandre de son tracteur, sans se gêner pour regarder vers mon monokini sous lequel je passais négligemment une main en faisant semblant de le rajuster, pendant que la bouche à demi ouverte je ne pouvais plus m’empêcher d’observer les mouvements du rasoir qui en s’exerçant à mettre au net cette peau tannée menaçait déjà mon tain de lait.

Sans quitter Rasmussen des yeux, en jouant à la fille hébétée je fis descendre mon maillot pour lui laisser deviner ma toison, jusqu’à ce qu’en prenant son courage à deux doigts il engage effrontément le geste fatal de vouloir me raser aussi. Comme pour lui donner raison à propos de mon caractère, tout en détournant les yeux je fis descendre mon slip encore plus bas, histoire de prouver que je n’avais rien à lui envier ; puis je pris le petit air de la salope qui fait comprendre au bonhomme que sa chatte n’est pas pour lui. Mais voilà, Rasmussen devait savoir que par amour des tracteurs j’avais secrètement désiré prendre la place de sa fille sur sa maudite selle, et du coup au lieu de s’offusquer devant mon air dégoûté il se met franchement à se moquer, parce que sans même m’en apercevoir j’avais maintenu mon slip rabaissé. C’est au moment où Rasmussen s’est mis à rire, qu’en osant un doigt j’ai pensé à m’identifier à sa fille pour un inceste autorisé. Il ne m’était pas très difficile de répondre à sa provocation, car après l’avoir exploré par dessous j’avais toujours éprouvé le désir de monter sur son foutu engin, mais sans avoir le cran d’évoquer un certain droit de cuissage dont maman m’avait parlé. A présent presque déculottée devant ce gentil papa je ne voulais pas lui paraître stupide en prenant le ton de la fille qui vient mendier son petit tour de manège ; et soudain, alors qu’il poursuivait son rasage sans me perdre de vue je rentrai deux doigts en moi en essayant de m’avouer que j’avais toujours secrètement désiré qu’il m’impose sa durite. Si je voulais sauver ma carrière je ne pourrais jamais le dénoncer, et je me dépêchai d’imaginer que si on retrouvait par hasard sa queue d’Ysengrin enchâssée dans l’étang gelé personne ne pourrait jamais me soupçonner d’être venue la lui trancher.

 

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