Fessée (Oeuvre réservée à un public adulte)

Björn

 

 

Ma douzième année en ce monde ne s’était pas encore achevée, ce jour de printemps fatal où je découvris, soigneusement accroché au-dessus de l’établi du hangar à bateau de monsieur Eriksson, un étrange appareil, manifestement entretenu avec soin, qui me fit penser à une vieille quille. Je ne distinguai pas aussitôt les lanières, mais seulement le bois noirci du manche, salement vermoulu. L’objet portait un vieil anneau rouillé à un bout, et à l’autre une étrange queue de cheval à gros crins de cuir, dont les longueurs variées n’excédaient pas quarante centimètres. Certaines lanières me paraissaient rognées ; d’autres avaient manifestement été choisies pour être mâchouillées, d’autres encore avaient été affreusement tranchées par plusieurs générations de mouflets incisifs. Le manche avait subi la rage des campagnols, mais malgré des traces de moisissures l’aspect luisant des lanières survivantes indiquait que des mains soigneuses avaient entretenu le cuir.

Sans que je puisse m’expliquer pourquoi, l’allure de cet objet trahissait une provenance étrangère : il n’avait pas, comme on disait alors, « une tête de chez nous ». Tout comme les visages, les objets avaient selon moi l’allure de leur pays, de sorte qu’un marteau chinois ne ressemblait pas vraiment à son cousin suédois, et en affinant mon analyse je pus aller jusqu’à établir de subtiles différences entre nos outils et ceux des Norvégiens. Bref mon objet mystérieux sans être circoncis avait sans doute été fabriqué ailleurs, très loin de chez nous, sous d’autres latitudes, entendu que pour Björn et moi les tropiques méridionaux commençaient au nord du Danemark. Plus loin pointait déjà le Grand Sud, et c’est tout juste si nous n’imaginions pas le centre de la France envahi par les sables. Heureusement que les cours de géographie étaient là pour corriger notre délire. Reste qu’en examinant l’objet je finis par mouiller en imaginant qu’il était passé d’une main à l’autre à travers les siècles, et j’eus une pensée pour tous ces petits inconnus paumés entre deux bouses dans leurs chalets, huttes et cabanes, qui depuis des générations avaient dû tâter de ce manche à l’époque de son bois encore vert. Depuis ce temps mythique tous avaient sans doute trahi les filles pour se transformer en exécrables messieurs, qui maltraitaient leurs femmes après avoir été humiliés à l’usine. Mes connaissances géographiques inculquées à grand renfort de respect n’avaient pas bridé mon imagination, tout comme les leçons d’éducation sexuelle n’avaient pas détruit mes fantasmes : ce bâton sale et fruste qui était passé en de mauvaises mains, j’espérais que Björn me l’enfonce dans le cul. Mais comme je ne supportais pas encore de telles pensées j’avais souhaité que son père me punisse brutalement.

 

Je poussai donc mon audace, et après être montée sur un tabouret je voulus m’emparer de l’engin, accroché juste au-dessous d’une photo défraîchie de pin-up des années soixante. Björn m’en empêcha aussitôt, arguant que ce talisman appartenait à son père, qui lui-même le tenait du père de sa mère. Je parvins tout de même sans le décrocher à caresser le cuir râpé des lanières, de sorte que l’objet présenta à mes yeux peu experts une facture plutôt artisanale, qui se trouva confirmée par la pièce de cuir usé qui rassemblait les diverses lanières en un faisceau assez fourni. À la vue de ces crins frustes et sales je fus assaillie par une vision d’animal sauvage, qui depuis mon vieil album réveilla en un violent frisson les derniers ébats de notre vieux chien.

Björn qui se trouvait derrière moi dut s’en apercevoir, car il profita de mon désarroi pour soulever ma jupe, juste au moment où mon cul se contractait, comme si cet idiot n’avait attendu que ce moment-là pour me voir nue, habitué qu’il était à mon corps exposé au bord du lac, sans parler du sauna que notre famille partageait avec la sienne à quelques mètres de notre maison. Je me dis sans m’énerver qu’il ne pouvait guère découvrir davantage de moi en soulevant ma jupe, et je ne vis là qu’un jeu pervers de garçon têtu, même lorsqu’il m’empoigna par les fesses pour me tirer en arrière et m’empêcher de décrocher mon trophée. Puis il me saisit par la taille et m’attira tout contre lui, en prenant pour excuse le nouvel assaut que je m’apprêtais à lancer contre l’établi de son gentil papa. Pour calmer mon ardeur il déclara tout de go que j’étais plus belle que la pin-up qui sans la moindre pudeur exposait son cul au-dessus des vieux crins. Mais comme son père me l’avait déjà suggéré à mots couverts, j’achevai de dessiner les fantasmes de leur petite famille en prenant garde de ne pas les reporter complètement sur moi. Je me dis que si je voulais séduire le père il faudrait m’engager tout doucement avec le fils, et commencer par les lanières pour finir par le bâton.

 

J’y avais souvent pensé, à Eriksson, quand il me regardait entre chien et loup, avec beaucoup de sous-entendus dans son atelier, et en contre-plongée dans le lac quand il s’amusait à faire surface comme un phoque juste à côté de moi, à s’accrocher à mes hanches nues en faisant semblant de reprendre son souffle, histoire de me faire bien sentir la vigueur de sa queue. Je n’avais jamais protesté, car en tant qu’estimable monsieur je savais bien qu’il ne me ferait jamais de propositions salaces en sortant de l’eau. C’est pourquoi il me les fit sous l’eau sans me faire peur, puisque chaque soir avant de m’endormir je m’étais déjà entraînée à ne pas me rebiffer au cas où, dans l’attente du jour sacré où un brave vacher oserait me torcher. À ces moments-là je pensais particulièrement à un monsieur comme Eriksson, qui pendant longtemps avait été obligé de langer son fils, celui-là même qui après cet épisode du martinet s’octroya le droit de me tripoter. Déjà à l’époque j’adorais l’idée que l’on me nettoie, et je mouillais dans le lac quand Eriksson me frôlait. Jusqu’au jour où effectivement il passa une main là où je n’ose rien dire. Non seulement je me laissai faire, mais je ne fis même pas mine de me défendre quand il rentra ses doigts dans mon cul et qu’il les manœuvra en les tournant lentement comme une clef. Je me dis que Björn n’était qu’un idiot, de ne pas s’être aperçu plus tôt que son père avait ouvert mon coffre, mais il est vrai qu’à cette époque je ne pouvais pas encore mouiller vraiment pour un garçon. Voilà pourquoi en présence de Björn je m’efforçais de penser aux doigts de son père sans grand espoir d’être débouchée par son petit salopiaud, dont la modeste queue ne profilait pour moi aucun avenir.

 

Comme je me débattais Björn me pelota pour la première fois, et je sentis son sexe de papa bandé entre mes cuisses. Depuis ce jour je compris qu’il représentait pour moi un véritable danger, d’autant qu’en ressentant sa queue j’avais cessé de me débattre, pendant qu’il me passait les mains sur tout le corps. Sans m’expliquer pourquoi je compris qu’il s’était excité, mais j’avais une absolue confiance en ses postures d’amateur, non par amitié, mais plus simplement parce que je ne mesurais pas encore le danger, maman m’ayant prévenue que tout ce que j’avais à craindre des garçons, c’était leur bite : pourvu qu’elle ne rentre pas au mauvais endroit, tout le reste ne serait pas bien grave. Il me sembla pourtant que ce « reste » était si vaste et mystérieux que l’on ne perdait rien avec cette primordiale privation. Bien plutôt je devinais que tout ce que l’on pourrait me faire avec ou sans queue et par les trous autorisés relevait assurément d’une liberté infinie. Pour ce qui est de ces messieurs je n’imaginais l’action de leur bite que dans le but de me punir, et je ne comprenais toujours pas mon corps, qui manifestement nourrissait un tout autre dessein.

Je venais seulement de comprendre que du haut de ses quinze ans Björn pouvait me mettre par le mauvais trou, et sans savoir pourquoi je fis une association entre son sexe et le manche de ce mystérieux objet, qui remontait si loin dans sa famille. En le regardant je me sentis toute chose, et je demandai calmement à Björn de retirer ses mains de ma poitrine, tout en me concentrant pour m’entraîner à plaire à son papa. Après avoir feint de me débattre je ne l’empêchais plus de me tenir par la taille et de me plaquer comme un vulgaire paquet, ce qui me permit de m’accoutumer à la nature de l’engin. Je compris alors que Björn me tenait ainsi pour m’éprouver face à son nouvel état, et pendant qu’il tâtonnait et tâtait mes formes je me plaisais à penser que toutes les queues se ressemblent. Qu’elles soient anguilles ou vipères seuls leurs porteurs pourraient me dégoûter. En méditant ainsi je n’éprouvais qu’un modeste plaisir qui relançait ma honte, et avec elle l’idée que je devrais être salement punie.

 

« Ça vient de France », dit Björn, qui me tira de ma rêverie en me serrant plus fort, et en m’indiquant le mystérieux objet : « C’est très rare, on n’en trouve plus ici, et quand on en faisait encore ils ne ressemblaient guère à celui-là ! Il paraît qu’il est très ancien.

— La mère de ton père venait de France ?

— Non, mais la mère de son arrière grand-mère, du temps des Bonaparte. Ma grand-mère, je ne l’ai pas connue, elle était déjà morte en Amérique quand je suis né. Maman m’a dit qu’elle était bizarre.

— Comment ça ?

— Ben, sans doute à cause de son père, qui l’avait souvent frappée et même fouettée. »

Je commençais alors à appréhender la véritable nature du martinet, et je mouillai soudain en pensant que j’avais là une chance inouïe, de pouvoir être maltraitée par un engin impérial. La queue d’Eriksson avait donc été anoblie très loin en arrière, et j’anticipais le jour où il me rattraperait et finirait par me punir pour tout ce que j’étais en train de faire avec son cher petit dans son garage à bateau. Par réflexe je passai une main sur mes cuisses, craignant le pire.

« Alors, c’est fait pour frapper ? Je croyais que ça ne servait qu’à solliciter les chevaux !

— Ah ! ah ! non, Sonia, ça a été fabriqué, vraiment, pour frapper les enfants, quand ils n’étaient pas obéissants.

— Comment ça, pas obéissants ? Mes parents ne m’ont jamais frappée, moi.

— Les miens non plus, mais en France il paraît que c’était pour le bien des petits, quand ils ne pouvaient pas encore le comprendre. Comme papa me l’a expliqué, à l’époque de Napoléon, le bien, on le faisait rentrer par force dans le derrière. »

Je sentis combien la queue de Björn se faisait dure, et bien évidemment je pensai à mon cul et au manche vérolé du martinet. D’après les leçons de maman force fut de constater que Björn bandait pour moi. Il eût suffi de prendre sur mon courage pour le saisir et l’introduire vulgairement, mais j’avais peur de maman et craignais qu’il ne tienne pas le coup. En pensant à son père je lui demandai de me lâcher, mais il n’en fit rien et je n’insistai pas. Je m’étais enfin décidée à me laisser faire sans rechigner, mais en feignant une révolte qui n’eût pas même débouté un chien. Le jour où j’aurais affaire à un vrai monsieur entreprenant il pourrait directement me baiser sans la moindre lanière, et je prenais déjà un sacré plaisir en imaginant la stupeur d’Eriksson, quand il s’apercevrait combien il est facile de m’appréhender.

En attendant je compris que Björn voulait grâce à moi s’assurer de sa bandaison, pour se sentir viril. Comme il était mon ami je préférais qu’il soit heureux, mais je souhaitais avant tout rendre son père jaloux de son foutre stérile. C’est vrai qu’il n’était guère agressif, le petit Björn, mais je misais sur la vigueur de sa queue en espérant qu’il s’entraîne au martinet avant de passer sur ses copines. J’avais déjà aperçu son sexe dans le sauna, et son nouvel état ne m’avait pas choquée. Maintenant que je le devinais sans le voir je reportais tous ses effets sur l’objet mystérieux, tout en l’associant à l’anguille de son père dans notre beau lac.

« C’est un martinet, précisa fièrement Björn, en me désignant ce même objet que j’avais déjà aperçu dans quelques livres licencieux.

— Ah bon ! » fis-je, en feignant la surprise, pendant qu’une main de Björn explorait ma fesse droite, puis la cuisse. Je compris qu’il commençait à me caresser comme son père, et je m’entraînais à ne pas réagir en pensant que cette main aurait pu être celle de n’importe qui.

Je lui dis alors : « non, pas ça », mais je le laissai faire. En effet maman ne m’avait pas dit qu’il ne fallait pas, et que je devais éviter de vexer les garçons pour de mauvaises raisons.

« Oui, ajouta Björn, papa cite souvent sa mère, qui elle-même citait son grand-père, qui lui disait en la frappant sur les fesses que sans les coups le bien ne rentre pas vraiment dans le corps. Le martinet c’est un engin qui veut ton bien en te faisant mal. »

Je frissonnai, fascinée par le martinet rivé comme une queue d’étalon à son mur de planches, juste sous la belle icône de pin-up. En faisant un effort de concentration sur mes films X je me persuadai d’exposer mon cul comme le sien.

« Et comment ça marche, Björn ?

— Pff, c’est facile, il suffit de remonter la jupe ou de baisser les pantalons, et vlan ! En principe on t’enlevait la culotte, pour mieux te fesser. »

J’eus l’impression que Björn parlait de moi, et je ne pus arrêter le fantasme du vieux manche de hussard qui rentrerait enfin dans mon beau cul.

« Et ça fait mal ?

— Ah ! ah ! Sonia, je n’ai jamais essayé ! Pour qui me prends-tu ? »

Je n’apercevais pas quelle honte il pouvait y avoir à se faire fesser, bien que je ne comprisse pas encore toute la portée du mot. Selon moi ce martinet avait dû servir à punir les enfants princiers, quand ils étaient incapables de comprendre ce qu’était leur plaisir.

« Tu sais, Sonia, à cette époque-là, en France, papa m’a dit que les enfants étaient dressés.

— Comme les animaux ?

— Oui, pareil, car ils ne comprenaient pas encore leur bien.

— Alors, c’était leurs parents qui le connaissaient, le bien, et ils le faisaient rentrer de force à coups de martinet ?

— Exactement, c’est aussi simple que ça. En ce temps-là presque tous les enfants étaient fouettés, surtout dans les fermes. Papa m’a dit que sa grand-mère racontait souvent que les garçons et les filles étaient violemment battus quand ils se touchaient, parfois jusqu’au sang, et que sous l’Empire les soldats s’en servaient surtout pour fouetter les putains. »

En disant cela Björn osa enfin rentrer un doigt dans mon cul, mais sans me faire mal. Je m’imaginais alors en froufrous, livrée toute nue aux soldats impériaux qui avaient soumis notre si beau pays. Comme il hésitait à me fouiller je me laissai croire qu’il s’agissait là d’un accident, même s’il lui avait bien fallu trouver une prise pour harponner sa petite sirène du Mississippi. Je me décontractais donc tout doucement, afin qu’il puisse fermement crocheter son ballot. Après tout, qu’y avait-il de mal, puisque Björn ne se touchait pas, mais me touchait, moi. Finalement il s’enhardit et je le laissai calmement rentrer dans mon cul tout en pensant à son père, qui avait mérité toute la confiance de maman.

« Je voudrais savoir ce que ça fait, Björn.

— Quoi donc, Sonia ?

— D’être fouettée jusqu’au sang.

— Ben je ne sais pas si je peux…

— Et alors quoi, tu ne veux pas mon bien ?

— Ce n’est pas ça, Sonia. Il faudrait que je désobéisse à mon père, car il m’a dit de ne pas y toucher, autrement il me punirait.

— Mais ça ne va pas le casser, Björn, il est plutôt solide, à ce que je vois. Tiens, regarde comme les lanières ont été graissées : elles ne risquent pas de rompre !

— Tu ne te rends pas compte de ce que tu me demandes là, Sonia ! En plus de désobéir à mon père je craindrais de te faire mal ; après tout, je ne sais pas vraiment comment on dose les coups !

— Tu n’auras qu’à commencer doucement, et quand j’aurai vraiment mal et que je sentirai le bien que tu me veux, alors je te dirai : « assez ». N’est-ce pas que tu veux mon bien, Björn ?

— Évidement, Sonia.

— Et est-ce vrai, aussi, que mon bien, je ne le connais pas moi-même ?

— C’est sûr, Sonia, tu es encore trop petite pour savoir ce qu’est le mal.

— Alors quoi, Björn ?

— Sonia, je ne crois pas que le martinet soit bien pour toi. Après tout, tu n’es même pas française !

— Et alors ? Je suis capable d’avoir mal, moi aussi !

— Mais enfin, Sonia ! Tu ne le mérites pas ! Tu n’as rien fait de mal, après tout !

— Et là, ce que tu fais avec tes mains depuis tout à l’heure, c’est pas mal, ça ?

— Je ne sais pas. Peut-être bien.

— Je ne te reproche rien, mais moi, tu vois, je me laisse faire, et ça, c’est mal.

— Ce n’est pas de ta faute, si je bande pour toi.

— Non, mais maman m’a prévenue, je suis encore petite, et si je me laisse faire ce sera de ma faute, et ce n’est pas bien. C’est pourquoi tu devrais me punir, Björn, pour me le faire comprendre. Autrement c’est toi qui seras responsable de ma perversion !

— Oh ! oh ! et où t’en vas-tu chercher ce mot ?

— Je le connais, Björn, c’est maman qui me l’a appris.

— Allez, je suis sûr que tu t’es laissé peloter pour que je te punisse.

— Non, Björn, ce n’est pas vrai, mais maintenant que tu le dis, il ne tient qu’à toi d’arrêter ; autrement il faudra bien que tu me punisses, si tu ne veux pas que je dise à ton père que tu trafiques mon cul.

— Mince, Sonia, tu es une sacrée chipie !

— S’il te plaît, fais-moi essayer ce martinet !

— Tu vas crier, et ensuite c’est mon père qui va l’essayer sur moi !

— Bâillonne-moi, alors !

— Sonia, je savais que tu étais bizarre, mais à ce point !

— Au moins on ne m’entendra pas, tu ne risqueras rien, et si ton père te gronde je me dénoncerai, et c’est moi qu’il punira.

— Il va falloir que je te déculotte !

— Fais ce qu’il faut !

— Si tu as mal il ne faudra pas venir te plaindre, et je t’avertis que les lanières ne doivent pas être bien propres, depuis le temps que le martinet est accroché ici !

— Tant pis, Björn, ça m’est franchement égal.

— Oui, mais si ça s’infecte… »

Je montrai alors à Björn le rouleau de ruban adhésif et, sans rien dire, comme si ma seule décision pouvait le faire taire, je serrai ma bouche et fis rentrer mes lèvres tout en contractant violemment mon cul. Devant une telle détermination, il céda.

« Tu es quand même une drôle de fille, Sonia, avec tes manies : la télé, le biberon, et maintenant le martinet. On ne risque pas de s’ennuyer, avec toi.

— Assez, Björn, bâillonne-moi, maintenant. »

 

Björn releva mes cheveux et les noua en queue de cheval avec un bout de ficelle. Voyant que je maintenais mes lèvres coites, pendant que je le regardais sans ciller il dévida une bande sur le rouleau d’adhésif, la coupa aux ciseaux, et en la maintenant tendue scella ma bouche jusque sous les oreilles. Je sentis la colle poisseuse prendre sur ma peau, et mes joues se déformer sous la tension du plastique. Je ne devais plus être la même sous le regard de Björn, et cette idée m’excita, car le bâillon en me défigurant me rendrait anonyme au regard du premier venu. C’est un sacré avantage pour mieux subir. Je compris plus tard qu’un masque est sans intérêt devant des étrangers, qui par définition ne vous connaissent pas et par conséquent ne peuvent pas vous reconnaître. C’est dans ces moments-là qu’on jouit bien mieux, en offrant en toute impunité notre vrai visage. Mais c’est tout aussi excitant d’exposer ce même visage devant un homme qui nous apprécie, afin qu’il s’aperçoive combien ses bons sentiments l’ont trompé. Il faut alors lui faire comprendre que ce n’est pas une avance d’amour, et qu’on serait prête à faire ça avec n’importe qui.

Comme j’avais rentré mes lèvres le ruban adhérait parfaitement, de sorte qu’il me fut impossible d’articuler le moindre mot. Toutefois, si le bâillon présentait pour moi un avantage évident, je fus cependant déçue, car il me protégeait d’une incursion de Björn de ce côté-là. Mais je me dis que de toute façon je n’étais pas encore capable d’être fouettée et de sucer en même temps. En outre je dus m’avouer qu’il est impossible de sucer un homme qui a déchargé en plein sur votre belle figure. Pour bénéficier de l’insulte complète il eût fallu s’y commettre au moins à deux, ce qui dans mon cas eût requis une tout autre organisation que celle autorisée par un petit jeu de rôles. Mais à chaque jour suffit sa peine, disait maman.

 

Björn m’apparut satisfait, mais préoccupé de me découvrir vraiment. Il était aussi très ému par la confiance que je lui accordais, qui cependant n’était pour moi qu’un entêtement stupide pour me donner le goût de me laisser faire, et ainsi me convaincre sans répugnance que des étrangers pourraient facilement profiter de moi. Par ailleurs la pensée qu’il puisse m’imposer ce que je ne voulais pas ne m’avait jamais effleurée. Plutôt, tout en pensant à son père je m’étais souvent demandé s’il s’était déjà préparé à me faire subir certaines choses contraires aux goûts de maman.

Björn décrocha le sacro-saint martinet et le fit passer sous mon nez comme pour m’en donner l’envie en me faisant sentir le cuir. Manifestement il en connaissait déjà l’odeur. Je ne pus m’empêcher de penser à la queue de son père, quand il me punirait pour avoir abîmé son martinet et dévergondé son fils. Je me dis alors qu’Eriksson, son gentil papa, attendait depuis trop longtemps la bonne occasion pour me baiser salement, et après ses tests dans le lac je m’étais perdue en imagination pour lui fournir une occasion de me punir. En attendant je me dis qu’avec le martinet je la tenais bien, cette occasion : il suffirait que Björn me trahisse ou que je commette volontairement une gaffe, pour que son père me demande des explications et finisse par battre mon cul avec sa verge impériale.

 

Sans que j’en comprisse les raisons Björn défit mes sandales, et je frissonnai au contact de la terre battue, qui était encore fraîche en cette saison, et légèrement humide. En pensant à son père qui avait piétiné ce même sol je me dis que cet idiot n’était pas violent et manquait franchement d’imagination, alors que j’étais déjà prête à être sauvagement punie, ne serait-ce que pour concurrencer maman et surtout faire bisquer papa, lui qui à maintes reprises ne s’était pas privé pour vanter l’évolution de mon corps devant Eriksson. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas me vendre à des soldats ?

Je crus comprendre que Björn m’avait ôté les sandales pour faciliter la descente de ma culotte. Patience, il parviendrait peut-être à ses fins, mais je ne cessais de penser à son père, lorsqu’il découvrirait que son fils avait osé essayer sur moi son martinet de collection. Oui, je tenais absolument à ce qu’il m’enfile sa grosse queue pour me punir d’avoir taché ses lanières de mon sang, car je croyais encore que l’orgasme s’apparente à la blessure et à la douleur, et que seuls les messieurs authentifiés sont capables de l’infliger aux petites filles pour les punir.

Björn me demanda enfin de me retourner et de me pencher, le nez au-dessus de l’établi jonché d’outils. Je dus repousser un marteau, une pince, une bobine de fil à souder, un tranchet, quelques vis, un tube de colle, et pour finir les ciseaux qui avaient servi à couper le ruban de mon bâillon. Enfin je pus calmement poser mes mains à plat. Le bois de l’établi était usé, mais propre, et dans cette position je me sentis enfin capable de subir monsieur Eriksson. Ce fut la première fois que j’appréciais d’être mêlée à des instruments si anciens, et fin prête à recevoir l’assaut dans un atelier. J’eus l’impression que mon corps devenait ici bien plus banal que dans le sauna, grâce à la présence de ces outils qui promettaient à mes organes un beau travail artisanal. Eriksson devait passer tous ses week-ends ici, et je l’imaginais déjà en train de disposer mon corps pour mieux le travailler. À force d’y penser je fus bien obligée de reconnaître cette envie, qu’il me baise pour me punir des libertés que j’avais accordées à son fils. Non, je n’avais pas vraiment envie de Björn, mais j’attendais beaucoup du manche en bois de son méchant papa.

 

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