Fessée (Oeuvre réservée à un public adulte)

 Andréas

 

 

Non, décidément, ce pauvre Björn n’avait eu aucune chance avec moi. Il aurait pu outrepasser les consignes de maman, qui en avait fait un garde-chiourme autorisé à quelques galipettes sans gravité, mais il n’avait eu ni le courage d’enfreindre les ordres, ni celui d’assumer ses instincts ; bref il manquait d’imagination au point de me sembler fade. Pour preuve : j’avais été obligée de lui demander moi-même à être fouettée, autrement il n’y eût guère pensé. Et une fois mise en émoi il n’avait même pas essayé de me baiser. Certes je ne l’eusse pas laissé faire, mais je lui aurais su gré d’en avoir eu l’idée. Il aurait dû abuser de ma confiance, tenter sa chance pour solliciter mon vice. En suivant à la lettre les consignes muettes de maman il ne s’était pas exposé au risque d’essuyer un refus, un non auquel il n’aurait pas été tenu de croire. Björn avait refusé de se soumettre à l’épreuve de ces refus féminins, qui s’ils ne sont pas vraiment des oui masqués restent des « ni oui ni non », des Ninon, comme le nom de ma première poupée Barbie. Björn ne voulait pas risquer de confondre un vrai non avec un non simulé, et s’exposer à me forcer. J’avoue que tous ses doutes avaient le don de m’exciter beaucoup, mais en vue d’un autre.

Au contraire avec Andréas je savais déjà que j’étais capable de vrais non, simplement parce qu’il pourrait m’appliquer de vraies tortures. Je savais aussi qu’il forcerait ces vrais non en les faisant passer pour des faux à mes propres oreilles ; bref il saurait jouer avec moi pour m’infliger le pire, alors que Björn ne savait même pas tirer profit de sa Ninon. Et pourtant… C’eût été avec plaisir que je lui eusse donné satisfaction ; mais hélas le plaisir pris à la contrainte se serait perdu, puisque Björn n’aurait fait que désobéir à maman.

C’est vraiment ce jour-là, dans l’atelier d’Eriksson, que je compris l’intérêt d’être attachée. Je me dis que c’est à l’autre de deviner nos vices, et de savoir en tirer parti. Aussi, pendant tout le temps que Björn jouait de sa queue sur mon visage, je me demandais comment m’y prendre avec Andréas pour qu’il finisse par me contraindre à ce que j’ignorais encore. Une chose cependant était certaine : qu’il me fasse peur serait tout à mon avantage. Il était si différent de Björn que je ne pourrais rien anticiper, et cela tombait bien, puisque j’échapperais alors aux fameuses méthodes et précautions qui avaient fleuri en Suède, sur « comment se faire déflorer », qui allaient de l’exigence d’amour à celle du plaisir, en passant par l’assurance pilule, le choix du partenaire et du lieu, et de la saison, de l’analyse et de l’envie, bref tout un bréviaire indigeste qui ôtait à la chose son petit mystère de « première fois ». Surtout, je ne comprenais pas comment on pouvait se faire déflorer sans éprouver la crainte d’être enlevée, et rechercher la confiance d’un garçon dans le but inavoué de perdre notre pucelage.

Une autre chose était tout aussi certaine cependant : je ne supportais plus d’être vierge, et je ne voulais pas être déflorée par curiosité, voire comme un passage obligé vers la maturité féminine, mais parce que j’avais envie de prendre un vrai sexe en plein dans le corps, comme un coup d’épée qui découperait enfin mon petit orgueil. Je souhaitais ardemment et dans un éclair ne plus m’appartenir. Je voulais surtout m’assurer que l’homme qui me connaîtrait puisse se mesurer à l’aune de son amour déçu, qu’un vrai Viking sonde enfin mon cinéma et m’enferme dans son trésor de guerre !

Je craignais que la gloire en confirmant mes apparences ne prenne possession de moi en inscrivant mon corps dans les canons de l’esthétique. Liv m’avait dit un jour que j’étais trop belle pour faire la putain, et cette petite phrase était restée plantée en moi comme une banderille. L’instinct parlait, et les jours inutiles qui passaient avivaient mon obsession d’être encore vierge. Je n’étais pourtant pas jalouse de celles qui ne l’étaient plus, mais de maman qui profitait de la vie pendant que ses consignes idiotes m’empêchaient de satisfaire mon corps.

Par ailleurs j’en avais assez d’entendre les discours des experts à la télévision pour une affaire qui ne dépendrait que de moi, comme si l’on pouvait me confondre avec n’importe quelle femme. Je trouvais en outre qu’on accordait à la défloraison une importance qu’elle n’avait sans doute pas, dans le seul but de contrôler un corps qui ne regardait personne. Voilà pourquoi je me surpris à vouloir dévier de mon petit chemin de mode. Peu à peu je me décidais pour l’option de me faire prendre à un moment qui serait enfin à moi, avec du risque et de la peur et du plaisir ; bref pour ne plus rien contrôler je choisis le pire : Andréas Hammer.

 

La difficulté consistait à me faire dépuceler par Andréas, mais sans concevoir le moindre plan ; presque sans y penser, et surtout, surtout, qu’il ne se doute de rien. Mais comment faire, puisqu’il était malin au point de tout deviner de moi ? Évidemment, la chose paraissait simple : Si je faisais ne serait-ce qu’une ébauche de plan, dès qu’il me verrait, il saurait. En fait, qu’il sache mon envie pour lui ou mon désir qu’il me déflore ne me gênait pas vraiment ; je voulais surtout le laisser libre de m’imaginer, qu’il ne soupçonne surtout pas que je comptais sur lui pour résoudre un problème, nommément, celui de ma virginité. La curiosité pimenterait l’événement et ferait partie de la situation, l’essentiel restant qu’Andréas me baise en dehors des normes du dépucelage.

Mais si je ne faisais aucun plan, comment diantre organiser la rencontre fatale qui mettrait Andréas sur mon chemin ? C’était là un problème pour l’heure insoluble, et je me surpris en train d’y penser pendant que Björn avec méthode appliquait un fin pinceau sur son étoile montante. Finalement je me dis que si mon nouveau Van Gogh n’était pas exempt de certaines qualités, du moins me préparait-il au pire sous couvert d’un beau maquillage.

 

« Tu as bien de la chance d’être bâillonnée », Sonia, dit Björn en me caressant le visage de son membre, pendant que je commençais à m’exciter et à gémir en pensant à ce qu’Andréas pourrait me faire si je calculais bien mon coup. Je savais qu’il appartenait à un club occulte assez louche, proche de la tendance Gothique dans sa branche sadique déjantée, qui d’après certains était bien organisée. Je ne savais trop que penser, s’il fallait prendre cette appellation à la lettre ; mais justement : elle m’obligeait à m’interroger, à cause du mot « déjantée ». Que diantre pouvait-on subir, en rentrant là-dedans ? Et par quelle porte ? Andréas en détenait-il une clef ? On était allé jusqu’à les soupçonner de trafic de femmes avec les pays de l’ex-Europe de l’Est, mais on n’avait jamais pu accumuler suffisamment de preuves, soit que les soupçons fussent injustifiés, soit à cause de l’incompétence probable des enquêteurs, dont certains auraient été payés « cash flesh ». Je me dis que s’ils importaient des produits roumains ou bulgares pour en abuser, de mon côté je risquais fort de finir en Russland pour y tourner un drôle de film. Je ne voulais pas encore me l’avouer, mais cette réelle mise en danger m’excitait tout autant que mon possible dépucelage.

Je pensai non sans raison qu’Andréas était trop jeune pour tenir déjà une place importante au sein d’un club privé, mais on m’avait laissé entendre qu’il faisait parfois office de rabatteur, ou qu’il tenait avec ses acolytes ce qu’ils appelaient fièrement « un salon de dépucelage » qui, comble d’ironie méchante, était payant. Malgré mon scepticisme je jugeai que cela restait plausible, étant donné la réputation de sa queue. Moyennant le martinet cette information anodine avait imprimé dans ma tête un petit microsillon qui ne fut pas sans effet sur mes hormones. En supposant ces allégations justifiées il fallait qu’Andréas eût à sa disposition certains moyens techniques pour passer sur mon orgueil et me passer tous les caprices. Reste que sa famille sans être très riche ne manquait pas d’argent. Je me dis qu’en sa compagnie je tomberais en de bonnes mains, pour me faire trafiquer tout autrement qu’ici avec Björn, ce petit amateur de mauvais coups. Ce qui m’excitait méchamment c’était justement cette incertitude, de savoir si en bon rabatteur Andréas une fois qu’il m’aurait tirée nourrirait encore pour moi quelque affection, au point de ne pas me livrer.

Je crois que ce fut la première fois, sous les coups de Björn, que j’imaginais froidement la possibilité d’être vendue, qui se renforça lorsque je fus découverte par l’Agence. On assura à grands frais toutes les parties de mon corps en y ajoutant une option « santé » pour ma poitrine et mon vagin. Je voulais tenter Andréas pour qu’il me garde, avant d’être expédiée en vrac sur les trottoirs de Moscou. Lentement s’insinua en moi l’idée que ces deux options restaient ouvertes, et au lieu de me convaincre de mon délire je commençais à rechercher dans la réalité les indices qui avaient bien pu le déclencher. Lorsque ma cote s’accrut sur le marché je rentrai de plain-pied dans la réalité le jour où j’appris le vol dans notre chapelle de certains objets de culte, qui avaient été estimés bien moins que moi. Je soupçonnais Andréas de les avoir emportés, et une fois ma valeur acquise grâce à mes premiers shows je relevai le défi de provoquer son père, pour me faire mettre dans de beaux draps.

 

Pour l’heure, coincée dans le garage à bateau d’Eriksson, je voulus répondre à Björn qu’il n’avait qu’à me retirer le bâillon, s’il voulait venir en moi. Mais comme il avait déjà déchargé il était sans doute trop tard, de sorte que je trouvai plutôt prétentieuse son insinuation à vouloir appuyer plus fort sur mon bâillon avec la pointe de sa queue. En fait ce n’était guère la chance qui lui manquait, mais la puissance, car il lui aurait fallu de nouveau bander longtemps pour persévérer dans ma bouche jusqu’à plus soif.

Et de nouveau je pensai à Andréas : combien me faudrait-il de temps et de foutre pour lui donner raison de moi ? J’étais convaincue qu’il ne se trouverait pas d’excuses comme Björn maintenant, certaine qu’il m’aurait arraché le bâillon sans rien dire, et forcée à le sucer pour le faire bander plus loin. Seul un dieu méchant savait ce qu’il aurait été capable de me faire subir pour me prédire un avenir de salope. Je me demandais seulement si Andréas me laisserait repartir malsaine et violée, avec pour seule recommandation de ne rien dire à maman. Pour toute réponse je me cambrai en gémissant, ce que Björn interpréta comme une provocation insultante, puisque j’avais désormais la preuve qu’il était incapable de me baiser. Il ne pouvait pas supporter mon vice, d’autant que je l’avais poussé à transgresser les consignes au moment même où il en eût été incapable. Il dut penser que je me moquais de lui, ce qui n’était pas tout à fait faux, puisque je comparais son comportement à celui qu’aurait pu tenir Andréas en de pareilles circonstances.

Reste que j’avais envie d’être baisée, et pas d’humilier Björn en mettant en doute sa virilité par mon attitude provocante. Je ne contrôlais pas beaucoup cette attitude, non, mais j’avais envie d’être dépucelée sur le champ, et je regrettais simplement qu’il n’y eût sur place aucun autre homme susceptible de me transférer chez monsieur Eriksson.

 

Björn avait commis l’erreur de décharger sur moi, et peut-être l’y avais-je poussé, car j’avais tout de même peur qu’il ne me baise et ne se sente obligé d’en parler à maman. Or si je ne craignais pas vraiment qu’elle me gronde, je voulais quand même garder secrète ma défloraison, quand elle aurait lieu, et dans ce sens je n’avais pas confiance en Björn. Par contre je me dis que si Andréas avait été là, non seulement il m’aurait baisée sans vrai désir pour moi, mais il ne serait pas allé tout raconter à maman pour se débarrasser de sa faute. Décidément lui seul était capable de me dépuceler. J’eus beau chercher dans toutes mes connaissances, je n’aperçus aucun autre homme à l’horizon.

Quant à Björn, j’avais voulu seulement l’asservir en le poussant au crime, alors même qu’il ne pouvait pas le commettre, l’eût-il voulu. Mais j’escomptais surtout exposer au grand jour ce caractère de garce qui l’insupportait. Bref je m’exerçais vicieusement au pire en déchiquetant sous ses yeux la belle image de star qu’il avait commencé à peindre au seul profit de son orgueil, et à force d’insister j’obtins de lui un « salope » bien mérité. Je vérifiais ainsi qu’en virant à la colère il lui restait tout de même un soupçon de virilité.

 

Björn laissa mon visage dégouttant de foutre et se prépara à me fouetter. Cette fois-ci je me présentai en me cambrant dans une attitude de tout le corps que je m’efforçais de rendre provocante, allant jusqu’à écarter les jambes pour faire valoir un sexe que Björn s’avérait bien incapable de fendre, tellement il avait profité de moi en un mauvais lieu.

Au tout début il crut sans doute que je ne gémissais que par jeu, mais il comprit assez vite que je ne simulais pas. Tout simplement j’étais chaude, tout en n’espérant rien de lui. Je crois qu’il s’aperçut que je me permettais cela parce qu’il n’était plus en mesure de me prendre, et il devait se demander s’il l’aurait fait, en pleine bandaison.

D’ailleurs je fis un effort pour me redresser, et voir s’il ne bandait pas ; mais non, le pauvre était totalement subjugué par mon attitude lascive de salope montante. Je crois cependant que par simple colère il m’aurait bien déflorée. En fait il bouillait de rage rentrée, d’amertume et de dépit. Dépit d’avoir découvert cette part cachée de ma nature, rage de ne pas pouvoir se venger de cette déception, amertume d’avoir été manipulé.

Heureusement, me dis-je, tu ne sais pas que je pense à un autre en ce moment même, à sa bite X dans mon corps Zen. Il n’aurait certainement pas déchargé sur mes joues, l’autre, Andréas ; pas si bête ! Une pleine giclée qu’il m’aurait mis ! Et je suis bien certaine qu’il m’aurait fait illico monter par plusieurs de ses potes gothiques destroy, dans la position d’offrande où j’étais placée, tout contre l’établi. Voilà ce qu’en postillonnant j’avais envie de crier à la face de Björn, histoire de lui rembourser le foutre qu’il avait craché sur moi.

 

Björn s’énerva et s’excita tout à la fois, de sorte qu’il me gratifia de coups si violents que mon ventre si tendre et mon pubis si chaud furent criblés de points de feu et de zébrures brûlantes ; sans parler de mes cuisses qui me faisaient mal à vomir. La douleur rentrait si profond en moi qu’elle me dépucelait toute. Mes nerfs étaient à fleur de peau, et toute ma peau dans cette épaisseur de douleur qui courait dans ma tête au point de provoquer la nausée. Je craignis un instant de m’étouffer sous le bâillon, à force de glaires ressorties et de cris rentrés.

Oui, me dis-je, Björn est vraiment en train de me punir pour les idées sales que j’entretiens à propos d’Andréas. Plus je pensais à la punition, plus je voyais et ressentais le sexe d’Andréas qui rentrait dans mon corps par la douleur du fouet. Alors que les coups pleuvaient j’étais littéralement possédée par un fantôme, au point qu’il me fut impossible de me redresser pour faire signe à Björn de cesser notre petit jeu.

Mais, s’agissait-il encore d’un jeu ? Björn voulait vraiment me faire mal pour me punir de tout ce qu’il avait découvert de moi et qu’il ne supportait pas encore ; il finirait sans doute par s’en remettre, mais en attendant il me rouait littéralement de coups avec son martinet si précieux ! Je lui reprochais non seulement de ne pas être sadique ou branché destroy, mais de n’agir que par rage. Derechef je pensai qu’Andréas aurait mieux fait que lui, mais dans un tout autre contexte. Une fois encore je compris que Björn ne savait pas se contrôler, et qu’il manquait d’assistance pour soutenir son vice.

 

Grâce aux coups qui me subjuguaient, en pensant à Andréas je commençais à ressentir avec l’envie d’être possédée un étrange plaisir, qui se mêlait à la douleur déjà accumulée dans mon ventre. Je me souvins alors de ce qu’avait dit Liv à propos de l’orgasme : sa description plutôt relevée restait en moi si précise que je faillis en ressentir le goût, qui se confondit avec la douleur que m’infligeaient les coups. Oui, c’était bien cela, j’allais sans doute jouir sous les flagellations en pensant à Andréas, sans pouvoir vraiment conclure de la pensée d’Andréas ou des coups de Björn lesquels étaient la cause de mon plaisir ; sans doute les deux pris ensemble. De toute façon je ne pouvais empêcher la douleur, tout comme je ne pouvais éviter de penser à Andréas, à ce qu’il me pénètre, à son foutre enfin en moi comme la marque indélébile de sa domination.

Je m’excitais aussi de l’impuissance de Björn, qui pour avoir joui précocement ne pouvait plus me pénétrer. Je jouissais de sa colère, qui si elle prouvait son impuissance était aussi la preuve virile qu’il ne me respectait guère, de sorte qu’à l’avenir je pourrais peut-être en tirer tout autre chose que de timides éjaculats. Je m’excitais aussi d’être libre de penser à un grand garçon, malgré la douleur infligée par les coups du petit Björn, qui ne s’acharnait sur moi que par vengeance.

Björn me faisait payer ma fière attitude, non parce qu’il savait que je le provoquais, maintenant qu’il avait débandé, mais parce qu’il ne l’aurait pas fait même en étant armé, à cause de la confiance que lui avait accordé ma mère. Par contre il m’aurait bien baisée pour répondre à ma provocation, qui à son tour n’avait été que ma réponse aux ordres de maman. S’il avait bandé je l’eusse mis à l’épreuve de désobéir ; par suite il aurait renoncé à moi et par vengeance profité de ma fleur au passage. Mais voilà, maintenant il ne pouvait plus me baiser, alors qu’il en avait sinon le désir du moins la rage – au lieu qu’Andréas ne m’aurait baisée que pour m’asservir.

Je me dis que si Andréas venait en moi sans me respecter, mais en me donnant du plaisir, je serais prête à lui obéir : par exemple à renoncer à Björn ou à faire la pute incognito. Ou de ne faire l’amour qu’avec lui, s’il me demandait de refuser les autres. Ou encore de me faire baiser par d’autres, non seulement pour lui faire plaisir mais aussi par plaisir d’être obéissante.

Ces pensées m’effrayaient, car elles me révélaient le désir où j’étais d’avoir un maître, ou pour le moins de me faire monter à chaud par un salaud. Andréas en était le type cinématographique, un vaccin hautement prophylactique qui me protégerait d’une réelle pollution. Tout comme je n’avais jamais refusé d’obéir à ma mère je voulais désormais appartenir à quelqu’un. Pour avoir été incapable de désobéir je désirais à présent tomber sous la coupe d’un homme qui mettrait hors de combat le doux sourire de son beau visage.

 

Contrairement à mes amies je n’étais pas rebelle, sans doute parce que les interdits imposés par maman n’avaient jamais été que partiels : ils ne concernaient que ma virginité. Ce qui voulait dire que mon capitaine ne m’interdisait pas le reste. Elle ne voulait préserver de moi qu’une certaine valeur marchande, sans doute pour me marier à un vrai monsieur. Pour le reste j’avais compris que si elle me déconseillait de faire ça, elle ne me l’interdisait pourtant pas. C’était là le sens de mon amitié avec Björn : ma mère avait encouragé notre relation pour que je n’aille pas courir le même risque dans la rue. Elle avait dû se dire qu’il vaudrait mieux pour moi réaliser à la maison ou dans le sauna mes idées de collégienne, au lieu d’opérer en cachette dans une cave obscure ou entre deux joncs. Je savais qu’au fond cela ne lui répugnait pas, et qu’elle préférait que je le fasse avec Björn plutôt qu’avec un inconnu sans visage. Ce fut sans doute pour la contredire que j’offris à Björn ma figure, et que j’anticipais de me faire baiser par n’importe qui.

Réciproquement Björn savait qu’il avait l’autorisation de maman pour tout, excepté mon dépucelage. Certes ils n’avaient passé aucune entente verbale dans ce sens, mais leur accord ne me semblait pas moins parfait. Je me dis qu’en obéissant à ma mère je serais bien plus libre que mes amies, qui après avoir rejeté l’autorité n’étaient sans doute plus vierges, mais profitaient bien moins du reste de leur personne. Pour avoir cru que l’autorité parentale portait sur tout leur corps, elles devaient à présent partir à la conquête de leurs morceaux choisis. Ces imbéciles qui s’étaient révoltées en bloc devraient exercer toute leur volonté pour satisfaire le moindre caprice. Quant à moi j’avais compris très tôt que personne ne m’interdirait ni la fellation, ni la sodomie, ni le fouet, ni l’humiliation, pourvu que je ne me fasse pas déflorer avant l’âge. Contrairement à mes amies il me suffirait d’obéir sur un seul point pour ne pas avoir à conquérir par la lutte les autres parties de mon corps.

Bien entendu j’avais l’intention de me faire dépuceler, mais j’attendais mon heure, et surtout je craignais qu’en désobéissant sur ce point critique à ma mère je n’en vienne à tomber sous le joug d’une interdiction générale. Si je me révoltais à propos du dépucelage maman mettrait le veto sur l’ensemble de mon corps, et c’en serait fini de ma liberté. Je devais donc faire semblant de ne fréquenter que mon garde-chiourme, Björn, qui suffirait largement à mon entraînement en vue d’un dépucelage technique. D’ailleurs j’aimais bien Björn, car ce n’était pas les consignes de ma mère qui me l’avaient fait apprécier. Au contraire, maman avait profité de cette relation privilégiée pour la récupérer à son avantage, pensant qu’il vaudrait mieux faire passer mes caprices sur le compte d’un garçon affectueux, plutôt que mon corps sous les bottes d’un affreux salaud. Il faut dire aussi qu’elle avait su tirer parti de ma liberté en copiant certaines de mes attitudes, jusqu’au jour où je la surpris en train de tailler une pipe à un ami de papa. Non seulement elle n’était pas en mesure de m’interdire ce qu’elle pratiquait, mais elle s’était dépêchée de créer un exemple.

 

Dès qu’elle eut Björn sous la main pour lui transmettre son autorité ma mère ne s’inquiéta plus de moi ; voilà pourquoi je pus très tôt prendre toutes les libertés avec lui. Maman ainsi débarrassée de moi devenait imprudente jusqu’à se laisser voir, au point que tout était devenu trop facile, Björn ne pouvant tout de même pas m’interdire à l’occasion ce qu’elle pratiquait souvent. Je ne tardais pas à m’apercevoir que mon désir d’être dominée provenait indirectement des facilités d’accès accordées par ma mère sur presque toutes les parties de mon corps.

Björn pouvait donc tout se permettre avec moi, sauf me baiser, pendant que je rêvais d’appartenir à un autre. Oui, je rêvais d’être dépucelée aux ordres, obéissante comme une chienne. Puisque l’interdit de maman portait sur la seule défloraison, je ne pourrais être dépucelée que par un maître d’armes, et non par un garde-chiourme. Finalement je ne ferais que changer de maître en un point particulier, sauf à dire que si ma mère n’avait d’autorité que sur ma chatte, de mon côté je ne désirais soumettre mon corps qu’à Andréas. Je devais donc prendre tout mon temps avec Björn, afin qu’il m’inflige tranquillement toutes les saloperies du X en bon copain, pour ensuite livrer à Andréas la fleur de ma perversion. En même temps je confirmerais l’opinion qu’il avait déjà formée, que je n’étais qu’une garce.

 

Qu’Andréas fût absent dans l’atelier d’Eriksson m’importait peu. Alors que je ne le connaissais même pas je jouissais déjà de lui, ou plutôt de l’idée que je m’en faisais pour le jour de ma défloraison. Puisque j’éprouvais déjà du plaisir en pensant à Andréas, alors qu’il n’y avait en moi aucune queue, qu’en serait-il une fois qu’il m’aurait dépucelée ? Je me sentais d’autant plus excitée que je n’estimais même pas nécessaire qu’il parvienne à me donner du plaisir, puisque la seule pensée de lui en moi était déjà suffisante pour me faire jouir. Je me trouvais donc libérée de l’obsession de prendre du plaisir « la première fois », mon idéal étant de jouir prématurément d’un homme en ne pensant qu’à lui.

Oui, j’étais décidée à me faire dépuceler par Andréas, le plus difficile restant de s’entraîner à prendre un petit air de rien, le jour où ça se passerait. Comme il m’avait devinée il ne me resterait qu’à faire semblant de lui cacher mon désir. Non seulement je ne voulais pas qu’il découvre mon souhait d’être dominée, mais si je voulais être vraiment forcée par ses soins ma résistance ne devrait pas être feinte. Tout le problème était là, et je devais résoudre cette équation, si je voulais jouir : comment se sentir forcée, dès lors que l’on désire se faire sauvagement dépuceler ? Si déjà je l’acceptais, Andréas ne pourrait que deviner mon consentement, et ne prendrait aucun plaisir à me contraindre. Pire : en me sachant consentante il ne me prendrait peut-être pas.

Je finis par me dire qu’après tout et malgré nous l’affaire avait déjà été entendue, même si je ne pouvais pas encore me figurer la stratégie d’Andréas. Finalement mieux valait ne fomenter aucun plan, afin qu’il ne se moque pas de ma trop grossière imagination. Je devais donc me laisser prendre au piège, rentrer lentement dans son jeu en faisant mine de ne pas y toucher, mais tout en résistant vraiment. Ce problème me semblait insoluble, mais je me dis qu’Andréas, malin et pervers et méchant comme il était, saurait trouver une solution pour me dépuceler d’une manière qui ne m’était pas encore envisageable. Je crois qu’il était capable d’être tellement odieux, qu’il saurait bien me faire repousser ses avances, puis une fois mon refus acquis me baiser salement.

Plus j’y réfléchissais, plus il me sembla avoir trouvé la solution à mon problème : en ne réfléchissant à rien. Par rapport à mes talents Andréas était nécessairement meilleur séducteur, étant donné son âge et sa participation au club gothique déjanté ; par conséquent je n’aurais aucune chance en lui jouant je ne sais quelle comédie. Il me baiserait volontiers, j’en étais bien sûre, seulement je ne voulais pas lui donner la preuve de ma participation à ma propre conquête. Je préférais nettement qu’il puisse me briser au profit d’un autre, comme monsieur Eriksson, mais je refusais de me donner tout en évitant de résister ; je ne désirais même pas aider Andréas à me conquérir. Pourtant je devrais lui signifier qu’il pourrait m’avoir ; autrement, pourquoi ferait-il cet effort ?

Je pensai alors à l’hypnose, où l’on vous pousse à oublier ce que vous avez exécuté sous influence. Les coups de fouet m’endormiraient peut-être, et je me réveillerais dans la même vie, désormais capable d’être abusée par Andréas. Finalement je finis par valider mes soupçons, qu’Andréas avait déjà élaboré une stratégie pour ma capture. Il me suffisait donc de ne pas me croire plus maligne, puisque j’étais sans expérience et qu’il bénéficiait de son club déjanté. Il allait sans doute me manœuvrer et je ne verrais sûrement pas venir le coup. Le mieux que je puisse faire, me dis-je alors, c’est d’agir sans calcul, obéir à mes seules réactions pour lever mes inhibitions.

 

Il n’est pas si facile de rester soi-même, lorsque l’on est devenue une proie qui espère être capturée. Je devais donc oublier cet espoir et laisser venir le chasseur, mais sans céder ; faire ni plus ni moins ce que je faisais avec les autres, sans jamais essayer de deviner ce que tramait Andréas et son satané club. Mieux encore, je finis par me dire que je n’aurais même pas à deviner ses plans, puisqu’en étant bien plus fort et malin que moi il finirait par détecter mes contre-mesures. Quoique je puisse faire il aurait bien assez tôt raison de moi, à moins que je ne change de ville, ce que je ne pouvais pas me permettre.

Reste qu’Andréas avait déjà touché mon amour-propre et mes prétentions de star. Même si je faisais semblant de ne pas en avoir été affectée il avait tout de même marqué des points. Andréas devait penser que j’avais commencé à raisonner là-dessus, de sorte qu’il savait que je n’étais plus tout à fait naturelle. La pensée que j’entretenais à son propos devint pour moi une seconde nature ; elle ne me quitta plus, tellement elle s’était embrouillée avec mon obsession de perdre mon pucelage. Quoi que je puisse faire je devinais qu’il aurait toujours quelque avance sur mes prétentions. Et puis, je dois dire que toutes les panoplies des gothiques m’intéressaient assez, sans compter que je ne connaissais rien à leurs mises en scène. Que je puisse être bizarre, je venais d’en avoir la preuve avec le martinet ; cette expérience s’inscrirait sans doute sur mon visage, surtout pour un regard expert comme celui d’Andréas. C’est bien grâce à cette marque indélébile que je ne pourrais pas lui échapper ; dès lors, à quoi bon jouer à la petite fille émancipée, qui fait semblant de mépriser les hommes en critiquant les films X ? Finalement, plus mes vices iraient dans le sens du club gothique, plus Andréas me devinerait. Il fallait donc que mes vices puissent être lus au grand jour malgré mes petits airs de sainte-nitouche, alors que le pli que prendraient mes lèvres dénoncerait la pucelle qui a déjà sucé.

 

À force de coups je finis par perdre toutes ces pensées, qui se transformaient en jouissance, de sorte que je dus enfoncer mes pieds nus dans la terre et m’agripper à l’établi, au moment où mon corps possédé par le fantôme d’Andréas fut pris de soubresauts. À son tour Björn pris par une sorte d’ivresse continua à me frapper, et mon vagin se contracta. Alors que mon pubis accusait les coups mon premier flux se répandit sur mes cuisses, pendant que mes pensées emportées par le délire se dissipaient dans un orgasme si puissant que je lâchai prise sur l’établi : mes pieds glissèrent et je m’effondrai sur le sol meuble, le corps lacéré, mes mains bloquées entre mes cuisses barbouillées de sang.

Je me retournai alors face contre terre, les lèvres protégées par le bâillon, pendant que tétons et pubis raclaient le sol ; le cul cambré, le ventre secoué par des spasmes qui faillirent me faire vomir. Sans la moindre pudeur à l’égard de Björn je rentrai mes doigts pour me finir, jusqu’à sentir non sans écœurement le sang de mes règles couler le long de ma main, et autour de moi je vis que le sol était jonché de débris, mon explosion.

Voyant que je jouissais comme une chienne, barbouillée de larmes et de sperme, Björn me gratifia de deux coups de pieds en plein postérieur, et soudain pris de panique à la vue du sang il jeta sur moi le martinet en quittant précipitamment l’atelier, sans même me gratifier d’un regard.

 

 

 


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